00:00Et à 7h19 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko place à l'édito éco.
00:04Bonjour Agnès Verdier-Molinier.
00:05Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:07Agnès Emmanuel Macron était à Lille-Longue hier à côté de Brest pour un grand discours sur la dissuasion nucléaire.
00:13Ça tombait à pic dans le contexte actuel.
00:15Et oui, l'actualité nous rappelle l'urgence d'augmenter nos dépenses de défense.
00:20Sujet déjà évoqué avec notre loi de programmation militaire très faiblarde
00:26qui atterrit pour l'instant à 2,28% du PIB en dépense en 2030, loin des 3% annoncés.
00:34Augmenter l'effort de défense conventionnel, à la fois pour être capable de tenir dans une guerre de haute intensité
00:40avec des drones, des missiles, mais aussi renforcer notre dissuasion nucléaire.
00:45Le président l'a dit hier, pour être libre, il faut être craint.
00:48Le sommes-nous assez ?
00:49Le président y répond un peu en creux quand il dit qu'il veut augmenter le nombre d'ogives nucléaires
00:54de la France
00:55pour aller au-delà des 290.
00:57Mais la France ne donnera plus d'informations sur son nombre d'ogives,
01:01ce qui semble tout à fait contradictoire pour obtenir l'effet dissuasif désiré.
01:05Oui, peut-être parce que nos marges de manœuvre budgétaire sont tellement restreintes
01:09que l'augmentation annoncée du nombre d'ogives pourrait paraître finalement assez timide à nos adversaires.
01:14Oui, exact. Pendant que la Chine a multiplié son nombre d'ogives par 3 depuis 1980,
01:19sera à 1000 ogives nucléaires en 2030, nous sommes restés à peu près stables.
01:23Et pour cause, nous restons en matière de dissuasion nucléaire à ce que l'on appelle un minimum suffisant,
01:29qui nous permet d'avoir toujours un sous-marin nucléaire lanceur d'engins sur 4 en mer
01:33et une trentaine de rafales équipées, alors que nous avions 6 sous-marins nucléaires lanceurs d'engins dans les années
01:3880.
01:39Et nous dépensons actuellement autour de 8 milliards par an pour la dissuasion,
01:43mais il faudrait, pour s'aligner sur les Britanniques, s'approcher des 13 milliards d'euros par an.
01:48Mais on assiste quand même au réveil de la France sur le sujet, Agnès.
01:52Oui, le Président de la République d'ailleurs a raison de vouloir un durcissement de notre dissuasion nucléaire,
01:57mais pourquoi vouloir noyer le poisson avec ce nouveau concept de la dissuasion avancée au niveau européen,
02:03sorte de partage de la dissuasion qui ne dit pas son nom.
02:06Le Président de la République déciderait toujours d'appuyer sur le bouton si les intérêts vitaux de la France étaient
02:12attaqués,
02:12mais certains de nos partenaires, Allemagne, Suède, Pays-Bas, Belgique,
02:17accueilleraient des forces aériennes stratégiques de l'armée de l'air française
02:21qui pourraient ainsi, je cite le Président, se disséminer dans la profondeur du continent européen.
02:26Pour être libre, nous devons être craints.
02:29Est-ce que nous serons plus craints avec la dissémination en Europe de notre dissuasion,
02:32façon mini-parapluie, ou en augmentant vraiment le nombre de nos ogives,
02:37de nos sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, de nos rafales, de nos drones, de nos missiles ?
02:42Mais ça, ça demanderait quoi ?
02:43Ça demanderait d'investir des milliards qu'on n'a pas.
02:46Et en fait, le discours du Président d'hier, il montre en creux toutes nos faiblesses budgétaires.
02:52Signature Europe 1, Agnès Verdier-Moligny. Merci Agnès.
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