00:00Allez, on va accueillir maintenant notre invité coup de cœur du jour, une grande artiste qui va nous rappeler à
00:05tous que c'est beau la vie.
00:07Pouvoir encore regarder, pouvoir encore écouter, mais surtout pouvoir chanter, que c'est beau, c'est beau la vie.
00:20Oui, c'est beau la vie. Bonjour Isabelle Aubray.
00:22Bonjour.
00:23Et merci d'être là, c'est un bonheur de vous recevoir pour parler de votre seule en scène.
00:27On n'empêche pas un oiseau de chanter. Vous serez au Théâtre Marigny pour deux représentations exceptionnelles les 20 et
00:3321 mars prochains.
00:35L'oiseau qu'on n'empêche pas de chanter, c'est vous en fait Isabelle ?
00:38Absolument. Écoutez, ce titre est arrivé tout à fait accidentellement parce que les gens gentiment dans la rue me disaient
00:44mais Isabelle, vous ne pouvez pas vous arrêter de chanter, vous ne chantez plus du tout.
00:47Et j'ai répondu mais on n'empêche pas un oiseau de chanter.
00:51Parce que mon petit père, comme très très petite, j'ai commencé à chanter tout le temps. Je chantais tout
00:56le temps.
00:56Et vous avez toujours cette envie-là ?
00:58Il m'avait appelée ma petite Alouette.
01:00Donc j'ai trouvé que c'était bien en même temps, ça rendait hommage à mon papa.
01:05Et vous avez toujours autant de bonheur à chanter aujourd'hui ?
01:08Oui, en fait le bonheur c'est de partager.
01:10C'est de donner du bonheur justement.
01:13Et un peu comme vous, quand vous préparez quelque chose, c'est pour faire plaisir.
01:17Et bien moi ce spectacle c'est pour faire plaisir, c'est pour lutter contre l'oubli.
01:20Je ne veux pas qu'on oublie Ferra, je ne veux pas qu'on oublie Brel, ni Aragon, ni ses
01:24auteurs qui ont écrit des merveilleuses chansons.
01:27Alors je monte sur scène, je raconte pour la première fois, je vais parler.
01:32Ce qui est extraordinaire pour moi parce qu'on m'a toujours reproché de ne rien dire.
01:37J'enchaînais les chansons parce que je voulais un maximum donner au public les chansons et les auteurs.
01:43Et là, je vais parler.
01:45Ah oui, c'est aussi un peu du théâtre.
01:46Et c'est la panique, oui, c'est la panique.
01:48Alors comment vous avez sélectionné dans vos souvenirs et dans vos 70 ans de carrière ?
01:52Eh bien écoutez, c'est très compliqué.
01:54C'est très compliqué parce qu'il y a une limite de temps.
01:58Et il y a forcément des choses qui vont disparaître.
02:02Et des gens qui vont dire, mais en même temps, je vais y aller spontanément.
02:08Un jour je vais dire ça, un autre jour je vais parler de quelqu'un d'autre.
02:11Parce que c'est impossible de tout dire en une heure et demie.
02:15J'imagine que vous avez parlé de la chanson qu'on vient d'entendre, C'est beau la vie.
02:18Votre premier succès quand même, Isabelle, écrite par Michel Sanlis, composée évidemment par Jean Ferrat.
02:24Une chanson qui vous a écrite à un moment un peu compliqué de votre vie, parce que vous veniez d
02:28'avoir un accident de voiture, c'est ça ?
02:29Oui, en fait c'est moi qui l'ai demandé parce que, encore une fois, vous savez que le public
02:34est merveilleux.
02:35C'est grâce à lui, dans la rue, c'est toujours dans la rue que ça se passe.
02:39Les gens me disaient, comment allez-vous Isabelle ?
02:42Alors je manchais tant bien que mal, avec des cannes, j'avais sans doute un petit air fragile.
02:46Je disais, ça va bien, ça va très bien.
02:49De toute manière, ça va toujours très bien.
02:51Et j'ai dit à Michel Sanlis et Claude Delis, il faut m'écrire une chanson qui dira que c
02:56'est beau la vie, que les gens sachent que tout va bien.
02:59Et puis, tant de fois, les gens m'ont dit, vous savez, pour le mariage, pour l'interrement d'eux,
03:05pour etc.
03:05On a mis votre chanson et c'est mon hymne à l'amour à moi.
03:10Et c'était une belle pirouette finalement, parce que c'est vrai que cet accident, en plus il vous a
03:13coûté cher, il vous a empêché même de faire un grand film, je crois.
03:16Oui, je devais tourner les parapluies de Cherbourg avec Michel Legrand et Jacques Demi, oui.
03:21Donc voilà, c'est évidemment un regret.
03:23Non.
03:24Non ?
03:24Ah non, je vous interdisais, je n'ai pas de regret.
03:26Ah oui ?
03:26Non, parce que les coups durs de la vie, ce que vous disiez tout à l'heure, ils nous rendent
03:31plus forts.
03:32Alors, ils nous rendent fragiles, émotivement, en tout cas pour ce qui me concerne.
03:37Mais ils nous rendent plus forts, ils nous permettent d'aimer les gens et de regarder autre chose que notre
03:42petite personne.
03:43Non, moi je trouve que, non, je ne regrette pas du tout.
03:46Et on parlait de Jean Ferrat qui vous a offert cette chanson, il y a un autre grand chanteur qui
03:50vous a offert une chanson, Isabelle Aubray, une chanson à ce moment-là de votre vie, c'est Jacques Brel
03:55qui vous a donné les droits de cette chanson-là.
03:57Nous étions deux amis, fanettes mémènes, la plage était déserte et mentait sous juillet.
04:07Brel, vous avez fait la première partie à l'Olympia, j'ai vu ça en 63, ça a été une
04:12rencontre importante pour vous aussi, Jacques Brel.
04:14Oui, c'est une rencontre importante, c'est, effectivement, de toute façon, honnêtement, il n'y a pas de mauvaise
04:21rencontre, il n'y a pas de petite vie, il n'y a pas de petite histoire.
04:24Je vais vous raconter une petite anecdote, un jour, dans un galop, en plein air, il y avait un monde
04:28fou, il y a une petite jeune femme qui vient me voir, elle me montre un petit couteau,
04:33et elle me dit, j'ai travaillé à côté de vous, à l'usine, et je coupais les fils avec
04:37ce couteau-là, je vous le donne.
04:40Alors, il est dans ma vitrine, et c'est une rencontre pour moi très émouvante.
04:44Alors, bien sûr que, sur le temps, les amitiés, la force de la présence de Ferrat, de Brel, et la
04:52présence d'Aragon,
04:53qui était plus discrète, plus...
04:56Enfin, je le voyais moins souvent, mais tout ça, ce sont des souvenirs qui me rendent forte, et c'est
05:01pour ça que j'ai envie d'en parler.
05:03Et puis, vous revenez aussi sur votre enfance, Isabelle Aubray, avant de faire votre grande carrière dans la chanson,
05:08vous avez été championne de France de gymnastique.
05:10On le voit d'ailleurs, vous avez cette tenue de la gymnaste, vous êtes née dans une famille modeste, vous
05:16aviez 10 frères et sœurs,
05:17vous avez commencé à travailler très jeune, d'ailleurs, comme Yazid, à 14 ans,
05:21mais vous avez quand même pu faire du théâtre, de la danse, du chant.
05:25Vos parents, ils vous encourageaient à vous épanouir, comme ça, dans les arts, dans le sport.
05:29Et puis, alors, quand on parle des Français à l'Eurovision, on parle toujours de Marie Myriam,
05:35mais c'est vrai qu'on oublie un peu de parler de vous, de temps en temps,
05:38et c'est vrai que Marie Myriam, c'est la dernière Française à l'avoir remportée,
05:42mais avant elle, il y avait Isabelle Aubray, en 1962, avec ce titre.
06:01Ça, c'est un souvenir merveilleux, j'imagine, l'Eurovision.
06:04Oui, écoutez, j'avais 20 ans, 22 ans, et quand j'ai dit « je vais gagner »,
06:10on me disait quand même, c'est une petite chanson, on ne peut pas dire que c'est une grande
06:14chanson,
06:14mais je dis « mais je vais gagner, je le sais ».
06:16Et en réalité, quand je pense à ça aujourd'hui, je me dis pour tout le monde,
06:21un premier amour ne s'oublie jamais.
06:23Et c'était enfantin de dire ça avec autant de sincérité, de persuasion.
06:30Et j'ai gagné à cause du titre, à cause de la vérité et du fait.
06:35Alors bien sûr, j'étais mignonne, j'avais une petite robe jolie, tout ça,
06:38mais c'est l'histoire.
06:41Oui, j'ai vu que vous allez même refaire l'Eurovision une seconde fois,
06:46ça c'est extrêmement rare, vous avez refait l'Eurovision.
06:48Là, cette fois-ci, vous finirez troisième derrière Cliff Richards pour le Royaume-Uni
06:52et l'Espagne avec le titre « La la la ».
06:55Je pense que ça devait être un formidable titre.
06:59Troisième, c'est super bien quand même.
07:01Ah oui, c'était avec la source.
07:02Mais figurez-vous que la source a été un énorme succès,
07:05beaucoup plus important que le premier amour.
07:07Et d'ailleurs, vous retenterez plusieurs fois de participer à l'Eurovision.
07:10Vous ne voulez pas le faire le prochain, parce que je trouve qu'en ce moment,
07:12c'est un peu difficile de prendre l'avance.
07:13On a beaucoup de mal, on a beaucoup de mal.
07:15Vous savez que je suis insupportable.
07:18J'ai toujours participé à des radios-crochets, des concours,
07:22parce que je trouve que participer à quelque chose, c'est être vivant.
07:25Pourquoi je me jette dans cette aventure aujourd'hui ?
07:27C'est une folie, je vais avoir 88 ans, je pourrais rester tranquille,
07:31aller au cinéma, au théâtre, rencontrer...
07:33C'est vrai, je suis terrorisée, j'ai un trac fou,
07:36mais c'est merveilleux de se jeter dans une aventure,
07:39et d'avoir encore envie, envie de donner du bonheur, de partager.
07:43Oui, écoutez, je crois que j'aurais 10 ans toute ma vie.
07:47Vous aimez agir dans le studio, c'est incroyable.
07:51Elle est phénoménale, Isabelle.
07:53Et alors, il faut expliquer que vous avez tourné aussi partout dans le monde,
07:56vous avez fait des concerts partout dans le monde,
07:58au Canada, en Tunisie, en Allemagne, en Russie, au Japon.
08:01Au Japon, vous avez même été, alors ça j'avais du mal à la croire,
08:04vous avez été élue par le public meilleure chanteuse du monde en 1980.
08:08Et meilleure interprète le même jour.
08:10C'est magnifique ça quand même.
08:10Oui, et je sais que c'est à l'unanimité,
08:13parce que Juliette Gréco faisait partie du jury,
08:15et elle m'a dit, je t'assure, tu peux me croire.
08:17Et je faisais partie du jury, c'était à l'unanimité.
08:20J'étais très fière quand même.
08:22Ah bah voilà, si vous voulez aller voir la meilleure chanteuse du monde,
08:24vous savez ce qu'il me reste à faire,
08:26aller au Théâtre de Marigny.
08:27Et après manger les meilleures pâtisseries du monde.
08:29D'abord le Théâtre de Marigny, les 20 et 21 mars.
08:32On n'empêche pas un oiseau de chanter avec Isabelle Aubray sur scène.
08:36Aubray ?
08:37Qu'est-ce que je raconte ?
08:38Non, pas Jean-Louis Aubray.
08:40Je suis confondue avec Jean-Louis.
08:42Isabelle Aubray sur scène,
08:44ça va être un grand moment.
08:45Vous allez le trac, c'est normal.
08:47Oui.
08:47Mais vous allez être magnifique une fois de plus sur scène.
08:49En tout cas, je vais être sincère, ça c'est sûr.
08:51Voilà, c'est ça qui compte.
08:53Yazid Hichemraen,
08:54le film À la belle étoile de Sébastien Tullard,
08:57c'est à voir donc sur Netflix.
08:59Merci beaucoup d'être venus tous les deux sur Europe 1.
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