- il y a 9 minutes
Thibault de Montbrial, avocat et président du centre de réflexion sur la sécurité intérieure, répond aux questions de Romain Desarbres.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:018h13, Thibaut de Montbrial est l'invité de la grande interview CNews Europe 1.
00:05Bonjour Thibaut de Montbrial.
00:06Bonjour.
00:06Merci d'être avec nous.
00:07Vous êtes avocat au Barreau de Paris, officier dans la réserve opérationnelle de la gendarmerie
00:11et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure.
00:15Et vous venez de publier, vous avez publié aux éditions de l'Observatoire France, le choc ou la chute.
00:21On va parler évidemment de tous les sujets d'actualité et notamment du procès de Samuel Paty.
00:27Vous êtes l'avocat de la sœur de Samuel Paty.
00:30Je voulais qu'on commence avec Quentin Deranque et avec ce qu'a dit hier soir Jean-Luc Mélenchon.
00:34Quinze jours après la mort de Quentin Deranque, lynché à mort par des militants d'extrême-gauche,
00:39l'enquête se poursuit pour établir les responsabilités.
00:41Jean-Luc Mélenchon donnait hier soir un meeting à Lyon et il a traité Quentin de néo-nazi.
00:48Comment est-ce que vous avez réagi en entendant ça ?
00:51Jean-Luc Mélenchon et d'une manière générale la France insoumise sont dans une logique que je trouve très inquiétante
00:58de fuite en avant.
01:00La mort de Quentin aurait pu et pour tout dire aurait dû être un moment où la vie politique française
01:07en général et la classe politique française en particulier
01:10prenne le temps de faire un pas de côté, de mettre un peu le temps sur pause et de se
01:18dire collectivement attention où va-t-on ?
01:20Ça fait des années que la violence augmente dans le pays, mais en particulier en politique.
01:27Il y a eu des tags sur les permanences parlementaires, il y a eu des insultes, il y a eu
01:34des agressions physiques,
01:36deux fois plus d'agressions physiques sur les élus qu'il y a cinq ans.
01:39Et maintenant, un militant est tué par des gens, par la meute, la jeune garde de la France insoumise,
01:48parce que Jean-Luc Mélenchon revendit qu'ils sont liés et alliés.
01:52Donc c'est une unité qui est liée à la France insoumise.
01:56Et au lieu de calmer le jeu, Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise choisissent d'hystériser,
02:04c'est-à-dire de se désigner en victime, c'est la fameuse inversion accusatoire.
02:08Pourquoi est-ce que c'est très inquiétant ?
02:09On pourrait considérer que c'est aberrant, qu'il va encore baisser dans l'opinion publique, etc.
02:15C'est très inquiétant parce que ça montre qu'il y a là une stratégie délibérée qui est une stratégie
02:20de l'attention.
02:21Il y a une stratégie délibérée qui est celle d'assumer les violences, de faire des clins d'œil.
02:26C'est plus que des clins d'œil, de tendre la main à des gens qui sont dans l'illégalité,
02:31parce que c'est une ligue dissoute, la jeune garde, qui sont violents,
02:36qui ont fait rentrer des gens violents jusqu'à l'Assemblée nationale,
02:39puisqu'il y a là des attachés parlementaires d'un député qui est lui-même le chef fondateur de la
02:45jeune garde
02:45et qui en parle dans une vidéo que vos confrères de quotidien ont révélée
02:50sur l'université d'été de la France insoumise l'été dernier,
02:54où Raphaël Arnaud parle de la jeune garde qui vient d'être dissoute en disant nous et je.
03:00Donc il y a là le fait qu'ils assument totalement, non seulement la violence passée,
03:04mais je crains la violence à venir et je trouve ça extrêmement grave pour notre démocratie.
03:09Il y a une responsabilité morale et politique de la France insoumise ?
03:12Morale et politique, bien sûr, il y a une responsabilité...
03:14Dans la mort de Quentin ?
03:15Il y a une responsabilité morale et politique de la France insoumise
03:18et l'enquête déterminera s'il n'y a pas une responsabilité judiciaire.
03:22Encore une fois, pourquoi est-ce que je vais aussi loin ?
03:24Parce que la France insoumise elle-même continue à arrimer à elle cette organisation criminelle,
03:32alors qu'elle devrait tout faire pour s'en dissocier et condamner ses actes.
03:3681% des Français souhaitent la démission de son poste de député de Raphaël Arnaud.
03:43Sondage CSA pour Europe 1, CNews et le JDD, il a encore sa place à l'Assemblée, Raphaël Arnaud, pour
03:47vous ?
03:48Pour moi, il ne l'a jamais eu.
03:49Alors, il l'a, entendons-nous, il l'a démocratiquement parce qu'il a été élu.
03:54Soit dit en passant, il a été élu parce que le bloc central s'est désisté en sa faveur,
03:59ce que beaucoup de gens aujourd'hui ont tendance à occulter.
04:02Il faut rappeler les choses, il faut rappeler les choses.
04:03Raphaël Arnaud, il n'a pas été élu sur son seul mérite en ayant battu tout le monde.
04:08Il a été élu parce que le bloc central s'est désisté en sa faveur, ne l'oublions pas.
04:12Ensuite, que des gens aient préféré voter pour quelqu'un d'aussi notoirement défavorablement connu que lui,
04:21ça, ça nous renvoie aux fractures profondes dans notre société.
04:25Mais qu'il ait été acclamé, souvenez-vous de ces images incroyables,
04:28il a été acclamé par le bloc France Insoumise debout dans l'enceinte de l'Assemblée quand il est entré
04:35au Parlement.
04:36Tout ça nous dit quand même beaucoup de choses sur l'état de notre pays et sur la violence intrinsèque
04:42à la France Insoumise.
04:43Vous êtes avocat, vous connaissez parfaitement la loi, les textes.
04:46Une enquête a été ouverte à Paris sur des soupçons de reconstitution de la jeune garde
04:50qui a pourtant été dissoute par Bruno Retailleau en juin dernier.
04:55Ces dissolutions, elles servent à quelque chose ou bien ce sont des coups d'épée dans l'eau ?
04:59Qu'est-ce qu'on peut en dire ?
05:00Est-ce que c'est l'exemple de la jeune garde ?
05:02Ça ne révèle pas l'impuissance de l'État ?
05:05Non, pourquoi ? Parce que ce sont des mécanismes à plusieurs coups.
05:09Le premier coup, c'est la dissolution.
05:11Dans 9 cas sur 10, ça marche.
05:13Il y a énormément d'organisations qui, à un moment, ont été très connues,
05:16notamment à l'ultra-droite il y a quelques dizaines d'années,
05:18qui ont été dissoutes et qui ont effectivement cessé d'exister.
05:22Par contre, pour une organisation qui refuserait sa dissolution,
05:27il y a le coup d'après qui est l'infraction de reconstitution de l'île dissoute
05:31qui est assez sévèrement punie par le code pénal.
05:35Après, il faut qu'il y ait des poursuites et qu'ensuite il y ait des condamnations.
05:38Mais en tout cas, sur le papier, c'est une infraction qui est assez efficace.
05:42La question qu'on peut se poser, c'est qu'il y avait de nombreux signaux faibles
05:45qui montraient que la jeune garde, en réalité, ne s'était pas du tout dissoute
05:49au mois de juin dernier après le décret signé par Bruno Retailleau.
05:52Et pourquoi ne pas avoir engagé plus tôt une action en reconstitution de l'île dissoute ?
05:57Je constate qu'en tout cas, pour l'instant, c'est fait.
05:59Ça va être intéressant de voir jusqu'où ça va.
06:01Est-ce que quand Raphaël Arnaud dit dans un reportage
06:03« Nous et je » en parlant de la jeune garde, il va être poursuivi ?
06:06Rien que ça, ça va être intéressant.
06:07Cette semaine, Emmanuel Macron a réuni des responsables du gouvernement à l'Élysée
06:11pour évoquer la lutte contre les groupes violents d'extrême gauche comme d'extrême droite.
06:16La menace est la même pour vous ?
06:18Alors, dans l'absolu, le groupe le plus structuré, le plus dangereux
06:23par sa proximité avec un parti politique existant et par son ombre, c'est la jeune garde.
06:30Mais il ne faut pas se voiler la face.
06:32Il existe à l'ultra droite des groupes qui peuvent être dangereux,
06:37mais il y a une différence fondamentale aujourd'hui.
06:39Ce n'était pas vrai forcément hier ou avant-hier, mais ça l'est aujourd'hui.
06:42Il faut analyser les choses telles qu'elles se passent aujourd'hui
06:45et pas telles qu'elles se passaient autrefois.
06:47C'est qu'à l'extrême gauche, il y a un lien politique direct et assumé,
06:51on en vient d'en parler longuement, entre le parti et le groupuscule,
06:55la France Insoumise et la jeune garde.
06:57Alors qu'à l'ultra droite, les groupuscules violents qui peuvent exister
07:00n'ont plus aucun lien avec quelque parti politique de droite
07:04ou de droite dure que ce soit.
07:06Et au contraire, si vous prenez le Rassemblement National,
07:10Marine Le Pen, quand elle est arrivée à la tête du Rassemblement National,
07:13elle a fait un ménage qui lui a d'ailleurs parfois été reproché en interne.
07:18Certains diront que le ménage n'est pas parfait, moi je ne rentre pas là-dedans.
07:21Mais je constate qu'en tout cas, il y a une volonté très claire et assumée
07:26et qui se voit dans les actes du RN de se dissocier des groupuscules d'ultra droite
07:32alors que la France Insoumise fait exactement l'inverse.
07:34La présidente de l'Assemblée Nationale, Yael Ron Pivet,
07:37ou le Premier ministre Sébastien Lecornu ont renvoyé dos à dos le RN et LFI.
07:42Comment est-ce que vous décryptez ça ?
07:44Je pense qu'on est déjà dans une logique qui est de la préparation
07:47de l'élection présidentielle de 2027, où le Bloc Central essaye,
07:51comme il l'a toujours fait, de se présenter comme la seule force de gouvernement
07:56qui soit républicainement acceptable.
07:59Donc c'est son intérêt de renvoyer dos à dos le RN et la France Insoumise.
08:03Je rappelle simplement que si des gens comme Raphaël Arnaud
08:06ou bien d'autres députés de la France Insoumise,
08:08qui sont des gens extrêmement radicaux dans leur position et dans leur parcours,
08:12ont été élus, c'est grâce au Bloc Central qui s'est désisté en leur faveur en 2024.
08:16L'insécurité en France, la violence,
08:20c'est dans ce climat de violence politique que se déroule la campagne des municipales,
08:23la sécurité qui s'impose comme un des thèmes principaux,
08:26si ce n'est pas le thème principal, dans ces campagnes,
08:31parce qu'il y a autant de campagnes que de communes bien sûr.
08:33De nombreux maires promettent plus de caméras de policiers municipaux
08:36et il y a eu l'adoption par le Sénat du projet de loi
08:39qui vise à étendre les compétences des policiers municipaux.
08:42Ça c'est très important, le texte va revenir à l'Assemblée en mai.
08:46Mais qu'est-ce que ça va changer concrètement sur le terrain ?
08:48Vous qui êtes un spécialiste de ces questions.
08:49Alors d'abord, au centre de réflexion sur la sécurité intérieure que je préside,
08:53on a fait faire un sondage l'année dernière
08:54et à une écrasante majorité, plus de 85 à 95% des réponses,
09:00les maires, donc de droite, de gauche, de petite, de grande ville,
09:03disaient que la sécurité allait être la priorité numéro un des électeurs
09:08lors des élections municipales.
09:09De fait, c'est ce que l'on constate.
09:10Ensuite, ce texte auquel vous faites référence,
09:13c'est un texte qui est très important, qui pourrait même aller encore plus loin,
09:17mais qui va permettre de rompre des aberrations procédurales actuelles,
09:22telles que par exemple celles qui obligent aujourd'hui les policiers municipaux
09:25à faire appel aux policiers nationaux pour un certain nombre d'actes
09:28dans le cadre de contrôles de véhicules par exemple.
09:31On a un système d'empilage de compétences qui n'est pas fluide.
09:35Donc il faut fluidifier tout ça et c'est évidemment un texte qui va dans la bonne direction
09:40et dont j'espère qu'il sera adopté le plus vite possible.
09:42On diffuse régulièrement, que ce soit sur Europe 1 ou sur CNews bien sûr,
09:47des reportages sur des quartiers qui partent à volo.
09:51Dans votre livre, vous appelez de vos voeux un choc d'autorité.
09:56Quelles sont les mesures d'urgence qu'il faudrait prendre
09:59pour pacifier ces quartiers qui partent à volo ?
10:03Ce qu'il faut rappeler c'est que dans ces quartiers,
10:05il y a une immense majorité de gens qui n'ont qu'une envie,
10:08c'est de bosser et de vivre tranquillement.
10:11Les premières victimes de l'effondrement de l'autorité de l'État...
10:14C'est une formule quand vous dites une majorité de gens ou vous le savez ?
10:17Oui, mais c'est une réalité.
10:19Justement, je développe un tout petit peu.
10:20Oui, bien sûr.
10:21Vous avez dans les quartiers, vous avez des Français déclassés
10:25et des gens qui sont immigrés et qui sont la plupart en situation régulière
10:32et qui bossent et qui essayent d'éduquer leurs enfants correctement.
10:35Ces gens sont pris dans un étau entre les voyous,
10:38la grande criminalité organisée,
10:41qui parfois même bloque les quartiers, filtre les entrées, etc.
10:44et les islamistes qui exercent une influence importante
10:47compte tenu de l'origine de la plupart des populations
10:50qui vivent dans ces quartiers.
10:52Donc, ça permet de rappeler une chose essentielle,
10:54c'est que les premières victimes de l'insécurité
10:57et de l'effondrement de l'autorité de l'État,
10:59ce sont les personnes les plus défavorisées.
11:01Donc, rétablir l'ordre, non seulement c'est la base du pacte républicain,
11:05mais en plus, c'est une obligation que l'État doit aux plus faibles.
11:08Il faut le marteler.
11:09Et ça, la gauche l'a oublié ?
11:11Ah, mais la gauche l'a complètement oublié.
11:12Pourquoi ? Aujourd'hui, la gauche se plaint de ce qu'il y a une droitisation.
11:15On entend la droitisation du débat public,
11:17l'opénisation des esprits, la droite qui serait attirée, etc.
11:20Mais non, non, non, non, non.
11:22La sécurité, le fait d'être capable de vivre sereinement
11:26et de pouvoir s'épanouir professionnellement, personnellement, etc.,
11:30c'est la base du pacte social, encore une fois.
11:33C'est le premier devoir que l'État doit à sa population.
11:35Et c'est quelque chose qui n'est ni de droite ni de gauche.
11:38C'est un besoin primaire de l'être humain, dit le psychologue Maslow.
11:41Donc, tout ça ne devrait pas être l'objet d'une hystérisation politique.
11:45Et il faut se souvenir de la question, qui sont les gens qui souffrent ?
11:48Les gens qui souffrent, c'est les plus défavorisés.
11:50Et donc, moi, je milite pour des opérations,
11:52qu'ils soient des opérations coordonnées policières et judiciaires.
11:57Mais il faut que ce soit vraiment coordonnées
11:59et avec des moyens importants engagés,
12:03éventuellement des états d'urgence locaux,
12:05ce qui est permis par la loi de 1955,
12:07pour faire du ratissage de certaines cités
12:10et de traiter judiciairement les délits et crimes constatés
12:15et éventuellement, par la force nécessaire,
12:18les résistances qui seraient opérées par les voyous à la force publique.
12:21Mais est-ce que ce ne sont pas les opérations coup de poing
12:23qui ont déjà été menées ?
12:24Ça va au-delà ?
12:25Moi, je pense qu'à un moment, et ce sera le...
12:28Oui, quelle est la différence, justement, avec ces opérations coup de poing ?
12:30La différence, c'est qu'il faut que nous ayons le moment venu.
12:33Mais c'est impossible dans l'équilibre politique actuel.
12:36Une cohérence qui parte de l'Élysée
12:38et qui descende par le gouvernement vers l'intérieur, la justice, etc.
12:42Et que la première des choses qui soit faite,
12:45c'est d'assumer, s'il le faut,
12:47dans le cadre d'opérations telles que celles que je viens d'écrire,
12:49l'usage de la force légitime.
12:51Aujourd'hui, l'État a la force légitime,
12:54elle en a même le monopole.
12:55Elle ne l'utilise pas ?
12:56Elle ne l'utilise pas, ou très peu, pas assez.
12:59Pourquoi ? Parce qu'il y a une tétanie générale
13:01des conséquences sur les policiers et les gendarmes
13:03de l'usage de la force.
13:05Et je vais vous dire, des gens...
13:07Mais concrètement, ça irait jusqu'où ?
13:09L'usage de la force ?
13:11Moi, je ne demande rien d'autre que l'application de la loi.
13:13L'application de la loi.
13:15Aujourd'hui, les policiers et les gendarmes
13:17se restreignent dans l'utilisation de la force.
13:19Si vous avez une situation qui permet une force
13:22à cette hauteur-là,
13:23les policiers et les gendarmes se contraignent
13:25à ne pas excéder ce niveau-là,
13:27alors qu'ils pourraient monter jusque-là, pourquoi ?
13:30Beaucoup de policiers et de gendarmes me disent,
13:32je résume, mais c'est une phrase que j'ai entendue,
13:34si je sors de la voiture pour intervenir,
13:36j'ai le choix entre l'hôpital,
13:39si je me fais défoncer,
13:40ou la prison, si c'est moi qui utilise la force,
13:42alors que pourtant, j'en ai le droit.
13:44Parce que les actions de police
13:46sont très mal comprises et analysées
13:48par un certain nombre de magistrats,
13:50pas tous, mais beaucoup,
13:51parce que des hommes et des femmes politiques,
13:55souvent, n'ont pas le courage,
13:56au-delà des mots,
13:57d'être derrière les forces de sécurité intérieure,
14:00et tout ça doit changer.
14:02Et je vais vous dire,
14:0280% de la population est d'accord avec ce que je dis.
14:05Donc moi, je ne comprends pas
14:06pourquoi on n'assume pas tout simplement
14:08ce qui est à la base de notre organisation sociale
14:11et ce qui permettrait aux braves gens,
14:14aux gens qui bossent,
14:15qui se lèvent le matin,
14:16qui ont des enfants,
14:16qui vont à l'école
14:17et qui n'ont pas envie de se faire trucider ou violer,
14:20de vivre correctement.
14:21Thibaut de Montbrial
14:22est l'invité de la grande interview
14:24CNews Europe 1 ce matin.
14:25Thibaut de Montbrial,
14:26je voulais vous entendre également
14:27sur le risque de corruption.
14:28Il semble augmenter.
14:30Corruption de certains policiers,
14:32corruption de certains magistrats
14:34ou auxiliaires de justice,
14:36corruption de certains gendarmes.
14:37Qu'est-ce qu'on peut en dire ?
14:38C'est évidemment un signal très faible,
14:40heureusement,
14:40mais c'est un phénomène
14:41qui semble aller en augmentation.
14:44Qu'est-ce que vous pouvez en dire ce matin ?
14:46C'est une question qui est cruciale.
14:47Quand une société va mal,
14:49il y a de la violence
14:49et ensuite il y a de la corruption.
14:51Aujourd'hui,
14:51il y a une corruption
14:53dont on parle.
14:54Votre question montre
14:55que depuis quelques mois
14:56on en parle beaucoup plus ouvertement.
14:57Bruno Rentaille en avait parlé
14:58quand il était à Beauvau.
14:59Bruno Rentaille en a parlé.
15:00Pourquoi ?
15:00Parce que ça vient
15:01de la grande criminalité organisée.
15:03Donc de ce qu'on appelle
15:04le narcotrafic,
15:06mais qui est en réalité
15:06plus compliqué que ça.
15:07Et là encore,
15:08état faible,
15:09d'autres organisations,
15:11des contre-cultures s'imposent.
15:13Et puisque la vertu
15:15de la loi républicaine
15:16est remise en cause,
15:18elle est remplacée
15:19par la force de l'argent
15:21et de la menace.
15:22Et vous dites
15:23que c'est un signal très faible,
15:25mais ce qui est inquiétant,
15:26vous savez,
15:26ce qui compte,
15:27c'est les dynamiques.
15:28Et en quelques années,
15:29on a une explosion,
15:31alors qu'elle reste faible
15:32en proportion.
15:33Mais par contre,
15:34la dynamique est très inquiétante.
15:35Et vous venez de le rappeler,
15:36ça touche au premier chef,
15:38la police,
15:38la gendarmerie,
15:39les douanes, etc.
15:40Mais on commence à le voir
15:42dans l'organisation judiciaire
15:44en général.
15:46et même à certains niveaux
15:48de politique locale.
15:49C'est quelque chose
15:50qui est très, très,
15:51très inquiétant comme signal.
15:52Est-ce que ce sont,
15:53par exemple,
15:54des jeunes qui rentrent
15:55dans la police
15:56avec de louables intentions,
15:58ils veulent être policiers
15:59et qui sont rattrapés
16:01par leur quartier ?
16:03Ou est-ce que ce sont
16:04des policiers
16:05envoyés directement
16:06par les narcotéricains ?
16:08Pour prendre l'exemple
16:09d'un policier.
16:10Je ne pense pas
16:10qu'il faille afficher
16:11telle ou telle catégorie
16:12de population.
16:12Je pense que c'est
16:13beaucoup plus large.
16:14Vous avez des gens
16:15on dit que, par exemple,
16:16dans l'administration
16:17pénitentiaire,
16:18il y a des jeunes
16:18qui sont envoyés au concours
16:19pour rentrer déjà
16:20à la main de gang.
16:22On le dit.
16:23Moi, j'en ai jamais eu
16:24la preuve,
16:25mais c'est quelque chose
16:25qu'on dit.
16:26Qu'ensuite,
16:27des gens soient approchés
16:28une fois qu'ils sont en place,
16:29c'est quelque chose
16:30qui existe aussi.
16:30Mais vous avez aussi
16:31des anciens
16:32qui sont désabusés,
16:33qui n'ont rien à voir
16:33avec les quartiers
16:34et qui se disent,
16:35et c'est ça,
16:36la gangrène,
16:36c'est ça qui est très grave,
16:38qui se disent
16:38le système ne marche plus.
16:40Moi, j'en prends plein la gueule,
16:41si vous me permettez l'expression.
16:43Donc, pourquoi est-ce
16:43que je continuerais
16:44à jouer le jeu
16:44pour 1 800 euros par mois
16:47quand je ne suis pas soutenu,
16:48je ne suis pas reconnu,
16:49le système s'effondre,
16:51et bien moi,
16:51je vais penser à moi-même
16:52et à ma famille
16:53et donc,
16:53je vais commencer à dévier.
16:54Et ça,
16:55c'est quelque chose
16:56qui est aussi grave
16:57que le fait
16:58que structurellement,
16:59des organisations
17:00tentent de pénétrer
17:01les systèmes de l'État.
17:02Aujourd'hui,
17:03se clôture,
17:04Thibaut de Montbréal,
17:05le procès en appel
17:06de 4 personnes
17:07appliquées dans l'assassinat
17:08du professeur Samuel Paty.
17:10Vous êtes l'avocat
17:11de Mickaël Paty,
17:12la sœur de Samuel Paty.
17:14Comment est-ce que vous appréhendez
17:15et comment est-ce que vous avez
17:16appréhendé ce procès
17:18d'une rare violence,
17:19vous nous dites ?
17:19Le procès se terminera lundi,
17:21il a pris un peu de retard.
17:22C'est un procès
17:23qui est un procès
17:24absolument majeur.
17:25La décapitation
17:26de Samuel Paty,
17:28c'est la première fois
17:29que la charia a été appliquée
17:30dans une rue française.
17:32un vendredi après-midi,
17:33le 16 octobre 2020.
17:35Et c'est
17:37Anzorov
17:38qui a été tué,
17:39qui est le terroriste
17:40qui a tué Samuel Paty
17:41mais que la police
17:41ensuite a neutralisé,
17:44est devenu
17:44un héros
17:46pour une fraction
17:46de la jeunesse française.
17:47C'est le Mohamed Merah
17:48des années 2020.
17:50Donc,
17:50ce procès est très suivi
17:51par les islamistes,
17:52il est très suivi
17:54également,
17:54notamment par les enseignants.
17:56Et ce qui m'a
17:57beaucoup frappé,
17:58d'abord,
17:58c'est que les débats
17:59ont été extrêmement rudes.
18:00On a eu une défense
18:01notamment du
18:01principal accusé
18:02qui est un prédicateur
18:04islamiste
18:05qui s'appelle
18:05Abdelhakim Sefrioui,
18:08qui est une défense
18:09effectivement,
18:11qui a généré
18:11énormément de tensions.
18:13Et ce que je voudrais
18:14dire là-dessus,
18:14c'est que le choix
18:16de cet accusé
18:17de se défendre
18:18en se victimisant
18:20et en présentant
18:21le cours
18:22de Samuel Paty
18:23comme un cours,
18:24je cite,
18:25discriminatoire
18:26et sous-entendu,
18:28à peine sous-entendu,
18:29d'ailleurs,
18:29blasphématoire,
18:30c'est très inquiétant
18:31parce que c'est la première fois
18:32qu'un islamiste
18:33se défend
18:33en se victimisant
18:34devant l'opinion publique.
18:36Et moi,
18:36ce que je pense,
18:37c'est que M. Sefrioui
18:38a intégré
18:39le risque élevé
18:40de sa condamnation
18:41et qu'il veut
18:41se présenter
18:42aux yeux
18:43de jeunes islamistes
18:43comme étant
18:44un martyr de la cause
18:45d'une France
18:46qui serait islamophobe
18:47par une justice
18:48qui serait islamophobe.
18:49Rien n'est plus faux.
18:50La justice,
18:51c'est le bouclier
18:52de la République française
18:53et l'application
18:55de la loi,
18:55c'est ce qui nous sauve.
18:56Mais ce système
18:57de défense
18:58qui consiste non plus
18:59à se défendre
18:59sur des faits
19:00mais à se présenter
19:01comme victime
19:03d'une société
19:04qui serait islamophobe,
19:06c'est un signal.
19:07Le simple fait
19:07qu'il pense pouvoir
19:08être entendu
19:09par une partie
19:10de la population
19:11est quelque chose
19:12que je trouve
19:12extrêmement inquiétant
19:13pour la France de 2026.
19:15Thibaut de Montbréal,
19:16les 15 et 22 mars,
19:18on votera,
19:19ce seront les municipales,
19:20les élections municipales.
19:21Est-ce qu'il y a un risque
19:23que des personnalités islamistes
19:25s'infiltrent
19:26dans certaines listes municipales ?
19:28Le risque est avéré.
19:29Il figure noir sur blanc
19:30dans le rapport
19:31sur l'antrisme
19:33des frères musulmans
19:33que Bruno Retailleau
19:34a fait déclassifier
19:35en partie
19:36quand il était ministre
19:37de l'Intérieur
19:37à l'automne dernier
19:39et suscissant d'ailleurs
19:40une levée de bouclier
19:41d'un certain nombre
19:42de gens sur la gauche
19:43de l'essicier politique
19:44qui en dit long
19:45sur l'antrisme
19:47d'ores et déjà
19:47de l'islamisme
19:48au sein de ces organisations
19:50telles que notamment
19:51la France Insoumise.
19:52Mais pour le reste,
19:54le risque concerne
19:54tous les partis politiques.
19:56Ce n'est pas tant
19:56qu'on ait un islamiste revendiqué
19:58qui soit élu en tête de liste.
19:59Pour l'instant,
20:00ça n'est pas possible.
20:01Mais par contre,
20:02vous avez dans toutes les listes,
20:05qu'elles soient de droite,
20:06de gauche,
20:06du centre,
20:07etc.,
20:08risque d'être pénétré
20:09par une personne
20:11qui viendrait
20:13souvent d'ailleurs
20:13de façon dissimulée
20:15quant à ses intentions
20:15pour que petit à petit,
20:17sur 5, 10, 15, 20 ans,
20:20la France se retrouve
20:21avec des élus
20:21qui, ici et là,
20:24portent le courant politique
20:26islamiste.
20:27Et puis, vous savez,
20:28ça crée,
20:29ce seront des petites rivières
20:30qui font des grands fleuves.
20:31Et n'oubliez pas
20:32que les sénateurs
20:33sont élus
20:33par les grands électeurs,
20:34c'est-à-dire notamment
20:35par les conseillers municipaux.
20:36Donc, sur 5, 10, 15 ou 20 ans,
20:38il peut y avoir
20:39un courant de sympathie
20:42islamiste,
20:43notamment plus porté
20:44par la gauche
20:45que par la droite,
20:46mais y compris
20:46avec des gens infiltrés
20:47sur des listes de droite.
20:48Donc, c'est un phénomène
20:49sur lequel il faut être
20:50très vigilant.
20:51Les services de renseignement
20:52sont vigilants là-dessus,
20:53mais ils ne peuvent pas
20:54être partout.
20:55Et surtout,
20:56Romain Desarbres,
20:57face à l'islamisme,
20:59il ne faut surtout pas
21:00être naïf.
21:00Il ne faut surtout pas penser
21:01que parce qu'en apparence,
21:03ils ne sont pas nombreux,
21:04il n'y a pas de danger.
21:05Encore une fois,
21:05l'histoire est faite
21:06de dynamique
21:06et sur la question
21:07de l'islamisme en France
21:08et en Europe de l'Ouest,
21:10la dynamique est catastrophique.
21:11Thibaut de Montbréal
21:12était l'invité
21:13de la grande interview
21:13de CNews Europe 1.
21:15Merci beaucoup
21:15d'être venu ce matin.
21:16Je rappelle le titre
21:16de votre livre,
21:17France,
21:18le choc ou la chute
21:20pour un retour
21:21de l'autorité
21:22aux éditions de l'Observatoire.
21:23Merci Thibaut de Montbréal.
21:24Merci à vous.
21:24A bientôt.
Commentaires