- il y a 3 heures
Le président de la République, Emmanuel Macron, a tenu un discours sur la dissuasion nucléaire ce lundi à l'Île Longue (Finistère). Le chef de l'État en a profité pour s'exprimer sur la guerre en Ukraine, la guerre contre l'Iran et l'arsenal nucléaire de la France. Emmanuel Macron a notamment annoncé l'augmentation du «nombre de têtes nucléaires».
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00:00Symbole de l'engagement constant de notre pays pour la dissuasion nucléaire depuis maintenant plus de 65 ans.
00:10Dans quelques jours, le sous-marin nucléaire lanceur d'engin, le téméraire qui vous fait face, prendra la mer.
00:19Il disparaîtra dans une discrétion absolue et jouera pleinement depuis les profondeurs son rôle de gardien ultime de notre liberté
00:32d'action, de notre indépendance.
00:37Tout cela, nous le devons à l'engagement continu de mes prédécesseurs, de nos armées, depuis le premier essai nucléaire
00:47français en 1960,
00:48la première alerte opérationnelle des forces aériennes stratégiques en 1964, la première pierre posée ici même, à Lille-Longue, en
01:001965,
01:01et encore la première patrouille du SNLE, le Redoutable, en janvier 1972.
01:09Nous le devons aussi au savoir-faire de nos centres de recherche, de nos industriels, au professionnalisme et au dévouement
01:19des militaires et des civils
01:21qui servent où qu'ils se trouvent, dans un atelier secret, au fond des mers ou dans le ciel, notre
01:29dissuasion nucléaire.
01:32J'en suis reconnaissant à chacun.
01:37Pour la dissuasion, notre nation a consenti un effort financier, scientifique et technologique constant,
01:47à tous égards exceptionnel et sans égale sur le continent.
01:54Déjà trois générations de femmes et d'hommes se sont succédées pour oeuvrer à l'édification, à la consolidation,
02:02à l'optimisation de ce qui constitue la pierre angulaire de notre stratégie de défense.
02:10À l'heure où vacillent les certitudes, où les adversaires s'enhardissent, où les alliances faceillent,
02:19la dissuasion est et doit demeurer un intangible français.
02:25En tant que président de la République, élu au suffrage universel direct, j'en suis le garant.
02:33Et je suis venu ici vous redire avec la plus grande force l'attachement de la nation, mon attachement à
02:44la poursuite de cette mission fondamentale.
02:48Notre dissuasion est robuste et efficace.
02:53Tous ceux qui auraient l'audace de vouloir s'en prendre à la France savent le prix insoutenable qu'il
03:02y aurait pour eux à payer.
03:07Mais intangible ne veut pas dire inerte.
03:11En février 2020, il y a six ans déjà, fidèle à la tradition républicaine, j'avais exposé les fondements de
03:19notre doctrine nucléaire et de sa place dans le monde.
03:24Depuis lors, les choses ont changé.
03:29Les six années écoulées pour la France et pour l'Europe pèsent comme des décennies et les derniers mois comme
03:35des années.
03:37Nos concurrents ont évolué, nos partenaires aussi.
03:41Le monde se durcit et les dernières heures l'ont encore démontré.
03:47C'est donc avec beaucoup de gravité que je viens aujourd'hui annoncer à la nation une évolution à la
03:56hauteur de nos défis nationaux et européens.
04:01Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces et nous devons penser notre stratégie de dissuasion
04:10dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté, avec la mise en place progressive de
04:19ce que j'appellerais une dissuasion avancée.
04:23Oui, nous vivons actuellement au plan géopolitique une période de rupture, pleine de risques, et nos compatriotes en ont pleinement
04:32conscience.
04:34Cette période justifie un durcissement de notre modèle.
04:40La Russie mène à l'Ukraine voisine d'une guerre lente et cruelle qui constitue, comme l'a identifié notre
04:46revue nationale stratégique, un risque majeur pour notre Europe.
04:51Cette même Russie assume un révisionnisme, un impérialisme brutal et, déjà forte d'un arsenal nucléaire pléthorique, ne cesse de
05:02développer de nouvelles armes.
05:05Des missiles nucléaires hypersoniques, d'autres à propulsion nucléaire censés voler sans limite, des torpilles nucléaires et même un projet
05:14particulièrement dangereux pour l'humanité d'armes nucléaires envoyées dans l'espace.
05:20La Chine, de son côté, s'est engagée dans un rattrapage à marche forcée des Etats-Unis.
05:28Elle fabrique plus d'armes aujourd'hui que n'importe quel autre pays.
05:34Elle a exposé encore récemment les derniers perfectionnements de sa triade.
05:39Nul ne sait quelles seraient les ramifications, directes ou indirectes, nucléaires ou non, d'un conflit qui éclaterait en Extrême
05:48-Orient ou ailleurs.
05:50Elle ne saurait en tout état de cause être sans conséquences pour nous.
05:56La Chine, comme la Russie, développe des systèmes de plus en plus sophistiqués de protection de leur territoire, une logique
06:05qui épouse d'ailleurs les Américains aussi avec leur projet de Golden Dome.
06:11En Asie, les arsenaux ou les forces stratégiques d'autres Etats possesseurs, comme l'Inde, le Pakistan et la Corée
06:18du Nord, sont en pleine expansion.
06:22Par ailleurs, nous ne pouvons plus considérer les menaces de manière isolée, car de nouveaux liens sont apparus entre elles.
06:31Quel est le prix du soutien massif de la Corée du Nord à la guerre d'agression que mène la
06:36Russie ?
06:37Quelles sont les ramifications du traité d'alliance entre les deux pays ?
06:42Que dire de la dépendance extrême dans laquelle la Russie s'est placée vis-à-vis de la Chine ?
06:48De tout cela, nous devons tenir compte.
06:53A cela s'ajoute la guerre en cours au Proche et Moyen-Orient, qui porte et portera son eau d
06:59'instabilité et d'embrasement possible à nos frontières,
07:02avec un Iran aux capacités nucléaires et balistiques non encore détruite.
07:08Sur cela, je reviendrai dans les prochains jours.
07:13Quant à nos alliés américains, qui eux-mêmes modernisent leur arsenal,
07:18ils jouent depuis 1945 et continueront de jouer un rôle clé dans la défense de l'Europe.
07:24Nous leur en savons gré.
07:27Et au plan de la dissuasion, ils participent directement à notre protection avec la mission nucléaire de l'OTAN.
07:34Mais leur récente stratégie nationale de sécurité et de défense manifeste un réagencement des priorités américaines et une incitation forte
07:45à ce que l'Europe s'occupe plus directement de sa propre sécurité.
07:52Il nous faut entendre cette invitation à prendre davantage en main notre destin.
07:57Et comme vous le savez, je ne dis pas autre chose depuis le premier jour de mon premier mandat.
08:05Il y a par ailleurs une autre caractéristique de la période que nous vivons.
08:10Dans l'atmosphère d'anomie actuelle, nous assistons à la fois à un renforcement du risque que les conflits franchissent
08:17le seuil nucléaire, mais aussi dans le même temps à une intensification de la conflictualité sous ce seuil.
08:26Et cela a des implications très directes pour nous.
08:31Le risque de franchissement est plus grand, d'abord parce que les conflits impliquant des puissances dotées des États possesseurs
08:38ou proliférants s'accroissent.
08:40N'a-t-on pas vu tout récemment des explosions de violences impliquant l'Inde, le Pakistan, l'Iran, Israël
08:48?
08:49N'a-t-on pas vu aussi des comportements irresponsables, de la Russie en particulier, avec une modification de sa
08:56doctrine couss humains pour menacer l'Ukraine, une banalisation du discours sur l'arme, des officiels qui agitent des menaces
09:04inconsidérées, des tirs de missiles du haut, comme l'Oreshnik, à proximité des frontières européennes ?
09:11Tout cela est un changement majeur qui rend plus tangible le risque de franchissement.
09:18Dans le même temps, les puissances nucléaires comme la France doivent aussi s'accoutumer à la possibilité de conflits majeurs
09:26sous le seuil nucléaire dans leur environnement immédiat.
09:30N'a-t-on pas vu ces derniers mois des salves de missiles tomber sur des puissances dotées ou des
09:36États possesseurs ?
09:37L'Europe pourrait un jour se trouver dans une position similaire.
09:42Pour gérer ce genre de situation avant qu'elle ne franchisse le seuil nucléaire, il faut des capacités spécifiques.
09:51L'alerte avancée pour détecter les menaces, la défense aérienne élargie pour s'en prémunir, la frappe dans la profondeur
10:00pour contrer et agir au plan offensif.
10:05C'est tout cela qu'on appelle l'épaulement.
10:10Pour être forts dans notre dissuasion nucléaire, nous devons être forts dans nos capacités conventionnelles dans toutes leurs dimensions.
10:20C'est bien sur ces deux piliers que se fonde notre défense et j'en ai souligné l'importance dès
10:262020.
10:28Mais les dernières années ont bien montré le manque criant de capacités d'épaulement en Europe.
10:35Et cette situation n'est pas tenable.
10:38Et vous verrez qu'elle occupe une place importante dans mon raisonnement.
10:43Tout cela montre en tout cas que les menaces nucléaires s'accroissent, se diversifient, qu'elles sont davantage connectées entre
10:52elles, qu'elles risquent d'être précédées d'épisodes de conflits intenses sous le seuil,
10:58et que les défenses de nos adversaires potentiels se renforcent.
11:03Nous devons donc en tirer les leçons.
11:07Car en effet, dans ce monde dangereux et instable, comme vous m'avez déjà entendu le dire à plusieurs reprises,
11:14pour être libre, il faut être craint.
11:18J'en ai la conviction.
11:21Notre pays détient cette arme hors du commun, qu'est l'arme nucléaire, et il en fait le socle de
11:29sa sécurité.
11:31La chaîne de commandement est d'une clarté totale.
11:35Et la décision ultime revient au seul président de la République.
11:41Et devant la nation, dans ces temps d'incertitude, je le redis aujourd'hui avec force,
11:49en ma qualité de président de la République, je n'hésiterai jamais à prendre les décisions qui seraient indispensables
11:59à la protection de nos intérêts vitaux.
12:04Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun Etat, si puissant soit-il, ne pourrait s'y soustraire.
12:13Aucun, si vaste soit-il, ne s'en remettrait.
12:18Un seul de nos sous-marins, tel que celui derrière moi, emporte avec lui une puissance de frappe
12:25qui équivaut à la somme de toutes les bombes tombées en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.
12:32C'est près de 1 000 fois la puissance des premières bombes nucléaires.
12:38C'est donc un discours de puissance assumé au service de la paix que je viens vous tenir aujourd'hui.
12:47Et cette puissance, vous le savez mieux que quiconque, ne vient pas sans effort.
12:56Le maintien de la crédibilité de cet outil est le fruit de décisions importantes prises ces dernières décennies
13:03et accélérées ces dernières années.
13:07Les trois décennies d'après la guerre froide nous avaient offert cette parenthèse de l'histoire
13:11où nous bénéficions de l'affaiblissement de nos adversaires et de l'empathie assurée de nos alliés.
13:18En conséquence, nous avions progressivement renoncé à la composante terrestre de notre dissuasion
13:24et nos arsenaux avaient décru.
13:29Ces temps pourtant si proches semblent déjà lointains.
13:35Dès 2017, j'ai pris acte de la fin des dividendes de la paix.
13:41Je me suis employé à assurer le renouvellement de tous nos moyens pour les prochaines décennies.
13:48Nos futurs sous-marins stratégiques ont été mis en chantier.
13:52Ceux qui assurent avec vaillance une présence permanente à la mer depuis 1972
13:59verront donc la troisième génération prendre la mer, ici même, à l'île Longue.
14:07Les premières découpes de l'acier qui façonnera les coques de ces nouveaux sous-marins
14:12ont commencé il y a plusieurs mois à Cherbourg.
14:16Je tiens ici à féliciter les acteurs militaires, industriels, scientifiques qui oeuvrent à ce succès.
14:27Très peu de nations dans notre monde sont capables de construire de tels sous-marins nucléaires,
14:34prodiges inégalés de technologies, aussi discrets que performants,
14:41capables de frapper en tout point nos agresseurs potentiels.
14:46Dans la tradition qui préside au baptême de nos sous-marins,
14:51j'ai ainsi aujourd'hui l'insigne honneur de vous annoncer
14:54que le futur sous-marin nucléaire lanceur d'engin qui battra pavillon français
15:01se nommera l'Invincible et naviguera en 2036.
15:09La même rigueur s'est appliquée au renouvellement intégral
15:14des autres domaines de la dissuasion.
15:16Nous disposons depuis quelques mois du nouveau missile M51.3 sur nos SNLE
15:25et d'une nouvelle tête nucléaire océanique optimisée
15:29pour pénétrer toutes les défenses.
15:33Notre force aérienne stratégique et la force aéronavale nucléaire
15:38ont vu leurs missiles de croisière nucléaire rénover.
15:43Et nous allons lancer cette année le très ambitieux programme
15:47de missiles stratégiques hypersoniques et manœuvrants
15:50qui équipera nos avions de combat et le futur porte-avions
15:55dans la prochaine décennie.
15:59Notre programme national Tritium a été consolidé
16:03nous assurant de notre capacité
16:06à poursuivre la production d'armes nucléaires
16:09en totale indépendance et autosuffisance.
16:15Notre réarmement, vous le voyez,
16:19engagé depuis presque dix ans, porte donc ses fruits.
16:24Vous en voyez certains effets ici même
16:27et l'effort se poursuivra bien sûr symétriquement
16:31sur le volet conventionnel.
16:35Et pourtant, le contexte que j'ai évoqué au début de mon propos
16:40m'amène à une conclusion claire.
16:43Nous ne pouvons pas nous satisfaire de la trajectoire actuelle.
16:49Et je dois à la nation, pour aujourd'hui, mais aussi pour l'avenir,
16:53l'assurance absolue que notre dissuasion demeurera crédible
16:58et qu'au moment des circonstances extrêmes,
17:01elle nous soustraira à tout chantage et toute capitulation.
17:07L'évolution des défenses de nos compétiteurs,
17:10l'émergence de puissances régionales,
17:14la possibilité de coordination entre adversaires
17:18et les risques liés à la prolifération,
17:22tout cela après un examen minutieux,
17:26m'a conduit à cette conclusion.
17:29Un rehaussement de notre arsenal est indispensable.
17:36Il ne s'agit pas ici d'entrer dans une quelconque course aux armements.
17:40Cela n'a jamais été notre doctrine.
17:43Il serait inutile de prétendre entrer dans une coûteuse surenchère.
17:48L'essentiel, comme je le disais,
17:50est que tout adversaire ou toute combinaison d'adversaires
17:54ne puisse entrevoir la possibilité d'une quelconque frappe
17:58à l'encontre de la France sans la certitude
18:01de se voir infliger des dommages
18:04dont il ne se relèverait pas.
18:08Il n'est point besoin de symétrie des arsenaux pour cela.
18:13Notre doctrine refuse donc l'idée de reportes nucléaires graduées.
18:19L'armement nucléaire français est stratégique
18:22et exclusivement stratégique,
18:25car il s'agit bien d'armes d'une toute autre nature
18:28que celles dont on pourrait user sur un champ de bataille.
18:32La France, depuis le président François Mitterrand,
18:36a ainsi abandonné tout concept d'emploi tactique
18:40des armes nucléaires.
18:41Et nous n'y reviendrons pas.
18:45Dans cette optique d'asymétrie assumée,
18:49la France a toujours envisagé pour son arsenal
18:52les seuils strictement cohérents
18:55avec l'efficacité opérationnelle de notre dissuasion.
19:00Ma responsabilité est d'assurer que notre dissuasion conserve
19:05et qu'elle conservera à l'avenir
19:08son pouvoir de destruction assuré
19:12dans l'environnement dangereux,
19:16mouvant et proliférant que je viens de rappeler.
19:20C'est pourquoi j'ai ordonné
19:24d'augmenter le nombre de têtes nucléaires
19:29de notre arsenal.
19:32Pour couper court à toute spéculation,
19:36nous ne communiquerons plus sur les chiffres
19:39de notre arsenal nucléaire,
19:42contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé.
19:49Pour être libre, donc,
19:50il faut être craint.
19:52Et pour être craint, il faut être puissant.
19:56Cette augmentation de notre arsenal en témoigne.
20:00Mais pour être puissant,
20:03et c'est le deuxième temps de mon propos aujourd'hui,
20:06il faut être plus uni.
20:09Et c'est d'Europe que je vais vous parler à présent.
20:14Notre sécurité ne s'est jamais conçue
20:16dans les seules limites de notre territoire,
20:18au plan conventionnel comme au plan nucléaire.
20:21C'est un fait évident de la géographie
20:24qui est là et qu'on ne peut négocier.
20:27J'ajouterai d'ailleurs,
20:28aujourd'hui plus que jamais,
20:30l'indépendance ne peut être la solitude.
20:36Dans le domaine nucléaire,
20:39cela a été reconnu par tous mes prédécesseurs
20:41sans distinction.
20:43Mais aujourd'hui,
20:44les conditions sont désormais véritablement réunies
20:48pour en tirer les conséquences concrètes.
20:53Pour expliquer ce point,
20:56permettez-moi de m'attarder un instant
20:59sur un élément central de notre doctrine nucléaire,
21:03les intérêts vitaux de la nation.
21:07La dissuasion nucléaire française a vocation
21:10à dissuader tout Etat
21:11de s'en prendre à nos intérêts vitaux.
21:15Quels sont-ils ?
21:17Nous ne les avons jamais énoncés précisément.
21:23Nos lignes rouges ne sont pas lisibles.
21:27Elles ne sauraient l'être.
21:29À coup sûr, pourtant,
21:31nos intérêts,
21:32s'ils couvrent le territoire hexagonal et ultramarin,
21:37ne peuvent se confondre avec le seul tracé
21:39de nos frontières nationales.
21:43Peut-on envisager que la survie
21:44de nos partenaires les plus proches
21:46soit mise en jeu sans que cela affecte
21:48nos intérêts vitaux ?
21:50Ou à l'inverse,
21:51qu'une menace extrême en Europe
21:53ne concerne que nous-mêmes ?
21:56Pour ces raisons fondamentales,
21:59les présidents successifs
22:01ont évoqué la dimension européenne
22:04des intérêts vitaux de la France.
22:07En février 2020,
22:08j'avais réitéré l'offre de tous mes prédécesseurs,
22:13depuis le président François Mitterrand,
22:16d'un dialogue avec les pays européens
22:19qui seraient désireux d'approfondir avec nous cette dimension.
22:24J'avais même proposé d'associer ces pays
22:27à des exercices de notre dissuasion.
22:33Six ans plus tard,
22:35nous sommes dans un autre univers stratégique.
22:39Nous devons passer à une toute autre étape
22:43et formuler pour notre époque
22:45ce dont le général de Gaulle
22:46avait déjà l'intuition.
22:50Je crois pouvoir affirmer
22:52que nos partenaires y sont prêts.
22:57Nous avons d'abord resserré en juillet dernier
23:00les liens avec le Royaume-Uni,
23:04partenaire majeur
23:06et puissance nucléaire indépendante
23:08avec laquelle nous reconnaissons
23:10depuis 1995
23:11qu'il n'y a pas de situation
23:14engageant les intérêts vitaux de l'une
23:16sans que ceux de l'autre
23:17ne soient affectés.
23:20Nous avons renforcé nos coopérations
23:22nucléaires bilatérales,
23:23affirmé notre solidarité commune
23:26avec les Européens
23:27et ouvert la possibilité
23:30d'une coordination
23:31de nos dissuasions respectives.
23:35Dès cet hiver,
23:37de hauts responsables britanniques
23:39ont assisté
23:41pour la première fois
23:43depuis l'existence
23:44de notre dissuasion
23:45à l'un des exercices
23:48de nos forces aériennes stratégiques.
23:53Mais notre ambition
23:54doit être plus grande
23:55car c'est la sécurité du continent,
23:58la nôtre,
23:59qui est en jeu pour l'avenir.
24:02Des contacts ont été pris
24:03avec un premier groupe d'alliés,
24:05à commencer, bien entendu,
24:06par notre partenaire essentiel,
24:08l'Allemagne.
24:10Ils ont répondu favorablement
24:12à l'offre de la France.
24:13Aujourd'hui,
24:16une nouvelle étape
24:18de la dissuasion française
24:19peut donc se concrétiser.
24:23Nous entrons
24:24sur le chemin
24:26de ce que j'appellerais
24:28la dissuasion avancée.
24:31Je préfère le dire tout de suite,
24:34il n'y aura aucun partage
24:36de la décision ultime,
24:38ni de sa planification,
24:40ni de sa mise en oeuvre.
24:43En vertu de notre Constitution,
24:46elle appartient
24:47au seul président de la République,
24:50comptable devant le peuple français.
24:53En conséquence,
24:55il n'y aura pas non plus
24:56de partage de la définition
24:57des intérêts vitaux
24:58qui restera d'appréciation souveraine
25:01pour notre pays.
25:03Et pour cette raison,
25:05comme dans les autres
25:06alliances nucléaires,
25:08y compris lorsqu'elles ont
25:09des plans
25:10et des procédures,
25:12il n'y aura pas de garantie
25:14au sens strict du terme.
25:16Une garantie rigide,
25:18d'ailleurs,
25:19serait imprudente.
25:20Elle abaisserait le seuil nucléaire
25:22et réduirait d'autant
25:24l'incertitude
25:26de nos adversaires.
25:28Avec la dissuasion avancée,
25:31notre doctrine conservera
25:32ses fondations originelles.
25:34Son caractère strictement défensif,
25:37le refus de la bataille nucléaire,
25:41la rupture totale
25:42et assumée
25:43entre le conventionnel
25:45et le nucléaire.
25:48Il en va de même
25:50pour l'opportunité
25:51d'un avertissement nucléaire
25:53unique et non renouvelable.
25:56Il sera toujours décidé
25:58à la seule discrétion
26:00de la France
26:01pour signifier très concrètement
26:03que le conflit
26:05vient de changer de nature
26:07et que la France
26:08entend par ce moyen
26:10préserver une ultime chance
26:12de rétablir la dissuasion.
26:16La France
26:17assumera donc toujours seule,
26:20en intégrant à sa réflexion
26:22les intérêts de nos alliés,
26:23le franchissement délibéré
26:26du seuil nucléaire.
26:29La dissuasion avancée
26:31est une démarche progressive.
26:35Elle offre la possibilité
26:37pour les partenaires
26:38de participer
26:38aux exercices
26:40de la dissuasion,
26:41tout d'abord.
26:42Cela pourra impliquer
26:43également du signalement,
26:45y compris
26:46au-delà de nos frontières strictes,
26:48ou la participation
26:50conventionnelle
26:51de forces alliées
26:52à nos activités nucléaires.
26:55Elle pourra enfin
26:56prévoir le déploiement
26:58de circonstances,
26:59d'éléments de force stratégiques
27:02chez nos alliés.
27:05Et de la même façon
27:08que nos sous-marins stratégiques
27:10se diluent naturellement
27:11dans les océans,
27:12garantissant une capacité
27:14permanente de frappe,
27:16nos forces aériennes stratégiques
27:18pourront ainsi
27:18se disséminer
27:20dans la profondeur
27:21du continent européen.
27:23Cette dispersion
27:24sur le territoire européen
27:25à la manière
27:27d'un archipel de force
27:29compliquera le calcul
27:31de nos adversaires,
27:32et donnera
27:33à cette dissuasion avancée
27:35beaucoup de valeur
27:36pour nous.
27:38Elle renforcera
27:39notre défense
27:40en lui accordant
27:41du champ,
27:42elle lui offrira
27:43une profondeur stratégique
27:44nouvelle,
27:45cohérente
27:46des enjeux de sécurité
27:47en Europe.
27:50Sa valeur
27:51sera,
27:52je le crois,
27:53très forte aussi
27:54pour les partenaires
27:55qui entreront
27:56dans cette logique
27:56avec nous
27:57et dont le territoire
27:59gagnera
28:00un lien affirmé
28:01avec notre dissuasion.
28:06Il a été clair
28:08dès le début
28:10pour nous
28:11et pour nos partenaires
28:13que cet effort
28:14viendrait en plus
28:16de la mission nucléaire
28:17de l'OTAN,
28:19à laquelle,
28:20je le rappelle,
28:21nous ne prenons pas part.
28:23La dissuasion avancée
28:24que nous proposons
28:25est un effort distinct
28:26qui a sa valeur propre
28:28et qui est parfaitement
28:29complémentaire
28:30de celui de l'OTAN
28:31au plan stratégique
28:33comme au plan technique.
28:36Le travail
28:37que nous avons entamé
28:39sur ce projet
28:40avec les Européens
28:41s'est fait
28:43en pleine transparence
28:44avec les Etats-Unis
28:46d'Amérique
28:46et en coordination étroite
28:49avec le Royaume-Uni.
28:54Que les alliés
28:55qui nous ont témoigné
28:57leur confiance
28:57en travaillant intensément
28:59à ces futurs partenariats,
29:01dans le respect
29:02de nos obligations
29:05internationales
29:05et tout particulièrement
29:07du traité
29:07sur la non-prolifération
29:08des armes nucléaires
29:10en soient ici,
29:12aujourd'hui,
29:12remerciées.
29:15L'Allemagne
29:16sera un partenaire
29:19clé de cet effort,
29:21naturellement,
29:22le plus ambitieux
29:23dans l'esprit
29:25du traité d'Aix-la-Chapelle.
29:27Les premières étapes
29:28de la coopération
29:29commenceront
29:30dès cette année
29:31et pourront inclure
29:33des visites
29:33de sites stratégiques
29:35et des exercices conjoints.
29:38Dès à présent,
29:39d'autres pays
29:40ont accepté ce dialogue
29:42et, au-delà
29:43de nos partenaires
29:45et amis britanniques
29:46et allemands
29:46déjà évoqués,
29:47la Pologne,
29:49les Pays-Bas,
29:50la Belgique,
29:52la Grèce,
29:53la Suède
29:54et le Danemark
29:55s'y joindront.
29:58C'est une véritable
29:59convergence stratégique
30:00entre nos pays,
30:02de nature à donner
30:03une réelle profondeur
30:04à la défense
30:05de notre continent.
30:07Les discussions
30:08sont aussi ouvertes
30:09avec plusieurs autres pays,
30:11se poursuivront
30:12dans les semaines
30:13et les mois à venir.
30:16A l'image
30:17de ce que nous avons
30:18mis en place
30:18avec le Royaume-Uni,
30:20des organes d'échange
30:22au niveau politique
30:23vont être créés
30:25avec chacun de ces pays
30:26dès les prochains jours.
30:28Cela suppose
30:29un travail commun
30:30sur la menace
30:31et le renseignement,
30:32des moyens
30:33de communication spécifiques,
30:35une organisation,
30:37mais aussi
30:37une compréhension commune
30:39des ressorts
30:40de l'escalade
30:40et de comment y faire face,
30:42en particulier
30:43dans sa phase conventionnelle.
30:46C'est pourquoi aussi
30:48la démarche
30:49de la dissuasion avancée,
30:50de par sa nature,
30:53accroît notre protection
30:54et celle de nos partenaires.
30:57de la même manière
30:58que la France
31:00crée
31:02pour les adversaires
31:04de l'Europe
31:04de nouveaux dilemmes stratégiques
31:07à travers
31:07cette dissuasion avancée.
31:09Nos partenaires
31:10contribuent en retour
31:12à la sécurité collective
31:14et donc
31:15à celle de la France.
31:18C'est la nature même
31:19de l'épaulement stratégique.
31:21L'expérience
31:23des dernières années
31:23montre bien
31:24qu'il y a au moins
31:25trois domaines
31:26où notre Europe,
31:27si elle devait faire face
31:28à une escalade
31:30et la gérer
31:30sous le seuil nucléaire,
31:32bénéficierait
31:33de nouveaux moyens collectifs.
31:35L'alerte avancée,
31:37donc la capacité,
31:38par une combinaison
31:39de satellites
31:40et de radars,
31:41de détecter
31:41et de suivre
31:42les missiles
31:43qui pourraient nous viser.
31:45La maîtrise
31:46de notre ciel
31:46avec la défense aérienne élargie
31:48et les protections
31:49anti-missiles
31:50et anti-drone
31:51et enfin
31:52les capacités
31:53de frappe
31:53dans la grande profondeur.
31:56En entrant avec nous
31:57dans cet épaulement
31:58réciproque,
32:00les pays partenaires
32:01peuvent aider
32:02à renforcer
32:02les capacités
32:03de l'Europe
32:05dans ces trois domaines.
32:07Ce serait
32:07une juste répartition
32:09des efforts
32:09et la France
32:11y sera donc
32:12clairement gagnante.
32:14d'ores et déjà,
32:16les projets avancent
32:17et nous continuerons
32:20de forcer le pas.
32:23Pour ce qui est
32:24de l'alerte avancée,
32:26d'abord,
32:27le programme
32:27J-WELL donnera
32:28des capacités souveraines
32:29aux Européens
32:30pour détecter
32:31depuis l'espace
32:32les missiles
32:33qui les viseraient.
32:34Pour ce qui est
32:35de la défense aérienne,
32:37le système
32:38Samte-NG
32:39offrira des performances
32:41de premier rang mondial.
32:43Déjà,
32:44le Danemark
32:44et l'Ukraine
32:45en ont annoncé
32:47l'acquisition.
32:48Pour ce qui est
32:49de la frappe
32:50dans la profondeur,
32:51l'Allemagne,
32:52le Royaume-Uni
32:53et la France,
32:55dans le cadre
32:55de notre initiative
32:56dite ELSA,
32:58vont travailler
32:59ensemble
33:00à des projets
33:00de missiles
33:01de très longue portée.
33:03Cela nous donnera
33:04de nouvelles options
33:05pour gérer
33:06conventionnellement
33:06l'escalade
33:07à l'heure
33:08où les adversaires
33:09déploient
33:10technologies
33:11et armements nouveaux.
33:13À mesure
33:14que s'intensifiera
33:16le partenariat,
33:17d'autres projets,
33:18d'autres contributions
33:20verront le jour
33:21dans un esprit
33:22de complémentarité
33:24et de souveraineté européenne.
33:27Voilà donc
33:28la nouvelle épaisseur
33:30que je souhaite donner
33:30à la défense
33:32de la France
33:32et la nouvelle cohésion
33:34qui en résulterait
33:36pour notre continent.
33:38Vous le mesurez,
33:40c'est une évolution
33:41majeure
33:43que j'ai souhaité donner
33:44à notre dissuasion.
33:46le contexte permettant
33:48enfin de mettre
33:50sur ces mots
33:51de dimension européenne
33:53prononcée
33:54par presque
33:55tous mes prédécesseurs
33:56une réalité
33:58qui bénéficie
33:59à la fois
34:00à notre pays
34:01et à nos alliés.
34:05Mais dans la période
34:07troublée que nous vivons,
34:09il sera nécessaire
34:10aussi de repenser
34:11les règles
34:12qui régissent
34:13la sécurité
34:14de notre continent
34:15et du monde.
34:17C'est tout un cadre
34:18qu'il faut recréer
34:19et les Européens
34:21devront pouvoir
34:21y prendre
34:23pleinement leur place
34:24et y défendre
34:26leurs intérêts.
34:28Ils le pourront
34:28d'autant plus
34:29qu'ils auront su
34:30prendre leur part
34:31du fardeau,
34:32renforcer
34:33leur autonomie stratégique
34:35et prendre
34:35les décisions majeures
34:37que je viens d'évoquer.
34:39Aujourd'hui,
34:40en effet,
34:40les accords internationaux
34:42de maîtrise des armements
34:43sont à la peine.
34:44Regardons la situation
34:45avec lucidité.
34:47Chacun a pris
34:48ses libertés.
34:50Les Etats-Unis
34:51ont mis fin
34:51au traité
34:52sur les missiles
34:52antibalistiques.
34:53Les Etats-Unis
34:55et la Russie
34:55ont mis fin
34:56au traité
34:56sur les forces
34:57nucléaires intermédiaires
34:58dont la Russie
34:59violait depuis longtemps
35:00les dispositions.
35:02Le traité Newstart
35:03qui encadrait
35:04les arsenaux nucléaires
35:06américains et russes
35:07a cessé d'exister
35:08il y a quelques semaines.
35:10La Russie,
35:12a dératifié
35:13le traité
35:13d'interdiction
35:14sur les essais nucléaires
35:15que les Etats-Unis
35:16n'avaient eux
35:16jamais ratifié.
35:19Une reprise
35:20des essais
35:20romprait
35:21un moratoire
35:22de près de 30 ans.
35:24La Chine,
35:25quant à elle,
35:26en plein rattrapage,
35:27ne s'associe
35:28à rien.
35:30Alors,
35:31disons-le franchement,
35:33le champ
35:33des règles
35:34est un champ
35:35de ruines.
35:37et l'animosité
35:39ambiante
35:39se prête
35:40assez peu
35:40à la confiance
35:41qu'il faut
35:42pour rebâtir
35:43les normes
35:44de sécurité collective.
35:46C'est pourquoi
35:47nous avons raison
35:48de durcir
35:49notre position
35:50et de prendre
35:51les décisions
35:52que je viens d'annoncer.
35:53Et cette anomie,
35:54malheureusement,
35:55ne vaut pas
35:55que pour ceux
35:56qui ont déjà l'arme,
35:57mais aussi pour ceux
35:58qui cherchent
35:59à l'acquérir.
36:01La conférence
36:02d'examen
36:03du Traité
36:03sur la non-prolifération
36:04des armes nucléaires
36:05se tiendra en mai,
36:07dans un paysage
36:08lourd de menaces,
36:10avec les progrès
36:11inquiétants
36:11du programme nord-coréen,
36:14la crise iranienne,
36:15mais aussi
36:15les tentations croissantes
36:17de tous ceux
36:17qui, en Asie,
36:19en Europe
36:19ou ailleurs,
36:20cherchent des alternatives
36:22aux garanties
36:22de sécurité
36:23sur lesquelles
36:24ils croyaient
36:25pouvoir compter.
36:27Tel est l'esprit
36:28des temps.
36:29Mais la France
36:30ne compte pas
36:31s'y résoudre.
36:33Dans le domaine
36:34de la maîtrise
36:35des armements,
36:36notre propre bilan
36:38est en effet exemplaire.
36:40Et je veux
36:41aujourd'hui ici
36:41le rappeler.
36:43Nous avons démantelé
36:44la composante terrestre
36:46de notre dissuasion
36:47et nos installations
36:48d'enrichissement
36:49à des fins militaires.
36:50Nous avons cessé
36:51nos essais nucléaires,
36:53développé un système
36:54performant de simulation
36:56et toujours refusé
36:58toutes courses
36:58aux armements.
37:00La démarche
37:01de dissuasion avancée
37:02que nous proposons
37:03n'est pas escalatoire
37:04et en ce qu'elle accroît
37:05le sentiment
37:06de sécurité
37:07en Europe,
37:07elle est résolument bénéfique
37:10pour ne pas encourager
37:12un jour
37:12les risques
37:13de prolifération
37:14sur notre continent.
37:17mais c'est surtout
37:18de logique
37:19que nous devons changer.
37:22Oui,
37:23les Européens
37:23ont pris l'habitude
37:24que leur sécurité
37:27dépende
37:28de règles faites
37:29par des tiers,
37:30en d'autres temps,
37:32défaites aussi,
37:33parfois à leur insu,
37:34souvent à leur dépens.
37:36Soyons clairs,
37:37l'architecture
37:38de sécurité européenne,
37:39c'était cela.
37:41Des accords
37:41datant
37:42de la période
37:42de guerre froide
37:44négociés
37:44par d'autres que nous,
37:46y compris
37:46quand ils nous concernaient
37:47et qui ont été dénoncés
37:49par ceux-là même
37:49qui les avaient signés
37:50sans aucune concertation,
37:52quand bien même
37:53ces derniers
37:53étaient nos alliés.
37:56Notre époque
37:57appelle une autre méthode.
37:59Nous devons reconstruire
38:00un corpus de règles,
38:02mais pour ce qui nous concerne,
38:04à partir de nos intérêts
38:05de sécurité
38:06et ceux
38:07de notre continent.
38:09Cela passera tout d'abord
38:11par un travail
38:12que les Européens
38:13doivent conduire
38:15sur la manière
38:16dont doit être organisée
38:18la stabilité
38:19de notre Europe.
38:21J'invite donc
38:22les partenaires
38:23à se joindre
38:25aux premiers travaux
38:26que nous avons entamés
38:27avec les Allemands
38:28et les Britanniques
38:29sur ce sujet.
38:31Les convergences organisées
38:32dans le cadre
38:33de la dissuasion avancée
38:34y aideront.
38:36Lorsque nos intérêts
38:38européens seront établis,
38:39il sera possible
38:40d'aller plus loin
38:41et d'ouvrir
38:42un cadre
38:42de négociation
38:44afin de contrôler
38:46certaines capacités
38:48conventionnelles
38:49et leur positionnement.
38:51Cette démarche
38:52est à préparer
38:53dès à présent
38:54par l'accroissement
38:55de notre indépendance européenne
38:57et elle doit viser demain
38:59à un nouveau cadre
39:00de sécurité
39:01sur tous ces sujets,
39:02en particulier
39:03entre Européens
39:05et Russes
39:06à tout le moins
39:07et au niveau international
39:09en cherchant
39:10à impliquer
39:11les Etats-Unis d'Amérique
39:12et la Chine,
39:14y compris
39:14concernant
39:15les capacités nucléaires
39:17sur une base équitable.
39:20Mais ce que je souhaite
39:22plus que tout,
39:22vous l'aurez compris,
39:25c'est que les Européens
39:27reprennent
39:27le contrôle
39:28de leur propre destin.
39:32N'oublions pas,
39:35tout ceci étant dit,
39:37qu'au-delà
39:37de la comptabilité
39:38des arsenaux
39:39et des architectures
39:40de sécurité,
39:42il y a une dimension éthique
39:44à ce dont nous parlons.
39:47L'arme nucléaire
39:49a sa charge d'épouvante.
39:51Ces questions morales
39:52ne se résument pas
39:53aux lois d'airain
39:54de la stratégie
39:55avec ses logiques désincarnées.
39:58Il n'est que juste
40:00qu'une telle arme
40:02continue de susciter
40:03une discussion
40:04de raison
40:04pour en limiter
40:06l'usage,
40:07l'encadrer
40:08et préserver
40:09l'objectif à terme
40:10d'un monde
40:11sans armes nucléaires.
40:12Cela doit rester
40:14notre horizon.
40:16Il n'est que juste aussi
40:17de militer
40:19avec persistance
40:20en faveur
40:20des usages pacifiques
40:22de l'énergie atomique.
40:24C'est tout l'esprit
40:25du TNP.
40:27Et la France
40:28est en bonne position
40:29pour promouvoir
40:29à cet égard
40:30le nucléaire civil.
40:32Après tout,
40:33quel autre pays
40:35repose sur cette énergie
40:37comme nous,
40:39l'énergie nucléaire
40:40qui permet de produire
40:4170%
40:42de notre électricité ?
40:44Une énergie décarbonée
40:46à bas coût
40:47qui rend notre pays
40:48attractif ?
40:49C'est ce qui fait
40:50que la France
40:50sera pleinement légitime
40:52pour organiser
40:54à Paris
40:55le 10 mars prochain
40:57un sommet
40:58pour encourager
40:59le développement
41:00de cette énergie,
41:01ses usages
41:02et son financement.
41:03Je crois
41:04aux vertus
41:05d'un nucléaire
41:07de confiance,
41:08aux vertus
41:09aussi
41:09des innovations
41:10dans la matière.
41:13Je crois
41:14à sa valeur
41:15pour faire face
41:15aux besoins voraces
41:16de nouvelles technologies
41:17et je suis déterminé
41:19à aider
41:20l'Agence internationale
41:21de l'énergie atomique
41:22à favoriser,
41:23avec un encadrement approprié,
41:25les nouvelles technologies sensibles.
41:30Mesdames et messieurs,
41:31le temps est venu
41:32pour moi de conclure
41:34et j'aimerais
41:35vous inviter
41:36un moment
41:38à prendre
41:39la mesure
41:39de cet endroit
41:40à nul autre pareil,
41:42la base opérationnelle
41:44de l'île longue
41:45à l'extrémité
41:46du Finistère,
41:48l'île longue
41:50qui est tout à la fois
41:51la pointe avancée
41:52de l'Europe,
41:53son cap occidental
41:55et sa forteresse.
41:57Et je vous invite
41:58à prendre conscience
41:59de tout ce qu'il signifie
42:01dans toutes ses dimensions.
42:04Masse,
42:06puissance,
42:08indépendance,
42:09donc,
42:10et j'ajouterai
42:12solidarité stratégique.
42:14Ce que vous avez
42:16sous les yeux
42:17est un héritage précieux
42:19dont nous sommes
42:20les dépositaires
42:21et que nous continuerons
42:24à faire vivre
42:24avec ténacité.
42:27Nous continuerons donc
42:29de développer
42:29le formidable outil
42:30de puissance,
42:31expression du génie français,
42:33patiemment érigé
42:35depuis le début
42:36de la Ve République.
42:38Je me suis fermement
42:40engagé
42:41depuis 2017
42:42dans le renouvellement
42:44de nos forces stratégiques
42:45et je m'y emploierai
42:47jusqu'au terme
42:48de ce mandat.
42:50La France sera forte
42:52d'un feu nucléaire
42:52modernisé,
42:54puissant,
42:55souverain
42:56et adapté
42:57à nos menaces.
42:59Toujours souveraine,
43:01elle sera forte aussi
43:02de son enracinement
43:03dans l'espace européen,
43:05de la profondeur stratégique
43:06qu'il lui donne,
43:07du renforcement
43:08des liens
43:09entre alliés
43:10et des complémentarités
43:12nouvelles
43:12qu'il permette.
43:15Le demi-siècle qui vient
43:19sera un âge
43:20d'armes nucléaires.
43:22La France,
43:24déterminée,
43:26libre,
43:27confiante,
43:28y tiendra
43:30tout son rôle.
43:32Elle continuera
43:33de se fortifier
43:34et pour son propre bénéfice,
43:38elle arrimera
43:39ce cap sur l'Atlantique
43:41au socle européen.
43:44Tel est mon message
43:45aujourd'hui.
43:47Soyons puissants,
43:48soyons unis,
43:51soyons libres.
43:53Vive la République,
43:55vive la France.
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