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00:00Avec nous aujourd'hui pour parler de l'Iran, notre invité Sébastien Regnaud, enseignant, chercheur, spécialiste de l'Iran et
00:05auteur de La Modernité Iranienne aux éditions L'Armatan.
00:08Bonjour, merci d'être avec nous.
00:11Avant qu'on discute tous les deux, j'aimerais qu'on fasse un petit point terrain concernant l'Iran.
00:17Les frappes israélo-américaines continuent, des centaines d'avions israéliens bombardent simultanément le Liban et l'Iran.
00:23Depuis le début de la guerre, samedi, le croissant rouge iranien annonce 555 morts dans le pays.
00:31On va écouter le récit de Noemi Roche.
00:35Dans le ciel, un bruit strident.
00:40Avant, une frappe sur un immeuble de Bahreïn et des dégâts considérables.
00:44Même attaque filmée par un habitant depuis le building.
00:50Alors j'aimerais qu'on discute de ce chiffre de 555 morts depuis samedi.
00:56Est-ce qu'il vous paraît plausible ?
00:58Oui, c'est tout à fait plausible.
00:59C'est dans l'ordre des choses par rapport à ce qui s'était passé lors de la guerre des
01:0312 jours.
01:05C'est d'ailleurs assez impressionnant parce qu'on a assez peu d'images qui viennent d'Iran.
01:09Mais on a beaucoup de bombardements des Américains et des Israéliens.
01:12Et c'est là que ça fait le plus de morts.
01:13En revanche, on a beaucoup d'images sur ce que fait comme riposte iranienne partout dans la région.
01:18Et là, finalement, c'est très spectaculaire.
01:21Ça touche énormément de pays dans la région.
01:24Tous les pays du Golfe, etc.
01:26Mais finalement, même si c'est très spectaculaire,
01:29il y a relativement peu de morts causées par les ripostes iraniennes jusqu'ici.
01:34Donc pour l'instant, il y a beaucoup plus de morts du côté iranien que de l'autre côté.
01:38Vous avez vécu en Iran ?
01:40J'aimerais vous demander si vous connaissez des personnes qui vivent encore en Iran.
01:43Si vous avez de leurs nouvelles, si vous savez un petit peu la situation sur place ?
01:46Alors, c'est très difficile en ce moment parce que les réseaux sont un petit peu coupés
01:49et puis très saturés.
01:50Mais évidemment, oui, oui, je suis évidemment...
01:52J'ai plein d'amis là-bas qui vivent ça au jour le jour et qui se réfugient.
01:58Si vous voulez, beaucoup ont quitté les grandes villes pour se réfugier.
02:01Vous savez, vers le nord de la mer Caspienne,
02:03qui est un coin un petit peu plus abrité et plus protégé
02:09parce que les grandes villes sont soumises à des frappes permanentes en ce moment.
02:13Quel sentiment domine aujourd'hui en Iran ?
02:15Est-ce que c'est l'espoir ? Est-ce que c'est l'inquiétude ?
02:17Est-ce que c'est un petit peu des deux, un mélange des deux ?
02:20C'est déjà beaucoup de crainte, beaucoup de stress et puis beaucoup d'incertitude.
02:28C'est-à-dire que finalement, les Iraniens, vous savez,
02:31ils ne savent plus trop sur quel pied danser depuis de nombreuses années.
02:35Parce qu'à chaque fois qu'il y a des négociations en cours, paf,
02:38ces négociations sont rompues par des attaques israéliennes et puis là, américaines.
02:44Les Occidentaux, les Américains, les Israéliens parlent du programme nucléaire
02:47et puis paf, ils parlent tout d'un coup de décapiter le régime.
02:50D'ailleurs, c'est là tout le problème de cette guerre.
02:53C'est-à-dire que les objectifs ne sont pas clairs du tout.
02:56Est-ce qu'il s'agit vraiment de décapiter le régime ?
02:59Vous savez, décapiter le régime, ça veut tout et rien dire.
03:01Ça veut d'ailleurs surtout rien dire.
03:02Si on vous disait qu'on va décapiter la Ve République,
03:06qu'est-ce que vous diriez ?
03:07On s'en prend au personnel ?
03:09Est-ce que si on prend au personnel, est-ce que la Ve République s'effondre ?
03:12Non.
03:13Un régime, c'est des institutions.
03:15Il y a une différence entre les institutions et le personnel.
03:18Là, pour l'instant, ce qui a été fait, c'est que du personnel politique a été tué.
03:22Les plus hauts responsables politiques iraniens ont été tués.
03:26On sait qui précisément ?
03:28Oui, relativement, c'est maintenant, on sait relativement qui, précisément.
03:31C'est surtout toutes les plus hautes sphères, c'est-à-dire le président, enfin le guide sur prême surtout.
03:37Et puis les commandants des forces armées iraniennes.
03:42Tout ce qui relève du civil, du régalien, etc. est plutôt préservé jusqu'ici.
03:47Mais oui, il y a de nombreuses personnes qui ont été tuées.
03:50Mais j'insiste, là c'est du personnel qui a été tué.
03:53Et dans tout système, lorsqu'un personnel est tué, ne peut plus occuper sa place, il est remplacé par un
04:02autre.
04:02Donc il va y avoir un remplacement permanent du personnel politique iranien.
04:07Et c'est là où, si vous voulez, les Américains et les Israéliens, quand ils parlent de faire tomber le
04:11régime, là pour l'instant, ils font tomber des têtes.
04:13Bon, ils font tomber des têtes, mais pour l'instant, comme on le voit tous les jours sur les images,
04:19l'Iran résiste et l'Iran...
04:21Enfin, le système de la République islamique fonctionne, continue de fonctionner.
04:26Comment vous voyez la suite, vous, en Iran ?
04:28Donald Trump a été plutôt clair, il voit une guerre qui pourrait durer un mois, voire moins.
04:34Ça va aboutir à quoi, en Iran ?
04:36Là, si vous voulez, ça commence, vous savez, ça fait qu'à peine trois jours que ça a commencé, puisque
04:40finalement, depuis que le guide...
04:41Alors, ce qui est très clair, c'est que quand Netanyahou et Trump ont décidé d'attaquer l'Iran, ils
04:48attaquaient l'Iran en connaissance de cause.
04:49C'est-à-dire que tout ce qui se passe depuis que le guide a été tué, pour moi, il
04:54n'y a aucune surprise.
04:54C'est-à-dire que tout ce que fait l'Iran, ils l'avaient annoncé à l'avance.
04:58C'est-à-dire qu'il y a trois volets, il y a des ripostes sur Israël, bien sûr,
05:03des ripostes sur toutes les monarchies arabes qui ont des bases militaires américaines sur leur territoire.
05:10Et c'est là où le ministre des Affaires étrangères, avant la guerre, avait prévenu toutes les monarchies arabes
05:15que s'il y avait une attaque contre l'Iran, l'Iran serait forcé de s'en prendre aux bases
05:20militaires américaines dans la région.
05:21Donc, comme il y a des bases militaires dans tous les pays du Moyen-Orient,
05:25bien, tous les pays du Moyen-Orient sont pris sous le feu des Iraniens.
05:29Et puis, des tentatives de bloquer le détroit d'Hormuz.
05:35Car, c'est ce qu'ils avaient annoncé, enfin, c'est ce que les états-majors, vous savez, les états
05:38-majors, ça discute, hein.
05:40Ils avaient annoncé que, évidemment, l'Iran n'aura jamais le rapport de force militaire des Israéliens et des Américains.
05:47En revanche, ils veulent faire payer très cher, d'un point de vue coût politique et coût économique, aux Américains
05:54et aux Israéliens, en cas de guerre.
05:56Et c'est ce qui est en train de se passer.
05:58C'est-à-dire que, plus la guerre va continuer, plus, là, vous commencez à voir que le marché des
06:03matières premières est en train d'exploser,
06:05le gaz est en train d'exploser, le baril est déjà à 80 dollars, alors qu'il était à 60
06:09dollars il y a quelques jours.
06:10Donc, si vous voulez, c'est tout l'objectif, c'est toute la stratégie des Iraniens qui savent qu'ils
06:16n'ont pas le même rapport de force militaire,
06:18mais ils ont la volonté de faire payer le coût économique et politique extrêmement fort.
06:25Et ça peut avoir des répercussions très vite, si vous voulez, sur les Etats-Unis,
06:29parce que le texan qui va mettre de l'essence dans sa voiture, quand il va avoir le prix à
06:33la pompe qui va augmenter,
06:34il va commencer à vouloir obtenir des réponses sur cette guerre qui était, en plus, c'est ça qui est
06:43quand même un peu fascinant.
06:45C'est-à-dire que, en fait, vous savez, c'est Churchill qui disait, on peut faire confiance aux Etats
06:50-Unis de trouver la bonne décision,
06:52de prendre la bonne décision, mais c'est toujours après avoir essayé toutes les plus mauvaises.
06:57Et moi, je pensais qu'enfin, les Etats-Unis allaient arriver à la bonne décision, c'est-à-dire à
07:02la négociation sur le nucléaire,
07:04il y avait, la semaine dernière encore, on était tout proche d'un accord,
07:08les Iraniens avaient accepté pratiquement toutes les conditions américaines sur le nucléaire iranien.
07:14Et le chef de la diplomatie Omanès, d'ailleurs, disait qu'il enregistrait des avancées notables sur ces négociations.
07:19Voilà, il l'a dit la semaine dernière, là, hier, il a sorti les informations.
07:23Les Iraniens acceptaient de sortir tout leur stock d'uranium enrichi à 60% à l'étranger,
07:30ils acceptaient de faire un petit peu d'enrichissement d'uranium à un niveau symbolique de 1-2%.
07:35Et bien, les Etats-Unis et Israël en ont profité pour attaquer l'Iran.
07:40Et vous savez, moi, je suis le dossier iranien depuis de nombreuses années maintenant.
07:45Et en fait, c'est Israël qui mène la danse, si vous voulez.
07:48Moi, j'ai vraiment toujours l'impression que les Etats-Unis et un petit peu les Européens
07:52sont les idiots utiles des intérêts israéliens dans la région.
07:55C'est-à-dire que les Israéliens sont très forts, ils ont toujours un coup d'avance sur les Occidentaux.
08:00Et si vous voulez, ils mettent toujours les Occidentaux devant le fait accompli.
08:05L'année dernière, au mois de juin, il y avait des avancées entre les négociateurs américains et iraniens.
08:12Netanyahou a provoqué la guerre des 12 jours pour faire rompre les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran.
08:19Et là, il a produit la même chose.
08:20C'est-à-dire qu'on était tout proche d'un accord, et bien il a réussi à convaincre Donald
08:24Trump d'en profiter pour attaquer.
08:26Et si vous voulez, pour Israël, et c'est ça la base de tout, c'est-à-dire que pour
08:32Israël, c'est ni bombe, évidemment.
08:34Et ça, je crois que les Iraniens avaient apporté des gages qu'ils étaient capables de s'éloigner de la
08:39capacité à disposer de la bombe.
08:40Et ça, même quand ils avaient signé l'accord en 2015 avec Obama à l'époque.
08:45Mais c'est surtout pas d'ouverture, parce que dix ouvertures de l'Iran, et c'est là tout le
08:50problème, dix ouvertures de l'Iran,
08:52l'Iran a de quoi devenir d'ici cinq ou dix ans l'une des premières puissances économiques mondiales.
08:57Parce que les Iraniens sont extrêmement bien formés, extrêmement bien éduqués, sont très ouverts sur le monde,
09:04ils n'ont qu'une seule hâte, c'est de travailler en entreprise, etc., de développer leur pays.
09:08Le seul truc, c'est qu'il y a un volet de sanctions, c'est le pays qui subit le
09:12plus grand nombre de sanctions internationales au monde.
09:16Et il y avait une volonté de sortir de ça.
09:19Mais d'ailleurs, pour Israël et les monarchies du Golfe, l'Arabie saoudite, etc., l'ouverture de l'Iran, c
09:25'est aussi le cauchemar.
09:26Donc c'est le statu quo.
09:27Et je pense que ça va encore durer, et c'est ça malheureusement, l'expérience me montre, ça va encore
09:31durer des nombreuses années.
09:32C'est-à-dire qu'à chaque fois qu'il va y avoir une possibilité de sortir, de faire la
09:37paix, parce qu'il serait peut-être temps,
09:40les Israéliens vont essayer de faire en sorte de rompre les négociations,
09:45et puis pour garder le statu quo et d'empêcher l'Iran de devenir une grande puissance dans la région.
09:51Car sinon, tous ces pays-là vont devenir des satellites de l'Iran.
09:55Vous savez, il faut se rendre compte de la proportion des choses.
09:57L'Iran, c'est 90 millions d'habitants.
09:59Autour, c'est que des petits pays.
10:01Donc si l'Iran, tout d'un coup, se met en route pour devenir une grande puissance,
10:06ça va évidemment fragiliser tous les pays autour.
10:08Alors c'est une opération conjointe entre Israël et les Etats-Unis.
10:11Pour autant, est-ce que leurs objectifs à ces deux pays sont les mêmes ?
10:14Mais les objectifs ne sont pas très clairs.
10:16Parce que, alors le président Trump vient de dire que ça allait durer 3 ou 4 semaines.
10:21Mais vous vous rendez compte, déjà en 2-3 jours, les répercussions qu'il y a eues,
10:25si ça dure 3-4 semaines, ça va coûter très cher au reste du monde.
10:28Et l'électeur Maga aux Etats-Unis va vouloir rendre des comptes.
10:35Et il serait temps aussi que les Israéliens, qui sont complètement manipulés par leur pouvoir dans cette histoire,
10:41Netanyahou, il est très fort.
10:43Lui, pour se maintenir au pouvoir, il fait la guerre.
10:45Ça, c'est un grand classique.
10:49Et si vous voulez, si ça dure 3-4 semaines, sachant que, je vous dis, les objectifs sont pas clairs.
10:58On parle du système balistique, du nucléaire ou du régime.
11:06Alors, un jour c'est un changement de régime, un autre jour c'est le nucléaire, un autre jour c
11:11'est le balistique, etc.
11:13On va sauver le peuple.
11:14Alors oui, c'est ça aussi.
11:15Il y a l'idéalisme américain derrière, qui ne va jamais dire que c'est aussi parce que l'Iran
11:20est la deuxième réserve de gaz au monde,
11:22et la troisième réserve de pétrole au monde, qu'il y a un business énorme à faire dans ce pays,
11:26qu'il y a tous les Boeing à changer, etc.
11:28Donc, il y a aussi des enjeux stratégiques, purement cyniques d'économie, etc.
11:34Mais il y a cette façade qui va dire, on va sauver le peuple iranien.
11:38Et pour l'instant, le peuple iranien, ça fait 45 ans qu'il est pris en tenaille entre un régime
11:44très dur,
11:45et qui se durcit, qui se radicalise au rythme des confrontations qu'il y a avec le monde occidental,
11:53et puis le monde occidental, enfin surtout maintenant Israël et les Etats-Unis,
11:58puisque l'Europe est un petit peu hors course maintenant,
12:00qui n'arrête pas de pilonner l'Iran depuis des nombreuses années.
12:03Alors Sébastien Reniaud, je reviens vers vous dans quelques instants.
12:06On va aller rejoindre notre correspondant à Téhéran, Syavosh Razzi.
12:10Bonjour Syavosh.
12:11La situation est calme à Téhéran depuis 5h du matin.
12:14En revanche, plusieurs provinces ont été bombardées.
12:17Quelle est la situation sur place ?
12:20Entre-temps, il y a eu des changements.
12:23Il y a eu depuis midi hors française de nouvelles frappes contre la capitale iranienne
12:28dans le centre de Téhéran, mais aussi juste derrière moi.
12:31Je ne sais pas si vous pouvez voir la colonne de fumée qui s'élève derrière moi.
12:36Là se trouve l'ancien palais du Shah, le palais de Saad Abad.
12:42Une frappe est intervenue de trois frappes dans cette partie de Téhéran.
12:48Là se trouvent les bâtiments de la présidence de la République
12:52où avaient été négociés justement en 2003 les premiers accords nucléaires
12:56entre l'Iran et la Troïka européenne, la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne.
13:01Donc un lieu symbolique et stratégique, bien sûr, qui apparemment a été touché.
13:06Il y a un autre endroit sensible, la maison de l'ancien ministre de la Fée étrangère,
13:12Ali Akbar Velayati, qui a été ministre de la Fée étrangère pendant 17 ans,
13:18lors de la guerre Iran-Irak, et qui était un proche conseiller de l'ancien guide suprême iranien,
13:23donc l'aïtola Ali Khamenei, qui a été tué samedi.
13:26Donc ce sont des cibles qui ont été visées par des frappes, par des nouvelles frappes,
13:31qui sont intervenues sur Téhéran depuis maintenant plus d'une demi-heure.
13:36Donc des frappes qui ont également touché le siège de la police diplomatique dans le centre de Téhéran,
13:44non loin des ambassades britanniques, françaises et russes, sur la place Ferde aussi.
13:49Donc des frappes qui se sont multipliées un peu partout dans la capitale iranienne.
13:54Siavash, l'Iran continue de bombarder, de frapper toute la région.
13:58Quel est son objectif à l'Iran ?
14:01L'objectif, c'est clairement très précis.
14:04D'une part, c'est de montrer que malgré la disparition du guide suprême iranien,
14:09le pouvoir est sous contrôle.
14:13Il y a des objectifs très précis sur le plan intérieur, mais surtout et aussi extérieur.
14:20Sur le plan extérieur, les gardiens de la révolution ont annoncé aujourd'hui
14:23que désormais, ils allaient frapper Israël avec des missiles de plus en plus rapides
14:28et de plus en plus puissants, les missiles Heibar.
14:31Donc c'est la dernière catégorie de missiles qui ont été utilisés ce matin,
14:37notamment contre le bureau du Premier ministre israélien.
14:42Donc ça, c'est la première chose.
14:44Deuxième chose, ce sont des missiles qui ont été utilisés par l'armée régulière iranienne
14:50contre une base aérienne des États-Unis à Koweït.
14:54Les Iraniens revendiquent même avoir abattu trois avions américains,
14:59trois avions de chasse américains.
15:00Et puis en même temps, une attaque contre le groupe normal américain
15:04qui est stationné dans le nord de l'Ossan Indien,
15:10autour du porte-avions Abraham Lincoln.
15:13Et puis une frappe au drone sur une raffinerie de l'Arabie saoudite,
15:18de la société Aramco, une société américano-saoudienne
15:24qui a cessé de fonctionner après l'attaque menée par Téhéran.
15:29L'objectif, très précisément, c'est de faire pression sur les marchés pétroliers,
15:34d'autant plus que l'Iran a fermé le détroit d'Hormuz.
15:37Et donc, pour conséquence, la conséquence a été donc une augmentation
15:41très importante des prix du pétrole et surtout de l'essence,
15:44puisque le galant d'essence aux États-Unis a dépassé les 3 dollars désormais,
15:49donc ce qui pourrait faire pression sur le gouvernement de Donald Trump.
15:53Et puis l'autre objectif, c'est de montrer que le pouvoir,
15:56malgré la disparition du guide suprême iranien
15:58et d'une quarantaine de responsables militaires,
16:01le pouvoir tient le pays, donc il n'a pas été déstabilisé
16:05malgré la disparition du guide suprême iranien.
16:07Et d'ailleurs, pour un signe de cela, un appel a été lancé à la population
16:12pour se réunir tous les soirs à 20h sur les grandes places de Téhéran,
16:17mais aussi des villes de province,
16:18pour dénoncer les attaques américaines et israéliennes
16:21et bien sûr soutenir le pouvoir iranien.
16:24Merci beaucoup, Siyav Oshrazi, en direct de Téhéran.
16:27Sébastien Regnaud, on l'a entendu, Siyav Oshrazi, nous parler du détroit d'Hormuz.
16:32Est-ce que l'impact de cette guerre sur l'économie mondiale,
16:35sur le commerce du pétrole peut dissuader Donald Trump de continuer cette guerre ?
16:40C'est-à-dire que c'est là où les heures qui vont venir vont être extrêmement cruciales.
16:45Vous savez, quand je regarde très précisément comment fonctionne l'armée iranienne,
16:52comment ils ripostent par rapport à la comparaison il y a 12 jours,
16:56la riposte est toujours très prudente.
16:58Ça monte en grade, mais très, très, très, très, très doucement.
17:01C'est ce qui s'était passé pendant la guerre des 12 jours,
17:03c'est-à-dire que pendant 6 jours, ils avaient envoyé quelques missiles,
17:06mais des vieux missiles, qui n'étaient pas très efficaces et qui ne donnaient pas trop de résultats.
17:12C'était pour affaiblir le dôme de fer israélien.
17:15Et puis, les derniers jours, ils ont commencé à envoyer des missiles beaucoup plus solides.
17:20Et là, à partir de ce moment-là, Netanyahou a changé son braquet.
17:23Il a demandé aux Etats-Unis de venir l'aider parce qu'il avait des difficultés.
17:27Et bien là, ça va se passer de la même manière.
17:28C'est-à-dire que pour l'instant, malgré le caractère assez impressionnant de ce qui se passe dans la
17:35région,
17:36moi, je considère que pour l'instant, les Iraniens font preuve de retenue.
17:40Vous imaginez ?
17:41C'est-à-dire que si, dans les prochaines heures, ça continue à ce rythme-là,
17:45ils vont arrêter de faire preuve de retenue.
17:47Et là, ça peut engendrer, c'est ce que disait Siavoche,
17:50c'est-à-dire qu'ils vont se faire sortir des missiles de plus en plus puissants
17:53et des armes de plus en plus efficaces pour déstabiliser,
17:56alors, notamment le détroit d'Hormuz et puis, évidemment, Israël.
18:02Et évidemment, le cours du baril, je vous dis, qui est passé déjà à 80 dollars,
18:07il peut vite passer à 100, 150 dollars si les affaires tournent mal.
18:12Donc, moi, je trouve que c'est très imprudent de la part de Trump
18:14quand il a dit que ça allait durer 3 ou 4 semaines.
18:16Moi, je pense que ça va être beaucoup plus court
18:19parce que les Iraniens vont vouloir raccourcir les délais
18:22et ils ont, si vous voulez, une force de frappe encore toujours présente.
18:26Ils ont toujours des réserves de missiles, de drones, etc.
18:29Ils se sont délestés de tous les vieux trucs qu'ils avaient.
18:32Petit à petit, ils vont avoir entre les mains les choses les plus modernes qu'ils ont.
18:37Et là, ça peut avoir des répercussions très rapides.
18:41Oui, je vous dis, c'est toujours pareil, le cours des matières premières
18:44et puis toute l'économie mondiale.
18:46Vous évoquez à l'instant les capacités militaires de l'Iran.
18:50Justement, j'aimerais qu'on s'intéresse à cette question
18:52qu'on peut être amené à se poser.
18:55Durant combien de temps les gardiens de la révolution
18:58vont encore pouvoir se défendre ?
19:00On les sait affaiblis tout de même depuis la guerre des 12 jours du mois de juin dernier.
19:04On va écouter les précisions de Thomas Cuny pour France 2.
19:07On reviendra ensuite vers vous, Sébastien Régnon.
19:12Dans le ciel, un bruit strident.
19:17Avant, une frappe sur un immeuble de Bahreïn et des dégâts considérables.
19:21Même attaque filmée par un habitant depuis le building.
19:27Ce bruit de moteur est spécifique.
19:30C'est celui du drone iranien Shahed 136.
19:33On le reconnaît à sa forme triangulaire.
19:35L'arme est utilisée en masse par la République islamique
19:38depuis ces dernières 48 heures, comme ici.
19:41Il y a un drone !
19:43Un drone !
19:48C'est une création iranienne utilisée depuis 2021.
19:52L'appareil pèse environ 200 kilos.
19:55La charge explosive est placée dans le nez de l'aéronef.
19:59Il peut atteindre des cibles jusqu'à 2500 kilomètres,
20:03mais vol en basse altitude et ne dépasse pas les 185 kilomètres heure.
20:06Un drone kamikaze plus difficile à intercepter, contrairement aux missiles balistiques.
20:11Les Shahed ne sont pas adaptés à nos systèmes d'interception.
20:15Nous, on a des systèmes qui sont d'une complexité incroyable,
20:19qui permettent d'aller très haut, très loin pour ce qui est plus difficile à intercepter.
20:22Mais par contre, on s'est presque débarrassé des systèmes les plus low cost, les plus élémentaires.
20:27C'est ce qui explique l'efficacité redoutable de ces drones.
20:31Autre avantage, leur coût, peu élevé.
20:34Plusieurs dizaines de milliers d'euros contre des millions pour des missiles.
20:38Ils peuvent donc être produits en masse et à la chaîne.
20:41Le Shahed 136 est aussi présent dans d'autres conflits.
20:45L'Iran en a vendu à la Russie, qui l'utilise massivement contre l'Ukraine.
20:50Sébastien Regnaud, le quartier général des gardiens de la Révolution a été détruit dans une frappe.
20:55Comment ils s'organisent aujourd'hui, les gardiens de la Révolution ?
20:58Ça va être quoi la priorité pour retrouver un autre guide suprême ?
21:02D'ailleurs, on sait qu'un conseil provisoire a été mis en place.
21:04Sur quoi ça peut déboucher ?
21:05Alors voilà, il y a un conseil provisoire qui a été mis en place,
21:07avec le président de la République, un membre du conseil des gardiens de la Révolution
21:12et le chef de la justice.
21:15C'est ce conseil provisoire, donc de trois personnes,
21:18qui va prendre les décisions au nom de ce qu'aurait fait le guide,
21:23s'il avait été vivant, encore une fois.
21:26Et puis, moi ce que j'ai observé dans la société iranienne,
21:30c'est que dans l'urgence et dans la précipitation,
21:33les systèmes iraniens d'organisation sont assez efficaces.
21:35C'est-à-dire qu'en période de crise, etc.,
21:38il y a une mobilisation générale de l'ensemble des personnels.
21:43Et finalement, cet ensemble des personnels
21:45arrive à prendre des décisions relativement efficaces et structurées.
21:50Et donc, c'est pour ça que d'ailleurs, la résistance est assez impressionnante,
21:57pour l'instant.
21:58Donc, on va voir comment va se dérouler les prochains jours,
22:02quelles sont les stratégies un petit peu des Israéliens et des Américains.
22:09Eux, ils sont un peu jusqu'au boutiste.
22:11Si vous voulez, pour eux, vous savez, c'est ce concept de menace existentielle.
22:15Avant, on parlait de menace mortelle, parce qu'on avait peur de mourir.
22:19Aujourd'hui, on parle de menace existentielle, parce qu'on a peur d'exister.
22:22Et donc, si vous voulez, ce concept de menace existentielle
22:27produit cette idée permanente de frappe préventive.
22:30Le concept de frappe préventive, il n'existe pas en droit international.
22:33Pour moi, c'est un concept complètement fascisant.
22:36Ça consiste à attaquer quelqu'un avant même qu'il puisse se défendre.
22:41Vous imaginez, dans les cours d'école, si on inventait ce concept de frappe préventive,
22:46vous verrez tous les enfants taper sur le voisin,
22:49juste pour dire, non, mon voisin représentait une menace pour moi.
22:53Donc, si vous voulez, ça c'est un concept relativement fasciste,
22:57qui consiste à attaquer quelqu'un en attribuant la responsabilité de cette attaque
23:02à celui qui l'a subie.
23:03C'est ça, le concept de frappe préventive.
23:06Eh bien, voilà, c'est-à-dire qu'on fait des frappes.
23:09Alors, c'est pas là aussi, on parlait avant de bombardement,
23:11maintenant on parle de frappe, il y a un côté un peu plus propre là-dedans.
23:17Mais le résultat est dramatique, parce que, finalement, où est-ce qu'on va là ?
23:22Je crois que ni les Israéliens ni les Américains sont capables de le définir clairement.
23:27Ça va être le fait du prince.
23:29Et je crois aussi, je crois qu'il faut insister là-dessus,
23:32c'est que cette guerre, c'est pour des raisons aussi de politique intérieure.
23:37C'est-à-dire que, comme je vous le disais, Netanyahou,
23:41c'est le meilleur moyen de se maintenir au pouvoir, c'est la guerre.
23:44À chaque fois qu'il a eu des occasions de pouvoir provoquer une guerre.
23:48Parce que, forcément, une guerre, ça produit, c'est naturel, j'allais dire,
23:52dans tous les pays comme ça, une espèce d'unité nationale.
23:54Quand on est en guerre, les différents qui vivent à l'intérieur du pays,
23:59on essaye de passer outre.
24:02Et donc, ça construit une unité nationale autour du leader.
24:05Et c'est ce que Netanyahou est en train de profiter.
24:08Mais par contre, Trump, là, on voit bien qu'il y a eu la séquence,
24:11les différentes séquences qu'il a un peu foirées,
24:14sur les droits de douane, sur le Groenland, etc.
24:17Et puis là, maintenant, c'est la séquence iranienne.
24:20Mais je suis à peu près sûr, parce que lui, il zappe du matin au soir,
24:23qu'à partir d'un certain moment, il va se lasser.
24:26Et puis, je pense qu'il n'y a même pas de fin concrète.
24:31Je ne vois pas d'issue, pour l'instant.
24:33Je ne vois vraiment pas d'issue.
24:35Parce que je ne vois pas comment les négociations peuvent être relancées.
24:37Il va peut-être y avoir des canaux pour renouer le dialogue.
24:42Mais maintenant, est-ce que les Iraniens vont accepter de sortir leur enrichissement d'uranium
24:46à partir du moment où ils ont été frappés en pleine négociation ?
24:51C'est difficile, vraiment.
24:54Ce que je vous dis, c'est beaucoup plus difficile de faire la paix que de faire la guerre.
24:59Alors, il y a un nom qu'on entend souvent depuis quelques jours,
25:02depuis même le mois de janvier,
25:03et ce mouvement de contestation contre le gouvernement iranien,
25:07c'est celui de Reza Pahlavi.
25:08Quelle peut être sa place là-dedans ?
25:10Alors là, c'est vrai qu'on n'a pas beaucoup parlé de la société iranienne.
25:13Parce que, mine de rien, c'est quand même elle qui trinque depuis 45 ans
25:16qu'il y a des tensions internationales autour de l'Iran.
25:20Et que, ce que je vous disais, la société iranienne est prise entre les sanctions et le régime.
25:26Donc, d'un point de vue économique, ils ont du mal à vivre.
25:29Ça, c'est les sanctions.
25:30Et d'un point de vue politique, ils doivent la fermer.
25:34Parce que c'est un régime dictatorial.
25:36Et alors, cette idée de Reza Pahlavi, vous savez, le chat, c'est...
25:43Un pays ne fait pas une révolution par hasard, si vous voulez.
25:46Une révolution, c'est pour ça qu'on parle aussi de changement de régime.
25:48C'est un côté très édulcoré.
25:50Mais une révolution, c'est quelque chose d'extrêmement traumatisant pour une société.
25:54Nous, on en parle encore 200 ans après.
25:56C'est-à-dire qu'une révolution, il y a tout qui bascule.
25:59On repart de zéro.
26:00Et à partir de zéro, il faut tout reconstruire.
26:02Et donc, si vous voulez, le fils du chat, il n'a pas mis les pieds dans son pays depuis
26:08plus de 45 ans.
26:10Il est tout seul.
26:11Il a très peu de gens autour de lui.
26:13Il n'a pas beaucoup de relais sur place.
26:15Alors, il représente un symbole.
26:16Il représente une forme de rêve, même un peu américain.
26:21Il vit à Los Angeles, etc.
26:22Il y a un côté un peu rêve dans la situation de panacée dans laquelle sont les Iraniens.
26:28Mais moi, je crois beaucoup plus à quelque chose qui viendrait de l'intérieur.
26:32Et peut-être quelqu'un de relativement...
26:35Il y a des gens, je vous dis, dans la République islamique, il n'y a pas que des durs.
26:39Il y a des durs, mais il y a aussi des gens avec lesquels il est possible de parler.
26:43Et qui peuvent avoir une voix et qui peuvent aussi apaiser les tensions internes.
26:49Mais le truc, c'est qu'il va falloir que la situation avec l'étranger soit réglée.
26:53Parce que dans cette situation de tension infernale, il ne peut pas y avoir d'apaisement des tensions à l
26:59'intérieur de l'Iran.
27:00Merci beaucoup Sébastien Regnaud d'avoir accepté notre invitation.
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