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  • il y a 9 heures
Amélie Jolivel, vétérinaire rurale, est notre invitée à l'occasion du documentaire "Véto de campagne", diffusé le mardi 24 février à 21.05 sur France 5. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mardi-24-fevrier-2026-8470954

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Transcription
00:00France Inter
00:03La Grande Matinale
00:07Mathilde Serrel
00:09Si l'idée de vocation a pu être galvaudée à la regarder, elle fait totalement sens.
00:15Cette femme parcourt sans relâche les routes de Loire-Atlantique, de ferme en ferme,
00:20pour donner la vie, percer des abcès, contenir des virus, recoudre des plaies.
00:25Pas seulement celles des animaux, celles des éleveurs aussi, qui sont béantes.
00:29Aujourd'hui, Véto de campagne, c'est le nom du documentaire que Marianne Kerfrieden lui consacre sur France TV.
00:35Et à la suivre sur le terrain, on se surprend à penser qu'elle pourrait soigner le monde agricole tout
00:41entier.
00:42Comme une super-héroïne avec sa cape, ou plutôt ses gants et sa véto mobile.
00:46Pourtant, le rythme est rude, la relève incertaine.
00:50Mais tant qu'elle vit et elle travaille pour la rurale, la médecine des animaux de production,
00:54elle peut tout affronter, même sa propre maladie.
00:58Profession répartaire.
01:00Amélie Jolivelle est notre grand portrait numéro 95.
01:06Bonjour Amélie Jolivelle.
01:08Bonjour Mathilde.
01:09Pour être avec nous ce matin, dans ce studio, vous avez laissé vos bêtes, vos clients, votre camionnette.
01:15Qu'est-ce qui s'agit dans votre tête, pendant que vous êtes ici, devant ce micro à bonnette rouge
01:20?
01:20Devant cette fameuse bonnette rouge que je rêvais de voir, un petit peu.
01:24Parce que je rêvais de changer d'univers là ce matin.
01:29Je suis en vadrouille, je suis loin de mon milieu.
01:33Et qu'est-ce qui s'agite ?
01:35Vous pensez à des éleveurs que vous avez laissés dans telle ou telle situation ?
01:38Tel ou tel animal qui va accoucher ?
01:41Oui, alors peut-être.
01:43Oui, ce matin j'ai envoyé le petit SMS qui va bien.
01:44Mais par contre, surtout, je pense aux éleveurs à qui on a annoncé que j'allais à la France Inter
01:51ce matin.
01:52Je pense à eux et à ceux qui se sont donnés un peu pour montrer leur milieu, montrer leur intimité
01:58avec Marianne.
02:00Et ce matin, je pense qu'ils sont à l'écoute.
02:03Alors, on va vous écouter, vous aussi, dans le documentaire Véto de campagne de Marianne Kerfrieden.
02:08Donc qui sera diffusé ce soir sur France 5 à 21h10.
02:12Ça s'ouvre comme ça.
02:14Le premier, il est raide.
02:16Je n'arrive pas à déployer les pattes.
02:19Raide, raide, raide.
02:21Je vais voir si je peux les bouger à la corde.
02:25Je décris la scène.
02:26Vous avez les bras enfoncés jusqu'à l'épaule dans une vache dont vous accompagnez la mise bas.
02:32Vous tentez d'attraper le premier veau.
02:34Je crois qu'il est mort.
02:36Alors, je suis désolée.
02:38Il va falloir du courage parce que là, ça va faire mal.
02:46On l'entend dans votre respiration.
02:48Vous donnez tout pour le sortir.
02:52C'est extrêmement physique.
02:56Presque comme si vous accouchiez vous-même.
02:59Qu'est-ce qui se passe ?
03:01Non, c'est surtout que je l'ai.
03:03Je gagne à la fin.
03:04Vous l'attrapez ?
03:05On l'attrape.
03:06On le sort.
03:07Et puis la journée, elle commence bien.
03:10Elle commence super bien.
03:11Il y en a deux et ils sont vivants.
03:12Il y en a deux.
03:13Ils sont vivants.
03:14Je me suis trompée parce que je pensais que le premier était mort.
03:19Et Marie-Laure et Romain, ils sont au taquet.
03:22Ils attendent.
03:23Ils nous ont appelés.
03:24Il faut sortir le veau.
03:25Et moi, je ne pense qu'à ça.
03:27Et vous avez un sentiment de fusion avec à la fois l'animal et les éleveurs à ce moment-là
03:34?
03:35Oui, oui.
03:35Fusion, oui.
03:36Il faut être avec eux.
03:37Il faut être dans le geste.
03:39Il faut performer le geste.
03:40Et il faut que ça se passe, qu'on soit ensemble et que ça fonctionne.
03:45Et ça, c'est presque tous les jours.
03:47Fusion, c'est un mot que vous utilisez pour décrire votre travail de véto.
03:51Vous parlez d'une intimité très forte avec le monde paysan.
03:54Vous dites qu'on est fusionnel et fusionnel avec leurs emmerdes aussi.
03:58Ça représente quoi ce moment d'une naissance dans le métier ?
04:02Qu'est-ce qui se joue ?
04:03Alors, il se joue d'abord l'attente de l'éleveuse ou de l'éleveur de soulager la douleur de
04:09l'animal quand même.
04:10Et puis, il se joue aussi la question de sauvegarder l'outil de production puisque, en fait, les veaux à
04:15naître, la production lait qui va découler de ce vélage-là, eh bien, il faut qu'elle soit optimale.
04:21Et donc, on joue beaucoup de choses dans ce moment-là.
04:24Ces animaux représentent, c'est vrai, des revenus pour les éleveurs.
04:28C'est toute la différence entre la rurale, j'en parlais brièvement dans la présentation, et la canine.
04:35Vous nous expliquez ce que sont ces deux branches du métier de véton qui cohabitent dans votre cabinet.
04:39Oui, on est très fiers d'offrir un service complet à notre territoire.
04:43Donc, la canine, c'est la médecine plutôt des animaux de compagnie, chiens et chats.
04:47Et la rurale, c'est la médecine qu'on propose à toutes les exploitations agricoles.
04:53Donc, essayer d'être au top techniquement pour les accompagner sur des sujets techniques et la protection sanitaire.
05:00Et puis, par des actes médicaux sur les grands animaux, bovins, chèvres, chevaux et brebis.
05:07Et vous, votre expertise, c'est la rurale ?
05:09Oui.
05:10On va parler de votre naissance, en tout cas de la naissance de votre vocation.
05:15Puisque, je le disais en introduction avec vous, c'est vraiment un mot qui fait sens.
05:18Cette vocation, elle est venue après vos études d'ingénieur.
05:23Vous n'étiez pas partie pour ?
05:25Non.
05:25Enfant, vous ne rêviez pas véto de campagne.
05:27Non.
05:28Pourtant, c'est votre milieu.
05:29Oui, c'est mon milieu.
05:30Mais, enfant, moi, je viens d'un milieu assez modeste, en fait, où on ne s'autorisait pas forcément à
05:37faire des grandes études.
05:38Et puis, en plus, moi, j'étais très lectrice.
05:42Je n'étais pas spécialement attirée par les animaux.
05:44Et je l'ai découvert plus tard, en fait, au contact, en montagne, en gardant des animaux en montagne, en
05:51gardant ces vaches-là.
05:51Et d'avoir la responsabilité de ce cheptel, ça m'a complètement mis dans cette dynamique de soin.
05:59Et de prendre soin des vaches avec les éleveuses et les éleveurs à qui ils appartiennent, finalement.
06:06Quand vous parlez de ce moment où vous étiez avec des vaches en montagne, c'est que vous êtes partie
06:11avec votre conjoint.
06:12C'est là que tout s'est joué.
06:13Vous êtes devenue bergère, là, pendant quatre saisons.
06:16Et c'est ce contact avec ces vaches qui a réveillé en vous votre premier amour.
06:21Parce qu'en fait, la vache, c'était au centre de votre vie depuis le début.
06:24Oui, mais des fois, vous savez comment c'est.
06:26Quand on est dans un de certains milieux, on ne voit pas ce qu'il a de particulier, en fait.
06:31C'est en faisant le pas de côté qu'on revient à sa culture d'origine.
06:35Donc moi, mon père, il adore les vaches.
06:37Ça, c'est sûr, c'est une passion.
06:39Et il nous a transmis un certain capital de connaissances.
06:42On sait faire des choses.
06:43Et du coup, c'est en s'éloignant de mon milieu d'origine que j'ai capté que j'adorais
06:48ça, en fait.
06:48Mais vous êtes donc fille d'éleveur.
06:51Vous avez toujours organisé votre vie autour des vaches.
06:55Vous alliez donc au contact des vaches.
06:57Vous alliez voir des défilés de différentes races.
07:01Voilà.
07:01C'est votre animal totem, d'une certaine manière.
07:04Pourquoi ?
07:06Pourquoi ?
07:07Je ne sais pas tellement.
07:08C'est un peu inévident.
07:10J'ai toujours côtoyé cette espèce-là.
07:12Et c'est un animal qui est hyper calme, qui est très futé.
07:20En fait, on a l'impression en plus que des fois, les vaches regardent un peu les éleveurs en disant
07:23« Franchement, t'es un peu... »
07:27Elle regarde les éleveurs en leur donnant comme un miroir un peu plein d'humour.
07:34Donc c'est un animal qui est très attachant.
07:35Elle se moque des éleveurs.
07:37Un peu.
07:37Elles ont un peu de malice.
07:38Elles ont de la malice.
07:39Alors, je parlais de première amour.
07:40Je n'oublie pas votre conjoint, Julien, bien sûr, avec qui vous avez fait quatre saisons dans ces montagnes.
07:45Et là, vous avez eu votre épiphanie.
07:47Le problème, c'est que quand vous avez voulu passer le concours de véto, vous arrivez sur le tard.
07:52Face à des jeunes qui, eux, sortent tout juste de prépa.
07:55Le directeur des études ne mise pas un sou sur vous.
07:57C'est le moins qu'on puisse dire.
07:59Il a dit « Des profils comme les vôtres n'intéressent personne dans cet établissement. »
08:03Comment est-ce que vous l'avez reçu, Amélie Jolivelle ?
08:05Moi, j'ai été ébranlée au début.
08:08Je me suis dit « Tiens, c'est marrant comme accueil. »
08:11Et par contre, ça ne m'a pas fait grand-chose.
08:13Parce que j'avais tellement envie de faire ce métier-là.
08:16Parce qu'une fois que vous franchissez les portes de l'école véto, là, il se passe quelque chose.
08:21Les salles d'anatomie, c'est très impressionnant.
08:24Nos enseignants nous délivrent quand même une quantité de connaissances.
08:28C'est très impressionnant en quantité, en qualité aussi de connaissances.
08:33Et du coup, je me suis dit « Non, non, c'est ça ma place. »
08:35De toute façon, c'est ça ma place.
08:37Même si on m'explique que ce n'est pas la mienne.
08:39Oui, mais moi, je savais que c'était la mienne.
08:41Et surtout, après, j'ai rencontré un ensemble de professionnels extrêmement bienveillants,
08:46bien dans leur boulot, qui m'ont mentorée, tutorée, je ne sais pas comment on appelle ça,
08:50mais qui m'ont tout de suite fait confiance et qui m'ont mis le pied à l'étrier vite.
08:55Vous êtes installée à Châteaubriand.
08:57Vous dites que vous arpentez ces terres de l'or atlantique.
08:59Les chemins, les haies, les gens, vous les aimez.
09:03Comment ça se passe pour d'autres candidats, justement,
09:05qui sont peut-être mieux accueillis dans les écoles vétérinaires,
09:09mais qui n'ont pas d'ancrage ?
09:10Il y a ce chiffre ahurissant qu'on découvre dans le documentaire.
09:1395% des étudiants sont d'origine citadine.
09:16Oui.
09:18Alors, comment ça se passe ?
09:19Je ne suis pas dans leur tête.
09:20Moi, ce que je constate dans l'accueil des jeunes que nous faisons,
09:24c'est qu'il y a un moment où il faut faire...
09:25Parce que vous avez des apprentis dans le cabinet.
09:27Voilà, on a des apprentis, on a des jeunes salariés.
09:29Et il faut, en fait, faire un espèce de pont culturel
09:33pour leur faire apprécier cette campagne-là
09:36et ces exploitants agricoles-là.
09:39C'est-à-dire qu'il faut leur faire aimer ce milieu-là
09:42en traduisant un petit peu.
09:44Il y a un peu un cours de traduction
09:46pour voir au-delà de l'apreauté quand même de la situation des fois,
09:50il faut voir le plaisir que c'est de travailler
09:53avec des agriculteurs et des agricultrices
09:56qui savent ce qu'ils font,
09:58qui sont experts de leur système de production.
10:00Ils ont des choses à dire
10:01et il faut leur faire voir que ça, c'est intéressant d'aller là.
10:04Donc, il y a un petit travail d'accompagnement.
10:06Et c'est une donnée essentielle dans votre travail.
10:08Il ne faut pas seulement aimer les bêtes,
10:09il faut aimer les humains.
10:11Vous dites même, pour exercer mon métier,
10:12il faut aimer les gens bien plus que les animaux.
10:15C'est une autre difficulté par rapport à l'idée
10:18qu'on se fait du métier de véto de campagne.
10:20Oui, parce qu'on peut avoir une somme de connaissances
10:23hyper pointue sur les bovins.
10:25À un moment donné, il faut comprendre
10:27que les gens à qui elles appartiennent
10:30font des choix qui ne sont pas forcément ceux qu'on ferait.
10:33Donc, il faut quand même aller voir
10:35un éleveur, il a toujours une bonne raison
10:39de faire ce qu'il fait.
10:40Mais pourquoi il le fait,
10:42alors que ça nous paraît un peu une hérésie scientifique ?
10:44Pourquoi il le fait ?
10:45Et il faut accompagner ça, très fort.
10:47J'aimerais qu'on vous entende justement
10:49les accompagner, ces éleveurs,
10:51au volant de votre véto mobile,
10:53là où vous passez aussi beaucoup de temps
10:54en sillonnant ces fameuses routes de campagne
10:57où vous échangez avec tous vos clients.
10:59C'est un vrai standard téléphonique.
11:02Oui, Jean-Michel, je vais venir voir la vache
11:05qui ne doit pas avoir beaucoup bougé.
11:08Non, non.
11:08Et je vais l'autonatiser, je pense.
11:10Oui, salut, Tony.
11:12Amélie Jolibel au téléphone.
11:14J'appelle pour prendre des nouvelles de la méningite.
11:18Savoir s'il a pris le bon chemin, le mot, quoi.
11:21Oui, Thierry, Amélie Jolibel.
11:23Ça va ?
11:23Oui, bonjour.
11:24Dis-moi, comment va la vache ?
11:26Amélie, elle mange toujours, quoi.
11:29Elle est avec ses copines ou pas ?
11:30Oui, elle est toute seule.
11:33Elle est toute seule, là.
11:34Et tu as essayé de la mettre avec ses potes ?
11:38Non, je ne vais pas essayer, je crois.
11:40Et il y a des gens qui sont comme ça,
11:41ils aiment boire un coup, mais avec les copains.
11:44Tu vois ?
11:44Oui, d'accord.
11:46C'est bon ?
11:46D'accord.
11:47Tu le situes ?
11:48Oui.
11:49Bon, allez.
11:50Allez, on retrouve votre gouaille.
11:54Et ça vous émeut, c'est à la fois toutes les situations
11:56que vous avez, auxquelles vous êtes confrontés dans une journée.
11:59Et puis, on l'entend, il y a aussi cette situation,
12:01c'est que souvent, on vous propose de rester boire un coup.
12:04Alors souvent, contre la bière, vous demandez de l'eau.
12:08Même la trousse pinette, vous n'avez pas goûté.
12:10Dans le documentaire, c'est quoi la trousse pinette ?
12:11La trousse pinette, j'avoue, je ne connais pas.
12:13Je crois que c'est une spécialité vendéenne.
12:15Et en fait, Yolande et Philippe, il me semble, la proposent à Marianne et à Aurélie.
12:21À la réalisatrice.
12:22Et à la chef opératrice, Aurélie Piel, qui décline elle aussi, je crois.
12:29Qu'est-ce qui vous émeut quand vous entendez là ?
12:31Parce que je voyais vos yeux qui s'humectaient en entendant.
12:36C'est ces situations, c'est les détresses quotidiennes.
12:40D'être aussi proches des gens.
12:42Et c'est pour ça que vous faites le métier.
12:44Ça me plaît beaucoup.
12:46Est-ce qu'on pourrait dire que véto de campagne, c'est divan de campagne ?
12:49Non, je n'ai pas cette prétention-là.
12:52Nous, on essaye plutôt d'accompagner les gens.
12:57Il n'y a pas de notion de divan, il n'y a pas de notion de méthode d'accompagnement.
13:01Par contre, il y a un plaisir à être aux côtés de gens, je le répète,
13:07mais qui ont une stratégie, qui développent leur exploitation,
13:10qui ont une convivialité avec leur cheptel, qui essayent de résoudre les problèmes.
13:16Nous, ce qu'on leur apporte, c'est de l'expertise scientifique, d'abord,
13:18pour essayer d'éloigner les embrouilles, de ne pas trop en avoir,
13:22et d'être au top, et en même temps, de nourrir ce tissu-là de gens.
13:29Nous, on est une PME parmi d'autres, comme l'installateur de machines à traire,
13:34comme le marchand de bestiaux.
13:37Nous, on fait partie de ce monde-là.
13:40Et ce monde-là, vous en avez besoin ?
13:42Vous ne fonctionnez pas sans les dèvres et inversement.
13:45Voilà, on se nourrit ça, et on les connaît bien, les gens.
13:47Effectivement, on suit leur trajectoire.
13:49Et bien, ça fait que, non, je ne confesse pas les gens,
13:53mais par contre, on s'intéresse, je dis on avec mes associés,
13:56on s'intéresse à leur devenir et à ce qu'ils font,
14:00et c'est ça qui nous nourrit.
14:02Vous dites qu'on est le prolongement de l'État dans le monde agricole.
14:05Comment vous répondez à la détresse, justement,
14:07des agriculteurs et des éleveurs, qui est très présente ?
14:10Oui, alors, pour le coup, quand on est le prolongement de l'État,
14:13c'est qu'on exerce notre mandat sanitaire,
14:16et ce n'est pas pour répondre à la détresse qu'on exerce le mandat sanitaire.
14:20On contrôle la santé des cheptels sur des maladies réglementées,
14:24on fait des opérations de prophylaxie,
14:29et ça, ce n'est pas pour gérer la détresse des éleveurs.
14:31Et pourtant, vous vous y êtes confrontés, forcément,
14:33puisque vous êtes la charnière, vous êtes la courroie de transmission.
14:37On essaie de le faire au mieux,
14:39et dans le cadre qui nous est réservé d'exercices de ce mandat sanitaire,
14:43de le faire bien,
14:44et de faire en sorte que les éleveuses et les éleveurs
14:47satisfassent à leurs obligations réglementaires,
14:50mais pas déshumanisés.
14:52Nous, on est des opérateurs humains.
14:54Et vous avez trouvé les mots, par exemple,
14:56pour que cette vache, elle se mette avec ses copines pour boire un coup.
14:59Et là, c'est pareil, c'est dans les mots, finalement,
15:01ce qui vous rapproche quand même du psy,
15:03que vous les amenez à accepter,
15:06donc parfois, ces décisions très difficiles.
15:09Pour son ouverture, d'ailleurs, samedi,
15:11le salon de l'agriculture a été marqué par le boycott
15:13de la Confédération Paysanne et de la Coordination Rurale,
15:16deux syndicats qui s'étaient fortement mobilisés ces derniers mois,
15:19après la décision du gouvernement de procéder à l'abattage systématique
15:23des troupeaux touchés par la dermatose nodulaire contagieuse.
15:26On va écouter Vincent Collineau,
15:28coprésident de la Coordination Rurale de Gironde,
15:31au micro du quotidien sud-ouest.
15:32On est en train de perdre le savoir-faire
15:34parce que les gens à qui on abat les troupeaux,
15:39ne se relèvent pas, ils ne peuvent pas se relever.
15:41Et les enfants ne peuvent pas reprendre les fermes.
15:44Donc on est en train de supprimer un pan de génétique,
15:48de savoir-faire, d'histoire.
15:50C'est énorme ce que l'on est en train de perdre.
15:52J'étais en Ariège, j'ai vu ce qu'ils ont fait.
15:54Non.
15:56Non, non, non.
15:57Non.
15:57C'est une situation que vous vivez dans votre région.
16:01Alors nous, la dermatose nodulaire, on ne l'a pas.
16:04On ne l'a pas eue et on ne l'a pas.
16:07Et on regarde ce qui se passe dans les autres zones
16:10avec stress et angoisse.
16:13On a essayé de communiquer avec nos confrères
16:15et consœurs de Savoie, par exemple,
16:18où là, clairement, les vétos ont accompagné les éleveurs
16:23dans de l'abattage et de la vaccination
16:25et accompagné les éleveurs qui sont obligés
16:29d'abattre des cheptels pour que la maladie ne se diffuse pas.
16:33C'est-à-dire que la personne, elle abat son cheptel
16:36pour que ça ne passe pas aux voisins, quand même.
16:38C'est ça le ciment des politiques collectives.
16:41C'est une solidarité.
16:42Oui, et nous, notre devoir, c'est d'abattre.
16:45Ce n'est pas d'abattre, pardon, c'est d'accompagner les gens
16:48dans cet abattage et d'abattre, pour le coup, à la fin.
16:51J'aimerais dire, pour conclure, que vous,
16:53vous êtes une rescapée de votre propre maladie
16:55puisque vous avez eu un cancer réputé incurable à 35 ans
16:59et que la perspective de reprendre le boulot,
17:01on le voit dans le film,
17:03vous donnait de la force.
17:05C'était ça, la perspective de se sentir vivante,
17:08c'était de repartir le plus vite possible
17:09dans votre camionnette, Amélie Jolivelle.
17:12C'était, bon, quand même, d'être bien dans ma famille,
17:15mais effectivement, c'était d'être en mouvement, quoi.
17:18Parce que quand on est en mouvement,
17:20on existe, on existe, on est là,
17:24on affirme, on propose,
17:27on est là et on vit, quoi.
17:29Quand on a froid, quand on a des difficultés,
17:31j'ai mal, des fois, pour faire un réveillage.
17:34Mais je suis vivante, quoi.
17:37Mollir, c'est périr.
17:38C'est votre mentor qui disait ça,
17:40votre mentor en Clinique Bouvines.
17:42Qui nous écoute.
17:43Et qui nous écoute ce matin.
17:45Merci, Amélie Jolivelle.
17:46C'était trop court
17:47et j'espère que tout le monde ira voir
17:49ce film Véto de campagne,
17:51le documentaire qui vous est consacré,
17:53réalisé par Marianne Kaffrieden,
17:55qui est en sélection officielle
17:56au Festival international du film documentaire,
17:58qui est disponible sur la plateforme France TV
18:00et qui est diffusé ce soir
18:02à 21h10 sur France 5.
18:05Merci.
18:06Merci.
18:06Merci.
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