00:00RTL Matin, Thomas Soto
00:05Il est 8h19, l'interview de Céline Landreau. Céline, vous recevez donc ce matin Bernadette Patti, c'est la mère
00:10du professeur assassiné Samuel Patti,
00:12alors que s'est achevé hier soir le procès en appel des personnes impliquées dans le meurtre de son fils.
00:17Bonjour Bernadette Patti.
00:19Bonjour Madame.
00:20Et merci de prendre la parole ce matin en direct sur RTL.
00:23Quatre hommes étaient donc jugés par la cour d'appel de Paris pour leur rôle dans la mort de votre
00:27fils,
00:28assassinés le 16 octobre 2020 à la sortie de son collège de conflits en Saint-Honorine.
00:33On rappelle que l'assassin, lui, avait été abattu par les forces de l'ordre le soir du drame.
00:37Pour trois d'entre eux, Bernadette Patti, les peines prononcées sont moins lourdes qu'en première instance.
00:42On va y revenir, expliquez pourquoi dans un instant.
00:44Mais j'aimerais avoir d'abord votre sentiment ce matin.
00:47Est-ce que vous êtes apaisé ou en colère à l'issue de ce procès ?
00:52On ne peut pas être apaisé à la suite de ce procès.
00:56On est forcément très en colère.
00:59Mais on ne comprend pas les décisions de la cour.
01:05Comment voulez-vous comprendre, entre le premier et le deuxième procès, ces écarts ?
01:11Au premier procès, l'avocat général requiert des peines extrêmement légères.
01:17Le tribunal condamne beaucoup plus fortement les prévenus.
01:22Au procès en appel, les deux avocates générales proposent des peines conséquentes.
01:29Le tribunal allège ces peines, mais d'une façon qu'on ne pourra jamais comprendre.
01:36Comment est-ce que...
01:38Justement, ces peines, pour les deux proches du tueur qui l'ont véhiculé,
01:43aidés à se procurer des armes, la cour n'a pas retenu le caractère terroriste.
01:46Ils sont condamnés à 6 et 7 ans de prison.
01:48Ils avaient été condamnés à 16 ans en première instance.
01:52L'un d'entre eux va donc sortir dans quelques semaines.
01:55Exactement, et c'est bien ce qui nous chagrine beaucoup.
01:58On ne comprend pas cet écart.
02:01On a l'impression que la cour a abandonné, encore une fois Samuel,
02:08la part où je ne comprends pas.
02:10Comment ces deux jeunes qui sont allés avec lui acheter des armes,
02:16l'ont véhiculé jusqu'au collège, puissent être exonérés d'une peine exemplaire ?
02:24Ce n'est pas possible qu'ils ne soient pas au courant de ce que voulaient faire en Europe.
02:30L'association de malfaiteurs terroristes, elle est reconnue, en revanche,
02:36pour les auteurs de la cabale en ligne qu'a subie votre fils,
02:41cette fatwa numérique mortifère.
02:42On parle là du militant islamiste Abdelhakim Seffréoui,
02:45condamné à 15 ans de prison, comme en première instance,
02:47et du père d'élèves, Brahim Shlina, condamné lui à 10 ans.
02:51Le fait que l'association de malfaiteurs terroristes soit reconnue pour eux,
02:56est-ce que là vous voyez quand même un début de victoire ?
03:00Oui, exactement.
03:02Peut-être qu'on a reconnu qu'ils étaient vraiment responsables
03:09de la mise en œuvre mortifère d'Anzorov,
03:13parce que, vu la cabale qu'ils avaient entretenue sur les réseaux sociaux
03:18depuis le début du mois d'octobre,
03:24c'était vraiment une fatwa numérique qu'ils avaient lancée contre Samuel.
03:29De ce côté-là, on est tout à fait satisfaits.
03:33Et on espère que cette condamnation va faire réfléchir
03:40pour que plus jamais on assassine un professeur
03:44parce qu'il a fait un cours qui a déplu.
03:48Parce que c'est ce qui s'est passé.
03:50Il n'a pas discriminé les musulmans.
03:54Alors, vous dites ça parce que ça a été un des enjeux du procès, Bernadette Paty,
03:58pardon pour tous ceux qui n'ont pas suivi l'audience dans le détail.
04:03Ça a été un des arguments de la Défense,
04:05de dire qu'au cours de ce cours,
04:08lors duquel Samuel Paty a montré des caricatures,
04:10lorsqu'il a proposé à certains élèves de sortir,
04:13parce qu'il pourrait être choqué par ces images,
04:15par ces caricatures de Charlie Hebdo,
04:17il avait d'une certaine manière discriminé les élèves musulmans.
04:22Est-ce que vous avez combattu toutes vos forces
04:24quand vous avez témoigné, vous, aux côtés de votre mari ?
04:27Bien sûr, parce que Samuel n'a jamais voulu discriminer
04:32quiconque, pas plus un musulman qu'un chrétien, qu'un juif.
04:36Samuel était d'une tolérance exemplaire vis-à-vis des religions,
04:41même s'il n'était pas croyant.
04:43Vous avez l'impression que sa mémoire a été salie lors de cette audience ?
04:47Tout à fait, tout à fait.
04:49Mais ce procès en appel a très, très mal commencé.
04:53Et ça a duré pendant tout le procès en appel.
04:57Il y a eu plein de choses anormales qui se sont passées.
05:01Bernadette Paty, c'est la première fois que vous prenez la parole dans les médias.
05:04Aujourd'hui, vous ne l'avez jamais fait depuis la mort de votre fils.
05:08Est-ce que c'est justement pour laver son honneur que vous le faites aujourd'hui,
05:11parce que ce procès ne s'est pas déroulé comme vous l'espériez ?
05:15Entre autres, oui, parce qu'avant, je ne voulais en aucun cas prendre la parole,
05:20parce que je ne voulais pas que notre parole,
05:23enfin, c'est moi qui parle, mais mon mari est tout à fait d'accord, il est avec moi.
05:27Un Jean qui est à vos côtés, oui.
05:29Je ne voulais pas que notre parole puisse entacher en quoi que ce soit les procès qui allaient se dérouler.
05:37Mais là, je pense qu'on est allé trop loin,
05:42et c'est pour ça que j'ai bien voulu prendre la parole ce matin,
05:48parce qu'on a voulu salir à nouveau la mémoire de Samuel,
05:52qui n'a fait que son travail.
05:55Il a montré des caricatures qui étaient à sa disposition,
06:02fournies par l'Éducation nationale.
06:04Il n'a pas discriminé les musulmans.
06:08Il a demandé aux élèves qui pouvaient être choqués,
06:11soit lors de son deuxième cours de ne pas regarder,
06:16soit à son premier cours de sortir dans le couloir.
06:20Alors, il faut qu'on arrête de dire n'importe quoi.
06:23Et il faut qu'on prenne ses responsabilités.
06:26Défendre la mémoire de Samuel, Bernadette Paty, c'est un combat familial.
06:31Vous avez parlé de votre mari, Jean, qui est à vos côtés.
06:34L'une de votre filles, Mickaël Paty, on l'a appris cette nuit après le verdict,
06:38a aussi travaillé sur le projet d'un film qui doit sortir prochainement
06:41sur les 11 derniers jours de la vie de Samuel.
06:45Là aussi, l'enjeu, c'est de préserver sa mémoire,
06:47de ne pas laisser n'importe qui instrumentaliser cette histoire.
06:50Exactement.
06:52Et je pense que ce film va peut-être faire connaître à tout le monde
06:58ce qui s'est vraiment passé.
07:01Parce que Samuel s'est vraiment retrouvé tout seul.
07:07Face à l'institution, face à la cabale menée contre lui.
07:17Vous vous rendez compte ?
07:19Il allait faire ses cours avec un marteau dans son sac à dos.
07:26Mais ça a dû être horrible pour lui.
07:30Bernadette Paty, vous avez une enseignante.
07:33Il ne nous en a pas parlé.
07:34Il ne vous en a jamais parlé ?
07:36Jamais de cette crainte qu'il tenaillait ?
07:39Et non.
07:40On l'avait eu au téléphone le dimanche
07:43qui avait précédé son assassinat.
07:46Et non, il ne nous a rien dit.
07:49Parce qu'il vous protégeait, c'est ce que vous supposez aujourd'hui ?
07:52Oui, bien sûr.
07:53Il n'a jamais voulu nous inquiéter.
07:56Parce qu'il ne se savait pas viser parents d'Europe.
08:03Je pense qu'il pensait que c'était les islamistes du côté d'Iranie, de Conflans qui pouvaient le menacer.
08:16Pardon, Bernadette Paty, on entend que vous menez ce combat aux côtés de votre mari Jean, aux côtés de vos
08:20filles également.
08:21Comment vous arrivez à tenir, vous, depuis ce 16 octobre 2020 ?
08:27Eh bien, on tient mal.
08:28On tient avec des médicaments, des antidépresseurs, des anxiolytiques, des somnifères.
08:36Voyez-vous, depuis plus de cinq ans, moi j'ai l'impression qu'avec mon époux, on traîne un boulet.
08:44Un boulet qui nous écrase.
08:46Et ce boulet, au lieu de s'user, il est de plus en plus lourd.
08:50Et ce matin, enfin depuis hier soir, moi j'ai l'impression qu'on a une chape de plomb qui
08:56nous est tombée sur la tête.
08:59J'en veux à ce jugement.
09:03J'en veux beaucoup.
09:05Ils n'ont pas pris leur responsabilité.
09:08Et ça, je ne le comprendrai jamais.
09:11Quand je dis je, c'est nous.
09:13C'est vous, c'est votre mari Jean, c'est vos deux filles.
09:17On sait que Samuel Paty avait aussi un fils.
09:20Votre petit-fils, il avait cinq ans au moment du drame.
09:22Comment va-t-il aujourd'hui ?
09:25Eh bien, écoutez, je ne sais pas trop.
09:27Quand il vient, il est toujours extrêmement inquiet.
09:33Il a une hantise.
09:35C'est que sa mère disparaisse.
09:38Quand il vient en vacances chez nous, avec sa maman, qu'on reçoit.
09:43Et qu'elle va se promener, on habite près de la campagne.
09:47La seule question qu'il pose, est-ce que maman va revenir ?
09:53Donc, vous voyez, ce gamin, il est forcément traumatisé.
10:00Et puis, ils ont été obligés de s'exiler parce que sa maman avait trop peur pour lui.
10:07Vous vous rendez compte ?
10:09C'est quelque chose d'épouvantable que l'on vit.
10:12Et que les verdicts prononcés hier, on l'a compris, on l'a entendu à votre colère, Bernadette Paty,
10:20n'ont pas apaisé du tout.
10:21Je précise simplement que votre combat judiciaire n'est pas terminé
10:23puisque vous avez porté plainte contre l'État pour non-empêchement de crime,
10:27non-assistance à personne en péril.
10:29Et que cette plainte est toujours en instruction.
10:31Merci beaucoup, Bernadette Paty, d'avoir pris la parole pour la première fois ce matin sur l'antenne d'RTL.
10:37Je vous remercie.
10:39Merci, madame.
10:39On a l'impression que la cour a abandonné, encore une fois Samuel,
10:41les mots très forts et la grande dignité de la maman de Samuel Paty.
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