00:00Il y a cette phrase que vous dites, j'ai souvent l'impression que les rôles nous choisissent plus qu
00:04'on ne les choisit.
00:05Oui, je le pense, sincèrement.
00:07Vous le pensez sincèrement ?
00:08Comment le rôle que vous incarnez dans Un prophète vous a-t-il choisi ?
00:11Ah, c'est pas mal ça.
00:14Je ne sais pas, mais en fait, vous savez quoi, je vais le dire autrement.
00:19J'ai appris à me détacher de tout.
00:22Et quand ça s'est venu, quand ce personnage est venu, quand ce projet est venu,
00:27bien évidemment, j'étais assez sceptique au début.
00:30Et puis après, quand j'ai rencontré le Réal et que j'ai lu,
00:35déjà les scénaristes, ces deux pointures, c'est les mêmes, c'est ceux qui ont écrit.
00:39C'est Abdelharouf Jaffry et Peufailly, Nicolas.
00:42Qui avait écrit déjà pour le Réal.
00:42Qui avait déjà écrit.
00:44Et ma crainte, je me disais, bon, il y a un piège là-dedans, il faut faire gaffe, c'est
00:48du réchauffé, etc.
00:49Ben non, il y a une partition où, mis à part le contexte, c'est-à-dire la prison,
00:58et c'est tout quasi, quoi.
00:59Ou le protagoniste qu'on appellera un prophète.
01:03Ben tout a changé, c'est-à-dire que les situations ne sont pas les mêmes.
01:05Tout a changé, c'est-à-dire qu'on a changé d'époque.
01:06Le précédent, le film, c'était il y a 15 ans, c'était dans la région parisienne,
01:09ça opposait les communautés maghrébenes et corse.
01:13Et là, aujourd'hui, c'est les Arabes du Sud contre les Camoriens.
01:17Et vous, vous êtes Massoud Djébari, un promoteur immobilier un peu trouble.
01:22Envoyons quelques images, si vous le voulez bien.
01:24Ben ouais, ça sera les premières.
01:26Je m'appelle Malik El-Jébna.
01:30Malgré mes difficultés.
01:32T'as compris que t'allais aller en prison, là ?
01:33Je crois que...
01:37Aucun homme ne s'est trouvé dans une position semblable à la mienne.
01:41Je veux bien aller en prison et jouer le sale arabe de service.
01:43Quand je ressors, c'est totalement blanchi.
01:45C'est qui ?
01:48Un mélange de loups et de renards.
01:50Un empire des races.
01:52Avec Massoud, soit t'es associé en affaires, soit t'es en obstacle.
01:55Si !
01:58On est en guerre.
02:00Il faut choisir son camp.
02:01La sale arabe !
02:08Alors, Un prophète, c'est une série réalisée par l'italien Enrico Maria Artale.
02:15C'est si bien m'amacé.
02:17J'ai roulé l'air.
02:19T'as bossé.
02:20C'était écrit par Abdel Raouf Daffry et Nicolas Peufei.
02:25Et vous dites de votre personnage que c'est un loup mélangé à un renard.
02:30Mais c'est pas un renard rusé façon Zorro.
02:34C'est pas un renard rusé façon Renard rusé.
02:36Encore qui, il fait sa loi.
02:37Ah oui, oui.
02:39Mais d'un zette qui veut dire, on l'a compris.
02:40Oui, oui.
02:42Il était beau ce personnage.
02:44Il est ambigu parce que, bon, il est fourbe.
02:47Il est fort, mais il est faible.
02:49C'est un monstre au sabot d'argile.
02:53Et c'est comme ça que je l'ai endossé.
02:55C'était...
02:57J'ai beaucoup aimé ce personnage, voilà.
03:00Comment est-ce qu'on aborde ce genre de...
03:02C'est pas un remake, en fait, parce que c'est une série, une adaptation en série d'un film.
03:06Est-ce qu'on sent quand même le poids, le spectre du film derrière ou pas ?
03:12Est-ce qu'on s'en détache ?
03:13Oui, on s'en détache, il faut.
03:15Mais non, j'étais sceptique, bien sûr, ouais.
03:17Et puis j'étais même un peu réticent.
03:20Ensuite, j'ai rencontré le réalisateur, j'ai lu les épisodes.
03:24Et on voyait déjà qu'on partait ailleurs, quoi.
03:27Donc une fois que je suis parti dedans, je pense sincèrement que...
03:31Bon, Mamadou, c'est sa première expérience cinématographique.
03:35Étonnant, hein ?
03:35Oui, c'est un prince, quoi, je dirais.
03:38Mais on s'est pas fait...
03:40On sentait pas le fantôme du chef-d'œuvre derrière nous et on s'en est libérés, quoi.
03:47Ce qu'il a de particulier, votre personnage, Djibari, là, c'est que c'est une espèce de parrain local,
03:54un patron d'immobilier aux ramifications un peu interlopes, on va dire.
03:59C'est joliment dit, entre autres.
04:00Oui, on va dire ça comme ça.
04:02Il a pas besoin d'élever la voix pour asseoir son autorité ?
04:06J'ai beaucoup bossé.
04:08Vous avez beaucoup bossé ?
04:09J'ai mis la mienne d'autorité.
04:11Non, c'est comme ça que je voulais le camper.
04:13Oui.
04:15Vous savez, quand les choses sont écrites, il faut pas les surjouer.
04:18Il faut déjà incarner ce qui est écrit.
04:20Et après, c'est ce que j'ai fait.
04:21Et après, je me suis fait plaisir, ou enfin je fais souvent ça, d'ailleurs,
04:26de prendre le contre-pied de ce qui est écrit, puisque c'est écrit, il existe.
04:31Mais c'est bien de montrer une faille, c'est bien de trouver une faiblesse.
04:34Ça donne même plus d'ampleur et de force à la stature et aux gars, quoi, vous voyez ?
04:39Et il s'y prêtait, le personnage s'y prêtait.
04:42Enrico s'est engouffré dedans et on a fait ça comme ça.
04:45Le format de la série, 8 épisodes de 52 minutes, est-ce que ça vous a obligé à construire le
04:53personnage différemment ?
04:54Non, pas du tout.
04:56Non, pas du tout.
04:57Au contraire, même le format, il aide, quoi.
05:00Parce que sur la longueur, on peut s'épanouir, voilà, quoi.
05:06Et on court pas après soi-même, on laisse, on laisse, on laisse et ça file.
05:09Et on l'a pas tourné dans la chronologie, mais ça prend la même tournure.
05:13Et on se laisse avoir et on se laisse aller.
05:14Puis on trouve très vite ses marques et après on se pose.
05:18Et c'était le cas pour chacun d'entre nous, y compris pour Mamadou que je regardais tous les jours.
05:24Oui, Mamadou Sidibé.
05:26Absolument, oui.
05:26C'est donc son premier rôle.
05:28C'est un garçon, un jeune homme qui vient du football.
05:30Oui.
05:32Qui est pour la première fois à l'écran, qui crève l'écran.
05:34Qui crève l'écran, oui.
05:35Littéralement.
05:36Absolument.
05:36Quelle relation vous avez eue, vous, comédien chevronné, avec...
05:40Ben si, si.
05:40Non, non, mais j'ai une anecdote à vous dire, ce n'est pas qu'une anecdote, je le répétais
05:44souvent.
05:44Avec un débutant, avec...
05:45Tout de suite, chez Mamadou, j'ai vu que...
05:48Je pense que Mamadou est habité, je pense qu'il a une lumière en lui, il a une très très
05:54belle énergie,
05:55beaucoup de sérénité.
05:57C'est un garçon qui a la foi et ça se voit et ça se sent.
06:00Et pour répondre à votre question, Antoine, entre les prises, quand il...
06:05Bon, moi, je m'isole tout le temps.
06:06Mais quand je le voyais à l'écart, il le faisait souvent, ben j'allais me mettre avec lui, je
06:10m'asseyais à côté de lui.
06:12Et on passait du temps et parfois de longs silences.
06:15Et j'aime beaucoup ce garçon et on s'est rapprochés, on a beaucoup de complicité maintenant.
06:20Mais c'est quelqu'un qui m'inspire énormément.
06:23Quand Jacques Odiard a fait Le Prophète, il s'est confronté à toute une mythologie aussi du cinéma carcéral.
06:28Il y a des grands films sur la prison.
06:30Une série aussi, vous vous confrontez à toute une mythologie, des séries de prison.
06:32Il y a des grandes séries de prison.
06:34Je pense à évidemment Oz, la grande série, Prison Break aussi, il y en a plein.
06:37Est-ce que vous, vous aviez comme ça des références en tête ?
06:39Est-ce que tourner dans une prison, ça provoque des images de cinéma ou de séries en vous ?
06:43Moi, aucune.
06:45C'est-à-dire que je ne me réfère plus à des référents ou je ne sais quoi.
06:49En revanche, c'est le personnage principal, quasi la prison ou quoi.
06:53Donc, on se confond avec et on passait notre temps là-bas.
06:57On est resté quatre mois quasi, sauf les extérieurs.
07:00Donc non, je n'y pense pas.
07:02Je ne prends plus de référents, je ne prends plus de...
07:04Moi, j'ai oublié Arstrup.
07:06Pendant qu'on était dedans, j'ai oublié.
07:08Parfois, ça revenait à un prophète Odiard.
07:10D'art et le reste.
07:12Mais moi, je n'y pense pas.
07:13Vous étiez dans une autre histoire.
07:14Oui, à chaque fois, c'est une autre histoire.
07:16Et puis, l'enjeu, c'est de...
07:18On prépare avant.
07:19Et après, l'enjeu, c'est d'être dans le temps présent et de faire les choses.
07:23Au fur et à mesure que la série se déploie,
07:25on a vraiment le sentiment d'assister à une tragédie.
07:27Est-ce que c'est cette tonalité-là qui était l'indication dès le départ ?
07:31Oui, je crois.
07:33Et Enrico, le réalisateur, est assez surprenant.
07:36Garçon très cultivé, on va dire.
07:37Oui, c'est lui qui a amené tout ça, qui a drivé ça.
07:40Mais non, j'exagère.
07:42Ça l'est dans le scénario, ça l'est dans la partition.
07:44Et de mémoire, ça a existé aussi dans le film, un prophète.
07:48Ou à travers les livres, il se cultive.
07:50Oui, oui, oui.
07:50Oui, non, il y a une belle métaphore.
07:51Celle-ci est respectée, tout comme dans le film.
07:55Elle est réinventée là, mais c'est un voyage initiatique.
07:57Quasi pour tout le monde, d'ailleurs.
07:58Ouais.
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