- il y a 10 heures
Raphaël Jouan, violoncelliste virtuose est à l'invité de La Boîte à M'Alice à l'occasion de la sortie de son album "DVOŘÁK, CELLO CONCERTO" enregistré avec l'Orchestre National de Metz Grand Est sous la direction de David Reiland (La dolce Volta). Il nous parle de cet "everest", de son amour pour la musique baroque mais pas seulement, de son enfance, et plus encore...
- Raphaël Jouan et l'Everest du concert de Dvořák
- "La patte" Raphaël Jouan
- La musique de chambre, le partage
- Les masterclasses de Rahaël Jouan (avec Jean Adolphe, professeur de violoncelle)
- L'enfance (avec Patricia Jouan, violoniste et mère de Raphaël, et Marc Bideau, altiste et père de Raphaël)
- Si Raphaël était une musique
Présentation, montage : Alicia Hiblot
Images : Clément Dumay, Raphaël Chemin
Musiques :
Raphaël Jouan "DVOŘÁK, CELLO CONCERTO" (la dolce volta)
Raphaël Jouan et Bruno Maurice - A. Piazzola - Le Grand Tango - © Fondation Jeunes Talents Metz
The concert of laureates (6) - Luiz Bonfá / Raphaël Jouan: La Bossa Nova © Medici.Tv
© Moselle TV - Mars 2026
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Présentation, montage : Alicia Hiblot
Images : Clément Dumay, Raphaël Chemin
Musiques :
Raphaël Jouan "DVOŘÁK, CELLO CONCERTO" (la dolce volta)
Raphaël Jouan et Bruno Maurice - A. Piazzola - Le Grand Tango - © Fondation Jeunes Talents Metz
The concert of laureates (6) - Luiz Bonfá / Raphaël Jouan: La Bossa Nova © Medici.Tv
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NewsTranscription
00:00Votre dose quotidienne de spectacle avec le Casino 2000 de Montdorff-les-Bains au Luxembourg.
00:41Raphaël Jouran, bonjour.
00:43Bonjour Alicia.
00:43Merci beaucoup de m'accorder cet entretien et de m'accueillir là où tu as grandi, à partir de tes
00:4910 ans à peu près c'est ça ?
00:50Exactement, mes parents habitent toujours ici et donc ils ont acheté cet appartement en 2003.
00:54On est en plein cœur de Metz, dans le quartier des Allemands, juste à 3 minutes du conservatoire.
00:58Et donc j'ai grandi pendant de nombreuses années ici, il y a encore ma chambre là-haut avec des
01:02Lego Star Wars et tout, mais on va rester ici.
01:04On ira peut-être faire un tour, on verra ?
01:05Oui, oui, on verra à la fin.
01:07Bon, pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore, on va rappeler que tu es violoncelliste.
01:10Tu as donc fait tes classes effectivement au conservatoire à Metz, avant de t'envoler pour Paris.
01:15Tu t'es retrouvé également dans la classe d'excellence de Gauthier Capuçon à Paris, à la fondation Vuitton.
01:21Tu as été révélation classique de l'adamie.
01:23Tu cultives un amour particulier pour la musique de chambre, que tu défends à la fois en duo, en trio,
01:29avec Elios, avec lequel tu as remporté de nombreux concours.
01:33Tu aimes bien aussi improviser dans le monde du jazz.
01:37Et puis en ce moment, tu es artiste en résidence avec la Cité musicale à Metz.
01:42Et tu viens d'enregistrer un album absolument magnifique, à domicile, avec l'Orchestre national de Metz Grand Est, avec
01:51David Rayland.
01:52Concerto pour violoncelles de Dvorak.
01:54C'est ton premier album en tant que soliste.
01:57Tout à fait.
01:58Et c'est, tu le dis pour toi, un Everest que tu as gravé.
02:03Pourquoi c'est un Everest, ce concerto ?
02:04Ce concerto, ça fait partie des grands classiques du répertoire.
02:08Pour beaucoup, c'est leur concerto préféré.
02:10C'est un des plus grands concertos romantiques, toute fin 19e, qui est absolument magnifique.
02:14Et qui suit la plupart des violoncellistes.
02:16Que j'ai commencé à travailler ici, à Metz.
02:19Le premier mouvement avec mon professeur Jean-Adolphe, donc il y a longtemps.
02:22Tu avais quel âge ?
02:24Première fois, je devais avoir 15 ans à peu près.
02:26J'ai commencé à m'y attaquer tout doucement.
02:29Et puis ça m'a suivi après.
02:30Ça m'a suivi au conservatoire supérieur, à la classe d'excellence.
02:32J'avais travaillé les trois mouvements avec Gauthier aussi à l'époque.
02:35Et donc c'est un concerto que j'affectionne énormément.
02:38Parce que je ressens ce côté chambriste, comme tu l'as dit, qui fait partie centrale de ma vie musicale.
02:44C'est-à-dire les échanges avec les gens.
02:45Pour moi, c'est vraiment en partage avec l'orchestre.
02:47C'est comme ça que j'ai vu et qu'on a tous imaginé ce concerto-là.
02:52Et donc c'est pour ça qu'il a une place particulière dans mon cœur aussi.
02:54En plus du fait que tout simplement il est magnifique.
02:56Les mélodies sont sublimes de A à Z.
02:58C'est vraiment incroyable.
03:00Et donc c'est un Everest parce que déjà c'est un concerto qui est tellement connu
03:05qu'on a des versions magnifiques dans les oreilles.
03:08On t'attend au tournant forcément.
03:09Forcément.
03:10Donc après il ne faut pas trop y penser.
03:12De toute façon, moi j'ai fait ça parce que c'était un concerto que j'adore.
03:16Et j'avais envie de faire quelque chose qui me faisait plaisir.
03:18Et surtout en effet dans tout cet environnement qui est si familier.
03:21dans cette salle où j'ai écouté tellement de concerts avec mes deux parents dans l'orchestre.
03:24Ah oui, on va bien le dire.
03:26Oui.
03:27Et donc avec ce chef aussi que je connais depuis maintenant un moment.
03:30Grâce à qui je suis en résidence.
03:31C'est lui qui m'a proposé cette résidence.
03:33Et donc c'était très émouvant pour moi de revenir à domicile.
03:36Je suis resté très attaché à cette ville même.
03:38En effet je suis parti à l'année de mes 18 ans.
03:40Je suis parti à Paris.
03:41Mais je suis revenu régulièrement.
03:43J'ai commencé à faire des concerts un petit peu.
03:46Depuis 2018 je pense.
03:47Les premiers à l'Arsenal 2020.
03:49Et donc j'ai un attachement très fort ici.
03:51Je me sens beaucoup plus à la maison ici qu'à Paris en un sens.
03:54C'est ça, tu joues à domicile.
03:55Exactement.
03:56Mais tu l'as dit effectivement, tes parents sont dans l'orchestre.
03:58Donc est-ce qu'il y a doublement le trac ?
04:00L'Everest il est deux fois plus haut.
04:02Non, au contraire.
04:03C'était porteur.
04:04C'était vraiment très porteur.
04:05Oui.
04:06J'ai pas ressenti de pression supplémentaire.
04:09Le fait que mes parents ou aussi pas mal d'autres musiciens de l'orchestre que je connais.
04:13Qui me connaissent depuis que je suis petit.
04:15Au contraire, je ne sentais que des énergies porteuses de tout le monde.
04:19Qui étaient aussi heureux.
04:20J'ai l'impression.
04:21Que je sois là.
04:22Et de partager tout ça ensemble.
04:23C'était justement quelque chose d'encore plus précieux que de débarquer avec un orchestre qu'on ne connaît pas.
04:28Comme c'est le cas la plupart du temps.
04:29Là, du coup, il y a ce suivi un petit peu que j'ai eu de par ma vie ici
04:33avec cet orchestre.
04:34Qui fait que j'arrive en terrain déjà connu.
04:37Et c'est une très très grande chance.
04:38Et même avec le chef, on s'est fait plusieurs séances de travail.
04:41Et ça lui-même m'a dit qu'il n'a jamais pu faire ça dans sa carrière.
04:43On a pu prendre le temps.
04:44Et j'ai été très marqué par l'investissement justement de l'orchestre.
04:48Parce que c'était 4 jours et demi d'enregistrement.
04:50C'est très intense.
04:51Et c'est fatigant pour tout le monde.
04:53Parce qu'on est 6 heures par jour derrière des micros.
04:56À devoir répéter souvent aussi des choses.
04:58Perfectionner.
04:59Et ça peut être épuisant.
05:01Et l'orchestre, en plus comme j'ai des espions dans l'orchestre avec mes parents.
05:04Je connais leur planning.
05:06Je sais qu'ils sortaient d'une période très intense.
05:08Ils avaient enchaîné des séries, des concerts, un concours.
05:11Et juste après ça, ils avaient une petite période de vacances.
05:13Ils auraient pu être complètement au bout du rouleau.
05:16Et au contraire, j'ai senti qu'ils étaient avec moi.
05:19On était tous ensemble.
05:20Ils ont tout donné cet enregistrement.
05:21Et ça, c'était vraiment très porteur pour moi.
05:46Comment est-ce qu'on s'y prépare ?
05:47Est-ce qu'on s'y prépare comme un athlète ?
05:49Il y a de l'endurance.
05:51Il y a de ça.
05:52C'est sportif.
05:53Quelques temps avant l'enregistrement, j'ai écrit à mon ancien professeur, Gauthier Capuçon,
05:56pour lui demander s'il avait des conseils.
05:58Lui, il a enregistré beaucoup de concertos, dont celui-ci d'ailleurs.
06:00Et en fait, il m'a donné des conseils de sportifs,
06:03plus que de musiciens, il m'a dit hydrate-toi vraiment bien,
06:06fais attention pour les muscles, pour les tendons, etc.
06:09Mange bien, repose-toi bien, que ce rythme-là.
06:11Et donc, on enregistrait à 9h30 tous les matins.
06:14Alors moi, je ne suis pas du tout du matin.
06:16Donc ça, j'avais très peur de ça.
06:17Et donc, pendant un mois avant, j'ai commencé à me préparer.
06:21Je me suis forcé à ne pas me coucher après minuit,
06:24un mois avant, pendant deux semaines.
06:25Deux semaines avant, ce n'était pas après 23h.
06:27Essayer que mon rythme change un petit peu.
06:29Il y a beaucoup d'éléments.
06:30En effet, il y a ce côté athlète où il faut physiquement être bien, être en forme.
06:35Il y a la préparation mentale aussi.
06:37Et ça, j'en ai parlé dans le livret,
06:38parce que je trouve que ça reste encore relativement tabou dans le milieu artistique,
06:43parce que c'est une grosse pression aussi.
06:46Et donc, moi, je me suis préparé avec un préparateur physique et mental
06:49avec qui j'ai travaillé pendant des mois avant cet enregistrement.
06:52Parce que oui, il faut préciser aussi que,
06:54comme c'est un concerto de l'époque romantique, presque post-romantique,
06:57c'est particulièrement intense aussi.
06:59Il est très épique, moi, je le trouvais.
07:00En l'écoutant, ce concerto, je lui ai trouvé une dimension effectivement épique.
07:03C'est un mot parfait que j'utilise aussi.
07:06C'est une aventure, en fait.
07:07C'est une épopée.
07:09Exactement.
07:09Il y a toute une histoire, une narration, une dramaturgie,
07:12avec des moments, un côté très sentimental aussi.
07:16Il y a d'ailleurs une histoire derrière ce concerto
07:18où il y avait son amour un peu secret d'enfance
07:21qui était en train de mourir en République tchèque.
07:24Et il a mis des clins d'œil comme ça.
07:26Il a mis en hommage à cette personne qui était sa belle-sœur.
07:29Il y a une fin qui est très douce, qui est très étonnante,
07:32qu'il a rajoutée après avec cette histoire-là.
07:34Donc, il y a vraiment un côté aussi très touchant.
07:36Et à la fois, ces proportions en effet héroïques
07:39qu'on ressent dans ces grands thèmes,
07:41ces envolées des cuivres dans l'orchestration qui est magnifique.
07:43Je prêche ma paroisse, mais je suis convaincu
07:46de la magnificence de ce concerto de toute façon.
08:06Quelle est la patte, Raphaël Jouan ?
08:08Qu'est-ce qui fait la différence ?
08:09Parce que tu dis qu'il a été joué de nombreuses fois ce concerto.
08:11Mais nous, c'est celui-ci qu'on a envie d'écouter.
08:14C'est ta version, c'est ton interprétation.
08:17Alors, qu'est-ce que tu y mets, toi ?
08:19Moi, sur cet enregistrement, j'ai mis tout.
08:22Je me suis vraiment...
08:23J'ai donné tout ce que j'avais.
08:25Vraiment, je me souviens de certaines fins de journée.
08:28J'avais plus rien.
08:29Je me suis donné entièrement, vraiment,
08:32dans cette passion de ce concerto-là.
08:35J'ai pas cherché volontairement à chercher des choses différentes.
08:40Après, on en parlait un peu plus tôt,
08:41cette dimension chambriste que j'entends particulièrement
08:43dans ce concerto-là.
08:45Je pense, et des retours que j'ai eus un petit peu depuis,
08:47que c'est un parti pris, en tout cas,
08:49qui est assez fort, qui est assez clair,
08:50qu'on a fait ensemble avec David Rayland,
08:52avec l'orchestre.
08:53Il faut dire aussi, petit détail, mais non négligeable,
08:55que j'ai enregistré face à l'orchestre.
08:57Donc, ce qui n'arrive jamais, évidemment,
08:59puisqu'en concert, je suis...
09:00Vraiment être dans un échange avec...
09:01J'étais face à tous les musiciens.
09:03Il y a des échanges avec flûte, clarinette, corps, tout ça.
09:05Et on allait se chercher.
09:07Et ça, on ne peut jamais le faire, à part en enregistrement.
09:10Les micros permettent aussi, d'ailleurs, des subtilités
09:14de couleurs qu'on ne peut pas faire en concert non plus,
09:16parce qu'on est obligé de projeter au fond.
09:18Donc, on a essayé de pousser au maximum
09:19ces dimensions-là que permettent l'enregistrement,
09:22dans les échanges surtout.
09:23Il y a un mot savant dit symphonie concertante.
09:27Ça existe.
09:28Il y a des symphonies concertantes,
09:29c'est-à-dire des vraies symphonies avec soliste.
09:31Alors, ce n'est pas le cas ici officiellement,
09:33mais moi, j'entends cette dimension-là aussi,
09:35dans cette œuvre-là.
09:36Et donc, peut-être que si on doit chercher une patte,
09:39je dirais qu'il y a ce côté chambriste
09:42qu'on a voulu mettre en avant ensemble
09:45et cette finesse que le micro permet.
10:14Il y a quelque chose aussi de particulier avec ce concerto,
10:16c'est que c'est un concerto qui fait,
10:19en tout cas qui laisse une grande place à l'orchestre,
10:21contrairement peut-être à d'autres.
10:23Ça dit peut-être aussi, en faisant ce choix,
10:26ton amour que tu as pour les musiciens
10:28et pour le fait de partager
10:30et peut-être aussi avec cette envie de laisser l'ego de côté,
10:34qui est parfois très gros chez les musiciens,
10:36et qui peut-être chez toi,
10:38il est juste ce qu'il faut.
10:40Et ce qui est tout à ton honneur aussi, peut-être ?
10:42Bonne question aussi.
10:44Alors, c'est un point précis sur lequel on a travaillé
10:46avec mon préparateur, justement, mental,
10:49parce que cette question de l'ego chez les artistes,
10:53c'est une fine ligne,
10:55parce qu'il en faut, c'est nécessaire aussi,
10:58parce qu'on s'affirme, on vient parler devant les gens,
11:01on dit ce qu'on a honnêtement.
11:03Donc, j'ai travaillé sur la prétention.
11:07C'était le mot qu'on utilisait.
11:09Parce que la prétention, moi, chez les musiciens,
11:11c'est quelque chose qui me fait, enfin, chez tout le monde,
11:12mais quelque chose qui me fait horreur,
11:14de voir quelqu'un qui arrive et est sûr de lui, comme ça,
11:16et qui est...
11:16Et donc, en effet, c'est pas ma nature première, a priori.
11:20Et donc, si on reprend le mot, le mot pur,
11:23c'est de pouvoir prétendre à quelque chose,
11:25prétendre à être à sa place ici,
11:26face à ses musiciens, face à ce concerto, face au micro.
11:29Et donc ça, j'ai travaillé là-dessus aussi,
11:32pour quand même me rajouter un peu de prétention,
11:34peut-être un peu d'ego, j'en sais rien.
11:35Tout ce qu'il faut.
11:35Histoire que, voilà, de pouvoir doser le truc pour pas non plus...
11:38Parce que ce côté chambriste,
11:41ça peut aussi être un piège.
11:42Parce qu'on peut juste être dans l'échange,
11:44et du coup, on s'excuse un peu tout le temps,
11:46on laisse passer les autres, etc.
11:47Ce que je trouve hyper important, précieux, central dans la musique.
11:51Et donc, ce concerto, je veux pas qu'on croie que c'est que ça.
11:55Il y a aussi vraiment, évidemment, des moments où le violoncelle,
11:56c'est le héros de l'histoire, finalement, de l'épopée.
12:00Si on veut, il est là et il embrasse toute sa puissance.
12:03C'est quand même toi qui es sur la couverture de...
12:03Non, non, voilà, il n'y a pas...
12:05Il y a la grosse tête, machin.
12:07La tête du violoncelle aussi, donc on est deux.
12:10Oui, oui, vous faites corps, vraiment.
12:26Tu parles de musique de chambre,
12:27et qui est vraiment un petit peu comme une seconde nature.
12:29Pourquoi tu l'aimes tant la musique de chambre ?
12:31C'est pas forcément accessible au grand public.
12:33Et d'ailleurs, c'est quelque chose que tu défends, ça,
12:35d'aller en milieu rural, pour justement aider à faire que cette musique,
12:40elle soit accessible à tous.
12:42Et qu'est-ce qui te touche tant dans cette musique de chambre ?
12:44La musique de chambre, par définition, ça associe pour moi tout ce que...
12:48À la fois l'expression personnelle,
12:50puisque c'est de la musique où on n'est que quelques musiciens,
12:52donc chacun peut dire un peu ce qu'il a envie.
12:55Et à la fois le partage, on n'est pas tout seul.
12:57Donc, il y a le partage et le fait de pouvoir un petit peu explorer, seul,
13:03combiné.
13:03Pour moi, c'est le Graal.
13:04La musique de chambre, c'est dans les chambres, dans les salons,
13:07à l'origine, c'est des musiques de salon, des musiques de l'intimité aussi.
13:10Et donc, il peut être dans n'importe quelle, en effet, église, de village,
13:13puisque, donc, comme tu disais, je fais pas mal de choses avec une association
13:17qui s'appelle Hors Saison Musicale, qui amène dans le milieu rural,
13:21dans des endroits où les gens n'ont pas vraiment accès à la musique,
13:23ils leur amènent cette musique.
13:25Et quand je vois ce que ça apporte aux gens,
13:26moi, c'est un de mes publics préférés là-bas.
13:28Moi, je ne devrais pas faire de classement de public, je vous aime tous.
13:31Mais là-bas, il y a, dès la fin d'un concert, on sent que ça leur a fait du
13:34bien, vraiment.
13:36Il y a ce partage, donc, avec le public, et donc, je l'ai un petit peu amorcé,
13:39le partage aussi avec des élèves, à travers des masterclass.
13:43Donc là, tu as basculé.
13:45Tu es passé, toi, du rôle d'élève au rôle de professeur.
13:49C'est important pour toi aussi, ça, de te retrouver là
13:51et de pouvoir transmettre à ton tour.
13:54J'ai toujours adoré la transmission et j'ai toujours eu des professeurs très inspirants.
13:58Depuis les premiers, depuis Jean-Adolphe, ici à Metz,
14:01dont je vais avoir prochainement certains de ses élèves en masterclass, d'ailleurs.
14:05Donc là, la continuité se fait aussi comme ça.
14:08Donc, j'ai toujours eu des profs passionnés et passionnants
14:10et ça m'a toujours donné envie aussi d'essayer de conseiller, de transmettre à mon tour.
14:15Ce que j'aime beaucoup, c'est essayer de faire sortir des étudiants, des élèves qui sont là.
14:21Ils ont en eux, la plupart du temps, les clés.
14:23Et donc, moi, j'essaye de ne pas les donner, j'essaye que ça vienne d'eux.
14:37Chaque étape.
14:51Reste suspendu, reste suspendu.
14:53Je suis très impressionné d'abord par son parcours, qui est un parcours remarquable,
14:58un parcours sans foot.
14:59Et puis, ça me fait un plaisir immense, voilà, parce que ça me replace dans les années qu'on a
15:05connues ensemble.
15:06Et puis, de le voir maintenant, pour moi, c'est quelque chose d'extraordinaire, oui, tout à fait, absolument.
15:12Il était un élève extrêmement facétieux quand il était petit, voilà.
15:18Il aimait bien faire des petites plaisanteries avec un autre camarade.
15:21Et puis, dans l'adolescence, il a été vraiment quelqu'un de tout à fait parfait,
15:28qui se pliait complètement aux exigences.
15:31Mais je crois que ce qui me fait le plus plaisir, c'est de lui avoir apporté beaucoup plus que
15:37le violoncelle.
15:38Parce que ça, moi, j'ai été qu'un maillon d'une immense chaîne, un tout petit maillon d'une
15:42immense chaîne.
15:43Mais ce qui me fait le plus plaisir, c'est de lui avoir apporté le goût de la curiosité instrumentale
15:48et de s'intéresser à plein de styles différents.
15:52Et ce qu'il avait de toute manière en lui, et ce qu'on retrouve maintenant tous les deux.
15:56Mais voilà, le plaisir fondamental de la musique, même pas du violoncelle, mais de la musique.
16:02Et puis, du bonheur de jouer ensemble à plusieurs violoncelles et de la curiosité instrumentale.
16:08Essayons le début.
16:09Et du coup, quitte à parler de deux, trois détails, ça, ça chante super bien, ça chante super bien, ça
16:16ne chante pas.
16:20Et donc, pareil, c'est un truc qui va s'alimenter.
16:23Si tu penses à chanter encore plus les détails, ça va t'obliger à légèrement plus prendre de temps.
16:28Si tu penses à prendre un temps un peu plus ample, ça va te permettre de chanter plus les détails.
16:31Donc, tout ça va dans la même direction, ce n'est pas formidable.
16:47C'est un terrain d'exploration, les arts en général, mais pour moi, du coup, la musique et le violoncelle,
16:51c'est un terrain d'exploration qui est sans limite.
16:54Et ça aussi, c'est une flamme importante pour moi.
16:56Chacune des expériences de découverte que je fais alimente les autres, que ce soit faire du concerto, faire du trio,
17:02faire un duo avec mon accordéoniste en improvisation, des musiques du monde que j'ai pu essayer.
17:06Tout ça, à chaque fois, ça m'apporte des nouvelles choses.
17:10Le chat vient de grimper.
17:10Le chat est en haut d'une très grande bibliothèque.
17:14Il surveille que tout se passe bien.
17:16Donc, ce partage avec les gens, mais aussi cette exploration à chaque fois.
17:19Et les deux, quand ça se fait ensemble, c'est encore mieux.
17:22Et donc, la plupart du temps, d'explorer en partageant, justement, de trouver toujours quelque chose de nouveau à chercher
17:28ensemble.
17:29C'est vraiment la richesse dans la diversité pour toi.
17:45Puisqu'on est ici chez tes parents, quels souvenirs tu as de toi, enfant ? Quel petit garçon tu étais
17:51?
17:52J'ai eu l'impression d'avoir eu deux phases extrêmement différentes.
17:56J'étais hyper actif, vraiment.
18:00Mais j'étais tout le temps à droite, à gauche.
18:03Quand on faisait des ensembles de violoncelle, j'étais vraiment le petit violoncelliste insupportable qui ne fait que faire du
18:08bruit tout le temps, faire des pizzas qui n'arrivent pas, machin, etc.
18:10J'étais tout le temps, voilà.
18:11Merci à mon professeur, Jean-Adolphe, d'avoir tenu le coup.
18:15Donc, j'ai eu cette phase-là.
18:17Et puis, étonnamment, je ne sais pas si c'est 100% lié à ça, mais quand j'ai trouvé
18:20aussi une sorte de but, c'est-à-dire cette envie de faire vraiment de la musique et du violoncelle,
18:25il y a un truc.
18:25Je suis devenu un peu un extrême opposé, j'étais dans un truc très zen, etc., d'être beaucoup plus
18:31calme.
18:33Et puis, maintenant, j'essaie de combiner les deux, c'est ça l'idéal.
18:35Ça, c'est la première audition de Raphaël quand il était tout, tout petit au conservatoire, avec son prof adoré.
18:43C'est un super violoncelliste.
18:46C'est aussi une très belle personne.
19:01Ce qui est rigolo, c'est que Raphaël, il a toujours aimé la musique, mais pas plus que ça, le
19:07violoncelle à la base.
19:08L'instrument qu'il avait fait flasher quand il était tout petit, c'est l'hélicon.
19:13Il avait vu passer le fanfare.
19:15Il a dit, je veux jouer de ça.
19:17Ça, il ne l'a pas dit.
19:18C'est vrai que je ne l'ai pas dit.
19:20Le musicien, il est à l'intérieur de l'instrument.
19:22C'est énorme, avec une embouchure comme ça.
19:25Il avait bien flashé.
19:26C'était des basses, déjà, on va dire.
19:52Il a une sensibilité, moi, qui me touche vraiment profondément.
19:57Parce que moi, ce que j'aime dans la musique, ce n'est pas la technique parfaite.
20:00C'est vraiment quelque chose qui vibre.
20:03J'aime avoir des émotions, sentir des choses, des couleurs, de timbres.
20:08Et ça, il l'a toujours eu.
20:10Et je trouve qu'il touche les gens au cœur.
20:16Il a la particularité d'arriver à faire apprécier tous les styles en plus.
20:23Tout, voilà, parce que je pense qu'il aime ça, quoi.
20:28Donc, il vit, il le vit.
20:31Et du coup, il le partage aussi.
20:33Et ça, c'est une qualité, quoi.
20:36Quand j'entends le résultat du disque, là, je suis quand même assez bluffée, quoi.
20:41Je me dis, waouh, il a une endurance quand même.
20:46La seule chose où il peut encore, de temps en temps, me faire peur, c'est qu'il se donne
20:49à 3000% tout le temps, surtout.
20:53Donc, quelquefois, là, c'était un programme quand même sur 15 jours avec, enfin, physiquement, c'était très, très fatigant,
20:58quoi.
21:00Et comme il est épais comme un réco, je me dis, est-ce qu'il va physiquement tenir ?
21:07C'est parce qu'il n'y a jamais de réserve chez lui.
21:10Il donne tout, tout le temps.
21:36Il y a beaucoup de sincérité aussi.
21:39Et un sens de l'amitié qui est très profond, ce qui fait que, voilà, souvent, les gens avec qui
21:44ils jouent, c'est des gens avec qui il y a quelque chose qui passe aussi, quoi.
21:48Et avec Rayland, j'avais faim avec notre chef, je trouve que ça, c'était une association incroyable.
21:54Je trouve qu'ils avaient deux sensibilités qui s'accordaient parfaitement, quoi.
21:58Et c'était, ben voilà, dans l'orchestre, c'était un vrai plaisir, quoi.
22:03Si tu étais une musique, tu serais quelle musique ?
22:05Si j'étais une musique, ça, alors, j'ai envie de part.
22:08Il ne faut pas que je réponde, surtout pour le violoncelle de Dvorak, parce que c'est un peu trop
22:11évident.
22:11Mais on est la tête dedans, là, en ce moment, c'est pour ça.
22:13En même temps, il te suit, il te poursuit.
22:15Et je ne vais jamais le renier tellement je le trouve magnifique.
22:18J'en suis toujours aussi fan.
22:21Non, mais je vais trouver autre chose.
22:23Je vais prendre une bossa qui s'appelle Black Orpheus ou Mania des Carnavals,
22:27qui est de Louis Bonfa, qui est un peu mon morceau symbolique de ce à quoi j'ai commencé
22:33à faire de l'impro, un peu plus jazz, à chercher les accords, etc.
22:37Et qui me suit depuis très longtemps.
22:38J'en ai même fait un arrangement pour le concert final de la classe de Gauthier Capuçon
22:41qui a fait un neuf, qui a fait le shaker avec nous dans cette bossa.
22:46Et sinon, je vais l'enregistrer bientôt avec mon accordéoniste pour un disque jazz
22:51qu'on fait dans quelques temps ici, au Trinitaire.
22:54Et c'est une bossa que j'ai beau jouer depuis des années,
22:57que je continue à, puisque c'est dans l'improvisation,
23:00je continue à explorer et à renouveler.
23:02Et donc c'est aussi, et qui est très, de toute façon, qui est très chill, en plus.
23:05Donc tant qu'à faire, puisqu'on a un Dvorak qui est héroïque,
23:08puis une bossa qui est assez chill, ça revient à mes personnalités d'enfance,
23:11donc on est pas mal.
23:36Quelle est ta musique d'enfance ?
23:39Ton souvenir d'enfance musical, peut-être le premier souvenir d'enfance ?
23:43Alors il paraît que ma mère est allée à un des derniers concerts de Barbara
23:45quand j'étais dans son ventre.
23:48Et qu'ensuite, quand j'étais bébé et que je pleurais,
23:51Métis du Barbara, et que ça me calmait tout de suite.
23:53Donc c'est peut-être ça inconsciemment.
23:55Et apparemment, elle a aussi beaucoup écouté les concertos de Haydn pour violoncelle,
23:58par Christophe Coing, qui est un violoncelliste baroque génial.
24:01Et donc ça marchait aussi très bien.
24:03Pas mal.
24:04Après, de mon côté, alors moi ça va être un mix entre mes musiques de collège,
24:08qui étaient plutôt Fifty Cent et Justin Timberlake,
24:11et toute l'époque hip-hop à R&B à ce moment-là,
24:14et les premiers disques de Usher et tout.
24:15Et puis on m'offrait les disques de violoncelle de Yo-Yo Ma,
24:18avec du tango et le double de Brahms.
24:21Donc, la musique de chambre de Brahms,
24:23et puis du hip-hop.
24:24C'était un peu ce mix-là, à ce moment-là.
24:27Et pour terminer, à quoi sert la musique ?
24:30Comment je pourrais répondre à une question aussi ?
24:33La musique, alors, on a envie de dire,
24:36elle fait du bien aux gens, sauf que ça paraît presque trop léger.
24:39Pour moi, ça fait vivre des expériences uniques,
24:43comme beaucoup d'art, de toute façon.
24:45Je pense que ça peut faire vivre une quantité infinie d'émotions,
24:48aussi bien pour ceux qui l'entendent que ceux qui la jouent normalement.
24:52Et des choses que la parole ne pourrait pas suffire à transmettre.
24:57Merci infiniment.
24:58On invite tous les téléspectateurs et téléspectatrices
25:01à se procurer ce magnifique album,
25:03Concerto, pour lui en celle de Dvorak,
25:05par Raphaël Jouan, l'Orchestre National de Metz-Grand-Est,
25:07David Raylan, à la baguette.
25:09Exactement.
25:10Et puis, on note également que tu vas te produire en concert,
25:12justement, avec l'orchestre, le 14 mars, à l'Arsenal de Metz.
25:15On peut te suivre sur les réseaux, un peu partout.
25:18Et puis, tu vas te produire à nouveau aussi au Trinitaire,
25:20avec un concert de jazz.
25:22Exactement. 29 avril.
25:23Et on fera deux concerts, avec mon accordéoniste,
25:26un set, un peu en double set jazz,
25:2819h, 21h,
25:29et les deux concerts seront captés par le label B-Records,
25:33qui nous fera donc un nouveau disque d'un projet complètement différent.
25:37Et celui-là, il est sur le label La Doce Volta,
25:40à mettre entre toutes les mains.
25:41Merci encore infiniment.
25:42Et à bientôt.
25:43À bientôt, merci.
26:09Votre dose quotidienne de spectacle,
26:11avec le Casino 2000 de Montdorff-les-Bains au Luxembourg.
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