00:00Souvent, on a une vision, alors je ne sais pas si elle est très française, peut-être très européenne, du
00:06fait que la parole politique, que des dispositifs étatiques, que des discours, que des mots pourraient façonner la société.
00:13D'ailleurs, c'est une des grandes craintes aujourd'hui sur le fait que nous soyons précisément fracturés par des
00:18narratifs, par des récits concurrents, par des mots concurrents.
00:21Bien sûr, tout cela existe, ces stratégies de déstabilisation existent. Ce qu'on observe malgré tout, c'est que les
00:30sociétés agissent dans de la pâte humaine, dans de la réalité,
00:34et que les mots et que les dispositifs verticaux ont moins le pouvoir de façonner les sociétés qu'un rapport
00:42perçu, partagé, compris à la menace.
00:45Et c'est sans doute l'une des grandes questions qui se posent aujourd'hui pour les sociétés ouest-européennes.
00:50C'est-à-dire qu'elles peuvent percevoir que la Russie est une menace pour l'Europe, et d'ailleurs
00:54toutes les enquêtes d'opinion le montrent à volonté.
00:57En revanche, entre percevoir qu'une puissance est une menace pour des équilibres internationaux, et considérer qu'on doit soi
01:06-même entrer dans des logiques de mobilisation,
01:08il y a un pas qui ne va pas de soi. Et ces logiques de mobilisation, elles s'opèrent quand
01:13effectivement très profondément dans la société,
01:15il y a le sentiment qu'il y a quelque chose à sauver, et que ce quelque chose est existentiel.
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