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  • il y a 11 minutes
MEDI1TV Afrique : Libéralisation des officines pharmaceutiques : modernisation ou marchandisation de la santé ? - 19/02/2026

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00:12Madame, Monsieur, bonjour et Ramadan, Mubarak Karim, que ce mois sacré apporte à chaque Marocaine et Marocain sérénité, solidarité et
00:24aussi bonne santé.
00:25En parlant de santé, c'est notre sujet aujourd'hui. Quand on a mal quelque part, quand la fièvre monte
00:30à 22h ou quand un traitement soulève un doute,
00:33notre premier réflexe, c'est la pharmacie, accessible, proche et surtout immédiate. La pharmacie d'officine devient ainsi et elle
00:41est depuis toujours le point d'entrée le plus direct dans notre système de santé au Maroc.
00:46Mais aujourd'hui, ce pilier est fébrile. Des milliers d'officines sont d'ailleurs fragilisées économiquement car des marges sont
00:55sous pression et un modèle financier qui s'essouffle.
00:59Et pourtant, l'ouverture du capital de ces pharmacies à des investisseurs non pharmaciens ne fait pas l'unanimité au
01:06sein de la profession.
01:07Si pour certains, ouvrir le capital, c'est injecter de l'oxygène et structurer, pour d'autres, c'est franchir
01:13une ligne rouge.
01:14Celle qui sépare, elle est très fine d'ailleurs cette ligne, celle qui sépare la mission sanitaire d'un pharmacien
01:21de la logique purement commerciale de son business.
01:24Les risques pointés par les syndicats, d'abord il y a un, une concentration du marché, deux, plus de pression
01:32sur la rentabilité et sans oublier cet autre risque qu'ils évoquent, celui de l'indépendance professionnelle du pharmacien.
01:40Ce débat intervient au moment même où le Maroc accélère la réforme globale de son système de santé.
01:46Et de la généralisation de l'assurance maladie obligatoire, à la restructuration hospitalière, à la gouvernance territoriale, sans oublier la
01:55régulation renforcée du médicament.
01:59Et c'est là où se joue la prochaine étape.
02:01Car au-delà du capital, quid de la régulation, quid du rôle de l'agence du médicament et des produits
02:07de santé dans la supervision de ce circuit pharmaceutique ?
02:10Qui est le garant véritable de l'indépendance des décisions thérapeutiques ?
02:15L'État régulateur, seul arbitre de l'équilibre entre marché et émission publique, c'est une question à laquelle nous
02:21tenterons de réponse.
02:22Et aussi à celle-ci, sommes-nous prêts à concilier réforme économique sanitaire et éthique sanitaire souveraine ?
02:30Pour répondre à ces questions, j'accueille d'abord sur le plateau de notre émission aujourd'hui les pharmaciens.
02:37Il officie à Casablanca.
02:39Médith M. Samali, bonsoir et bienvenue à vous sur ce plateau.
02:42Bonsoir, chef téléspectateur et Ramadan Moubarak.
02:46Alina Walik Baraklaw, fait qu'avec nous aussi l'analyste des marchés pharmaceutiques que l'on présente plus, Abim Jidbeleïch.
02:54Bonjour, Ramadan Moubarak, à vous également.
02:56À vous également et à tous les Marocains, Ramadan Moubarak Saïd et merci pour l'invitation.
03:01Merci à vous de l'accepter, c'est toujours très enrichissant d'échanger avec vous sur ces sujets de la
03:06première importance.
03:07Je joins à nous depuis Stat la membre fédérale et présidente du Conseil régional des pharmaciens d'officine du Sud,
03:15Sadia Moutaoukil.
03:16Bonjour et Ramadan Moubarak et merci de vous joindre à nous.
03:21C'est pour l'invitation et Ramadan Moubarak à toutes et à tous.
03:24Et nous avons également avec nous par téléphone, depuis Casablanca, le président de la Confédération des syndicats des pharmaciens du
03:31Maroc, Mohamed Lahbabi.
03:33Bonjour, Ramadan Moubarak.
03:36Bonjour, merci pour l'invitation et Ramadan Karim, à toutes et à tous.
03:41Merci, merci à vous également, Jamil Mouslimine.
03:45Alors nous avons aujourd'hui d'abord, nous allons dresser un état des lieux, un diagnostic.
03:50Combien de pharmacies comptons au Maroc aujourd'hui et comment se porte le secteur ?
03:57Quel est votre diagnostic ? Je commencerai par vous, Sadia Moutaoukil.
04:01Oui, donc le nombre de pharmacies d'officine en janvier 2025, c'est 14 300.
04:10Et là, on est avec les nouvelles inscriptions, les nouvelles installations, on peut dire qu'on est pour la voisine
04:17les 15 000.
04:18Très bien. Et comment se porte, comment, bon on parle déjà de fragilité, comment se porte le secteur globalement ?
04:28Globalement, avec les baisses, depuis le décret de 2013, les baisses quinquennales des prix.
04:36Bien sûr, l'économie de l'officine en souffre et sachant que la majorité des médicaments qui ont baissé, ce
04:45sont les médicaments à bas prix.
04:47Et c'est ces médicaments qui constituent le plus grand volume de vente, à savoir jusqu'à 100 dirhams.
04:54Le volume de vente est de 90 % au niveau des offices.
04:58Donc l'impact en dehors des mesures d'accompagnement, bien sûr, c'est ce qu'il fait d'ailleurs dans
05:06le monde entier,
05:07quand il y a une baisse des prix, baisse de revenus.
05:09Donc on accompagne les pharmaciens par la rémunération sur l'acte pharmaceutique, sur certaines missions de santé publique qu'on
05:16fait,
05:17mais qui ne sont pas reconnues et qui ne sont pas encadrées par des textes et remboursées, bien sûr.
05:21Nous allons y revenir, parce qu'il faut une alternative.
05:24Si ce n'est pas l'ouverture du capital, il faut bien trouver une solution quand même pour soutenir cette
05:30santé financière de nos officines.
05:32Je vais poser cette question aussi au président de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc, Mohamed El-Hababi.
05:40Qu'est-ce qui explique aujourd'hui la fragilité d'une partie, en tout cas, du réseau officinal au Maroc
05:47?
05:48Selon vous.
05:50C'est une question qui est pertinente, à laquelle je pourrais répondre par une question, d'abord.
06:00Parce que certes, de nombreuses officines sont en difficulté,
06:04mais les questions qu'on devrait poser, est-ce que c'est un échec du modèle économique,
06:12ou bien c'est un déséquilibre créé par des choix réglementaires ?
06:16Aujourd'hui, les baisses successives des prix, ils ont comprimé les marges.
06:21Les charges ont augmenté.
06:25Le secteur est délaissé par la tutelle.
06:31Les lois sont devenues obsolètes.
06:35Tout ça a fait qu'aujourd'hui, un déséquilibre réglementaire s'est créé et qui a fait à ce que
06:47l'officine ait fragilisé au Maroc.
06:52Et c'est la raison pour laquelle, aujourd'hui, on a beaucoup de pharmaciens qui sont en difficulté.
06:58Donc, avant de penser à changer toute l'architecture du secteur,
07:05il va falloir corriger les mécanismes de régulation,
07:09notamment, on peut penser la marge, stabiliser l'environnement économique.
07:16– Qu'est-ce que vous entendez par stabiliser l'environnement économique, exactement ?
07:24Parce que là, ce que vous citez là, on parle de causes structurelles qui sont liées au cadre réglementaire,
07:31j'en conviens.
07:32– Exact.
07:32– Mais quand vous parlez de l'environnement économique, de quoi s'agit-il exactement ?
07:39– Eh bien, c'est changer le modèle économique, sans pour autant corriger la régulation,
07:47ce serait une erreur stratégique.
07:49Aujourd'hui, le revenu du pharmacien repose seulement sur la marge sur le médicament.
07:59Or, sous d'autres cieux, le revenu du pharmacien repose sur une marge mixte,
08:06c'est-à-dire la marge sur le médicament en suce des différentes rémunérations,
08:12des actes pharmaceutiques.
08:14Or, aujourd'hui au Maroc, on n'a que la marge sur le médicament,
08:19sans pour autant qu'on ait aucun acte pharmaceutique n'est rémunéré.
08:24Et donc, en baissant les prix des médicaments,
08:28le revenu du pharmacien baisse,
08:30et par conséquent, les charges augmentent,
08:34ce qui aggrave la situation économique du pharmacien.
08:38– Alors, le vrai sujet, est-ce que c'est le capital
08:40ou la reconnaissance du rôle clinique du pharmacien ?
08:45M. Tamsamani, Mehdi Tamsamani.
08:48– Tout d'abord, j'aimerais bien rebondir un petit peu sur la question initiale.
08:56On parle de difficultés financières de l'officine,
09:02mais d'abord, il faut voir le secteur comme écosystème.
09:07Qu'est-ce qu'il dégage ?
09:09Qu'est-ce qu'il donne pour le Maroc ?
09:11Qu'est-ce qu'il donne pour les citoyens ?
09:13Qu'est-ce qu'il donne comme solution sanitaire ?
09:20Le déploiement des officines au niveau…
09:24C'est un maillage extraordinaire, unique dans le monde.
09:30Sur des distances vraiment très reculées,
09:39des zones très reculées, on a des pharmacies,
09:42on n'a pas de structure sanitaire.
09:44C'est la seule structure sanitaire ou établissement de santé qui existe.
09:49Donc, ce rôle-là, il ne peut pas être limité
09:54à une marge commerciale, comme vient de le dire mes chers confrères et consoeurs.
10:02Il faut vraiment qu'on aille de l'avant à rénover et à innover
10:08la structure pharmaceutique au Maroc.
10:11Maintenant, est-ce que c'est une question…
10:16Je comprends bien.
10:18Il s'agit de modèles économiques
10:20où il s'agit d'abord de modèles même de l'exercice de pharmaciens
10:28aujourd'hui au Maroc.
10:29C'est-à-dire au-delà du modèle économique de l'officine.
10:32Je ne peux vous contredire par rapport à l'évolution
10:36qu'il faut apporter à l'exercice pharmaceutique au Maroc.
10:40Donc, mais l'économique, il fait partie…
10:45C'est ce qu'il fait.
10:47Maintenant, la une des pages, c'est l'économique, l'ouverture du capital.
10:51Oui, mais alors du coup, est-ce que la pharmacie est perçue
10:53comme un acte de santé ou un point de vente ?
10:55Justement, nous, en tant que pharmaciens,
10:58on se considère en tant que professionnels de la santé
11:02qui ont une rémunération pour vivre,
11:05pas pour gagner de l'argent.
11:07Ça, c'est indéniable.
11:09Nous nous considérons comme un établissement de santé de première ligne.
11:15Nous sommes les premiers à être approchés, vous l'avez dit,
11:19et nous sommes les derniers à boucler la boucle sanitaire
11:24par rapport aux citoyens.
11:25Maintenant, vous me dites que c'est une question économique.
11:33Je vous dis non.
11:34Non, c'est une question d'abord éthique, professionnelle, citoyenne, bien sûr.
11:44Donc là, le problème, il est au-delà du modèle économique.
11:46C'est un problème d'identité professionnelle du pharmacien au Maroc.
11:49On en est là aujourd'hui, mais dites-moi ça.
11:51Mais l'identité du pharmacien au Maroc, elle est bien en place.
11:58Le service que le pharmacien donne à la population,
12:02de point de vue proximité, de point de vue service sanitaire,
12:07de point de vue…
12:07Quand il est là, ou quand elle est là.
12:09– Il est là.
12:12Si vous ne le trouvez pas, il est là.
12:15– Il peut y avoir un technicien d'officine, mais pas le pharmacien.
12:18– Non, mais ils sont sous la responsabilité civile et pénale du pharmacien.
12:21Donc en termes de responsabilité, c'est le pharmacien qui prend le coup.
12:25Maintenant, s'il n'est pas là, moi je ne le considère pas.
12:27Moi, personnellement, je suis chaque jour dans ma pharmacie.
12:31Maintenant, je suis là pour défendre, bien sûr, le citoyen,
12:35avant que de défendre la profession du pharmacien.
12:38Mais justement, l'État est là pour réguler, pour faire des inspections.
12:45Les textes de loi sont là pour être appliqués.
12:49– Mais est-ce que vous pensez que la fragilité actuelle,
12:54la fragilité économique actuelle est due principalement au cadre réglementaire,
12:58comme le disait Silhbabi il y a quelques instants,
13:02ou c'est cette question de marge aussi qu'il faudra peut-être ausculter de près ?
13:09– Je vais vous énumérer les causes, à mon avis,
13:14les causes principales de cette difficulté financière.
13:18Premièrement, on a un ratio de pharmacie pour habitants de 2600 pharmacies.
13:27Une pharmacie pour 2600 habitants, alors que la recommandation de l'OMS,
13:32c'est une pharmacie pour 5000 habitants.
13:35Donc déjà, on est en surnombre.
13:36On est à 92% en surnombre par rapport aux besoins du pays.
13:42– On aurait aimé avoir cette réalité chez les médecins aussi,
13:45les autres personnels de santé.
13:46– Justement, c'est parce qu'on est en pénurie de médecins,
13:49ce n'est pas une marchandise, mais vraiment de services médicaux,
13:53que le pharmacien se substitue dans des zones aux médecins.
13:57– Il y a un autre débat de substitution du pharmacien.
14:00On a traité de la question il y a un peu plus d'un mois,
14:03sur la substitution par rapport aux médicaments génériques.
14:08C'est un autre débat.
14:09– C'est un autre débat et il est beaucoup plus technique.
14:12– Le pharmacien se substitue de facto aujourd'hui aux médecins.
14:15– Il rend un service public, un service citoyen au peuple marocain.
14:23– Il faut le dire, il faut le reconnaître.
14:25L'État, il le reconnaît tacitement, il ne le reconnaît pas explicitement.
14:29Parce que si on voit comment l'État, il perçoit le pharmacien,
14:35il le perçoit comme un commerçant.
14:37Ça, on le refuse catégoriquement.
14:40Nous, nous ne sommes pas des commerçants,
14:42nous sommes des professionnels de la santé,
14:44nous sommes là au service du public marocain, du citoyen marocain.
14:49On est là pour justement changer cette réalité
14:52en demandant à changer le modèle économique des pharmaciens.
14:57Mais le modèle économique, ce n'est pas l'ouverture du capital.
15:01– Vous refusez ?
15:02– On refuse, on refuse pour le bien d'abord du citoyen.
15:07Car on peut avancer dans le débat.
15:11On a beaucoup d'exemples qui démontrent
15:15que l'ouverture du capital des pharmacies nuit à la santé publique.
15:19– Nous allons y revenir.
15:21Je vais faire un tour de table sur la question,
15:24sur d'abord la santé des pharmaciens,
15:27cette question de marge que vous suivez de très près
15:30en tant que professionnel et expert des marchés pharmaceutiques
15:35et analystes.
15:36C'est Alumjit Béléj.
15:37Qu'est-ce que vous en pensez ?
15:38Est-ce que l'hémorragie, elle est toujours…
15:40Est-ce qu'elle est sauvable déjà ?
15:42Est-ce qu'on peut sauver encore le patient pharmacien au Maroc ?
15:45– Alors, pour commencer, je donnerai un chiffre.
15:49Au niveau du Maroc, 10% des pharmaciens
15:52font plus de 2,5 millions de dirhams,
15:5520% entre 1,5 million et 2,5 millions,
15:59et les 70% font moins de 1,5 million de dirhams.
16:04Moins de 1,5 million de dirhams.
16:05Ça veut dire que si on considère une marge nette de 10%,
16:08c'est des gens qui vont gagner sur une année à peine 100 000 dirhams,
16:12100 000 dirhams par an.
16:16Là, il y a problème.
16:17Et quand on divise cette tranche en sous-tranche,
16:21on va retrouver des gens qui ne font même pas 5 000 dirhams par mois.
16:26Donc vous voyez, il y a…
16:27– Mais pourquoi il y a autant d'engouement
16:28si la profession ne paye pas assez ?
16:32– Pourquoi on voit que les pharmacies poussent comme des champignons
16:36un peu partout ?
16:37Et d'ailleurs, d'où ce chiffre de plus de 2,5 millions d'habitants ?
16:41– Parce que malheureusement, la pharmacie, c'est aussi un piège.
16:43Où des gens croient que…
16:45– C'est un investissement aussi, dans une pharmacie.
16:47– Il y a un mythe.
16:47– Il faut acheter le pas de porte, c'est un investissement.
16:51– Oui, avec des crédits bancaires et tout ça.
16:53Et après, une fois qu'on est dedans, on ne peut plus s'en sortir.
16:56Parce qu'il y a cette image du pharmacien riche qui a existé dans le temps.
17:01Moi, je me rappelais des pharmacies qui faisaient plus de 10 millions
17:04de dirhams de chiffre d'affaires.
17:06Mais aujourd'hui, ce n'est plus le cas.
17:08Les choses ont changé, ont beaucoup changé.
17:10Mais il y a cette image qui fait que beaucoup de jeunes diplômés
17:13vont se dire, ma place est dans une pharmacie,
17:16je finirai d'une manière ou d'une autre par m'en sortir.
17:20Sauf qu'une fois qu'il est dedans, une fois qu'il a pris des crédits,
17:24il ne peut plus s'en sortir.
17:25Et j'ai vu, moi, des pharmacies se vendre à 300 000 dirhams.
17:29Une pharmacie de 300 000 dirhams, qu'est-ce qu'elle fait
17:32comme chiffre d'affaires sur une année ?
17:33Elle fait peut-être 200 000 dirhams ?
17:36La situation, elle est ainsi, malheureusement…
17:40– Et pourtant, il y a la généralisation de l'assurance maladie obligatoire.
17:44Ça devrait normalement contribuer à…
17:48– Développer tout le secteur.
17:49– Oui, déjà augmenter ces chiffres d'affaires.
17:52Sauf que tout le monde ne profite pas, justement, de cette embellie
17:57que connaît actuellement le marché et qu'il va connaître dans les prochaines années.
18:01– Pourquoi ?
18:01– D'ailleurs, c'est ce qui fait un petit peu saliver beaucoup de Moushkara
18:06qui cherchent à rentrer dans le secteur.
18:09– Qu'est-ce que vous appelez Moushkara ?
18:11– C'est l'investisseur ?
18:12– Oui, c'est un capitaliste non pharmacien,
18:17comme ça existe dans d'autres domaines, dans le domaine des cliniques, etc.
18:22Alors, pour revenir à notre problème,
18:27le pharmacien a un problème,
18:30c'est qu'il est rémunéré sur une marge,
18:32une marge qui est relativement raisonnable pour la première tranche
18:37qui est un produit inférieur à 300 dirhams,
18:40qui représente 80% des ventes au niveau des pharmacies.
18:46Et malheureusement, plus les produits sont coûteux,
18:48plus ils génèrent des marges de plus en plus faibles
18:52qui font que, pour les anticancéreux et tout ça,
18:56qui coûtent des dizaines de milliers de dirhams,
18:57le pharmacien ne peut même pas les avoir dans sa pharmacie
19:00parce que c'est dangereux d'avoir pour lui des produits
19:06dont le taux de marge peut tomber jusqu'à 0,3%, pour vous dire.
19:11Le pharmacien, normalement, doit être rémunéré
19:14et sur la marge et sur un service qu'il rend.
19:18L'ordonnance, il passe du temps à expliquer l'ordonnance.
19:22C'est un fonds gratuit, qui faisait partie un peu avant,
19:27comme je dis avant, parce que c'est nouveau.
19:28C'est la première fois qu'on entend que le pharmacien doit être…
19:30Alors qu'en Europe, c'est pratiqué.
19:32Le pharmacien n'est pas rémunéré uniquement sur la marge,
19:35mais aussi sur des services, sur une ordonnance,
19:38sur un certain nombre de choses.
19:41Il a des tests, il a de la vaccination, il y a énormément de choses.
19:45Pratiquement la moitié de ce qu'il gagne,
19:47il va les gagner sur des rémunérations à l'acte
19:49et non pas sur la marge.
19:50Parce que le problème, c'est que depuis 2014,
19:52les prix n'ont pas cessé de baisser.
19:55Il y a eu plus de soixantaines de bulletins officiels
19:58avec des listes à la baisse.
20:00Le même produit a souvent baissé 3, 4, 5 fois depuis
20:04et il va continuer de baisser.
20:06Et qui débaise des prix, dit baisse des marges.
20:10Et donc le système actuel ne peut pas, si vous voulez, survivre.
20:15Il faudrait revoir le modèle économique, effectivement.
20:18Pour illustrer ça, je vais enlever ma casquette d'analyste
20:23et prendre celle du patient que je suis,
20:28puisque compte tenu de mon âge et de mes maladies chroniques,
20:32je fréquente régulièrement médecin et pharmacien.
20:35Je vais vous dire une chose.
20:38Quand il y avait la pénurie de l'évothyrox,
20:43mon pharmacien s'est coupé en quatre pour me trouver une boîte par-ci,
20:52une boîte par-là.
20:53Donc il a fait un travail monstre.
20:56Pourquoi ?
20:56Pour me fournir cette boîte qui ne coûte que 6 dirhams et quelques dirhams.
21:00C'est la moitié du prix d'un café que je prends dans le café populaire.
21:04Alors, qu'est-ce qu'il va gagner, mon pharmacien, sur 6 dirhams et quelques ?
21:10Rien du tout.
21:10Mais par contre…
21:11C'est la solidarité des Marocains entre eux.
21:13Absolument.
21:13C'est un autre…
21:14Et c'est ça.
21:14Donc il y a ça.
21:15Il y a le conseil.
21:17Il y a toute cette relation.
21:19Des fois, je rentre juste pour poser une question.
21:22Donc il y a des services non rémunérés.
21:25Et c'est ça le problème.
21:26Le temps qu'il passe dans sa pharmacie pour le patient, pour l'écoute,
21:30pour des tas de choses, ne sont pas rémunérés comme ça devrait l'être.
21:34Et là, c'est le fond du problème.
21:37Oui.
21:37Alors, l'autre fond du problème, c'est le capital des pharmacies.
21:42C'est Diamouta Okil.
21:43Qu'est-ce que vous redoutez le plus ?
21:46Si le capital s'ouvre entièrement ou totalement d'une officine,
21:51qu'est-ce que vous redoutez en tant que professionnelle d'officine au Maroc ?
21:56Ce qu'on redoute, merci pour cette question,
21:59ce qu'on redoute, c'est de devenir l'esclave de Mouchoukara,
22:02comme l'a dit Siblaïj, l'esclave de l'investisseur.
22:05Parce que l'investisseur n'a qu'un souci, c'est la rentabilité.
22:11Et l'investisseur, il y a la logique de rentabilité.
22:14Alors qu'en officine, c'est le lieu où il ne devrait pas y avoir ce principe.
22:19D'ailleurs, c'est pour ça que nous avons des règles, des lois très strictes qui encadrent notre exercice.
22:25Nous avons une responsabilité civile, nous avons une responsabilité pénale et une responsabilité éthique.
22:30C'est-à-dire, quand je peux soigner un malade ou lui conseiller un conseil de cette mandirame,
22:35il faut le faire, il ne faut pas penser à deux mandirames, par exemple.
22:39Donc, c'est tout ça qui assure une sécurité par rapport aux patients,
22:43une sécurité du conseil, une sécurité par rapport aussi à ce qu'il ne soit pas abusé,
22:48par rapport à la rationalisation des médicaments.
22:50Tout ça, ça va disparaître.
22:52Oui, mais les médecins aussi peuvent disparaître, du coup.
22:55Des Etats-Unis, lors de la réunion.
22:57Pardon, une partie des médecins aussi, du coup, peut disparaître.
23:01Pardon, je ne vous ai pas entendu.
23:03Pardon, je disais, du coup, une partie aussi des médecins peut être substituée
23:08et donc peut disparaître éventuellement.
23:10Donc, on n'aura plus besoin d'aller chez le médecin
23:12si le pharmacien peut nous donner peut-être un diagnostic
23:15ou qu'on peut se substituer aussi aux praticiens.
23:18Je m'explique, on n'a pas le droit d'établir un diagnostic.
23:21Nous, on doit, quand on soupçonne une maladie donnée
23:26qui nécessite un diagnostic, on réfère au médecin.
23:30Mais il y a aussi le médicament du conseil pharmaceutique.
23:33Et dans certains pays, comme le Québec,
23:37pour les petites pathologies qui ne nécessitent pas de diagnostic,
23:41à savoir un simple rhume, la tourista, une diarrhée transitoire
23:46ou des problèmes légers comme ça,
23:49on a accordé via la loi, en réformant la loi, cette tâche aux pharmaciens.
23:54Mais, ce que je veux dire, moi,
23:57le temps que je dois consacrer, par exemple, pour l'analyse d'une ordonnance,
24:00et pas plus tard que, d'ailleurs, je l'ai montré au membre du conseil de la concurrence,
24:05j'ai contacté un médecin pour un problème d'ordonnance.
24:08Nous avons discuté ensemble et on a pu faire un réajustement de la prescription.
24:13C'est ça, notre rôle en tant que pharmacien.
24:16Est-ce que j'aurai encore le temps de le faire,
24:18quand j'aurai la pression de l'investisseur sur ma tête ?
24:24Et ils nous ont donné, comme je vous l'ai dit tout à l'heure,
24:26l'exemple des États-Unis.
24:27Ça m'a fait rigoler pendant la réunion.
24:29Les États-Unis, nous avons la majorité des pharmaciens qui sont en bonne lente
24:34à cause de cette pression de rentabilité.
24:36Nous avons 7 000 pharmacies qui ont disparu.
24:39Dans la moitié, c'est des pharmaciens indépendants.
24:41Indépendants, d'autres moitiés appartiennent à de grosses chaînes.
24:43Il n'y a que trois chaînes qui détiennent le monopole.
24:46Et malgré ça, là où il n'y a pas de rentabilité, bien sûr,
24:49ils ont fermé leur store ou leur magasin, comme ils aiment l'utiliser.
24:54Ils n'utilisent même pas le terme officiel qui fait référence à un établissement de santé.
24:59Donc, on peut citer plusieurs exemples par rapport aux modèles
25:02qu'ils ont exposés lors de la réunion avec toutes les aberrations qu'il faut.
25:06Parce que, quand on le dit benchmark par rapport à certains pays,
25:10le benchmark, on le prend dans sa globalité pour comparer.
25:13Et d'ailleurs, si on veut évoluer, si on légitime même cette notion d'évolution qu'ils préconisent,
25:20on prend assez de recul par rapport aux expériences qu'ils nous ont citées,
25:24avec leurs avantages, leurs inconvénients, avec le chiffre d'affaires moyen.
25:28Quand ils le citent la France, et encore, la France n'a pas libéré le capital.
25:32D'ailleurs, même Macron s'est opposé à l'avis de Jacques Attali,
25:40qui lui a demandé de libérer le capital des pharmacies,
25:44parce qu'il tient à la sécurité et à l'indépendance de l'exercice du pharmacien.
25:48Conformément aussi à la jurisprudence de la Cour européenne,
25:53en 2009, elle a rejeté complètement le fait de libéraliser le capital,
26:00parce qu'il y a un risque de santé publique,
26:02il y a un risque de limiter l'indépendance de l'acte pharmaceutique au niveau de l'officine,
26:13et ce qui ne va pas du tout dans l'intérêt du patient.
26:16Alors, pour rebondir à ce qui a été dit tout à l'heure,
26:19pour sortir la pharmacie de la crise, il faut juste reconnaître son rôle.
26:23Parce que quand on va chez un architecte, on paye aussi son temps,
26:26pas uniquement son savoir-faire.
26:28Chez un laboufant, on paye son temps, son expertise.
26:31Chez un médecin, on paye aussi.
26:34Chez le pharmacien, ça fait dans d'autres pays, et on ne le reconnaît pas encore.
26:38Il y a aussi le problème de monopole, qui est la cause de la crise des officines.
26:43Nous avons un effritement du monopole.
26:45Nous avons les communes, les conseils de communes,
26:47les conseils de villes qui font des appels d'offres en milliards de dirhams,
26:51en porte-à-faux avec la loi 1704.
26:54Nous sommes, après tout, un pays de droit qui doit respecter ces lois.
26:57Et quand c'est le pays qui enfreint les lois, là, j'ai un problème.
27:00Quand la loi est née pas fouée par certains fournisseurs
27:05qui livrent les cliniques en PPV,
27:08ou qui livrent même le médicament destiné à l'ambulatoire,
27:12c'est blé, et je pourrais le confirmer,
27:14nous avons fait, le chiffre d'affaires en 2026,
27:17c'était 22 milliards de dirhams au niveau des officines.
27:20La moitié de ces chiffres se fait au niveau de l'hôpital public et privé,
27:25et en majorité au niveau des cliniques.
27:27Et la majorité de ces médicaments, c'est destiné à l'ambulatoire.
27:31Alors, s'il y a une volonté politique de sauver la pharmacie d'officine
27:34pour garantir et continuer cette proximité et ce beau maillage,
27:38comme l'a dit mon grand frère, au niveau de tout le Maroc,
27:42il faut faire des efforts.
27:43Juste appliquer la loi, faire appliquer la loi.
27:46Alors, le Conseil de la concurrence aussi le préconise.
27:50Et d'ailleurs, ils nous ont dit, oui, on a aussi d'autres recommandations.
27:56La rémunération sur l'acte doit être remboursée.
27:58Le circuit des cliniques, il doit être régulé.
28:02Tout le monopole doit être…
28:03Mais c'est bien beau ça, mais avec la libéralisation du capital,
28:06ce n'est pas fait pour le pharmacien,
28:08qui s'est sacrifié depuis 1913 pour servir aux citoyens jusqu'à maintenant.
28:14Et pour le conseil, on lui dit, bon, tout ça,
28:17tout ce que vous avez réclamé pendant ces années,
28:19pour sortir le système d'Afrique, continuez.
28:20Mais en parlant du conseil de la concurrence,
28:22Madame Osaoukil, en parlant du…
28:25Oui, le conseil de la concurrence estime que le modèle actuel,
28:28où les officines sont majoritairement détenues par des personnes physiques,
28:33limite l'accès au financement et freine la modernisation du secteur.
28:37Ma question, est-ce qu'on peut imaginer un modèle
28:42où l'investisseur finance, mais ne décide pas ?
28:46Je pense que quand même, dans notre secteur, ça ne sera pas possible.
28:51Ça sera possible et fructueux pour qui ?
28:53Et je vous le dis en totalité, pour les initiateurs de ce débat,
28:58pour les grossistes, parce qu'au début de tout ce débat…
29:03C'est un avis du conseil de la concurrence.
29:06Comment il s'est déclenché, ce débat, au niveau du conseil de la concurrence ?
29:10C'est un avis du conseil de la concurrence, oui.
29:12Il aurait été approché par l'association des grossistes,
29:16qui leur a remis une étude sur leur secteur,
29:18comme quoi ils sont en crise, et la crise bien…
29:20Vous utilisez le conditionnel,
29:22donc cela n'est pas une information qu'on, malheureusement,
29:25on peut vérifier, mais en tout cas, selon les rumeurs,
29:29ce sont les distributeurs qui seraient derrière cette saisine
29:32du conseil de la concurrence,
29:34qui reste quand même une institution constitutionnelle,
29:36avec toute l'indépendance qu'on lui connaît,
29:38et bien sûr, le traitement des dossiers très délicat.
29:42Aujourd'hui, donc, ce que vous redoutez,
29:44j'aimerais bien aussi poser la question
29:47au président de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc,
29:51Mohamed El-Hbabi,
29:52on l'a vu, certains pharmaciens sont d'accord
29:54pour l'idée de l'ouverture du capital,
29:56pour cette proposition du conseil de la concurrence,
30:01et aussi, est-ce que ça ne peut pas être une opportunité
30:04pour renforcer aussi la recherche clinique en officine ?
30:08Ça peut être aussi un autre service proposé par le pharmacien.
30:12– Donc, moi, je reviendrai aux recommandations
30:18du conseil de la concurrence,
30:20que je considère pas du tout techniques,
30:23mais sont structurants,
30:25et derrière le mot « ouverture »,
30:29il va falloir mesurer l'ampleur du changement proposé.
30:32Et là, je vais m'expliquer un petit peu.
30:35Aujourd'hui, il va falloir se poser la question,
30:38qu'est-ce qu'on veut exactement ?
30:40Est-ce qu'on veut moderniser le secteur d'une manière encadrée,
30:44ou bien on veut transformer le modèle officinal marocain
30:48d'une manière profonde ?
30:51Aujourd'hui, notre modèle repose sur un principe qui est clair.
30:56Le pharmacien est à la fois propriétaire, responsable,
31:02et garant du bon usage du médicament.
31:05L'ouverture du capital, qu'est-ce que ça implique ?
31:10Ça nous introduit un nouvel acteur qui est l'investisseur.
31:15Et avec lui, une nouvelle logique,
31:18celle de la rentabilité ou bien du rendement.
31:22C'est donc pas du tout une réforme administrative,
31:26mais c'est un choix de société sur la place du médicament
31:30dans notre système de santé.
31:33Il va falloir aussi souligner que le pharmacien
31:37n'est pas un commerçant classique,
31:39c'est un professionnel de santé soumis à une responsabilité civile,
31:44à une responsabilité pénale et à une responsabilité déontologique.
31:48Si aujourd'hui, des investisseurs ont trop capital,
31:52même minoritaires,
31:54la question devient vraiment centrale.
31:58Qui oriente les décisions stratégiques ?
32:02Dans un contexte où la rentabilité devient un objectif prioritaire,
32:08le risque est que certaines décisions soient influencées
32:12par des impératifs financiers, et c'est ce qu'on craint.
32:15Or, l'indépendance du pharmacien est une protection pour le patient d'abord.
32:21Elle garantit que la dispensation du médicament
32:24répond à un impératif sanitaire et non pas commercial.
32:28Et donc, fragiliser cette indépendance,
32:31c'est fragiliser la conscience qu'on a établie
32:34entre patients et pharmaciens durant des décennies.
32:39Voilà.
32:40Du coup, le débat actuel, c'est une crise économique
32:43qu'une crise de confiance ?
32:45Parce qu'il y a une crise de confiance aussi
32:47entre vous, pharmaciens,
32:50et aussi les autorités compétentes ou la tueuse.
32:52C'est les deux.
32:53En fait, c'est les deux.
32:54C'est une crise économique et une crise de confiance.
32:57Parce que, tout simplement,
33:00ça impacterait le volet économique pour le pharmacien,
33:05ça impacterait la poche du citoyen ou bien la poche des caisses de prévoyance.
33:13Et aussi, ça fragiliserait l'indépendance du pharmacien.
33:18Donc, on fragilisera davantage la relation entre patients et pharmaciens.
33:25Mais on a une autorité,
33:26on a une agence marocaine du médicament et des produits de santé.
33:29Est-ce qu'elle n'est pas garant de l'indépendance clinique
33:32face à ces pressions financières au cas où il y a réforme ?
33:37Quel pourrait être son rôle ?
33:38Pardon.
33:40Déjà, on doit préciser que le rapport entre l'agence et les pharmaciens,
33:46ce n'est plus le rapport qu'il y avait entre la DMP,
33:49la Direction de médicaments et de la pharmacie,
33:51qui était un bras du ministère de la Santé.
33:53Aujourd'hui, à part les inspections,
33:56les pharmaciens dépendent, en fait,
33:58leur ministère de tutelle, c'est le ministère de la Santé,
34:00ce n'est pas l'agence.
34:01La seule relation, c'est...
34:03Mais l'agence est censée réguler aussi, non ?
34:06Oui, dans les fonctions qu'elle a,
34:09tout ce qui touche à la qualité, à la sécurité, etc.
34:14Oui, elle est là.
34:15Alors, pour revenir aux pharmaciens qui seraient d'accord avec ça,
34:19ils seraient vraiment une grande minorité.
34:22Une toute petite minorité, plutôt.
34:24Pourquoi ?
34:25Parce que je vois ici un document qui est quand même signé par trois groupements syndicaux
34:33qui représentent plus d'une cinquantaine de syndicats.
34:39Plus d'une cinquantaine de syndicats.
34:41Donc, c'est la quasi-totalité des pharmaciens du Maroc
34:44qui, eux, sont contre,
34:46parce qu'ils sont conscients aussi du danger que ça représente pour eux.
34:52Et donc, les choses sont claires.
34:54Alors, d'un autre côté, conseil de la concurrence,
34:56oui, le conseil de la concurrence, ses attributions,
34:59c'est de veiller à ce qu'il y ait une vraie concurrence dans tout secteur.
35:04Sauf que dans le cas présent,
35:06ce n'est pas...
35:08On a vu les cliniques.
35:10On a vu des groupements de cliniques
35:13qui, aujourd'hui, contrôlent l'essentiel de l'offre sanitaire qui est en Maroc.
35:19Parce qu'en face, à part les fondations qui ont quand même des hôpitaux
35:23et des très intéressants et très puissants,
35:26qu'est-ce qu'il y a en face ?
35:27Une santé publique avec une offre qui est très faible.
35:32Donc, c'est, quand on part clinique,
35:34on sait qu'il y a quelques rares groupes qui contrôlent l'essentiel de l'offre.
35:39Alors, mais sauf que dans la pharmacie...
35:57Des plateaux techniques, c'est uniquement ce qu'elles possèdent,
36:01c'est le savoir du pharmacien et aussi le stock qu'elles ont dans le pharmacien.
36:04Et on sait que les pharmaciens travaillent à flux tendu.
36:08Pour la plupart, ils ne peuvent même pas stocker,
36:10vu le nombre de références qu'il y a.
36:12Le plus souvent, vous apportez votre ordonnance
36:15et dans les dix minutes, il est livré, il peut vous livrer.
36:18Donc, soyons clairs.
36:20Donc, il n'y a pas une nécessité à avoir,
36:24c'est-à-dire le problème qu'il y a économique au niveau des pharmacies,
36:28ne nécessite pas qu'on recourt à des capitaux non-pharmaciens,
36:34mais plutôt à faciliter les choses pour ce pharmacien,
36:37la facilité des crédits bancaires et des facilités de caisse au niveau
36:41pour lui permettre de travailler d'une manière plus confortable.
36:45Est-ce que l'investisseur donnerait ce que donnerait la banque,
36:49par exemple, quand vous parlez de facilité financière ?
36:51L'investisseur, il sera là avec des pharmaciens fonctionnaires
36:55qui seront là pour réaliser des objectifs en termes de chiffre d'affaires
37:01et donc pour aller vers certains produits qui rapportent le plus
37:04et non pas mon Levothyrox, Acidiram et Ken.
37:09Il n'y a aucune chance pour que le pharmacien se casse la tête
37:12pour me trouver la boîte Acidiram.
37:14Si vous étiez à la place du ministère,
37:17quelles décisions prendriez-vous aujourd'hui en ce qui concerne les pharmaciens ?
37:21Vous n'allez pas être objectifs, mais je vous pose quand même les questions.
37:26Quelle serait, selon vous, la solution idoine
37:30qui pourrait arranger les professionnels du secteur
37:34et les patients marocains et aussi nos caisses d'assurance maladie ?
37:39Alors, on sait premièrement que le problème de l'assurance maladie,
37:46c'est les 150 médicaments qui absorbent dans les 57% de l'assurance maladie.
37:53Et donc, or, ces médicaments aujourd'hui n'existent pas dans la pharmacie
37:56parce qu'ils sont tellement coûteux,
37:58parce qu'il n'y aura aucun pharmacien qui prendrait des risques
38:02pour les avoir dans la pharmacie.
38:03C'est un autre problème.
38:04Si j'étais le ministère de la Santé,
38:07premièrement, il faut revoir ce modèle économique de rétribution
38:13uniquement à la marge et mettre en place un certain nombre de services.
38:18Donc, de services, vaccination, les trônes,
38:22les tests rapides à orientation thérapique.
38:24Il y a plein de choses qu'on peut trouver,
38:26mais aussi une rémunération à l'acte.
38:29Quand le pharmacien passe du temps pour expliquer une ordonnance
38:34et parfois même pour remplir une feuille de soins,
38:37je pense que c'est logique de le rémunérer pour ça.
38:41Ce serait nouveau.
38:43C'est pratiqué dans beaucoup de pays.
38:45C'est nouveau pour le Maroc.
38:47C'est nouveau pour le Maroc.
38:48Mehdi Timsamané.
38:51J'essaierai un petit peu de restructurer un petit peu le fil
38:55parce que les questions sont un petit peu enchaînées.
39:00Donc, juste pour restructurer un petit peu les choses.
39:03Ce débat-là a lieu suite à une proposition du Conseil de la concurrence
39:13pour ouvrir le capital des officiers.
39:19Toute réforme doit répondre à trois questions.
39:22La première, pour qui on fait cette réforme ?
39:29Comment on fait cette réforme ?
39:32Par qui on fait cette réforme ?
39:35Donc, cette question, je crois que pour qui on fait cette réforme,
39:39je crois que la réponse est claire.
39:42C'est le citoyen.
39:43Donc, est-ce que le citoyen va profiter de cette réforme voulue ?
39:52Ou, j'espère que d'ailleurs, j'espère que le Conseil de la concurrence
39:57ne soit pas induit en erreur et que ça ne soit pas orienté sur demande.
40:06Je rejoins plus ou moins Mme Moussaouké sur le Conseil.
40:10Je ne vais pas me nommer qui est derrière parce que moi, personnellement, je ne le sais pas.
40:15Mais on sent que c'est orienté.
40:17D'ailleurs, pourquoi Mme Moussaouké a évoqué les grossistes répartiteurs ?
40:22C'est parmi les recommandations du Conseil de la concurrence dans leur slide.
40:28Ils ont dit interdiction de détenir le capital par les industriels, par les cliniques, par les prescripteurs,
40:36par les assurances, par les grands groupes financiers, notamment la grande distribution,
40:45à l'exception des grossistes répartiteurs.
40:48Donc, on se demande bien comment ça se fait.
40:52D'abord, il y a une relation qui est commerciale entre les officines et les grossistes répartiteurs,
41:01qui est une relation...
41:02Bien sûr, il y a un encours parce qu'on achète, on perd la peine du mois, du mois suivant,
41:08bien sûr,
41:08parce qu'il faut que ce mois s'écoule pour avoir la facture du mois.
41:13Après, on paie ce grossiste, donc c'est un créancier.
41:18Ce n'est plus un investisseur, c'est une prise de contrôle.
41:22Donc, ça, il faut bien le souligner.
41:25Maintenant, il y a des industriels qui sont interdits de détenir des parts dans les officines,
41:34mais ils ont des parts dans les grossisteries, qui possèdent carrément des grossisteries.
41:39Donc, il y a un phénomène de concentration verticale.
41:41Mais maintenant, il y a un problème au niveau de la disponibilité du médicament
41:47parce qu'ils vont privilégier le réseau d'officines au détriment des autres,
41:52au détriment de la disponibilité du médicament pour les citoyens.
41:56Donc, vous, c'est niais.
41:59Parce que, par exemple, les arguments qui ont été, c'est attirer davantage d'investissements,
42:03moderniser, mettre à niveau les structures, améliorer l'efficience du marché.
42:06J'y reviens.
42:10Maintenant, améliorer les structures, il y a des moyens.
42:13Premièrement, il faut revoir les normes d'installation des officines au Maroc.
42:20On ne peut pas rester avec ce changement.
42:23Alors, quel modèle de pharmacie vous souhaitez pour les 10 prochaines années ?
42:26Merci.
42:28Une pharmacie, d'abord communautaire, citoyenne, qui est protégée sur le plan économique
42:36et qui donne un service éthique, sanitaire, social et indépendant.
42:50C'est très important.
42:51La décision.
42:53Par exemple, un pharmacien dans des zones reculées, il prend la responsabilité pénale,
42:58et je pèse mes mots, de donner un antibiotique à un enfant qui a 42 fièvres,
43:03qui est installé depuis 5 jours, il n'y a pas de médecin.
43:07Il n'a pas le droit de le dispenser.
43:09Malgré ça, il fait son travail et il donne cet antibiotique au détriment,
43:14au risque d'être emprisonné, parce que c'est soit porter assistance à une personne en danger,
43:26soit enfreindre l'exercice pharmaceutique, et ce n'est qu'une faute pharmaceutique
43:36qui a sauvé des vies.
43:38Donc, il faut revoir un petit peu les choses.
43:41On n'est pas dans une logique commerciale du merchandising.
43:46On ne fait pas de la commercialisation de la santé.
43:51On ne marchande pas avec la santé des Marocains.
43:53On est là pour les servir.
43:56En contrepartie, on doit être rémunéré.
43:58Comme ils sont rémunérés les médecins, les cliniques, les dentistes,
44:03ils ont le droit de bien vivre.
44:06C'est des citoyens qui ont le droit d'avoir un revenu quand même.
44:08Donc, ces revenus-là, qui sont adossés à la marge commerciale, ce n'est plus viable.
44:20Maintenant, pourquoi on demande la rémunération sur l'acte et même des forfaits par boîte ?
44:29Vous avez dit, si j'étais le ministre de la Santé, qu'est-ce que je ferais ?
44:34Je donnerais des forfaits sur boîte, par boîte.
44:37J'alignerais les gains pour le pharmacien, pour les mêmes médicaments qui sont de la même catégorie.
44:51Comme ça, il n'y a pas un esprit commercial derrière.
44:55D'accord.
44:55D'accord ? Il faut éviter, pour le bien de l'écosystème, parce qu'il n'y a pas que
45:02le pharmacien qui subit des pressions de prix,
45:06mais aussi c'est l'écosystème tout entier, y compris les grossistes.
45:09Moi, je ne suis pas contre les grossistes, c'est des partenaires.
45:11Mais il ne faut pas qu'on se chevauche dans notre métier.
45:18– Donc c'est ce que vous redoutez le plus, c'est qu'il y ait quand même un chevauchement
45:23entre les distributeurs grossistes et les pharmacies.
45:27– On est déjà dans une crise, qu'est-ce qu'on va redouter le plus ?
45:29– Oui, mais c'est l'ouverture de capital selon le Conseil de la concurrence, devrait sortir le secteur de
45:32la crise.
45:33– Mais ce n'est pas les exemples…
45:35– Non, non, moi je ne suis pas… je suis pragmatique et terre à terre.
45:39– Si la réforme est quand même menée.
45:41– Non, mais attends, l'impact, quel est l'impact de cette réforme sur l'offre sanitaire ?
45:49C'est ça ? Est-ce qu'on va faire du citoyen marocain un cobaye
45:54pour essayer de voir une réforme qui va marcher ou qui ne va pas marcher,
45:58alors qu'elle n'a pas marché dans d'autres pays ?
46:00– On n'en serait pas à la première tentative de réforme sur les secteurs de santé.
46:04– Pourquoi prendre le risque d'essayer une réforme alors qu'elle a échoué ailleurs ?
46:11Je vais vous donner des exemples.
46:14Deux pays, ils ont libéralisé le capital et ils se sont rétractés,
46:18ils ont redonné le capital aux pharmaciens.
46:23C'est la Hongrie et la Pologne, allez vérifier.
46:25– Je vous crasse sur la…
46:26– Oui, mais c'est vérifiable.
46:29La Hongrie, en 2017, ils ont fait marche arrière, machine arrière, allez.
46:34D'accord ?
46:36Le Portugal est limité à 4%.
46:39Moi, je viens à 4 pharmacies par propriétaire,
46:44mais ils ont fait des prétenants, des sociétés écrans,
46:48ils ont eu un phénomène de concentration et des fermetures d'officines.
46:52Donc, un désert pharmaceutique.
46:55Donc, le médicament ne parvient plus aux citoyens.
47:01Donc, pour nous, le citoyen marocain, tous ensemble, que ce soit le conseil de la concurrence,
47:07il est là pour le citoyen, le ministère de la Santé, les pharmaciens, les industries, les grossistes,
47:14ils sont là au service du citoyen marocain.
47:17Il ne faut pas que chacun doit faire son métier et respecter le métier de l'autre.
47:27Ce n'est pas question de monopole.
47:31Quelle solution va offrir cette ouverture de capital pour le pharmacien ?
47:36Il n'y a rien. Il n'y a rien de capitalistique qui va avoir l'investisseur
47:42que le revenu sur la marge commerciale et la négociation d'une marge arrière
47:45avec les industries qui vont suffoquer.
47:48Parce qu'il y aura des oligopoles, il y aura des gens qui pressent.
47:54C'est le cas en Arabie Saoudite.
47:56Vous pouvez vérifier, vous êtes journaliste, vous avez l'information, c'est votre métier.
48:01Mais nous, on cherche l'information au niveau pharmaceutique.
48:07Aux Arabies Saoudites, il y a des chaînes de pharmacie qui exigent 200% de remise financière.
48:16200%.
48:17Sinon, je ne mets pas votre médicament dans nos rayons.
48:22On ne veut pas de ce modèle.
48:24On veut évoluer avec une rémunération sur l'acte, avec de nouvelles missions du pharmacien,
48:32la vaccination, le suivi thérapeutique des maladies chroniques.
48:40L'impact financier du rôle du pharmacien sur les caisses de l'assurance maladie, il est inestimable.
48:47Parce qu'il est là pour économiser.
48:58Et ce n'est pas moi qui le dis, c'est les expériences dans les pays développés.
49:03Merci beaucoup Mehdi Thim Samadhi, pharmacien.
49:05Merci à vous aussi, Sibley.
49:07Tant d'émission est écoulé.
49:08Un mot, si vous...
49:09Oui, moi j'ai bien peur que le Conseil de la concurrence,
49:12qui cherche la concurrence par cette mesure d'ouverture du capital,
49:17n'aboutissent à des groupes, quelques groupes puissants de monopole,
49:21donc de situations monopolistiques, qui vont contrôler tout le secteur.
49:26Est-ce que ça profitera, et qui vont même écraser leurs fournisseurs,
49:29mais est-ce que ça profitera aux patients ?
49:32Ce n'est pas sûr, puisque le prix de médicaments, il est fixe.
49:36Merci beaucoup, merci Aboumjid Mlaïch.
49:37Merci à vous également, Madame Saïdia Moutaoukil.
49:40Pour un terme, oui.
49:43Juste pour vous dire que les 14 300 pharmaciens
49:46ne sont pas soumis à la concurrence,
49:48donc le principe ou la logique de la concurrence n'existe pas,
49:51puisque le prix est fixé par l'État, par décret ministériel.
49:56La concurrence se fait sur la compétence,
49:58et là on passe sur ce qui est économique.
50:02On aurait dû commencer par cela, sinon il n'y aurait même pas eu le débat.
50:05La légitimité du Conseil de la concurrence s'arrête
50:08quand il s'agit de contradictions avec l'intérêt de santé publique,
50:12et c'est ce qu'on veut préserver.
50:14Et je rappelle la jurisprudence de la Cour de justice européenne.
50:18Voilà, c'est le monde dérugé.
50:19Merci, merci Madame Saïdia Moutaoukil.
50:21Merci d'avoir été avec nous,
50:23et je réitère mes remerciements présents
50:24de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc,
50:26Mohamed Elhbabi.
50:27Merci encore une fois d'avoir participé au débat ce soir.
50:30Merci messieurs et madame.
50:32Merci à vous de nous avoir suivis.
50:33Très bonne suite des programmes.
50:35À vous tous.
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