Skip to playerSkip to main content
  • 14 hours ago

Category

🗞
News
Transcript
00:00Et on reste à Kiev. Retrouvez notre invité Lyuba Zourbenko. Bonjour et merci d'être en direct sur France 24.
00:05Vous êtes journaliste ukrainienne. Vous vivez donc à Kiev. Vous travaillez pour la radio Piatnitsa, qui veut dire vendredi.
00:12Une émission matinale qui s'adresse aux Ukrainiens. Le but, c'est de leur donner de la force et du
00:16courage pour faire face.
00:18C'est une journée particulière pour les Ukrainiens. Est-ce que vous craignez, plus que les autres jours, des bombardements
00:24massifs de la part des Russes ?
00:27Bonjour et merci beaucoup pour votre soutien tout d'abord, pour votre intérêt envers mon pays.
00:34Comme vous avez dit, j'ai la chance de travailler à la radio et de donner un peu de courage
00:41aux Ukrainiens tous les matins.
00:43Parce que, je ne sais pas si vous le connaissez, mais les Russes bombardent la capitale le plus souvent la
00:50nuit.
00:50Et donc, avant, la guerre dure déjà quatre ans, depuis quatre ans.
00:57Donc, avant, autrefois, on allait toujours aux abris, dans des stations de métro, etc.
01:03Mais aujourd'hui, comme nous sommes déjà, on peut dire, habitués à habiter dans des conditions pareilles,
01:10on reste tous et toutes presque à la maison.
01:13Parce qu'il y a la règle des deux murs.
01:16Je ne sais pas si vous le connaissez aussi.
01:19On dit que lorsqu'une roquette en missile frappe dans la maison, le premier mur va sauver la vie.
01:29Mais aujourd'hui, les drones que la Russie utilise et les autres fusées et toutes les roquettes,
01:45les murs ne peuvent plus nous sauver.
01:50Mais aller à l'abri, c'est aussi impossible, parce que tu ne peux pas passer toutes tes nuits à
01:57l'abri.
01:57Donc, c'est étonnant, mais imaginez que le matin, après une attaque, un bombardement russe,
02:05tous les Ukrainiens vont au travail à huit heures du matin.
02:09Tous les cafés sont au verre, on achète du café, on sourit, on rit,
02:14on demande l'un à l'autre comment tu vas et on continue à travailler.
02:20Donc, le but de mon boulot à moi, c'est de remonter l'esprit un peu.
02:26– Alors, on a bien compris que les jours se ressemblaient en Ukraine depuis quatre ans,
02:32sauf qu'il faut tout faire pour ne pas s'habituer à cette guerre.
02:35Vous faites comment ? Où est-ce que vous trouvez cette force ?
02:38Et où est-ce que vous trouvez les arguments pour dire aux Ukrainiens, continuez à vous battre ?
02:43– Moi, les premiers jours de la guerre avec ma famille, j'ai quitté l'Ukraine, j'ai quitté Kiev
02:51et je suis allée en France.
02:52Mais après un an dans votre pays merveilleux, j'ai compris que c'est très difficile et je ne souhaite
03:01à personne d'être réfugié.
03:04Parce que tu ne peux plus vivre ta vie ordinaire.
03:08Les Ukrainiens en Europe, ils ne se permettent pas, moi par exemple, je ne me permettais pas à vivre la
03:16vie ordinaire, la vie normale, de sourire et de tout ça.
03:19Et c'est étonnant peut-être, mais aujourd'hui, ici en Ukraine, je me sens très très heureuse.
03:26J'apprécie chaque jour, chaque moment de ma vie.
03:30Je comprends que j'ai une seule vie et je veux la continuer ici, dans mon pays, avec les gens
03:36que ça.
03:37– C'était trop difficile de suivre l'actualité, d'être trop loin de votre pays, de vos racines, vous
03:42préférez être sur place.
03:44– Exactement, exactement.
03:47Et donc aujourd'hui, vous le savez bien qu'il y a toujours des attaques aux ressources d'énergie.
03:54Nous n'avons pas d'électricité presque toujours.
04:00Les Ukrainiens ont acheté tous les générateurs qui étaient en Europe, et il me semble, dans le monde entier.
04:06Il n'y en a plus en Ukraine, il est impossible d'acheter un générateur d'énergie ou bien une
04:10station EcoFlow, si vous comprenez ce que je veux dire.
04:14– Oui, on comprend tout à fait. Vous avez besoin de générateurs parce qu'il n'y a plus de
04:17courant.
04:18Et parce qu'on sait très bien, et on le suit presque chaque jour,
04:21les Russes ciblent délibérément les infrastructures énergétiques et qu'il y a des coupures de courant.
04:29Concrètement, ça veut dire quoi ? Vous avez combien d'heures de courant par jour à Kiev ?
04:32– Normalement, nous avons deux ou trois jours d'électricité, puis de 10 à 12 heures sans électricité.
04:43On se réveille et on entend partout le bruit des générateurs parce que, vous savez, c'est très, très…
04:49– Bruyant.
04:50– Le haut niveau du bruit, mais on est déjà habitués.
04:55Et les Ukrainiens ont prouvé à tout le monde qu'on peut survivre dans les conditions n'importe quelles
05:03et ne pas perdre le goût de vie.
05:06Je ne sais pas, est-ce que vous avez vu les vidéos de Kiev où les gens qui habitent dans
05:12des quartiers
05:12sans électricité, sans chauffage, sans eau, quand il fait moins 20 dans la rue,
05:17et eux, ils se réunissent, ils dansent dans la rue, ils font des barbecues sous le feu en plein air.
05:26– Est-ce que vous pouvez nous expliquer, puisque vous avez une petite fille de 10 ans, je crois,
05:30comment fonctionnent les écoles ? Est-ce que les cours continuent, quitte à se mettre à l'abri en cas
05:37de bombardement ?
05:38– Les cours se continuent sans électricité.
05:42On a acheté des petites… je ne sais pas comment s'appelle ce truc-là,
05:48qu'on peut allumer quand il n'y a pas d'électricité.
05:51– Un briquet ?
05:52– On peut le mettre dans la poche.
05:53– Oui, peut-être un briquet.
05:55Oui, tous les enfants un an, ils s'aident, ou bien grâce au téléphone, ou bien grâce au…
06:01Non, pas le briquet, le briquet.
06:02– Non, ce n'était pas un briquet, oui.
06:03– Bon, le nombre de poches, alors.
06:06– Oui, oui, oui, peut-être.
06:08Quand il y a l'alarme aérienne, tout le monde descend dans l'abri,
06:12et les cours recommencent après le fin de l'alerte.
06:18– Vous étiez à Kiev le 24 février 2022, si je ne me trompe pas.
06:28Vous avez été réveillée par les bombardements russes,
06:31vous avez été sidérée, surprise, par cette intervention russe
06:36qui dure encore quatre ans après ?
06:38– À vrai dire, oui.
06:40Malgré que je suis née à Donetsk,
06:43et en 2014, j'ai déjà entendu ces bruits là-bas,
06:48et j'ai quitté ma ville natale pour déménager à Kiev,
06:52pour ne pas rester sous le contrôle russe.
06:54Mais je n'ai pas pu croire qu'un jour,
06:57ce pourrait être une guerre à grande échelle.
07:00Et quand j'ai entendu les bruits des explosions de 24,
07:03j'ai compris tout de suite ce qui signifiait ces bruits-là.
07:07Alors, on a pris des valises,
07:08et nous sommes partis parce qu'on pensait
07:10qu'il n'y a plus de chance pour survivre.
07:14Mais notre armée, notre président, nos gens ont montré
07:20que si tu crois en ton pays,
07:23si tu y restes, si tu ne veux pas le quitter,
07:26si tu veux faire et que tu es prêt à faire tout
07:30pour le développer,
07:31donc on peut tenir bon et on peut gagner.
07:36Ça fait trois ans, Louba Zurbenko,
07:39que vous êtes revenue à Kiev,
07:42donc depuis 2023.
07:43Ça fait trois ans que vous vivez sous les bombardements.
07:46Est-ce que vous avez le sentiment que la stratégie de Poutine a changé ?
07:49Est-ce qu'il s'en prend davantage aux habitants, d'après vous ?
07:52Bien sûr.
07:54D'abord, c'était le bombardement des objets militaires
07:57et de n'importe quoi.
07:59Il y a toujours le bombardement de n'importe quoi
08:01parce que vous avez vu de plusieurs maisons
08:04qui sont bombardées,
08:06qui se trouvent très loin des objets militaires.
08:08Mais aujourd'hui, ils préfèrent terroriser les civils
08:13pour que nous, peut-être, demandions
08:20à notre gouvernement de signer la paix.
08:25Mais il n'arrive pas
08:26parce que nous n'acceptons pas ce qu'il propose.
08:30Les gens n'acceptent pas.
08:32Aujourd'hui, ce sont les bombardements de l'électricité,
08:36des stations de chauffage
08:37et on sait bien qu'on entend déjà dans quelques jours,
08:43on nous annonce que peut-être
08:44que ce sera le bombardement des stations d'eau.
08:47Il y a des problèmes d'eau ailleurs qu'à Kiev.
08:50Une question sur la perception des Ukrainiens
08:53maintenant sur cette guerre.
08:54Est-ce qu'elle a évolué, d'après vous ?
08:56On entend parfois dans les médias
08:57que certains Ukrainiens disent
08:59qu'on est prêts à céder certains territoires aux Russes
09:01pour mettre fin au conflit.
09:04Non, on n'est pas prêts à céder nos territoires.
09:07100% non.
09:08Il y a nos gens qui restent là-bas
09:11et surtout nos forces armées
09:14et nos meilleurs citoyens
09:16qui ont été décédés
09:18pour ne pas perdre ce territoire.
09:22Donc ça, c'est impossible.
09:24En plus, si on cède Donbass,
09:28Poutine va aller plus loin.
09:30Là, nous avons les positions très fortes.
09:33Parce que je pense que vous le savez bien
09:36que ça fait déjà quatre ans
09:38que Poutine ne peut pas attraper Donbass.
09:41Pourquoi ?
09:42Parce que nos positions dans ces régions-là
09:46sont de très haut niveau.
09:49Et si on cède le territoire,
09:51là, plus loin, nous n'en avons plus.
09:54Mais vous pouvez négocier la fin de la guerre
09:57de manière diplomatique
09:59ou est-ce que ce sera militaire ?
10:03C'est une question difficile.
10:07Nous voulons tous que la guerre finisse.
10:12Parce que je disais beaucoup de belles mots,
10:17de beaux mots aujourd'hui.
10:18Mais bien sûr qu'il y a des périodes
10:19de dépression,
10:21de sentiments quand on veut baisser les bras,
10:25quand on ne veut plus entendre d'explosion.
10:27Bien sûr que nous avons peur la nuit.
10:31Mais nous croyons vraiment
10:34à notre président
10:36et nous espérons qu'il comprend
10:39et qu'il connaît bien ce qu'il fait.
10:42Nous voyons aujourd'hui
10:43que Poutine ne joue pas
10:49par des règles.
10:51Donc, c'est une négociation.
10:52Pour lui, c'est pour rien.
10:55Donc, il ne propose pas
10:56ce que nous pouvons accepter.
10:58L'Ukraine est prête
10:59à céder quelques positions.
11:02Mais lui, non.
11:04Il demande toujours
11:05les mêmes choses.
11:08Le but de Poutine
11:10n'est pas changé.
11:12Ljubez Urbenko, vous disiez
11:14que vous êtes originaire
11:15de Donetsk.
11:16On va partir dans le Donbass,
11:18dans l'est de l'Ukraine.
11:20Une terre de ruines
11:21et de chagrins.
11:22Les combattants
11:23se font face
11:24dans une guerre d'attrition
11:25depuis quatre ans maintenant.
11:26Guerre qui a fait
11:27des millions de victimes
11:28de part et d'autre.
11:28Vous voyez ce reportage
11:29de Gulliver-Krag,
11:30notre correspondant.
11:31La 24e brigade mécanisée
11:34a aménagé ce studio
11:35à Kramatorsk
11:36pour enregistrer
11:36ses vidéos promotionnelles.
11:38La 24e, c'est la brigade
11:40qui défend Tchassivyar,
11:42une ville que des gens disaient
11:43allait tomber aux Russes
11:44déjà en avril 2024.
11:46Une ville stratégiquement située
11:48sur les hauteurs
11:49entre Barkhmout
11:50et Konstantinivka.
11:52Les Russes ont effectivement
11:54pris le contrôle
11:55de la plupart
11:55de la municipalité.
11:56Mais il reste une parcelle
11:58qui est toujours contrôlée
11:59par les forces ukrainiennes.
12:01La partie que nous contrôlons
12:03est petite,
12:03mais ce sont les hauteurs.
12:05C'est l'approche
12:05vers Konstantinivka.
12:07Une fois que les Russes
12:08prendront le contrôle
12:09de ces hauteurs,
12:10il y a plus de 200 mètres
12:12de différentes altitudes,
12:13il leur sera beaucoup plus facile
12:15de contrôler la zone
12:16et les accès
12:16à Konstantinivka.
12:18Il est déjà assez difficile
12:19d'y aller,
12:20même maintenant.
12:21Il faut choisir
12:21la bonne météo.
12:22Par une journée ensoleillée
12:24comme aujourd'hui,
12:24personne n'y va.
12:26À cause des drones,
12:27se rendre aux positions avancées
12:28et en sortir
12:29est devenu plus dangereux
12:30que de rester sur place.
12:32Résultat,
12:32les soldats y passent souvent
12:34des mois d'affilée.
12:35Jorik vient d'être décoré
12:37après une mission
12:37particulièrement longue
12:38à Chassiviar.
12:41La vie sans Internet,
12:42c'est formidable.
12:43J'ai commencé à lire
12:44beaucoup de livres
12:45pendant que j'étais en position.
12:47Les drones nous les larguent
12:48et je lis.
12:49Mais sinon,
12:50l'ennemi ne tente pas
12:51activement
12:52de prendre d'assaut
12:53notre position.
12:53nous la renforçons
12:55en permanence,
12:56nous creusons,
12:57nous posons des mines
12:58sur les voies d'accès.
12:59Ils viennent surtout
13:00en petits groupes,
13:01deux, trois, quatre hommes
13:02et essayent soit
13:03de s'emparer
13:04de notre position,
13:05soit de la contourner.
13:08Mais notre infanterie
13:09ne leur laisse
13:09aucune chance
13:10d'avancer davantage
13:11à Chassiviar.
13:12Et bien sûr,
13:13nos drones font aussi
13:14un excellent travail.
13:18Chassiviar est en ruine.
13:19Mais ces hommes disent
13:20qu'ils y infligent
13:21des pertes
13:21bien plus importantes
13:22aux Russes
13:23que celles
13:23qu'ils ne subissent
13:24eux-mêmes.
13:25Et surtout,
13:25ils empêchent
13:26les forces du Kremlin
13:27à s'avancer
13:28vers les villes
13:29clés du Donbass
13:30de Kramatorsk
13:30ici et Slovyansk.
13:32Des villes
13:33que l'Ukraine
13:33reste bien déterminée
13:34à ne pas céder
13:35à Vladimir Poutine.
13:37Voilà la détermination
13:39y compris dans le Donbass.
13:40Lyuba, Zurbenko,
13:42vous avez des proches
13:43dans les territoires
13:44tenues par les Russes.
13:45Quelles sont les nouvelles
13:47qui vous remontent,
13:48que vous recevez
13:48de leur part ?
13:49Et comment est-ce que
13:50la vie a changé
13:51sous le règne de Poutine ?
13:54Imaginez que je peux
13:55aujourd'hui aller
13:56dans n'importe quel
13:57pays du monde
13:58mais je n'en peux pas
13:59revenir chez moi,
14:01je n'en peux pas
14:01revenir dans ma maison
14:02natale et je n'en peux
14:03pas embrasser ma mère
14:04et ma grande-mère
14:05qui restent là-bas.
14:07Bien sûr que le niveau
14:09de vie,
14:10c'est tout à fait
14:11autre chose.
14:12en 2012,
14:14c'était l'Euro,
14:15la fête de football
14:17qui se passait
14:19au Donetsk
14:19et il y a beaucoup
14:21de photos
14:22et de vidéos
14:23dans l'Internet
14:24où il y a partout
14:24des drapeaux ukrainiens,
14:26des gens heureux
14:28et qui sont
14:29des belles rues
14:31propres
14:31et tout.
14:32Mais aujourd'hui,
14:34il n'y en a rien
14:37parce que d'abord,
14:40les premières années
14:41de guerre,
14:442015,
14:452016,
14:462017,
14:462019,
14:47il n'y avait plus
14:48de système bancaire
14:49à Donetsk,
14:50il n'y avait plus
14:51de magasins
14:52normaux,
14:54il n'y avait plus
14:55de pouvoir
14:55à qui,
14:58il n'y avait plus
14:58de police
14:59que tu peux
15:02appeler
15:02sans avoir peur.
15:03Il y avait partout
15:05des gens militaires
15:07et on ne savait
15:09jamais
15:10qu'est-ce qu'il y a
15:10dans leur tête.
15:12Ce n'étaient pas
15:14des militaires
15:16comme on montre
15:19dans des films,
15:20c'étaient des criminels,
15:22quoi.
15:23On avait tous peur
15:25de ces gens.
15:26Et donc,
15:27bien sûr que ce n'est pas
15:28une vie
15:29et ce n'était plus
15:30la vie normale.
15:32Aujourd'hui,
15:32les gens à Donetsk,
15:33sont obligés
15:34d'accepter
15:35le pouvoir russe,
15:36de prendre
15:37des passeports
15:38russes.
15:39Sinon,
15:39il n'y a plus
15:40de possibilité
15:41de survivre.
15:42Il faut aussi dire
15:44qu'ils ne peuvent pas
15:45quitter Donetsk
15:47sauf
15:48que par Russie.
15:50Donc,
15:50le seul chemin,
15:52la seule route,
15:53c'est la route
15:54en Russie.
15:56Ils sont
15:57prisonniers,
15:58quoi,
15:59à Donetsk.
16:00Merci beaucoup,
16:01Liuba Zurbenko,
16:01d'avoir apporté
16:04votre témoignage
16:05édifiant
16:06sur France 24.
16:07Je rappelle
16:08la radio
16:08pour laquelle
16:09vous travaillez,
16:10Piat Nitsa,
16:11vendredi,
16:11émission matinale
16:12pour les Ukrainiens.
16:14qui a en soon
Comments

Recommended