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  • 4 days ago
Transcript
00:00Vous avez été détenu, vous étiez en prison pour des propos que vous avez tenus contre le président Tshisekedi et
00:06contre le pouvoir en place.
00:09Et vous avez fait la prison pour ça aujourd'hui, plusieurs mois plus tard.
00:16Est-ce que, qu'est-ce que vous constatez ? Est-ce qu'il y a eu changement depuis vos
00:20dénonciations, notamment en rapport avec des tournements présumés, la mauvaise gestion du pays ?
00:27Il faut dire que si tout était à refaire, j'irais dire la même chose avec conviction.
00:36Et d'ailleurs, j'ai comme l'impression que le temps étant le meilleur allié de la vérité, aujourd'hui,
00:43tout s'est révélé être vrai.
00:46Et je crois mĂŞme que la situation ne fait que s'empirer du jour au jour.
00:52Quelle situation par exemple ?
00:53Non mais vous avez un pays totalement désarticulé.
00:59Il y a l'absence totale de l'État.
01:04La gouvernance, aujourd'hui, est basée sur la prédation, la corruption, les détournements, la concussion, le favoritisme.
01:15Vous avez un pays, aujourd'hui, avec une jeunesse totalement abandonnée, sans espoir.
01:21Le social des Congolais est catastrophique.
01:24Les pays, aujourd'hui, est en manque d'infrastructures sociales de base.
01:30Donc, vous avez la ville de Kinshasa, par exemple, où lorsqu'il plaît, la vie est totalement coupée.
01:37Les embouteillages monstres.
01:40Le banditisme urbain, n'en parlons pas.
01:42Parce qu'ici, nous ne parlons pas encore de l'insécurité à l'Est.
01:46Mais nous parlons de l'insécurité dans la ville de Kinshasa, où chaque jour, on peut se révéler avec 4
01:53corps, 5, 6, 10 corps, sans vie.
01:57Trouvez-vous normal dans une ville ?
02:01Trouvez-vous normal tout cela ?
02:03Vous avez été secrétaire général du parti présidentiel UDPS.
02:09Vous avez été vice-président de l'Assemblée nationale.
02:12Donc, vous avez été au cœur du pouvoir de Kinshasa, aujourd'hui.
02:17Quel est le vrai problème du Congo, d'après vous ?
02:20Le vrai problème du Congo, c'est les systèmes de gouvernance qu'il incarne depuis l'indépendance jusqu'à ce
02:31jour.
02:31En réalité, les combats menés par le fait docteur Etienne Tshisekedi et nous tous,
02:36consistaient à faire la rupture de ces systèmes corrompus, ces systèmes de prédation,
02:44qui confisquaient la majorité ou peut-être toute la totalité des richesses pour une poignée d'individus au sommet de
02:55l'État,
02:55au détriment de l'ensemble de notre peuple, et que ces systèmes devaient s'arrêter pour mettre en place une
03:02gouvernance rationnelle,
03:03une gouvernance qui prenait en compte les aspirations du peuple, qui mettait l'homme congolais au centre de ses préoccupations.
03:12Donc, cela n'a pas été fait.
03:14C'est justement par lĂ  que l'UDPS pĂŞche au pouvoir.
03:18Quand il arrive au pouvoir, ce n'était pas de continuer les systèmes qu'il avait trouvés,
03:23mais par contre, l'enrayer, mettre fin à ces systèmes pour que le pays soit dirigé par une gouvernance
03:34qui prône la solidarité, l'équité, la justice, le bien-être pour tous.
03:41Donc, cela n'est pas arrivé, et voilà pourquoi la souffrance du peuple continue.
03:46D'ailleurs, vous allez voir que le régime Tshisekedi aujourd'hui, il ressemble comme deux gouttes d'eau au régime
03:53Kabila,
03:54et le régime Kabila ressemble comme deux gouttes d'eau au régime Mobutu.
03:58Donc, le problème n'est pas les régimes en soi, mais le problème, c'est le système que ces régimes
04:05adoptent ou acceptent de pouvoir fonder leur gouvernance.
04:11Le problème n'est donc pas l'agression rwandaise, comme le dit le président Tshisekedi ?
04:15L'agression rwandaise existe. Nous ne la nions pas.
04:20Le Rwanda est sur le territoire congolais.
04:23Les militaires rwandais tuent et commettent des exactions sur le territoire congolais.
04:28D'ailleurs, si cette présence est un problème, le premier à assumer, c'est Tshisekedi,
04:36parce qu'il est le seul qui a prêté serment pour protéger les Congolais, protéger l'intégrité territoriale et préserver
04:47notre souveraineté.
04:48Donc, vous voyez que si le Rwanda est chez nous, occupe aujourd'hui une bonne partie de notre territoire,
04:55et je dirais mĂŞme que nous sommes en train d'assister Ă  une annexion des faits d'une partie du
05:01territoire congolais au Rwanda.
05:02Ça, c'est un fait. Mais le vrai problème n'est pas celui-là.
05:07Parce que, que ce soit la présence rwandaise, l'intrusion rwandaise chez nous,
05:12ou ces multiples groupes armés qui écument l'est du pays, non seulement l'est, mais vous avez les Moubondo,
05:18dans le Grand Bandundu et dans la périphérie de Kinshasa, vous avez l'Itouri,
05:22sont les effets des causes qui ont été longtemps masquées dans notre pays,
05:29auxquelles la classe gouvernante ne veut pas s'attaquer.
05:33C'est notamment la gouvernance.
05:35Parce que dès lors que la gouvernance n'est pas bonne, il y a confiscation du pouvoir,
05:41il y a confiscation de richesses, toutes les richesses par une poignée d'individus,
05:46créant ainsi la fracture entre le peuple et le gouvernant.
05:50Et du coup, un des autres s'installe au pays, c'est les chacun pour soi, Dieu pour tous.
05:56Vous voyez que toutes les conditions sont réunies pour exposer le pays à l'agression rwandaise.
06:03Si vous identifiez le véritable problème dans votre pays comme étant un problème de gestion,
06:10un problème de gouvernance,
06:11mais comment le dialogue inclusif que vous prenez peut apporter justement une réponse
06:18à ces problèmes de gouvernance ?
06:20Comment la guerre va s'arrĂŞter avec notamment un dialogue inclusif ?
06:25Je n'ai jamais dit que le dialogue est une solution durable Ă  la crise de l'Est.
06:33Non.
06:34Alors qu'est-ce que vous attendez justement de ce dialogue inclusif ?
06:37Le dialogue aujourd'hui, comme hier, dans les années 90 avec la Conférence nationale souveraine,
06:46en 2000, 2001 jusqu'Ă  2003 avec le dialogue inter-congolais de Centre City,
06:52et plus récemment en 2016 avec le centre inter-Diosésain,
06:56le dialogue s'est révélé dans notre pays comme un mécanisme
07:00qui a évité au Congo l'implosion ou encore la balkanisation du pays,
07:08dans ce sens qu'il arrive quand mĂŞme Ă  taire les armes pendant un moment,
07:15mettre les acteurs qui étaient farouchement opposés,
07:19les mettre autour d'une table, se regarder droit dans les yeux, parler,
07:22et se convenir de ce qui doit être fait après la guerre,
07:27et c'est justement ce que nous voulons aujourd'hui.
07:29Le problème aujourd'hui, le problème dans notre pays,
07:32ce n'est pas le dialogue en soi comme j'entends les gens dire,
07:36on a dialogué plusieurs fois, les dialogues n'apportent rien,
07:39c'est des politiciens qui veulent s'arranger, tout ça.
07:42Mais non, le problème ce n'est pas le dialogue.
07:44Le dialogue, lui, vient sauver des vies humaines.
07:47Mais comment le dialogue sauvera les vies humaines ?
07:51Dès lors qu'il mettra autour d'une table,
07:54tous les Congolais impliqués dans l'insécurité à l'Est,
07:58comme partout ailleurs au Congo,
08:00et imposera d'abord dans un premier temps un cessez-le-fait,
08:05et ensuite, un accord global inclusif pourra imposer Ă  tous les acteurs
08:10la cessation sans autre forme de procès des hostilités,
08:15et envisager un processus démocratique transitoire jusqu'aux prochaines élections.
08:21Sur quoi vous fondez justement cet optimisme en croyant que le dialogue inclusif va taire les armes ?
08:27Sachant qu'il y a déjà un dialogue, il y a le processus de Doha et le processus de Washington,
08:33il y a eu des accords qui ont été signés,
08:36les armes ne se sont pas tues.
08:38Comment, par miracle, ce dialogue peut faire taire les armes ?
08:41Moi, je m'interdis de penser personnellement que la solution du Congo proviendrait,
08:48d'ailleurs, la solution du Congo proviendra des Congolais et entre Congolais.
08:55Parlons un peu du processus de Washington.
08:59Non, la question est simple, comment le dialogue inclusif peut faire les armes ?
09:02Mais je veux vous dire en quoi est-ce que tous ces processus-là ne sont pas crédibles ?
09:09Si les États-Unis d'Amérique, première puissance militaire mondiale,
09:13arrivent justement Ă  mettre autour de la table les protagonistes,
09:17le Qatar met en face les protagonistes,
09:21ils signent des accords, mais finalement, ces accords ne sont pas respectés.
09:25comment vous, avec quels moyens, avec quels leviers,
09:29vous allez faire en sorte que ces dialogues puissent taire les armes ?
09:32La question est simple.
09:33Je vous ai ramené dans l'histoire récente de notre pays.
09:38Et que les dialogues ont une vertu
09:43de pouvoir mettre ensemble les acteurs politiques
09:46et les amener Ă  signer un accord de paix,
09:50Ă  signer un accord politique.
09:51Ce n'est pas nouveau.
09:52Nous n'inventons pas la roue parce que nous avons vécu cela.
09:56Nous avons...
09:57N'oubliez pas qu'il y a quelques décennies, deux décennies,
10:01le Congo était divisé en quatre.
10:06Comment sommes-nous arrivés à réunifier le Congo ?
10:09Parce que nous vivons la mĂŞme situation.
10:11Nous avions une rébellion qui était soutenue par l'Ouganda,
10:14une rébellion qui était soutenue par le Rwanda,
10:17sans compter d'autres petites rébellions dissidentes, décédées grandes.
10:22Alors, comment sommes-nous arrivés à pacifier le pays,
10:25à engager un processus de transition et aller aux élections ?
10:30Donc, nous croyons fermement en la capacité des Congolais
10:34de pouvoir se regarder droit dans les yeux
10:36et de dire que le Congo vaut plus que toute autre chose
10:40et de faire avancer le processus des pays.
10:43Nous croyons.
10:43Croyez-vous en la bonne foi des protagonistes,
10:46notamment de l'EF M23, justement, pour se retrouver dans ces...
10:48Non, nous ne croyons pas la bonne foi.
10:51Mais nous pensons que le dialogue aujourd'hui n'est pas une option.
10:55Mais c'est un impératif pour sauver le Congo.
10:58L'EF M23 doit comprendre cela.
11:02Et je crois qu'ils ont même déjà compris
11:04qu'il n'y a pas d'autre voie de sortie de crise
11:06Ă  part le dialogue inclusif.
11:09Pour terminer, le M23 voit notamment...
11:13L'EF M23 voit notamment ses responsables d'être condamnés à mort.
11:17Vous avez également, de l'autre côté, l'opposition politique
11:21où vous avez Joseph Kabila qui est également condamné à mort.
11:24Vous avez Obé Minakou et Emmanuel Tchadari
11:26qui sont aujourd'hui en détention.
11:29On dialogue avec qui ? Comment ? Dans quelles conditions ?
11:32Voilà pourquoi nous avons fixé des lignes rouges.
11:35Ça, c'est notre cahier de charge à nous.
11:38Nous avons dit que pour nous, les lignes rouges sont
11:41le respect de la Constitution,
11:44le respect de notre intégrité territoriale
11:47et même de la souveraineté nationale.
11:50Mais en Suisse, nous proposons aussi des préalables.
11:56Nous disons qu'il y a des préalables
11:58qu'il faut mettre sur pied avant ces dialogues.
12:03Et la balle est dans le camp du président de la République.
12:08Parce qu'aujourd'hui, vous avez un pays
12:11où l'espace public est totalement confisqué.
12:17Les opposants politiques ont un choix entre la prison et l'exil.
12:23Plusieurs sont en exil, d'autres actuellement sont en prison.
12:26Et ceux qui sont en liberté ne les sont qu'en sursis.
12:33Ils sont en liberté par sursis.
12:35Donc, à tout moment, ils peuvent être arrêtés en prison.
12:38On a une situation de trouble politique au pays
12:41qui ne peut pas favoriser ni la paix,
12:45la cohésion nationale, moins encore la tenue d'un dialogue.
12:48Voilà pourquoi nous disons que le pouvoir doit décrisper
12:53l'espace politique au Congo.
12:56Il doit libérer le prisonnier politique.
12:58Il doit faire en sorte que les exilés politiques
13:01retournent dans leur pays.
13:03Faire sauter également les condamnations à mort, par exemple ?
13:06Les condamnations Ă  mort,
13:07toutes les condamnations,
13:10vous savez, au Congo,
13:12la justice pose un sérieux problème.
13:15Et surtout pas, moi, je ne peux pas faire crédit
13:18Ă  une condamnation d'un opposant par cette justice.
13:21C'est clair qu'elle a été manipulée par le pouvoir en place
13:25pour obtenir la condamnation d'un opposant.
13:27Donc, vous parlez de la décrispation,
13:29mais il se passe également que le président Tshisekedi
13:33a posé également ses conditions.
13:35Et parmi les conditions posées par le président Tshisekedi,
13:38c'est notamment ne pas organiser un dialogue
13:41avec ceux qui sont, dit-il, en connivence avec l'agresseur.
13:45Non, ce narratif-lĂ , il est menteur.
13:49C'est un narratif manipulateur.
13:52Déjà, lorsque Tshisekedi négocie avec le M23 Doha,
13:57je ne comprends pas sur quelle base
14:01un tel raisonnement peut tenir debout.
14:03Parce qu'il est en train de négocier avec le M23.
14:06Vous avez vu hier, je crois que ça passe sur les réseaux sociaux,
14:11un ministre du gouvernement, comment il est allé
14:13là où était le Mobondo, il les a récupérés,
14:17il était en train de danser avec eux.
14:19Est-ce que le Mobondo n'a pas tué ?
14:21Savez-vous combien de morts le Mobondo fait au Bandungu
14:25et dans la périphérie de Kinshasa ?
14:27J'ai vu un ministre du gouvernement danser avec eux.
14:30Il les a pris, ils sont nourris aujourd'hui.
14:33Et on les amène, je ne sais pas où.
14:37Donc, dire ça, c'est manipuler l'opinion.
14:40Et le M23 n'est pas le seul problème au Congo.
14:44Nous n'avons pas qu'un seul groupe armé
14:46ou une rébellion au Congo.
14:47Il y en a nombreux.
14:49Nous avons plus de 250 groupes armés.
14:51Vous avez les ADF Nalu qui tuent tous les jours,
14:55qui égorgent les Congolais.
14:57Vous avez dans la province orientale,
14:59les gens qui mèrent tous les jours
15:01dessus des groupes armés.
15:03Et c'est que les autres,
15:05les Congolais qui mèrent des suites
15:06d'autres groupes armés
15:08sont moins que les Congolais qui mèrent
15:10des suites du M23.
15:11Nous disons que la situation doit être abordée
15:14de manière holistique
15:16pour trouver des solutions durables.
15:19Jean-Marc Aboune, je vous dis merci.
15:20Merci beaucoup.
15:21Merci.
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