00:00Votre invité ce soir, Pascal Confavreux. Bonsoir, vous êtes porte-parole du Quai d'Orsay.
00:05Merci beaucoup d'être avec nous sur France 24 ce soir pour réagir à cette situation et à cette guerre
00:10au Moyen-Orient.
00:11Alors tout d'abord, concernant l'aide au retour des ressortissants français bloqués au Moyen-Orient,
00:16ils étaient environ 5 000 qui avaient demandé à être rapatriés. Où en est-on de la situation ?
00:23Alors, il y avait 400 000 français qui étaient dans la région.
00:27Sur ces 400 000, il y en avait 40 000 qui étaient des français de passage.
00:32Et sur ces 400 000, 7 500, en fait, ça a un petit peu augmenté, avaient demandé une aide au
00:37fait que nous puissions les aider à revenir.
00:39Donc, via le fil d'Ariane ?
00:40Via le fil d'Ariane, etc., auquel nous, effectivement, nous les indiquions, nous leur disions de s'inscrire.
00:46Nous avons avancé sur deux jambes. La première, ça a été, pour les plus vulnérables et dans les situations les
00:51plus difficiles,
00:51d'avoir des vols facilités ou affrétés, qui étaient soit des vols militaires, soit des vols civils,
00:56que nous affrétions en tant que ministère des Affaires étrangères.
00:59Il y a eu 7 vols depuis mardi dernier. Il y en a encore 4 qui vont venir jusqu'à
01:03mardi prochain.
01:04Ça a permis de faire revenir 880 personnes avec un dernier vol qui est arrivé il y a quelques heures,
01:11il y a 15h30 aujourd'hui.
01:13Il y a deuxième, disons, une deuxième jambe.
01:16C'est de faciliter les vols commerciaux. Il a repris les vols commerciaux, en particulier depuis des Émirats, où nous
01:22avons beaucoup de nos ressortissants.
01:24Et là, nous agissons dans deux éléments.
01:26Un, vis-à-vis des pays, pour que dès qu'un créneau s'ouvre dans ces espaces, dans ces ciels
01:32qui ne sont parfois pas ouverts ou en fonction des moments,
01:35que ces créneaux soient pour des vols vers la France.
01:37Et puis ensuite, avec les compagnies, soit locales, soit françaises, pour qu'elles puissent prendre ces créneaux et puissent rapatrier
01:44et ramener des Français.
01:46Et donc là, hier soir, il y avait eu un vol jeudi, 5 vols vendredi, 5 vols samedi, 6 aujourd
01:53'hui, 6 demain.
01:53Donc voyez, la dynamique est là.
01:56Et il y a eu à peu près 3 500 personnes qui ont pu revenir à samedi soir.
01:59Donc c'est à peu près combien de personnes qui sont locales ?
02:02Voilà, donc il y a 7 500 qui ont demandé de l'aide. Je vous ai donné à peu près
02:06les chiffres.
02:07Et en tout cas, nous mettons tout en œuvre, je vous dis à la fois sur les vols commerciaux et
02:11sur les vols affrétés.
02:12Et à leur frais, pour les vols commerciaux ?
02:15Alors les vols commerciaux, nous sommes extrêmement vigilants dans notre dialogue avec les compagnies.
02:18Parce qu'on sait que les prix ont explosé.
02:20Pour qu'elles les fassent à des prix qui soient abordables.
02:23Et vous arrivez à faire pression sur les compagnies ?
02:24Nous avons des discussions qui sont très directes et très franches avec elles.
02:28Depuis plusieurs jours, enfin toute cette semaine, certains Français qui se sont fait connaître sur le fil d'Ariane
02:34ont déploré le peu d'informations qu'ils avaient, de visibilité aussi sur ces vols.
02:39Est-ce que vous comprenez cette colère ?
02:42Nous nous comprenons la situation qu'ils vivent.
02:45Ça, je veux dire, qui ne peut pas imaginer cette situation de peur ?
02:54Ils ont déploré le peu d'informations qu'ils avaient tout au long de la semaine.
02:57Et donc là, il y a eu un engagement total qui a été fait par nos services diplomatiques et nos
03:01postes localement dans la région.
03:03Avec la mise en place aussi d'un, disons, ce qu'on appelle un renvoi téléphonique.
03:08Avec le centre de crise du Quai d'Orsay, une cinquantaine de répondants à ce moment-là.
03:12Donc nous avons traité 10 000 appels, 50 000 e-mails pour pouvoir donner le maximum d'informations
03:18en fonction aussi de ce que nous avions pour pouvoir leur permettre d'aller dans les plus brefs délais faire
03:24ces retours en France.
03:25Alors voilà donc pour cette aide au retour.
03:27Par ailleurs, on sait que le porte-avions Charles de Gaulle est arrivé en Méditerranée ce week-end.
03:31De nombreux rafales ont également été envoyés ainsi que des frégates en Méditerranée.
03:36La France assure avoir une position défensive dans cette guerre.
03:40C'est toujours le cas ?
03:41Oui, tout à fait. Nous ne sommes pas dans cette guerre. Nous ne voulons pas.
03:44Nous avons dit qu'elle se faisait en dehors du droit international.
03:50Donc notre posture, c'est d'appeler à la désescalade.
03:53Et à quoi va se servir ce dispositif ? Alors porte-avions, frégates, etc. ?
03:57Eh bien, elle est ici pour être non seulement à proximité de nos ressortissants,
04:02mais aussi à proximité de nos alliés.
04:05Donc nous avons des accords de défense avec différents alliés dans la région.
04:08Les pays du Golfe notamment ?
04:09Notamment les Émirats par exemple.
04:11Alors qu'est-ce que ça implique concrètement ces accords ?
04:14Ça implique qu'on est alliés dans les temps calmes et aussi on est alliés dans les temps moins calmes,
04:19comme c'est le cas à ce moment.
04:21Et c'est exactement notre position, c'est-à-dire quand il s'agit d'être présents.
04:25Donc nous avons envoyé à la fois, vous disiez, des avions, mais aussi des systèmes radars.
04:31Donc c'est participer à la défense aérienne de ces pays ?
04:34C'est participer à la défense des pays avec lesquels nous sommes alliés.
04:38Donc c'est exactement ça.
04:39Donc abattre des drones aussi ?
04:40Ça participe, disons, des éléments qui sont de faire partie de la protection
04:47sur laquelle nous nous sommes engagés sur le temps long.
04:48Qu'est-ce qui pourrait entraîner la France dans cette guerre ?
04:51Est-ce que c'est une éventualité ? Est-ce qu'il y a une ligne rouge ?
04:53Non, non, non. Nous ne sommes pas dans cette guerre et nous ne souhaitons pas l'être.
04:58Nous ne souhaitons pas non plus la régionalisation de conflits localement.
05:02Vous parliez dans vos reportages notamment de la situation du Liban.
05:05Il ne faut pas, par exemple, que le Liban soit entraîné dans une guerre qu'il n'a pas voulue.
05:12Malheureusement, c'est déjà le cas. En tout cas, il y a 500 000 déplacés.
05:15L'escalade qui est à l'initiative du Hezbollah est une faute majeure.
05:22Donc nous avons non seulement, bien sûr, appelé le Hezbollah arrêté de tirer sur Israël.
05:27Nous avons échangé au niveau du Président de la République ou du ministre des Affaires étrangères,
05:30Jean-Noël Barreau, avec nos obologues israéliens, pour les inciter à ne pas avoir d'attaque en profondeur ou terrestre
05:39sur le Liban,
05:41en violent la souveraineté libanaise.
05:43Et nous sommes en échange...
05:43En vain pour le moment, avec cette incursion terrestre.
05:46Et nous sommes en échange avec aussi des autorités libanaises,
05:48qui nous assurent faire tout ce qu'elles peuvent pour récupérer les positions tenues par le Hezbollah.
05:52Parce que ce que nous nisons, en fait, à la partie israélienne,
05:56c'est que c'est dans leur avantage qu'il y ait un Liban fort,
05:59qu'il soit souverain sur l'ensemble de son territoire,
06:01et que ce ne soit pas à Israël de faire la police du sud du Liban.
06:04Donc voilà, ça c'est une position, disons, de long terme que nous avons,
06:08depuis le cessez-le-feu du 27 novembre 2024.
06:10C'est une position que nous pensons être dans l'avantage du Liban,
06:14mais aussi d'Israël à long terme.
06:16Mais est-ce que vous estimez avoir été entendu,
06:18alors qu'encore une fois, le territoire libanais,
06:20notamment Beyrouth et puis le sud du pays, est pilonné,
06:23qu'il y a 500 000 déplacés ?
06:25Est-ce que vous avez l'impression d'avoir été...
06:26qu'Emmanuel Macron a été entendu par Benjamin Netanyahou ?
06:29Ah, les échanges sont très forts.
06:32Et c'est pour ça qu'à court terme,
06:34il y a le soutien aux forces armées libanaises.
06:37Vous savez que nous devions accueillir cette semaine,
06:39nous avons été obligés de les repousser à cause de la situation,
06:42mais une conférence de soutien aux forces armées libanaises.
06:45Notamment pour désarmer le Hezbollah ?
06:46Notamment pour ce qu'on appelait la phase 2,
06:49c'est-à-dire qu'elles étaient au sud du Litanie
06:50pour qu'elles puissent remonter et effectivement participer
06:52à ce qu'on appelle le plan de souveraineté au Liban,
06:56désarmer le Hezbollah.
06:59Et puis à court terme, là, le président de la République
07:01a décidé d'envoyer de l'aide humanitaire,
07:03parce que c'est aussi ça dont on parle, vous le mentionnez,
07:05une aide humanitaire qui va se traduire par de l'aide médicale,
07:10notamment 5 tonnes d'aide médicale dès ce début de semaine,
07:14et puis des aides à l'abri, des tapis de sol,
07:20des choses comme ça,
07:22puisque c'est ce dont a besoin actuellement le Liban.
07:25Pour ce qui est des frappes israélo-américaines
07:28qui se poursuivent sur l'Iran,
07:30alors on sait que par ailleurs, dans la riposte orchestrée par Téhéran,
07:35deux basses françaises ont été touchées ces derniers jours,
07:38toute la région s'embrase.
07:39Quelle est la position de la France cette fois
07:41par rapport à ces frappes israélo-américaines ?
07:45Emmanuel Macron l'a dit,
07:46qui s'effectuent en dehors de tout droit international.
07:48Mais il faut déjà que l'Iran arrête ses propres frappes,
07:51parce que la régionalisation est en train d'être là.
07:54Il ne faut pas...
07:54Nous avons dit ce que nous pensions des frappes israélo-américaines.
07:59Elles étaient en dehors du droit international.
08:02Et il aurait dû y avoir une consultation dans les instances compétentes
08:07pour pouvoir, disons, les activer.
08:09Vous savez, le droit international, c'est soit l'article 51 de la légitime défense,
08:12soit l'autorisation par le Conseil des Sécurités des Nations Unies.
08:14Ce sont les deux cas permis par le droit international et la Charte des Nations Unies.
08:19Mais il ne faut pas oublier que, de base, la situation est là,
08:23parce que c'est l'Iran qui est premièrement responsable de cette escalade,
08:27avec le risque qu'elle fait peser sur l'acquisition d'une arme nucléaire,
08:34son programme balistique et la déstabilisation régionale
08:36avec ses différents proxys aux alentours.
08:39Donc, il faut, à court terme,
08:41que l'Iran cesse de bombarder avec ses missiles les pays régionaux.
08:48Et, par ailleurs, qu'effectivement, le droit du peuple iranien soit entendu,
08:54d'autant plus après la violence d'État qui s'est abattue sur eux début janvier.
08:59On a appris ce soir qu'Emmanuel Macron s'est donc entretenu,
09:02non seulement avec Donald Trump, mais aussi avec le président iranien Massoud Pézéjkouan.
09:07La France est-elle encore audible face à ce genre de leader ?
09:11Je crois que vous répondez par votre question, puisqu'elle leur parle et elle joue tout son rôle.
09:16Je crois que c'est la France...
09:17Mais est-ce que c'est valoir véritablement son point de vue ?
09:19La France est la seule...
09:19Vous posez la question par rapport à Benjamin Netanyahou tout à l'heure,
09:22mais même question face à Trump.
09:24La France est la seule, je crois, des pays européens à parler en direct aux responsables iraniens.
09:29Et nous l'assumons d'avoir cette ligne.
09:31Nous l'avions d'ailleurs lors de la guerre des 12 jours en juin dernier.
09:35Qu'est-ce qu'il a dit, le président, à son homologue iranien ?
09:39Il a dit plusieurs choses.
09:40Premièrement, que le sort de Cécile Colleur et Jacques Paris, c'était une absolue priorité pour nous.
09:46D'ailleurs, Jean-Noël Barraud s'est entretenu avec eux ces derniers jours.
09:50Il s'est entretenu avec eux, je crois, hier.
09:52C'est une nouvelle d'ailleurs.
09:53Ils sont toujours au sein de l'ambassade à Tléran.
09:55Ils font preuve, je crois, d'un remarquable courage depuis toutes ces années qu'ils vivent en Iran.
10:01C'était extrêmement important qu'ils puissent sortir des conditions terribles dans lesquelles ils étaient,
10:05dans la prison d'Evin il y a quelques semaines et quelques mois désormais.
10:10Maintenant, la priorité absolue, c'est qu'ils puissent revenir en France.
10:14Ils sont en sécurité.
10:16En tout cas, c'est tous nos efforts poussent pour cela.
10:19Le deuxième élément, c'est que ce qu'a rappelé le président Macron,
10:24c'était que les Iraniens cessent leur frappe sur les pays de la région,
10:29qu'ensuite ils assurent une liberté de navigation dans le détroit d'Hormuz.
10:33Encore un autre de vos dossiers en parlait.
10:36Parce que derrière se jouent, disons, les grandes métriques de l'économie mondiale
10:41et qui nous touchent particulièrement.
10:44Vous savez que le président a souhaité que soit mis en place une coalition internationale
10:51pour assurer cette liberté de navigation.
10:53On passe quand même, par le détroit d'Hormuz, 20% du transit mondial de gaz et de pétrole.
10:59Ensuite, enfin, c'était de rappeler nos positions à la fois sur le programme nucléaire,
11:05le programme balistique et la sécurité régionale.
11:07Dernière question rapide, Donald Trump a appelé à la capitulation immédiate du régime en place en Iran
11:12et entend avoir voix au chapitre sur la future direction du pays.
11:15Qu'en pense la France ?
11:16On a beaucoup de doutes sur les changements de régime imposés par l'extérieur.
11:21L'histoire récente est pleine de douloureux exemples.
11:26Et nous pensons que la solution de long terme, à la fois pour le sujet du programme nucléaire iranien,
11:33mais comme pour l'avenir des Iraniens, elle se fait par la diplomatie et par redonner la voie au peuple
11:38iranien.
11:38Merci beaucoup Pascal Confavre d'avoir répondu à nos questions ce soir dans Au cœur de l'Info.
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