00:00Ce courrier, moi je le prends vraiment comme une insulte, moi je suis parent d'élève.
00:03Il vient nous faire la morale alors qu'il nous supprime des postes.
00:06L'école peut faire beaucoup mais elle ne peut pas tout.
00:09C'est le message de cette lettre envoyée par le ministre de l'Éducation, Edouard Gepré,
00:13le 12 février dernier aux parents d'élèves.
00:16Le contexte, la banalisation des violences à l'école, entre les élèves et à l'égard du personnel.
00:21Et pour lutter contre ce fléau, il se tourne en particulier vers les parents d'élèves
00:25à qui il demande de s'impliquer personnellement.
00:28La lutte contre la violence, chacun détient une parcelle de la solution.
00:33Et que si on considère que l'école doit tout faire contre la violence,
00:37alors qu'elle est à l'extérieur et que les parents effectivement ne transmettent pas à leurs enfants
00:42ni le respect de l'institution ni le respect des personnels, alors nous avons effectivement un problème.
00:46Il leur demande de signaler bien sûr tout fait de harcèlement ou de violence,
00:50mais aussi de rappeler aux enfants l'autorité de l'école
00:53et d'être eux-mêmes des exemples de respect envers le personnel.
00:56À l'occasion d'une journée de grève dans l'éducation nationale contre des suppressions de postes,
01:01je suis allé voir comment est reçue cette lettre.
01:03Bonjour madame, est-ce que je peux vous embêter une minute ?
01:05D'abord, vous vous interrogez sur cette lettre qui a été envoyée à tous les parents d'élèves récemment par
01:10le ministre.
01:10Je ne sais pas si vous l'avez lue.
01:11C'est une catastrophe.
01:12C'est une catastrophe. Je peux vous demander ce que vous en avez pensé ?
01:15C'est d'un cynisme intolérable en fait.
01:19Ce courrier, moi je le prends vraiment comme une insulte.
01:22Moi je suis parent d'élève.
01:23Il vient nous faire la morale alors qu'il nous supprime des postes, de l'argent.
01:27On l'a trouvé complètement déplacé cette lettre.
01:30Et au contraire, c'est plutôt de créer un dialogue ensemble et pas de diviser les professeurs contre les parents.
01:36Vous, les quelques pistes qui sont évoquées là, rappeler l'autorité de l'école aux enfants, ce genre de choses,
01:40ça vous paraît ?
01:41Ça nous paraît totalement à côté en fait.
01:44La co-éducation se construit avec les parents d'élèves.
01:47Elle ne se décrète pas par un courrier.
01:49J'avais l'impression que le ministre se défaussait de sa responsabilité
01:53et sur un mode qui est déjà assez étrange de s'adresser aux parents d'élèves.
01:58Ce n'est pas le ministre des parents d'élèves, c'est le ministre de l'Éducation nationale.
02:02Plusieurs drames ont meurtri l'Éducation nationale ces dernières années.
02:05Le dernier a eu lieu à Saint-Narré-sur-Mer le 3 février.
02:08Une professeure d'art plastique a été poignardée par un élève de 14 ans.
02:12Elle a survécu de peu.
02:13En janvier, Camélia, 17 ans, s'est suicidée en Seine-et-Marne après avoir dénoncé un harcèlement scolaire.
02:18L'affaire a été classée sans suite faute d'éléments suffisants.
02:21En 2023, c'est le suicide dans les Vosges de Lucas, 13 ans, qui avait aussi marqué les esprits.
02:26Dans cette affaire, la cour de cassation a récemment annulé la relaxe de 4 adolescents
02:30et ordonné un nouveau procès pour harcèlement.
02:32En fait, nous, ce qu'on demande, c'est beaucoup plus de moyens.
02:35Donc, bien sûr qu'il y a de la violence.
02:36Mais pour ça, il faut aussi qu'il y ait des structures derrière du personnel
02:41pour que, justement, il y ait un climat scolaire qui soit plus apaisé.
02:44Aujourd'hui, ce qu'on voit, c'est qu'il manque de tout.
02:47Les infirmières scolaires, nous, dans notre département,
02:50elles ont été redéployées, mutualisées.
02:52Alors, nous, à Paris, on a particulièrement été choqués
02:54parce qu'on a quand même été très touchés à Paris depuis cet été
02:57sur des problèmes de violence envers les enfants.
03:00On a des situations régulières qui sont connues depuis 4-5 ans.
03:05Et quand on en parle et quand on le dit, on ne nous écoute pas, les parents.
03:09Donc, ça nous a fait quand même très mal, là, cette lettre.
03:11Ce serait bien qu'ils se bougent, en fait, qu'ils viennent dans les établissements,
03:13qu'ils viennent voir vraiment les difficultés réelles des gens.
03:17Est-ce qu'il est au courant de la précarité de la plupart des gens dans notre pays
03:22qu'une grande partie des familles sont gérées par des femmes seules,
03:29très souvent, qui ont plusieurs enfants,
03:31qui galèrent pour terminer les fins de mois ?
03:34Oui, c'est sûr que l'école, elle ne peut pas tout.
03:37On fait une partie du travail à l'école.
03:39Il y a une partie du travail qui se fait à la maison, évidemment.
03:41Mais on doit travailler ensemble.
03:43Moi, je suis dans l'établissement où les classes sont déjà à 28, à 29, 30 élèves,
03:4732 dans certains cours.
03:49Et effectivement, ça va exploser.
03:51Ça ne marche pas comme ça.
03:52En 2022, la loi Balanant a fait du harcèlement scolaire un délit.
03:56Forcément, cela entraîne une judiciarisation de ces faits
03:59et permet de mieux les quantifier.
04:01Entre 2022 et 2024, par exemple,
04:03les parquets ont enregistré 10 000 faits de harcèlement scolaire en France.
04:07Dans près de la moitié des cas, une réponse pénale a été apportée.
04:10La plupart du temps, des mesures alternatives,
04:12comme une exclusion de l'établissement.
04:14Et en tout, 240 condamnations pour harcèlement scolaire
04:17ont été prononcées par la justice.
04:23Pour les cas de violences qui sont passées,
04:25moi, je pense que c'est davantage la faute des parents
04:27que de la faute des profs ou la faute des encadrants.
04:29Les parents doivent prendre leurs responsabilités.
04:31On doit élever nos enfants.
04:32Et quand des élèves mettent vraiment le boxon dans une classe
04:35ou dans une école, il faut pouvoir les renvoyer.
04:37Et aujourd'hui, ce n'est pas possible.
04:38Il y a des tensions en ce moment dans les écoles,
04:41entre les parents et les équipes éducatives.
04:45Et donc, il faut essayer d'apaiser au maximum,
04:48de redonner confiance aux familles en l'école publique,
04:51de nous donner les moyens aussi de le faire.
04:55On va quand même saluer le geste.
04:58Après, c'est toujours pareil entre les mots
05:00et ce qui est fait derrière.
05:02Voilà, pour réellement apaiser les tensions,
05:04on verra ce qu'il en est.