00:02RTL, Le Monde en Marche
00:03Le Monde en Marche, William Galibert, bonjour William.
00:05Bonjour.
00:05Alors on va délaisser quelques minutes la guerre en Iran pour ce récit hallucinant,
00:09ce scandale dans l'un des restaurants les plus célèbres de la planète.
00:12Oui, on pensait avoir tout lu sur les caprices de chef et l'enfer des fourneaux,
00:16mais non, quand il n'y en a plus, il y en a encore.
00:18Et je vais vous raconter comment un chef mondialement vénéré
00:22maniait les humiliations et même la pique à barbecue pour harponner ses équipes.
00:27Et comment malgré tout, les candidats se battaient pour aller y travailler.
00:30Alors bienvenue chez Noma, à Copenhague, au Danemark, 3 étoiles Michelin,
00:365 fois numéro 1 du classement World's Best, donc 5 fois élu meilleur resto du monde.
00:42Et le chef, René Redzepi, le Mozart de la cuisine nordique,
00:47le gourou des algues et des radis fermentés.
00:49Il fallait des mois d'attente pour déguster ses baies sauvages,
00:53son concombre de mer et son sperme de poisson frit.
00:57Dans l'assiette, c'était concept.
00:59Et en cuisine, c'était carrément abject.
01:0235 témoignages dans la presse anglo-saxonne.
01:05Le premier, il ne pouvait pas frapper les gens pendant le service,
01:08alors il les piquait sous la table avec sa fourchette à barbecue.
01:12Punir toute l'équipe pour l'erreur d'une seule personne.
01:16Il traversait les cuisines et nous frappait tous dans la poitrine en nous insultant.
01:20Un soir, le volcan explose parce que le patron repère une petite trace de pince
01:26sur un pétale de fleurs déposé sur une assiette.
01:30Qui a fait ça ?
01:32Le chef Redzepi saisit les bretelles de son tablier,
01:35le plaque contre le mur et lui assène deux coups de poing dans l'estomac.
01:38Un autre soir, pétage de plomb parce que le chef n'aime pas la musique qu'il entend dans le
01:44restaurant.
01:44Il oblige toute l'équipe de cuisine à le suivre, dehors, dans le froid d'un noir.
01:49Il forme un cercle de la honte.
01:52Au milieu, celui qu'il désigne comme coupable.
01:55Il le frappe, il l'insulte, il l'humilie en parlant de sa sexualité.
01:59Tu vas le dire que tu...
02:01Tu vas le dire assez fort parce que tant que tu le dis pas, personne ne rentre.
02:06Je lis.
02:07Ses collègues restèrent silencieux jusqu'à ce qu'ils s'exécutent à bout de souffle.
02:11Puis, tous retournèrent dans la cuisine et reprirent le travail.
02:16L'épisode ne fut plus jamais évoqué.
02:19Et alors, ce chef star, René Redzepi, vient de présenter ses excuses officielles.
02:23Mais on a vu mieux comme excuse.
02:25Écoutez plutôt.
02:26Bien que je ne reconnaisse pas tous les détails de ces témoignages,
02:30j'y vois suffisamment de ressemblances avec mon comportement passé
02:34pour comprendre que mes actions ont nuit à mes collaborateurs.
02:37Mais il faut préciser aussi que le NOMA de Copenhague a aujourd'hui fermé,
02:42mais que des NOMA éphémères ouvrent partout dans le monde,
02:46comme cette semaine à Los Angeles, pour une série de dîners à 1300 euros par tête.
02:51Alors les excuses servent aussi à éteindre un peu l'incendie.
02:54Et puis, il y a le paradoxe absolu de cette histoire.
02:57Parce que malgré les coups, malgré les humiliations,
03:01les jeunes cuisiniers du monde entier continuaient de se battre pour rentrer chez NOMA
03:05et pour pouvoir dire qu'ils avaient travaillé avec René Redzepi.
03:09Des milliers de candidats pour quelques places de stagiaires
03:12qui travaillaient 16 heures par jour et souvent sans aucune rémunération.
03:15Mais NOMA, sur un CV, ça suffisait pour ensuite ouvrir toutes les portes.
03:20Un ancien cuisinier résume ce syndrome de Copenhague.
03:25C'était l'enfer, mais j'ai tellement appris que je ne peux pas dire que je le regrette.
03:29Comme si, dans certains temples de la gastronomie mondiale,
03:32on avait fini par croire que le génie excusait tout, et surtout l'inexcusable.
03:37Merci beaucoup William Galibert.
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