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  • il y a 5 semaines
Dans l’espace médiatique, les réseaux sociaux sont présentés majoritairement comme un danger pour les adolescents. Ils seraient nocifs pour l’apprentissage, le sommeil ou encore la socialisation et rendraient les ados « addicts ». Mais que dit la science au sujet de ces affirmations ? Pour démêler le vrai du faux, nous avons interrogé la maître de conférences et professeure en psychologie du numérique Séverine Erhel.

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Transcription
00:00Aujourd'hui, vous regardez les jeunes, ils n'ont pas de jeunesse à raconter, ils n'ont pas d'anecdote.
00:04Les réseaux sociaux d'un côté et l'augmentation de la consommation de cocaïne de l'autre,
00:09ces sujets-là ne sont pas différents.
00:10Les écrans, comme les couteaux, c'est dangereux, c'est même une arme de destruction massive.
00:17Dans l'espace médiatique, les réseaux sociaux sont présentés majoritairement comme un danger pour les adolescents.
00:23Ils seraient nocifs pour l'apprentissage, le sommeil ou encore la socialisation et rendraient les ados addicts.
00:30Mais que dit la science face à ces affirmations ?
00:32Pour démêler le vrai du faux, nous avons interrogé Séverine Errel.
00:36Elle est coordinatrice du livre Les enfants et les écrans,
00:39qui regroupe plusieurs paroles de scientifiques autour des mythes du numérique.
00:43D'après elle, la spécificité des ados, c'est qu'ils sont plus vulnérables face aux réseaux sociaux que les
00:49adultes.
00:49L'adolescent va être dans une phase d'immaturité cérébrale.
00:53Donc le cortège préfrontal, il est clairement pas encore suffisamment formé pour pouvoir s'auto-réguler.
00:59Et facilement, face à des systèmes très prédateurs comme les réseaux sociaux,
01:04donc arrêter de scroller, être capable de contourner le fonctionnement de certains algorithmes,
01:10avoir envie absolument de voir ce qui se passe dans la vie des autres adolescents.
01:14Les adolescents sont très soumis à ça.
01:16Dans le cerveau des ados, le système limbique n'est pas encore tout à fait formé.
01:20C'est lui qui permet de réguler les émotions et le besoin d'interagir avec ses pairs.
01:25Pas étonnant donc que les réseaux sociaux soient très attractifs pour les jeunes.
01:29Entre 12 et 15 ans, ils sont en pleine construction du soi
01:33et les réseaux sociaux peuvent être un espace où s'affirmer.
01:36Le problème, c'est que cette construction, elle est en cours
01:39et du coup aussi, elle peut être fragile.
01:42Parce qu'en fait, se construire une identité,
01:44ça implique aussi parfois de se mettre en comparaison avec les autres adolescents.
01:48Ils vont essayer de se comparer à des idéaux corporels qui sont très parfaits,
01:52et parfois même complètement inatteignables et parfois même modifiés par des filtres.
01:56Ces comparaisons peuvent avoir un impact sur la santé mentale
01:59et provoquer des troubles du comportement alimentaire
02:02ou des visions déformées de l'image corporelle, par exemple.
02:05Mais les réseaux sociaux peuvent-ils avoir des conséquences bénéfiques sur le cerveau des ados ?
02:10Il existe un temps idéal d'usage du numérique
02:14qui se situe entre une heure et deux heures par jour.
02:16Un temps modéré, qui serait bénéfique pour permettre aux gens de pouvoir discuter,
02:22échanger, avoir un terrain commun, c'est plutôt une bonne chose
02:25à la fois pour leurs compétences socio-émotionnelles,
02:27mais également pour la qualité de leur santé mentale.
02:30En réalité, Séverine Herel déconseille de se concentrer sur le temps d'écran.
02:34Le plus important, c'est ce que font les ados sur les réseaux sociaux.
02:37La question, c'est comment on nourrit notre cerveau, on va dire ça comme ça.
02:41Si j'ai des activités intéressantes, que ce soit sur les réseaux sociaux
02:44où j'essaye d'apprendre quelque chose ou de comprendre,
02:47si j'essaye de chercher du soutien, si je fais de la communication,
02:50si je fais de la socialisation, mon cerveau sera bien nourri
02:54et il va bien se développer d'une certaine manière.
02:57Si par contre, l'objectif, c'est simplement de scroller sur des vidéos
03:02qui ne sont pas tellement intéressantes et en même temps,
03:05on essaye de faire ses devoirs, là, en fait, c'est une mauvaise manière
03:08de nourrir son cerveau.
03:09Et là, clairement, ça génère beaucoup de fatigue.
03:12Et qui dit fatigue, dit grosso modo moins bonne performance cognitive.
03:16De moins bonne performance cognitive, ça veut dire une mémoire moins fonctionnelle
03:20et des difficultés à se concentrer, par exemple.
03:22Quant aux conséquences de ces plateformes sur le sommeil,
03:25les recherches montrent qu'il n'est pas recommandé de scroller au coucher.
03:28D'une part parce que la lumière bleue des écrans empêche la production de mélatonine,
03:33une hormone qui aide à l'endormissement,
03:35mais aussi parce que discuter, liker, regarder des vidéos,
03:38c'est trop stimulant pour notre cerveau
03:40qui va avoir des difficultés à dormir après ça.
03:43Il y a un autre mécanisme qui revient souvent quand on parle des réseaux sociaux,
03:47c'est le circuit de la récompense,
03:49qui fait partie du système limbique dont on parlait tout à l'heure.
03:52Quand on scrolle, le cerveau produit de la dopamine,
03:55surnommée la molécule du plaisir.
03:57Plus on passe de temps sur les plateformes,
03:59plus on reçoit cette dopamine et plus on ressent du bien-être.
04:03C'est à cause d'elle qu'on entend souvent dire
04:05que tous les ados sont accros aux réseaux sociaux.
04:07Mais est-ce qu'on peut vraiment parler d'addiction ?
04:09Il n'y a pas de consensus scientifique
04:11qui établit que les réseaux sociaux sont addictifs,
04:14comme c'est le cas pour le tabac ou l'alcool par exemple.
04:17Plusieurs chercheurs comme Séverine Herel
04:19préfèrent utiliser le terme d'usage problématique.
04:22C'est pas qu'une histoire de dopamine
04:24et de système de la récompense qui serait dopée.
04:26C'est beaucoup plus complexe que ça.
04:28On voit que ça peut être plutôt une manière
04:32de gérer un stress psychologique.
04:34Ça se traduit par un usage compulsif et excessif des réseaux sociaux
04:38qui interfèrent avec les activités de la vie quotidienne
04:41et peut instaurer une détresse psychologique.
04:44Et les adolescents qui sont concernés sont loin d'être une majorité.
04:47Quand on regarde les comportements dérégulés,
04:50pathologiques face aux réseaux sociaux,
04:51on est entre 1,2 et 2,6 vers les 18-25 ans
04:57et peut-être probablement un peu plus chez les ados.
05:00Sauf qu'il y a une étude récente qui montre que quand on demande aux ados
05:02« Est-ce que tu es addict ? »
05:04Là, on est autour de 18% des adolescents
05:07qui se représentent comme étant addicts aux réseaux sociaux.
05:10Séverine Herrel explique que ces usages problématiques
05:12concernent surtout des adolescents présentant déjà des vulnérabilités.
05:16Ça peut être des difficultés personnelles à l'école,
05:19des difficultés d'interaction avec les pères, P-I-R-S,
05:23ou avec la famille.
05:25Et ces individus-là, en fait, ils vont avoir des émotions négatives
05:28et quand ils vont aller sur les réseaux sociaux,
05:30ils vont obtenir de la distraction.
05:31Leur attention va être distraite par autre chose.
05:34Et dès qu'ils ont une difficulté,
05:36en fait, avec la proximité du téléphone,
05:38ils vont revenir très facilement à l'utilisation des réseaux sociaux.
05:42Voilà, on espère que les conséquences des réseaux sociaux
05:45sur les adolescents sont un peu plus claires pour vous.
05:47Il faut tout de même retenir que de nouvelles études sortent fréquemment
05:50et qu'il n'y a pas de consensus scientifique
05:53sur de nombreux aspects de nos pratiques numériques.
05:59Sous-titrage Société Radio-Canada
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