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  • il y a 5 minutes
La cour d'assises spéciale de Paris a condamné lundi en appel quatre hommes à des peines de 6 ans de prison à 15 années de réclusion criminelle pour leur rôle dans l'engrenage qui a conduit à l'assassinat du professeur Samuel Paty par un jihadiste tchétchène en 2020. Les peines les plus lourdes, respectivement dix et 15 ans de réclusion, ont été prononcées contre un parent d'élève, Brahim Chnina, 54 ans, et surtout le militant islamiste, Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, coupables d'associations de malfaiteurs terroriste.
Regardez L'invité de Céline Landreau du 03 mars 2026.

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Transcription
00:00RTL Matin, Thomas Soto
00:05Il est 8h19, l'interview de Céline Landreau. Céline, vous recevez donc ce matin Bernadette Patti, c'est la mère
00:10du professeur assassiné Samuel Patti,
00:12alors que s'est achevé hier soir le procès en appel des personnes impliquées dans le meurtre de son fils.
00:17Bonjour Bernadette Patti.
00:19Bonjour Madame.
00:20Et merci de prendre la parole ce matin en direct sur RTL.
00:23Quatre hommes étaient donc jugés par la cour d'appel de Paris pour leur rôle dans la mort de votre
00:27fils,
00:28assassinés le 16 octobre 2020 à la sortie de son collège de conflits en Saint-Honorine.
00:33On rappelle que l'assassin, lui, avait été abattu par les forces de l'ordre le soir du drame.
00:37Pour trois d'entre eux, Bernadette Patti, les peines prononcées sont moins lourdes qu'en première instance.
00:42On va y revenir, expliquez pourquoi dans un instant.
00:44Mais j'aimerais avoir d'abord votre sentiment ce matin.
00:47Est-ce que vous êtes apaisé ou en colère à l'issue de ce procès ?
00:52On ne peut pas être apaisé à la suite de ce procès.
00:56On est forcément très en colère.
00:59Mais on ne comprend pas les décisions de la cour.
01:05Comment voulez-vous comprendre, entre le premier et le deuxième procès, ces écarts ?
01:11Au premier procès, l'avocat général requiert des peines extrêmement légères.
01:17Le tribunal condamne beaucoup plus fortement les prévenus.
01:22Au procès en appel, les deux avocates générales proposent des peines conséquentes.
01:29Le tribunal allège ces peines, mais d'une façon qu'on ne pourra jamais comprendre.
01:36Comment est-ce que...
01:38Justement, ces peines, pour les deux proches du tueur qui l'ont véhiculé,
01:43aidés à se procurer des armes, la cour n'a pas retenu le caractère terroriste.
01:46Ils sont condamnés à 6 et 7 ans de prison.
01:48Ils avaient été condamnés à 16 ans en première instance.
01:52L'un d'entre eux va donc sortir dans quelques semaines.
01:55Exactement, et c'est bien ce qui nous chagrine beaucoup.
01:58On ne comprend pas cet écart.
02:01On a l'impression que la cour a abandonné, encore une fois Samuel,
02:08la part où je ne comprends pas.
02:10Comment ces deux jeunes qui sont allés avec lui acheter des armes,
02:16l'ont véhiculé jusqu'au collège, puissent être exonérés d'une peine exemplaire ?
02:24Ce n'est pas possible qu'ils ne soient pas au courant de ce que voulaient faire en Europe.
02:30L'association de malfaiteurs terroristes, elle est reconnue, en revanche,
02:36pour les auteurs de la cabale en ligne qu'a subie votre fils,
02:41cette fatwa numérique mortifère.
02:42On parle là du militant islamiste Abdelhakim Seffréoui,
02:45condamné à 15 ans de prison, comme en première instance,
02:47et du père d'élèves, Brahim Shlina, condamné lui à 10 ans.
02:51Le fait que l'association de malfaiteurs terroristes soit reconnue pour eux,
02:56est-ce que là vous voyez quand même un début de victoire ?
03:00Oui, exactement.
03:02Peut-être qu'on a reconnu qu'ils étaient vraiment responsables
03:09de la mise en œuvre mortifère d'Anzorov,
03:13parce que, vu la cabale qu'ils avaient entretenue sur les réseaux sociaux
03:18depuis le début du mois d'octobre,
03:24c'était vraiment une fatwa numérique qu'ils avaient lancée contre Samuel.
03:29De ce côté-là, on est tout à fait satisfaits.
03:33Et on espère que cette condamnation va faire réfléchir
03:40pour que plus jamais on assassine un professeur
03:44parce qu'il a fait un cours qui a déplu.
03:48Parce que c'est ce qui s'est passé.
03:50Il n'a pas discriminé les musulmans.
03:54Alors, vous dites ça parce que ça a été un des enjeux du procès, Bernadette Paty,
03:58pardon pour tous ceux qui n'ont pas suivi l'audience dans le détail.
04:03Ça a été un des arguments de la Défense,
04:05de dire qu'au cours de ce cours,
04:08lors duquel Samuel Paty a montré des caricatures,
04:10lorsqu'il a proposé à certains élèves de sortir,
04:13parce qu'il pourrait être choqué par ces images,
04:15par ces caricatures de Charlie Hebdo,
04:17il avait d'une certaine manière discriminé les élèves musulmans.
04:22Est-ce que vous avez combattu toutes vos forces
04:24quand vous avez témoigné, vous, aux côtés de votre mari ?
04:27Bien sûr, parce que Samuel n'a jamais voulu discriminer
04:32quiconque, pas plus un musulman qu'un chrétien, qu'un juif.
04:36Samuel était d'une tolérance exemplaire vis-à-vis des religions,
04:41même s'il n'était pas croyant.
04:43Vous avez l'impression que sa mémoire a été salie lors de cette audience ?
04:47Tout à fait, tout à fait.
04:49Mais ce procès en appel a très, très mal commencé.
04:53Et ça a duré pendant tout le procès en appel.
04:57Il y a eu plein de choses anormales qui se sont passées.
05:01Bernadette Paty, c'est la première fois que vous prenez la parole dans les médias.
05:04Aujourd'hui, vous ne l'avez jamais fait depuis la mort de votre fils.
05:08Est-ce que c'est justement pour laver son honneur que vous le faites aujourd'hui,
05:11parce que ce procès ne s'est pas déroulé comme vous l'espériez ?
05:15Entre autres, oui, parce qu'avant, je ne voulais en aucun cas prendre la parole,
05:20parce que je ne voulais pas que notre parole,
05:23enfin, c'est moi qui parle, mais mon mari est tout à fait d'accord, il est avec moi.
05:27Un Jean qui est à vos côtés, oui.
05:29Je ne voulais pas que notre parole puisse entacher en quoi que ce soit les procès qui allaient se dérouler.
05:37Mais là, je pense qu'on est allé trop loin,
05:42et c'est pour ça que j'ai bien voulu prendre la parole ce matin,
05:48parce qu'on a voulu salir à nouveau la mémoire de Samuel,
05:52qui n'a fait que son travail.
05:55Il a montré des caricatures qui étaient à sa disposition,
06:02fournies par l'Éducation nationale.
06:04Il n'a pas discriminé les musulmans.
06:08Il a demandé aux élèves qui pouvaient être choqués,
06:11soit lors de son deuxième cours de ne pas regarder,
06:16soit à son premier cours de sortir dans le couloir.
06:20Alors, il faut qu'on arrête de dire n'importe quoi.
06:23Et il faut qu'on prenne ses responsabilités.
06:26Défendre la mémoire de Samuel, Bernadette Paty, c'est un combat familial.
06:31Vous avez parlé de votre mari, Jean, qui est à vos côtés.
06:34L'une de votre filles, Mickaël Paty, on l'a appris cette nuit après le verdict,
06:38a aussi travaillé sur le projet d'un film qui doit sortir prochainement
06:41sur les 11 derniers jours de la vie de Samuel.
06:45Là aussi, l'enjeu, c'est de préserver sa mémoire,
06:47de ne pas laisser n'importe qui instrumentaliser cette histoire.
06:50Exactement.
06:52Et je pense que ce film va peut-être faire connaître à tout le monde
06:58ce qui s'est vraiment passé.
07:01Parce que Samuel s'est vraiment retrouvé tout seul.
07:07Face à l'institution, face à la cabale menée contre lui.
07:17Vous vous rendez compte ?
07:19Il allait faire ses cours avec un marteau dans son sac à dos.
07:26Mais ça a dû être horrible pour lui.
07:30Bernadette Paty, vous avez une enseignante.
07:33Il ne nous en a pas parlé.
07:34Il ne vous en a jamais parlé ?
07:36Jamais de cette crainte qu'il tenaillait ?
07:39Et non.
07:40On l'avait eu au téléphone le dimanche
07:43qui avait précédé son assassinat.
07:46Et non, il ne nous a rien dit.
07:49Parce qu'il vous protégeait, c'est ce que vous supposez aujourd'hui ?
07:52Oui, bien sûr.
07:53Il n'a jamais voulu nous inquiéter.
07:56Parce qu'il ne se savait pas viser parents d'Europe.
08:03Je pense qu'il pensait que c'était les islamistes du côté d'Iranie, de Conflans qui pouvaient le menacer.
08:16Pardon, Bernadette Paty, on entend que vous menez ce combat aux côtés de votre mari Jean, aux côtés de vos
08:20filles également.
08:21Comment vous arrivez à tenir, vous, depuis ce 16 octobre 2020 ?
08:27Eh bien, on tient mal.
08:28On tient avec des médicaments, des antidépresseurs, des anxiolytiques, des somnifères.
08:36Voyez-vous, depuis plus de cinq ans, moi j'ai l'impression qu'avec mon époux, on traîne un boulet.
08:44Un boulet qui nous écrase.
08:46Et ce boulet, au lieu de s'user, il est de plus en plus lourd.
08:50Et ce matin, enfin depuis hier soir, moi j'ai l'impression qu'on a une chape de plomb qui
08:56nous est tombée sur la tête.
08:59J'en veux à ce jugement.
09:03J'en veux beaucoup.
09:05Ils n'ont pas pris leur responsabilité.
09:08Et ça, je ne le comprendrai jamais.
09:11Quand je dis je, c'est nous.
09:13C'est vous, c'est votre mari Jean, c'est vos deux filles.
09:17On sait que Samuel Paty avait aussi un fils.
09:20Votre petit-fils, il avait cinq ans au moment du drame.
09:22Comment va-t-il aujourd'hui ?
09:25Eh bien, écoutez, je ne sais pas trop.
09:27Quand il vient, il est toujours extrêmement inquiet.
09:33Il a une hantise.
09:35C'est que sa mère disparaisse.
09:38Quand il vient en vacances chez nous, avec sa maman, qu'on reçoit.
09:43Et qu'elle va se promener, on habite près de la campagne.
09:47La seule question qu'il pose, est-ce que maman va revenir ?
09:53Donc, vous voyez, ce gamin, il est forcément traumatisé.
10:00Et puis, ils ont été obligés de s'exiler parce que sa maman avait trop peur pour lui.
10:07Vous vous rendez compte ?
10:09C'est quelque chose d'épouvantable que l'on vit.
10:12Et que les verdicts prononcés hier, on l'a compris, on l'a entendu à votre colère, Bernadette Paty,
10:20n'ont pas apaisé du tout.
10:21Je précise simplement que votre combat judiciaire n'est pas terminé
10:23puisque vous avez porté plainte contre l'État pour non-empêchement de crime,
10:27non-assistance à personne en péril.
10:29Et que cette plainte est toujours en instruction.
10:31Merci beaucoup, Bernadette Paty, d'avoir pris la parole pour la première fois ce matin sur l'antenne d'RTL.
10:37Je vous remercie.
10:39Merci, madame.
10:39On a l'impression que la cour a abandonné, encore une fois Samuel,
10:41les mots très forts et la grande dignité de la maman de Samuel Paty.
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