00:00Ici Alsace, jusqu'à 9h, ici matin.
00:04Les 7h48, l'actualité avec vous chaque jour et un invité Sébastien,
00:08l'inquiétude pour ces Alsaciens expatriés ou en vacances en ce moment au Moyen-Orient.
00:12Comme pris au piège par la guerre qui entre dans son quatrième jour en Iran
00:16et par ses conséquences dans les pays du Golfe, des alentours frappés par Téhéran,
00:21des Alsaciens inquiets comme Ismaël Strasbourgeois en ce moment, en famille au Koweït.
00:26Les missiles ne s'arrêtent pas, les sirènes ne s'arrêtent pas,
00:28donc souvent interceptés heureusement au Koweït et dans d'autres monarchies.
00:32Mais voilà, on ne s'attendait pas à cette riposte iranienne.
00:36Bonjour Damien Jakubzak.
00:37Bonjour.
00:38Vous êtes le directeur adjoint du Centre d'études géopolitiques sur le Moyen-Orient à Strasbourg.
00:42La capitale iranienne, Téhéran, a encore été durement frappée cette nuit.
00:47L'Iran poursuit aussi ses ripostes, on l'entend.
00:49L'ambassade des États-Unis a été touchée récemment par des drones à Riyad.
00:54Même chose pour une base américaine à Bahreïn.
00:57En quoi est-ce qu'on peut déjà dire à ce stade que c'est un conflit inédit ?
01:02C'est surtout, je pense, la riposte iranienne qui cible dorénavant les monarchies du Golfe.
01:08C'est justement aussi un signe de punition qui envoie un message fort à ces pétro-monarchies
01:17d'avoir choisi la mauvaise alliance, celle avec les États-Unis.
01:20Et ça pour vous c'est une surprise ?
01:21Pour moi c'est une surprise parce que je pensais que les cibles militaires américaines seraient attaquées,
01:27mais pas au cœur, dans les capitales des pays du Golfe,
01:31comme le Koweït, comme le Qatar, comme l'Arabie Saoudite, donc Riyad.
01:35Évidemment, ça ne plaît pas du tout à Donald Trump qui promet des réponses déjà importantes.
01:40Est-ce que vous pensez que cette guerre peut durer longtemps ?
01:45Moi je pense que cette guerre, elle peut durer des semaines, voire des mois.
01:52C'est-à-dire que tout dépendra aussi...
01:53Donc plus que les 3-4 semaines promises par le président américain ?
01:55Je pense, parce que la chute du régime n'est pas garantie.
01:58Et tant que le régime est en place, il va tout faire pour se maintenir.
02:01Et ce aussi avec ses actions militaires dans la région du Moyen-Orient
02:07et avec ses attaques notamment contre les cibles israéliennes et américaines.
02:12Pourquoi c'est si important pour Donald Trump que le régime tombe en Iran ?
02:18C'est encore un coup de pacificateur ou pas tellement finalement ?
02:22C'est-à-dire que d'après Donald Trump, le premier objectif affiché de la guerre,
02:26ce n'est pas la chute du régime, c'est surtout son affaiblissement
02:30et l'anéantissement de la menace iranienne, donc son soutien nucléaire.
02:36Déjà le nucléaire, ensuite son soutien aussi à des milices chiites de la région,
02:41ce qu'on appelle l'axe de la résistance.
02:43L'axe de la résistance est tombé, mais les régimes continuent tout de même à le soutenir.
02:49Et donc ces attaques, tout d'abord en fait,
02:52visent à anéantir les capacités nucléaires et militaires iraniennes.
02:57Alors que ce n'est pas sûr du tout que le régime tombe,
03:00parce que pour cela, effectivement, Donald Trump encourage la population iranienne
03:06à renverser le régime et promet de l'aide,
03:11sauf que c'est vraiment par le peuple que ça doit venir.
03:13Et pour le moment, l'équilibre des forces en Iran est fait pour faciliter cette transition,
03:22sauf que pour cela, il faudrait aussi à ce que les gardiens de la révolution,
03:26une partie des gardiens de la révolution, rejoignent le camp des opposants.
03:31Et ça, pour l'instant, ce n'est pas garanti.
03:33Ce n'est pas gagné.
03:34Est-ce qu'on mesure déjà les conséquences pour nous directement en France,
03:38et plus précisément en Alsace ?
03:40C'est-à-dire que d'un point de vue énergétique, économique énergétique,
03:43c'est sûr que le prix du pétrole va peut-être augmenter.
03:49Mais nous, en fait, on ne dépend pas,
03:51enfin la France ne dépend pas du pétrole iranien, du pétrole saoudien.
03:56On dépend peut-être légèrement du gaz naturel liquéfié, Qatari.
04:01Mais en fait, on a d'autres sources d'approvisionnement.
04:03Et je pense que pour cela, il n'y a pas de crainte,
04:06sauf que la seule crainte, c'est tout simplement parfois
04:08l'augmentation des prix des biens de consommation,
04:12notamment liée à l'augmentation des prix directement du pétrole.
04:17Oui, il y a un énorme problème de commerce international aussi qui va se poser.
04:21On voit bien qu'il y a déjà des centaines de paquebots
04:24qui sont coincés à Hormuz, dans le détroit d'Hormuz,
04:27qui régulent la plupart du commerce international dans cette zone.
04:31Ça aussi, on va en pâtir.
04:33Exactement.
04:33C'est vrai que c'est un passage stratégique
04:36qui permet aux marchandises d'être acheminées plus rapidement
04:40et à un coût moins cher.
04:42Et là, effectivement, ce passage, il est menacé par des frappes.
04:46Donc, le transit est limité.
04:49Mais là, encore une fois, je pense que l'Europe et la France
04:52ont d'autres moyens de s'approvisionner.
04:55Donc, je pense que les craintes concernant l'approvisionnement
04:58ont bien de nécessité.
04:59Et puis...
05:01Est-ce qu'il y a une question de sécurité aussi ?
05:03Emmanuel Macron a fait son traditionnel discours hier
05:06sur la dissuasion nucléaire.
05:09Je précise que c'est un hasard du calendrier.
05:10Il devait faire de toute façon ce discours.
05:13Mais est-ce qu'il faut y voir un lien
05:15ou en tout cas une inquiétude particulière du président de la République
05:18vu le contexte international géopolitique ?
05:20Je pense que cela ne concerne pas directement l'Iran.
05:23Mais c'est vrai que le message était fort
05:24pour tout simplement ne pas accepter
05:26à ce que l'Iran se dote de l'arme nucléaire.
05:28C'est surtout ça, je pense, qu'il faut voir.
05:30Après, aujourd'hui, on est quand même dans une course à l'armement, malheureusement.
05:34Et c'est, je pense aussi, un message fort à la Russie,
05:37surtout, et pas forcément à l'Iran.
05:39Oui, sachant que le président de la République a annoncé
05:41qu'il allait augmenter le nombre de têtes nucléaires
05:44sans dire exactement combien la France en aurait.
05:46On vous remercie en tout cas pour vos analyses.
05:49Damien Jakubzak, vous êtes le directeur adjoint
05:51du Centre d'études géopolitiques sur le Moyen-Orient,
05:54spécialiste du Moyen-Orient à Strasbourg.
05:56On vous remercie.
05:56Invité, il se m'intéresse.
05:57Merci à vous, Sébastien.
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