00:00Les images que vous voyez là sont les images en direct de Beyrouth.
00:03On va aller retrouver Clotilde Bigot.
00:05Clotilde, visiblement, il vient d'y avoir une très forte explosion dans la capitale.
00:12Est-ce que vous, vous l'avez entendu ?
00:15Oui, je l'ai entendu et je l'ai même ressenti un petit peu
00:18parce que les fenêtres dans l'appartement dans lequel je me trouve ont tremblé légèrement.
00:23C'est une explosion qui a eu lieu dans la banque du sud de Beyrouth,
00:26donc à environ 4,5 kilomètres de là où je me trouve actuellement.
00:30Et pour l'instant, on ne sait pas de quoi il s'agit.
00:33C'est une explosion qui a eu lieu d'un coup, sans avertissement préalable de l'armée israélienne.
00:38Et c'est ce que je vous disais tout à l'heure, c'est-à-dire que généralement,
00:42les explosions ou les bombardements israéliens sur la banque du sud de Beyrouth ont lieu la nuit.
00:47Et voilà, il est minuit 46 à Beyrouth.
00:49Cette explosion a eu lieu à minuit 42, donc on s'attend à une longue nuit de bombardements.
00:54Comment se passent d'ailleurs ces nuits-là à Beyrouth ?
01:00Comment vous le vivez-vous ? Racontez-nous un peu.
01:04Alors moi, j'ai une technique assez efficace, c'est que je porte des boules qui es
01:08pour éviter de me réveiller toutes les deux heures.
01:11Mais après, forcément, j'ai beaucoup de chance parce que j'habite loin de ces bombardements-là.
01:15Mais après, voilà, chacun, ça dépend de tout le monde.
01:18Les gens sont fatigués ici parce que globalement, on est de toute façon réveillé au moins une ou deux fois
01:24par nuit
01:24par ces bombardements.
01:25Et après, cela vient avec de l'adrénaline, bien sûr, d'une angoisse.
01:29Et du coup, c'est difficile de se rendormir.
01:32Donc en fait, les gens à Beyrouth, hors guerre et pendant la guerre,
01:35on voit vraiment la différence, surtout le matin, parce que tout commence un peu plus difficilement.
01:39Difficilement, les magasins ouvrent un petit peu plus tard parce que tout le monde a passé une mauvaise nuit.
01:47Vous ne recevez pas d'alerte sur votre téléphone pour prévenir des bombardements, des frappes ?
01:53Non, on n'a pas d'alerte sur notre téléphone.
01:56Et en fait, le Liban n'est pas doté d'abris souterrains.
02:00Donc en fait, c'est vraiment une question de chance.
02:03C'est une question de moi, par exemple, j'habite loin de ces bombardements.
02:06Donc j'ai la possibilité de dormir plus ou moins.
02:09Mais lorsqu'on habite beaucoup plus près, même si ce sont des quartiers qui ne sont absolument pas affiliés au
02:14Hezbollah,
02:14il y a des quartiers chrétiens qui sont extrêmement proches de la banlieue sud.
02:18Dans ce cas-là, en fait, c'est des précautions à prendre.
02:22Les fenêtres sont toujours ouvertes, mais il faut les fermer tout de suite après
02:26parce qu'il y a beaucoup de fumée, de déchets, de poussière qui arrivent.
02:31Et il y a aussi en fait toute cette organisation qui se met en place.
02:34Mais après, c'est tout à chacun qui en fait a ses petites habitudes.
02:41Il y a aussi, par exemple, beaucoup de Libanais qui ont depuis très longtemps un sac à disposition
02:46avec leur passeport, un peu d'argent et des vêtements de rechange au cas où il faille partir précipitamment.
02:52– Et vous le disiez, les magasins rouvrent un peu plus tardivement puisque personne ne dort, effectivement.
03:01Mais ça veut quand même dire qu'il y a de la vie à Beyrouth malgré la situation très tendue
03:07?
03:08– Oui, oui, il y a de la vie à Beyrouth.
03:11Ça, de toute façon, c'est quelque chose qui ne changera jamais vraiment.
03:14Par exemple, si on regarde les restaurants, les bars, c'est un indicateur qui est assez efficace.
03:20Il y a… Enfin, tout est plus ou moins ouvert.
03:23Alors après, ça dépend des jours.
03:24Mais par exemple, je discutais avec un gérant d'un café qui fait aussi bar la nuit
03:29qui me disait que de toute façon, ils étaient ouverts et qu'il y avait certaines personnes qui venaient.
03:33Alors, dans l'après-midi, c'est des personnes qui viennent travailler, tout simplement,
03:37et d'autres, le soir, qui viennent prendre un verre.
03:40Et ce café est assez intéressant parce qu'il est situé à environ seulement 2 kilomètres de la banlieue sud.
03:46Donc, je lui ai demandé quand ça bombardait s'il ressentait les explosions extrêmement fortement.
03:51Et il m'a répondu que oui, mais que globalement, lui avait l'habitude.
03:54C'est un gérant dont la famille habite dans la banlieue sud.
03:58Et donc, voilà, c'est quelque chose…
03:59En fait, on parle beaucoup de la résilience des Libanais,
04:02mais c'est plutôt une… même pas une volonté, c'est un devoir de survie
04:07et donc à force de tout simplement devoir vivre
04:11parce que cette situation, personne ne sait combien de temps elle durera.
04:14Et donc, les gens ne refusent de s'arrêter de vivre parce que le Liban est bombardé.
04:20Et la colère des habitants contre le Hezbollah qui les entraîne à nouveau dans la guerre,
04:25vous l'entendez aussi ?
04:28Oui, alors c'est vraiment quelque chose qui a énormément changé par rapport à la guerre précédente.
04:32La guerre précédente, il y avait déjà une partie des chiites,
04:35parce que je parle de la communauté chiite qui est plus globalement…
04:38qui soutient plus globalement le Hezbollah.
04:40Déjà, une certaine partie de cette communauté était…
04:44qui disait « Gaza, ce n'est pas notre problème, nous, on a les problèmes libano-libanais à gérer,
04:50donc concentrons-nous là-dessus ».
04:52Mais alors, cette guerre-là, il y a des personnes qui étaient pour le Hezbollah,
04:55en fait, qui ont complètement changé de camp.
04:59Et en fait, maintenant, beaucoup, si ce n'est quasiment la majorité
05:03ou l'extrême, plus de la majorité de ceux qui étaient tout de même pour le Hezbollah
05:08à la fin de la guerre précédente, disent maintenant,
05:10en fait, on voit le véritable visage du Hezbollah.
05:15Ce n'est pas une organisation qui prétend résister contre Israël,
05:19mais c'est une organisation qui répond à l'Iran.
05:23Et au sein même du Hezbollah, Clotilde, il y a des divisions.
05:28Il y en a aussi au sein du Hezbollah qui ont tenté de s'opposer
05:33à une intervention contre Israël.
05:36Oui, alors, ce qui s'est passé, en fait, lorsque l'intervention a commencé,
05:41il s'agissait tout simplement d'un envoi de six roquettes
05:44qui ont été envoyées vers Israël dans un champ.
05:47Donc, en fait, cet envoi, personne ne l'a vraiment compris
05:50parce que ceux qui soutiennent le Hezbollah disaient
05:53« S'ils veulent vraiment attaquer Israël, qu'ils le fassent réellement ».
05:58Parce que, de toute façon, la réponse va être extrêmement violente.
06:02Alors là, il y a beaucoup de personnes dans tous les niveaux du Hezbollah
06:05qui n'ont pas compris pourquoi envoyer simplement six roquettes
06:09sans faire aucun dégât, sachant que le commandement du Hezbollah
06:12savait que ces six roquettes ne feraient pas de dégâts,
06:16mais étaient bien sûr au courant de la volonté d'Israël
06:20en représailles qui seraient d'une force absolument très importante,
06:26en tout cas, et qui pourraient potentiellement toucher des infrastructures civiles.
06:31Donc, on a fait un peu de dégâts.
06:31Donc, on a fait un peu de dégâts.
06:31Merci.
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