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00:00Bonjour à tous, bienvenue sur France 24.
00:03Israël intensifie ses frappes sur l'Iran et notamment la capitale, Téhéran,
00:07tandis que les gardiens de la révolution affirment avoir touché un pétrolier américain dans le nord du golfe Persique.
00:12Les Américains qui ont torpillé et coulé hier un navire iranien, c'est une première depuis la seconde guerre mondiale.
00:18Au moins 87 personnes ont été tuées.
00:20Quelle est la stratégie de Washington face à l'Iran ?
00:23On va en parler avec Philippe Etienne, ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis et en Allemagne.
00:28Bonjour, merci d'être avec nous.
00:30Avant de vous laisser la parole, on va revenir sur ce qui s'est passé hier.
00:33Ce navire iranien coulé par les Américains en large de la côte sud du Sri Lanka,
00:38ça a été annoncé en conférence de presse par le secrétaire d'Etat à la Défense Pitexet.
00:43Écoutez le récit de Victor Faubert.
00:46L'image a été relayée par le Pentagone.
00:49Un navire de guerre est soudainement projeté au-dessus de l'eau par l'impact destructeur d'une torpille.
00:55A l'avant du bateau, on peut voir des silhouettes tentées de rejoindre la proue.
01:00Le ministère de la Défense américain affirme avoir ciblé un bâtiment iranien au large du Sri Lanka.
01:08Hier, dans l'océan Indien, un sous-marin américain a coulé un navire de guerre iranien qui se croyait en
01:14sécurité dans les eaux internationales.
01:16Il a été coulé par une torpille, une mort silencieuse.
01:19Le premier navire ennemi coulait par une torpille depuis la Seconde Guerre mondiale.
01:27Les gardes-côtes Sri-Lankais ont reçu un appel de détresse quelques minutes plus tard.
01:32Et à leur arrivée sur place, ils n'ont trouvé qu'une tâche de fioul et des marins en détresse.
01:38Le navire avait déjà coulé.
01:41Lors d'une opération de recherche et de sauvetage, nous avons secouru un groupe de personnes en mer.
01:46Après avoir discuté avec elles, il est apparu clairement qu'elles provenaient d'un navire iranien et qu'elles nécessitaient
01:53des soins médicaux urgents.
01:55L'appel de détresse provenait de l'Iris d'Ena, une frégate légère de la marine iranienne mise en service
02:01en 2015.
02:03Le navire avait été filmé en 2023 dans le port de Rio de Janeiro et avait récemment participé à un
02:10exercice militaire en Inde.
02:11Sur X, le ministre des Affaires étrangères iranien dénonce un tir sans sommation dans les eaux internationales et menace les
02:19Etats-Unis.
02:20Les Etats-Unis regretteront amèrement le précédent qu'ils ont créé.
02:24Les autorités sri-lankaises ont repêché les cadavres de certains marins iraniens.
02:29Une partie de l'équipage est toujours portée disparue.
02:34Philippe Etienne, est-ce que selon vous ce navire coulé hier, c'est un point de bascule dans cette guerre
02:38?
02:39C'est un acte de guerre dans les ondes internationales.
02:42Le secrétaire à la défense, à la guerre, le ministre de la guerre américain,
02:49ne cache pas dans la déclaration que vous avez passée à l'instant
02:53que le fait que ce soit dans les eaux internationales...
02:56Voilà, c'est ce qu'il voulait faire.
03:01Donc on est de nouveau en dehors de toute l'égalité internationale,
03:05mais ça correspond aux déclarations précédentes de ce ministre lundi dernier.
03:09Et moi j'interprète cet acte revendiqué, assumé,
03:13on dit même la première fois depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale,
03:16comme la volonté de l'administration américaine de montrer aux dirigeants iraniens
03:21qu'ils vont faire tout le nécessaire, y compris évidemment avec Israël,
03:27pour que la guerre soit le plus court possible en fait.
03:30Ils voudraient accélérer ce qu'ils espèrent à un moment être une capitulation du régime iranien.
03:37Les Etats-Unis, depuis la Seconde Guerre mondiale, ils en ont connu des guerres.
03:40Comment on explique qu'aucun navire ennemi n'ait depuis été torpillé par les Américains ?
03:45Ça tient à la nature des guerres.
03:47Par exemple l'invasion de l'Irak,
03:50ou la reconquête du Koweït pour les deux guerres d'Irak.
03:53C'était des guerres essentiellement terrestres avec un appui aérien.
03:59Le Vietnam aussi.
04:04Maintenant, dans cette guerre, il y a un clair enjeu maritime.
04:07D'ailleurs, le président Trump, dès sa première déclaration,
04:10avait parlé de la marine iranienne.
04:12Il avait dit qu'on allait détruire les forces balistiques,
04:15c'est-à-dire les missiles, les drones, les lanceurs de missiles.
04:19Et on va aussi détruire la marine iranienne.
04:22D'abord parce que la marine iranienne peut tirer elle-même des armes
04:28contre les forces américaines.
04:29Mais aussi parce que c'est le détroit d'Ormus dont on parle.
04:34Et donc, j'imagine que là, il y a un objectif stratégique important pour les Américains
04:40d'empêcher, en tout cas de priver l'Iran, d'un moyen d'intervenir dans cette région
04:48pour atteindre des objectifs dans une zone maritime qui est très sensible.
04:52Alors, on l'a appris tout à l'heure, la présence d'aéronefs américains
04:56était autorisée de manière temporaire sur des bases françaises au Moyen-Orient.
05:00Est-ce que les États-Unis ne sont pas en train d'entraîner leurs alliés malgré eux dans cette guerre
05:04?
05:06Bon, au début, le président de la République a clairement dit qu'il n'y a pas eu de consultation.
05:11La question se pose maintenant de la situation où nous sommes.
05:17Et la situation où nous sommes, c'est que le régime iranien a décidé d'élargir au maximum
05:21le nombre de fronts, y compris en bombardant des pays où, c'est vrai, les Américains ont des militaires,
05:33mais qui n'étaient pas dans cette guerre.
05:34Et parmi ces pays, il y en a avec lesquels la France est liée par des accords de défense.
05:38Il y a aussi des pays, ce sont parfois les mêmes, où la France a elle-même des installations militaires.
05:44D'où la décision et l'annonce par la France, il y a quelques jours, avec le Royaume-Uni d
05:50'ailleurs, et l'Allemagne,
05:51que nous adoptons une posture défensive qui vise en particulier à défendre, bien sûr,
05:58nos intérêts de sécurité dans la région et nos communautés, mais également à défendre nos alliés,
06:06et en particulier plusieurs pays du Golfe.
06:09Les Émirats arabes unis sont un cas important parce que nous avons cette base qui a été d'ailleurs attaquée
06:13par un drone iranien.
06:14Mais le président de la République a aussi cité Chypre, qui a aussi été attaquée,
06:19et la Grèce, c'est-à-dire la Méditerranée orientale, vers laquelle est en train de se diriger le porte
06:25-avions Charles de Gaulle
06:26et son groupe aéronaval.
06:28Donc la question que vous posez, j'imagine, s'inscrit dans cette posture défensive que la France, avec d'autres
06:36comme le Royaume-Uni, a décidé de prendre.
06:38Au sujet des frappes sur l'Iran, est-ce que la logistique est autant assurée par les Américains que par
06:44les Israéliens ?
06:45Quand vous dites la logistique, vous pensez...
06:49Les frappes sur l'Iran, qui bombarde le plus l'Iran ?
06:51Alors, je pense qu'au début, clairement, il y a eu... C'est Israël qui a ouvert les premières frappes,
06:58avec du renseignement américain.
07:00Et depuis, ils se sont partagés le travail, visiblement, en ayant une décision du président Trump, contrairement à ce qui
07:09s'était passé en juin,
07:11d'y aller ensemble, pour avoir un effet aussi massif que possible.
07:16Alors, j'imagine qu'ils se partagent les cibles. Et pour avoir un effet aussi massif que possible, à la
07:22fois sur les infrastructures militaires,
07:26comme au mois de juin, mais aussi sur les infrastructures du pouvoir de la République islamique d'Iran, du régime
07:32iranien,
07:34notamment les lieux de commandement de la police, les tribunaux,
07:39afin de montrer qu'on n'oublie pas le rôle que ces institutions ont joué dans la répression sanglante du
07:45peuple iranien.
07:47Après, je ne sais pas exactement quel est le partage des tâches, mais visiblement, il y a un tel partage.
07:52Justement, à partir de quel moment les Américains estimeront avoir triomphé dans cette guerre ? C'est quoi exactement l
07:58'objectif ?
07:59Alors ça, c'est la vraie question que vous posez. Et ce n'est pas les Américains, c'est un
08:03homme, c'est le président Trump.
08:05On a vu dans ses déclarations depuis le début qu'il variait quand même.
08:11Alors on peut comprendre que, contrairement à Israël, pour qui les choses sont claires,
08:17c'est le changement d'un régime, abattre un régime qui proclame qu'il veut détruire Israël.
08:23Mais ce n'est plus si clair le côté des États-Unis.
08:25Pour les États-Unis, ça n'a jamais été très clair, en fait, depuis le début.
08:29Et le président Trump, à qui reviendra cette décision, se garde sans doute la possibilité
08:36de déclarer victoire, en tout cas, quand il décidera d'arrêter les combats, en montrant
08:42une série de résultats.
08:43Alors effectivement, il a à plusieurs reprises laissé entendre qu'une victoire pourrait
08:50être considérée sans changement de régime.
08:52Mais avec d'autres dirigeants au sein du régime iranien, il a toutefois remarqué
08:57que beaucoup avaient été tués, pour assumer au sein du régime et de sa poursuite un
09:03cours politique différent vis-à-vis d'Israël et des États-Unis.
09:07Donc on voit bien qu'entre l'objectif de destruction du potentiel nucléaire et du potentiel
09:17balistique, c'est-à-dire la capacité de lancer des missiles vers les intérêts américains,
09:23vers Israël, même vers l'Europe, parce que ces missiles ont des portées qui vont
09:27jusqu'à 2000 kilomètres.
09:29Et l'aide au peuple iranien en tuant les responsables du régime actuel.
09:37Il y a une série d'objectifs intermédiaires qui pourraient permettre au président Trump
09:43qui n'a aucune envie que cette guerre dure trop longtemps.
09:45Il en voit les effets dans son opinion, l'opinion américaine, contrairement à l'opinion
09:49israélienne, l'opinion israélienne est favorable, l'opinion américaine est défavorable
09:53en général à cette guerre, y compris dans la base politique du président Trump.
09:57Donc il veut sans doute pouvoir se laisser la possibilité de déclarer une victoire que
10:03Israël, son allié dans cette guerre, peut-être trouvera insuffisante.
10:07Justement, est-ce que c'est une bonne idée pour Donald Trump d'entamer une guerre à
10:10quelques mois des élections de mi-mandat ?
10:13Alors, j'allais dire de façon un peu provoquante qu'il faudrait lui poser la question.
10:20Encore faudrait-il qu'il nous laisse lui poser des questions.
10:22Je pense que comme...
10:23Il rencontre volontiers les journalistes.
10:25Il répond à tous les journalistes.
10:27Mais c'est vrai que la question s'est forcément posée à lui.
10:32Parce que lui, quel est son objectif principal en politique américaine ?
10:37C'est de gagner, de ne pas perdre ses élections de mi-mandat, qu'il avait perdu en 2018.
10:44Je me souviens de la mauvaise humeur où il était à l'époque.
10:48J'étais ambassadeur à Washington pendant son premier mandat.
10:51Et que beaucoup de présidents perdent d'ailleurs.
10:53C'est un cycle démocratique qu'on connaît.
10:56Or, aujourd'hui, sur les facteurs économiques qui font que les Américains votent sur tout,
11:01et même sur la politique de l'immigration après les excès de la police de l'immigration à Minneapolis,
11:07qui ont choqué les Américains, même une partie de ceux qui approuvaient la rigueur
11:11contre l'immigration illégale de l'administration Trump,
11:15c'est vrai qu'on le voit dans les scrutins actuels, les scrutins partiels,
11:20c'est vrai que les Républicains ne sont pas du tout en position favorable.
11:24Alors là, le président Trump a fait un pari.
11:28Parce que finalement, après qu'il ait promis, juré, que, contrairement à ses prédécesseurs,
11:35il ne se lancerait pas dans une nouvelle guerre pendant des années et des années,
11:39voilà qu'il commence une nouvelle guerre avec une forte amplitude,
11:43mais c'est vrai, pas avec un engagement au sol, et qu'il a ses élections.
11:48Donc le pari, c'est que, on revient à la question précédente,
11:51il pourra déclarer victoire, quelle que soit l'ampleur de cette victoire, il la définira,
11:57et porter ceci au crédit de son action devant le peuple américain, devant les électeurs.
12:03Bien entendu, c'est un pari parce qu'il y a des risques, y compris en termes de pertes humaines.
12:10Il y a 6 soldats américains qui ont été tués, en tout cas en 6 jours depuis...
12:14Et puis beaucoup de pertes civiles au Liban maintenant, en Iran aussi.
12:18Cette affaire de bateau, comment va réagir même le public américain ?
12:25Comment est-ce que, d'ailleurs, cela va interagir avec l'opinion publique iranienne ?
12:30L'opinion publique iranienne déteste ce régime, en tout cas une bonne partie d'entre elles.
12:34Il ne faut pas croire que tout le peuple iranien est 100% d'accord sur tout.
12:38Vous savez, l'Iran est un pays qui a beaucoup de régions, beaucoup d'ethnies, beaucoup de courants.
12:43D'ailleurs, politique, quand c'était une démocratie, il y avait différents courants.
12:46Enfin, ce peuple, majoritairement, après la répression qu'il lui a appliquée, déteste le régime.
12:52Maintenant, comment le peuple iranien va vivre cette guerre si elle se prolonge ?
12:57Moi, je ne sais pas.
12:58Et puis, l'autre risque que le président Trump a pris concerne les retombées de cette guerre
13:04sur les conditions économiques, notamment, et notamment le prix de l'essence à la pompe,
13:10qui est un indicateur très important pour les électeurs dans le cadre de la question du pouvoir d'achat,
13:16qui est toujours la question fondamentale, et où Donald Trump essaye de prouver aux Américains
13:22que lorsqu'ils voteront en novembre, il leur a rendu du pouvoir d'achat.
13:27C'est un combat qui n'est pas gagné d'avance, surtout si les conditions de cette guerre
13:32rendent plus difficile la situation économique en général,
13:37d'où l'attention qu'il porte certainement à l'évolution des marchés énergétiques
13:41et des marchés financiers aussi.
13:44Est-ce que c'est aussi le nombre de morts du côté américain qui peut déterminer la fin de la
13:48guerre ?
13:48Alors, je pense que c'est aussi un paramètre essentiel pour le président américain.
13:52Il a dit qu'il y en aurait des morts, qu'il y en aurait sûrement d'autres.
13:54Il a pris la précaution de le dire dès le début,
13:58ce que sans doute ses commandants militaires lui avaient dit.
14:01La guerre a une telle ampleur, on s'attendait à ses représailles iraniennes.
14:06Donc, il y en a eu. Il n'y en a pas eu autant que dans d'autres conflits précédemment.
14:10Mais, quel que soit le nombre, voir les images de ses cercueils
14:15avec le drapeau américain, la bannière étoilée qui revient aux Etats-Unis,
14:22ça évoquera de toute façon des mauvais souvenirs.
14:25Donc, il a pris cette précaution.
14:27Moi, je ne vous dirais pas qu'il y a un seuil, évidemment,
14:30de nombre de victimes américaines.
14:32Mais, c'est certainement un des paramètres essentiels pour lui.
14:35Est-ce que le président américain a le soutien inconditionnel des Républicains ?
14:40Je parle de la branche MAGA et de la branche plus traditionnelle des Républicains.
14:45Alors, je dirais qu'il y a plusieurs parties dans son électorat.
14:49Celui qu'il a porté au pouvoir, qu'il a remis au pouvoir en 2024.
14:53Il y a effectivement ces deux grandes parties,
14:55mais c'est encore un peu plus compliqué que ça,
14:57parce que la base MAGA est divisée, en fait.
15:01Pourquoi ? Parce qu'il y a ceux qui veulent de toute façon soutenir le président Trump.
15:06Parce que c'est lui qui porte leur projet, leur espoir.
15:09Et même s'ils n'ont pas le sentiment d'être à l'aise,
15:13puisque cette branche MAGA était celle qui ne voulait plus de nouvelles guerres à l'étranger,
15:19ils vont continuer à le soutenir.
15:21Mais ça, ça va aussi dépendre de la question précédente.
15:25Quelle durée de la guerre ? Combien de victimes ?
15:28Combien de victimes en particulier parmi les soldats américains ?
15:32On voit quand même une frange de MAGA qui, dès le début, s'est désolidarisé.
15:38Elle dit, non, ce n'était vraiment pas notre projet.
15:40Nous exprimons notre désaccord.
15:42Quant aux électeurs républicains modérés et aux électeurs indépendants,
15:47parce que vous savez, aux États-Unis, il y a en gros trois gros tiers.
15:50Ceux qui se déclarent républicains, ceux qui se déclarent démocrates et ceux qui se déclarent indépendants.
15:56Et ce sont ces derniers qui font en fait l'élection.
16:01Parce que les autres, leur vote est quasiment acquis.
16:04On a vu ces derniers mois le score de popularité du président Trump baisser sensiblement au sein des indépendants.
16:14Donc, c'est là que se situe l'enjeu des élections.
16:17C'est sans doute là que ça va se jouer.
16:19D'abord dans les circonscriptions et les États un peu marginaux.
16:23Enfin, marginaux dans le sens où il y a un équilibre encore entre républicains et démocrates.
16:29Donc, ces États à la marge qui ne sont ni totalement républicains, ni totalement démocrates.
16:33Mais même dans des États très républicains.
16:35On a vu récemment des élections partielles au Texas, par exemple,
16:38qui alors là, complètement républicains, qui ont montré une évolution possible.
16:42Donc, c'est là où je dis que le pari, mais le président Trump fait des paris,
16:47et ce n'est pas la première fois, le pari est important.
16:50Il peut être gagné, il peut être perdu aussi.
16:52Vous le disiez, sa base, elle n'est pas forcément interventionniste à Donald Trump.
16:56Au contraire.
16:57Sa base à Donald Trump ?
16:58Elle est anti-interventionniste.
17:00Voilà.
17:02Est-ce qu'il n'est pas en train de la fragiliser, justement, avec ce conflit ?
17:05Oui, mais c'est là où elle parie.
17:08C'est le pari, c'est ça.
17:09Vous savez que dans la population américaine, il faut aussi dire ça,
17:12il y a ce souvenir, alors, pas direct, parce qu'en Iran, comme aux États-Unis,
17:18les générations ont changé.
17:19En Iran, on n'a plus les générations des révolutionnaires de 79,
17:23on n'a plus non plus les générations de la guerre lancée par Saddam Hussein
17:27contre l'Iran dans les années 80,
17:29qui ont défini le pouvoir iranien qu'on voit aujourd'hui.
17:32Du côté américain aussi, les gens, évidemment,
17:35les électeurs, la plupart d'entre eux, n'ont pas connu le début de la révolution iranienne.
17:40Mais il y a quand même ce souvenir de la prise d'otages de l'ambassade américaine à Téhéran
17:45sous Jimmy Carter et de l'échec de la tentative militaire
17:49que le président Carter, à l'époque, avait lancée pour récupérer ses otages.
17:55Donc, dans le pari de Donald Trump, ça fait partie aussi, sans doute, de l'équation.
18:00C'est là où il peut retrouver une certaine compréhension d'un certain électorat,
18:05même au-delà de sa base, s'il arrive, alors, dans le meilleur des cas pour lui,
18:12à vraiment, comme Israël le souhaite aussi, se débarrasser de ce régime,
18:17sans aboutir à une situation de chaos, parce que ça, c'est l'autre problème.
18:21Mais en tout cas, montrer qu'il a réussi, en quelque sorte, à clôturer une longue période
18:30de près de 50 ans, finalement, en lançant l'Iran d'une manière ou d'une autre sur une autre
18:36politique.
18:37Donc voilà, on voit assez bien, il y en a sans doute d'autres que je n'ai pas décrits,
18:41mais les différents paramètres, en plus ou en moins, qui seront ceux du peuple américain,
18:49quand il aura décidé, est-ce que finalement, par des bulletins de vote,
18:54est-ce que finalement, le président Trump a eu raison ou pas ?
18:56Que pense J.D. Vance, le vice-président de cette guerre ?
18:59Comment il se positionne ? Est-ce qu'il a son mot à dire, d'ailleurs ?
19:02Alors, dans le système américain, le vice-président, quel que soit le président,
19:07a une position très, très compliquée, parce qu'en fait, il est très haut.
19:12D'abord, c'est lui qui succède au président, si le président n'est plus en état d'exercer sa
19:16fonction.
19:17C'est parfois, par ailleurs, le successeur naturel à l'élection suivante,
19:22au nom du parti du président électrique.
19:24On imagine J.D. Vance dans quelques années.
19:25Et donc, on peut imaginer J.D. Vance candidat à la prochaine élection présidentielle.
19:29Mais en même temps, le vice-président n'a pas vraiment de pouvoir en propre, de compétences.
19:36Et au début du mandat de Joe Biden, d'ailleurs, Joe Biden avait confié une affaire à sa vice-présidente
19:42qui a mal à risque, qui était l'immigration et la frontière.
19:46Bien mal, Laurent en a pris, parce que finalement, c'est un des échecs du mandat de Joe Biden
19:50qui a permis à Donald Trump de revenir à la Maison-Blanche.
19:55Là, de manière assez notable, le président Trump a donné à son vice-président un dossier, lui aussi.
20:03C'est la lutte contre les fraudes à la sécurité sociale, notamment au Minnesota.
20:07Et notamment de la part d'une partie de la population immigrée au Minnesota.
20:12On parle de la communauté somalienne, notamment.
20:15C'est intéressant aussi, par rapport à ce positionnement,
20:19parce que vous avez raison de poser la question.
20:22Traditionnellement, on dit que J.D. Vance fait partie, parce qu'il a été influencé,
20:28il est venu à la politique par cette partie, de l'aile non-interventionniste.
20:33Et qu'on dit, mais je ne sais pas si c'est vrai, qu'il ne se sent pas forcément
20:37très à l'aise
20:38dans ses décisions d'intervenir.
20:40Par loyauté, il les soutient, bien sûr.
20:43Mais c'est un point où il peut...
20:47Je ne suis pas dans sa tête, même si je lui ai parlé quand j'étais ambassadeur,
20:50mais c'était une autre époque.
20:51On peut imaginer qu'il ne fait pas partie de ceux qui sont tout à fait à l'aise.
20:57Par contre, il fait sûrement partie de ceux qui, justement, conseillent le président,
21:02parce qu'il y a des enceintes, le Conseil national de sécurité,
21:04où il se retrouve, où il a sa voix avec d'autres,
21:07pour avoir une guerre aussi victorieuse et aussi courte que possible.
21:12En tout cas, même si tous les républicains ne sont pas d'accord avec Donald Trump,
21:16il a reçu leur soutien hier au Sénat.
21:18Une résolution qui visait à limiter les pouvoirs de Donald Trump en Iran a été rejetée.
21:22Elle avait été déposée par le sénateur démocrate Finkein.
21:24Oui. Alors, c'est intéressant parce qu'en 1973,
21:29au vu de l'échec de la guerre du Vietnam,
21:33le Congrès américain a réaffirmé ses pouvoirs,
21:37que la Constitution américaine lui donne.
21:39C'est l'article 1 de la Constitution.
21:41L'article 2 sur le président, l'exécutif, dit que le président est le chef des armées.
21:44Mais l'article 1 dit que c'est le législatif, le Congrès, qui déclare la guerre.
21:49Et les présidents américains, au fil des ans, ont un peu oublié,
21:53et là, je ne parle pas de Donald Trump,
21:55et lancé des opérations militaires sans demander l'accord du Congrès.
22:01Donc, en 1973, il y a une résolution sur le pouvoir de guerre qui réaffirme ça.
22:05Or, là, le président Trump a lancé une guerre,
22:08on ne peut pas dire que ce n'est pas une guerre,
22:10sans aller devant le Congrès.
22:11Donc, bien sûr, les démocrates disent à leurs collègues républicains,
22:14mais qu'est-ce que vous en pensez quand même ?
22:16Les pouvoirs du Congrès, la Constitution américaine ne sont pas respectés.
22:20Or, les républicains, eux, même ceux qui seraient d'accord,
22:25ils ne peuvent pas vraiment, j'allais dire,
22:29aller contre le président Trump dans son dos, en quelque sorte,
22:33alors qu'il y a cette guerre,
22:34que les boys sont sur le terrain,
22:38que les aviateurs américains sont dans les airs,
22:41les navires américains sont en mer.
22:43Vous voyez ce que je veux dire ?
22:44Moi, je pense que ça ne pouvait pas faire l'objet d'un vote
22:49critiquant le président américain,
22:52parce qu'il y a un réflexe de solidarité naturelle.
22:56Mais aussi parce que les républicains craignent aussi,
23:00pour leurs propres prochaines élections,
23:03des réactions du président Trump,
23:04qui n'aime pas qu'on s'oppose à lui,
23:06et qui parfois suscite des candidatures alternatives aux républicains,
23:10qui le critiqueraient.
23:11Mais globalement, je pense qu'il y a effectivement un sujet constitutionnel américain,
23:15en plus du sujet juridique international,
23:18et tout le monde en est conscient.
23:20Il était aussi allé faire capturer Nicolas Maduro sans demander l'avis du Congrès.
23:24Oui. Alors là, c'était une opération spéciale,
23:28très chirurgicale.
23:30Est-ce que c'est une guerre ? Est-ce que ce n'est pas une guerre ?
23:31Mais vous avez raison. Déjà à l'époque, ça fait tellement vite,
23:35et c'était il y a quelques semaines seulement,
23:37quand l'armée américaine a commencé à bombarder des navires
23:40dans les mers des Caribes ou dans le Pacifique,
23:44certains en congrès ont commencé à s'émouvoir.
23:47Est-ce que cette guerre, finalement, ce n'est pas l'occasion pour les démocrates
23:50de gagner des points avant les élections de mi-mandat ?
23:52Ça revient à la question précédente.
23:56Les démocrates sont eux aussi dans une situation qui n'est pas complètement évidente.
24:01On l'a bien vu lors de leur première déclaration.
24:04Ils ont centré leur critique sur le non-respect de la Constitution.
24:09On vient d'en parler.
24:10Ils ont centré leur critique sur le président Trump trahissant ses promesses.
24:15Vous aviez dit que vous n'engageriez pas les États-Unis
24:19dans des guerres longues de nouveau, c'est ce que vous faites.
24:21Ils ont mis en avant des élus démocrates qui ont fait la guerre d'Irak,
24:26qui ont fait éventuellement la guerre du Vietnam,
24:28s'il y en a encore, et il y en a sans doute quelques-uns.
24:31Mais en tout cas, les guerres d'Irak et d'Afghanistan,
24:34eux qui ont combattu dans ces guerres,
24:37qui ont été aussi comme le Vietnam des échecs.
24:40Mais en même temps, les démocrates sont aussi dans cette position
24:43de ne pas pouvoir critiquer, par exemple,
24:47ni l'alliance avec Israël
24:49pour aller se débarrasser de ces dirigeants d'un régime
24:53qui a tué, qui a provoqué des crimes horribles contre le peuple iranien.
24:59Et ils ont aussi en tête le contexte historique des relations humains aux États-Unis,
25:03que je vous rappelais.
25:04Donc je pense que le jeu des démocrates,
25:07ce sera de saisir la moindre opportunité,
25:09que ce soit les conséquences économiques dont on parlait avant,
25:12pour les Américains,
25:14que ce soit les difficultés que rencontrera la campagne américaine ou israélienne.
25:18Et on voit qu'elle n'est pas si simple que ça.
25:21Pour mettre en difficulté les Républicains dans les prochaines élections,
25:24mais ils doivent aussi, évidemment,
25:26là encore, maintenir
25:28une certaine limite
25:32par rapport à l'intérêt national des États-Unis
25:37au moment où cette guerre est engagée.
25:40J'aimerais vous poser une question un petit peu plus personnelle.
25:42Vous avez été ambassadeur aux États-Unis entre 2019 et 2023.
25:46C'est bien ça ?
25:47Sous l'administration Trump ?
25:48Oui, et auparavant, j'étais conseiller du président Macron.
25:51Voilà.
25:51Et c'est, en fait, ces deux années, entre 2017 et 2019,
25:54où j'ai surtout été en contact avec le président Trump et son administration,
25:58puisque, en fait, c'était les premiers contacts entre les deux présidents.
26:04Quelle différence vous percevez entre l'administration Trump d'aujourd'hui et celle de 2019 ?
26:10Alors, il y a une différence évidente, mais ce n'est pas original,
26:13ce que je veux dire, tout le monde le dit,
26:14mais moi, je l'ai vécu.
26:16C'est qu'en arrivant au pouvoir, après l'élection de 2016,
26:19Donald Trump n'était pas préparé.
26:21Et sans le vouloir, forcément, il a été entouré,
26:25par ce qu'on a appelé des adultes dans la pièce,
26:27c'est-à-dire des gens de l'establishment,
26:29celui-là même qu'il avait critiqué dans sa campagne,
26:32mais qui étaient quand même des républicains.
26:33Mais il fallait s'entourer.
26:34Et qu'il fallait bien nommer,
26:36des gens d'ailleurs extrêmement respectables,
26:39comme le secrétaire Matisse, le général Matisse,
26:42qui était son premier ministre de la Défense.
26:47Et donc, cette contrainte,
26:50cette fois, il en était tout à fait conscient
26:52quand il a refait campagne,
26:54quand il a voulu revenir au pouvoir,
26:56ce qui n'était pas gagné l'avance,
26:57il y a réussi.
26:58Et il a dit, cette fois-ci,
27:00je prendrai le temps de préparer une administration
27:04d'où j'aurai exclu tous les éléments
27:06qui m'empêcheront de faire mon programme.
27:08Et ça, c'est une énorme différence.
27:09Ça ne veut pas dire pour autant
27:11que la personne du président Trump
27:12a forcément changé.
27:14Moi, je retrouve beaucoup de traits
27:16que j'ai connus dans ce qui se passe actuellement.
27:19Simplement, il est beaucoup plus libre.
27:21Et donc, il peut être beaucoup plus désinhibé
27:25dans toutes ses actions.
27:28Mais même les thèmes comme le Groenland,
27:30où on a vu des actions,
27:32enfin, en tout cas, des idées,
27:33très choquantes pour les Européens,
27:35il avait commencé à parler du Groenland
27:37sur son premier mandat, par exemple.
27:38Merci, merci beaucoup, Philippe Etienne,
27:40d'avoir répondu à nos questions.
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