00:00Marie-Estelle Dupont, 15h-16h sur Europe 1, Romain Desarbres.
00:06Et si on en parlait tous les jours sur Europe 1, entre 15h et 16h, 01, 80, 20, 39, 21,
00:13si vous voulez interagir,
00:15si vous voulez passer à l'antenne et échanger avec Marie-Estelle Dupont, aujourd'hui on parle des secrets de
00:19famille.
00:20Et Marie-Estelle, vous vouliez revenir sur le témoignage de Yaël, juste avant la pause.
00:24Oui, alors juste avant la pause, Yaël nous parlait de son histoire familiale très lourde, marquée par justement cette grossesse
00:30non désirée,
00:31cet enfant caché, placé. Et il y a quelque chose que je voudrais dire à Yaël, si elle nous entend
00:38encore,
00:38c'est que justement, cette phrase, parce que les années de naissance sont très proches,
00:44cette phrase qu'elle entend de « si tu n'étais pas né, on l'aurait peut-être gardée »,
00:48alors ça, ce sont des bombes à fragmentation, parce que vous imaginez l'estime d'elle-même
00:53et la honte de vivre et le sentiment d'illégitimité d'être là et les angoisses qui peuvent en découler
00:58chez l'enfant
00:59qui entend qu'en fait il a pris la place de quelqu'un et que c'est à cause de
01:02lui qu'on en a éjecté un autre.
01:04Alors, vous allez me dire, c'est ce qui fait que votre métier existe, Marie-Estelle ?
01:07Oui, mais parfois on aimerait mieux avoir moins de travail.
01:10Parce que, si vous voulez, non seulement c'est totalement dévastateur, mais en plus c'est évidemment un mensonge.
01:16Et tout le travail qu'on a à faire en thérapie, c'est de faire comprendre à l'adulte qui
01:20a été un enfant
01:20que ce qu'il a entendu quand il était enfant ne parlait pas de lui,
01:23mais parlait des adultes qui l'entouraient et qui se débrouillaient comme ils pouvaient,
01:27parfois en faisant de leur mieux, parfois en faisant le minimum syndical,
01:30parfois en faisant du mal à des seins, parce que ça arrive,
01:34et que ça parlait d'eux et de leur peur.
01:36Et que cette mère éjecte sa culpabilité de ne pas avoir gardé l'enfant
01:41en se racontant que c'est parce qu'il y a eu deux enfants quasiment en même temps
01:44qu'elle n'a pas pu garder l'enfant illégitime,
01:48puisque dans les années 70, on parlait de bâtard, on parlait d'enfant illégitime,
01:50enfin heureusement tout ça a cessé.
01:53Et donc, elle éjecte sa culpabilité en se racontant une histoire
01:57où c'est parce qu'il y a eu deux enfants qu'on n'a pas pu faire la place
01:59au premier.
02:00Donc on doit rappeler aux patients que les récits que les adultes se racontent,
02:05se construisent, ne sont pas la vérité.
02:07Mais ce sont les récits qui leur permettent à eux d'être le moins inconfortables possible
02:11avec leur propre culpabilité et leur propre zone d'ombre.
02:14Voilà. Et donc on embrasse très fort Yael.
02:16Et j'espère qu'elle est bien accompagnée parce qu'elle porte quand même la culpabilité
02:19de toute une famille et que ça fait un peu trop pour les épaules d'une seule personne.
02:23J'avais une question alors pour Sophie Rouvier.
02:26Vous écrivez donc dans ce joli roman Danser sur vos pas aux éditions Mazarin,
02:30l'histoire de Victoria Lacombe qui a 50 ans.
02:34et finalement je trouve que la leçon qui ressort de votre livre c'est que
02:38les héritages familiaux ne sont pas une fatalité.
02:42Alors forcément vous doutez que ça me plaît.
02:45Les héritages familiaux ne sont pas une fatalité.
02:47Qu'on peut les remodeler.
02:48C'est ce que fait très joliment Victoria Lacombe avec toutes ses failles
02:51et tous ses hauts et ses bas.
02:53Merci.
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