00:00– Asni Abidi, merci d'être resté avec nous, on l'a entendu dans le sujet,
00:04la Maison-Blanche a démenti vouloir jouer la carte kurde dans ce conflit,
00:09on sait ce que valent les démentis de la Maison-Blanche,
00:13est-ce que quand même, il n'y a pas une sorte de tentation kurde dans ce conflit,
00:19de la part, tout au moins, des États-Unis ?
00:22– Il y a plus qu'une tentation, il y a un usage, évidemment, il n'est pas public,
00:27mais depuis plusieurs années, les relations sont très fortes.
00:30entre les Kurdes iraniens et les États-Unis,
00:34mais aussi les relations sont très importantes entre les Israéliens et les Kurdes dans cette région,
00:39ce n'est pas pour rien que, justement, certaines bases dans le Kurdistan à Erbil
00:44ont été touchées par les forces, par les Iraniens, par les gardiens de la révolution,
00:50notamment des bases israéliennes et aussi certains hôtels.
00:54C'est un élément important, même si les Américains ne s'affichent pas,
00:57mais ils peuvent tout à fait compter sur les Israéliens pour armer,
01:00entraîner et pousser les Kurdes à aller à l'intérieur de l'Iran.
01:04Parce que pour eux, c'est une option, en tout cas envisageable,
01:07pour continuer à créer un chaos, constituer probablement une force d'opposition,
01:13et ensuite faire une boule de neige pour soutenir ou stimuler,
01:17ou encourager d'autres forces qui sont moins organisées,
01:20pour à la fois contester le pouvoir naissant, c'est-à-dire le nouveau guide suprême,
01:24mais surtout, en tout cas, préparer le terrain à une présence américaine moins forte.
01:31Mais quel est, pardonnez-moi, l'objectif final de tout cela ?
01:36Quel est le but de guerre, si jamais il y en avait un seul ?
01:44On a bien vu qu'il y a une certaine incohérence des contradictions.
01:48Tous les jours, on a des nouveaux objectifs.
01:49On est passé des objectifs nucléaires, programme de démissage,
01:53et aussi la politique étrangère, on est passé à un nouveau objectif,
01:56aujourd'hui, selon Donald Trump, c'est la liquidation des chefs politiques et militaires,
02:02ce qui n'était pas du tout prévu au début.
02:05Je pense que les objectifs politiques, aujourd'hui, sont devenus tributaires
02:08de l'évolution sur le terrain.
02:10Aujourd'hui, les Américains savent très bien que ce régime continue encore,
02:14malgré ce qu'il a subi, il continue, et évidemment, ce qu'ils veulent,
02:18c'est une déstabilisation de l'intérieur, l'effondrement total,
02:21pour créer une situation de chaos, pour créer, évidemment, une guerre civile.
02:27Ça, c'est aussi un élément, parce qu'on sait très bien
02:28que la majorité des Iraniens et des Perses jouaient la carte ethnique,
02:32c'est très dangereux, le risque d'une guerre civile, il est latent.
02:36Et ça, c'est un élément aussi, à mon avis, qui est très inquiétant
02:39pour les pays voisins, mais aussi pour les Iraniens.
02:42Les pays voisins, parlons-en, Asni Abidi,
02:45comment est-ce que vous jugez leur réaction ?
02:48Est-ce qu'on est dans l'embrasement général qui a été redouté ?
02:53Oui, on est dans un embrasement.
02:56On n'est pas dans une situation de paix.
02:59Les pays du Golfe sont engagés,
03:01on sait très bien que plusieurs centrales très importantes,
03:06on est arrivés jusqu'à un pays important comme le Qatar
03:09qui suspend la production de GNL, du gaz d'équipier.
03:13Vous imaginez quelles sont les conséquences
03:16sur le marché du gaz international.
03:19On est arrivés, évidemment, à ce risque-là
03:21de la fermeture du détroit d'Ormuz
03:23avec les risques sur la navigation maritime, marchande.
03:27On est arrivés jusqu'à Dubaï,
03:29où les pays du Golfe, perçus jusque-là comme abres de paix,
03:32aujourd'hui sont touchés, les espaces aériens sont fermés.
03:36C'est parce que ces pays du Golfe ont compris
03:38que les Américains n'avaient pas du tout d'objectifs politiques
03:41et qu'ils n'avaient pas pensé, réfléchi,
03:43à la protection de leurs alliés
03:45qui ont offert des bases militaires et des facilités.
03:48Et ça, c'est un grand paradoxe.
03:50C'est-à-dire, ce sont les pays du Golfe aujourd'hui
03:52qui sont sommés à se défendre eux-mêmes.
03:55Et ça, c'est aussi un point crucial.
03:58La vulnérabilité des pays du Golfe
04:00n'a pas convaincu Donald Trump de ne pas frapper l'Iran
04:03ou même de songer à les protéger.
04:06– Les pays du Golfe sur le front du Moyen-Orient,
04:08le Liban sur le front du Proche-Orient.
04:11La France a demandé à Sniabidi, à Israël,
04:13de s'abstenir d'une offensive terrestre,
04:15message à l'évidence pas entendu par Benjamin Netanyahou.
04:19Est-ce que la France a une quelconque influence
04:20sur les stratégies israéliennes aujourd'hui ?
04:23– La France a été touchée,
04:25elle a été entraînée dans un conflit.
04:27Quand on frappe une base militaire à Abu Dhabi
04:29ou des militaires sont stationnés,
04:31c'est tout de même un message envoyé aux Français.
04:35La base de l'Aïdi du Qatar, il n'y a pas que des Américains.
04:39Je ne sais pas s'ils ont été retirés ou non,
04:41on n'aura pas d'informations,
04:43mais il y avait des Britanniques, il y avait des Français,
04:45plusieurs ressortissants étaient stationnés sur cette base.
04:49Et quand le président français annonce justement son objectif
04:52de sécuriser les navires marchands dans la région,
04:56la sécurisation aussi de repatriments des citoyens français
05:00qui sont bloqués, c'est tout de même une entrée dans ce conflit,
05:04une entrée dans la guerre.
05:05L'entrée de la guerre, elle a commencé le jour où aucun pays européen
05:09n'a condamné fermement l'attaque contre ce pays.
05:13C'est perçu par les derniers, mais aussi par les pays de la région,
05:16comme finalement une position.
05:18Est-ce que la France a les moyens ?
05:19Je pense que la France n'a pas intérêt finalement à s'impliquer dans cette guerre,
05:25parce qu'on ne connaît pas encore les objectifs,
05:28mais la France a des intérêts qui sont très importants dans la région,
05:31ce qui nécessite en quelque sorte sa présence ici.
05:35Mais c'est des formats qui sont loin d'une intervention effective
05:39par une présence au sol ou aérienne,
05:42mais la coopération, elle existe déjà.
05:44Merci beaucoup, Asni Abidi, pour vos explications,
05:50directeur du CERMAM basé à Genève.
05:52Merci.
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