Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 heure
Dans l’espace médiatique, les réseaux sociaux sont présentés majoritairement comme un danger pour les adolescents. Ils seraient nocifs pour l’apprentissage, le sommeil ou encore la socialisation et rendraient les ados « addicts ». Mais que dit la science au sujet de ces affirmations ? Pour démêler le vrai du faux, nous avons interrogé la maître de conférences et professeure en psychologie du numérique Séverine Erhel.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Les écrans, comme les couteaux, c'est dangereux, c'est même une arme de destruction massive.
00:05Aujourd'hui, vous regardez les jeunes, ils n'ont pas de jeunesse à raconter, ils n'ont pas d'anecdote.
00:09Les réseaux sociaux d'un côté et l'augmentation de la consommation de cocaïne de l'autre,
00:14ces sujets-là ne sont pas différents.
00:16Dans l'espace médiatique, les réseaux sociaux sont présentés majoritairement comme un danger pour les adolescents.
00:22Ils seraient nocifs pour l'apprentissage, le sommeil ou encore la socialisation et rendraient les ados addicts.
00:28Mais que dit la science face à ces affirmations ?
00:31Pour démêler le vrai du faux, nous avons interrogé Séverine Errel.
00:35Elle est coordinatrice du livre Les enfants et les écrans,
00:38qui regroupe plusieurs paroles de scientifiques autour des mythes du numérique.
00:42D'après elle, la spécificité des ados, c'est qu'ils sont plus vulnérables face aux réseaux sociaux que les
00:48adultes.
00:48L'adolescent va être dans une phase d'immaturité cérébrale.
00:52Donc le cortex préfrontal, il est clairement pas encore suffisamment formé pour pouvoir s'auto-réguler facilement
00:59face à des systèmes très prédateurs comme les réseaux sociaux.
01:03Donc arrêter de scroller, être capable de contourner le fonctionnement de certains algorithmes,
01:09avoir envie absolument de voir ce qui se passe dans la vie des autres adolescents.
01:13Les adolescents sont très soumis à ça.
01:15Dans le cerveau des ados, le système limbique n'est pas encore tout à fait formé.
01:19C'est lui qui permet de réguler les émotions et le besoin d'interagir avec ses pairs.
01:24Pas étonnant donc que les réseaux sociaux soient très attractifs pour les jeunes.
01:28Entre 12 et 15 ans, ils sont en pleine construction du soi
01:32et les réseaux sociaux peuvent être un espace où s'affirmer.
01:35Le problème, c'est que cette construction, elle est en cours et du coup aussi, elle peut être fragile
01:41parce qu'en fait, se construire une identité, ça implique aussi parfois de se mettre en comparaison avec les autres
01:46adolescents.
01:47Ils vont essayer de se comparer à des idéaux corporels qui sont très parfaits
01:51et parfois même complètement inatteignables et parfois même modifiés en fait par des fibres.
01:55Ces comparaisons peuvent avoir un impact sur la santé mentale
01:59et provoquer des troubles du comportement alimentaire
02:01ou des visions déformées de l'image corporelle, par exemple.
02:05Mais les réseaux sociaux peuvent-ils avoir des conséquences bénéfiques sur le cerveau des ados ?
02:09Il existe un temps idéal d'usage du numérique qui se situe entre une heure et deux heures par jour.
02:15Un temps modéré, donc qui serait bénéfique pour permettre aux gens de pouvoir discuter, échanger, avoir un terrain commun.
02:23C'est plutôt une bonne chose à la fois pour leurs compétences socio-émotionnelles
02:26mais également pour la qualité de leur santé mentale.
02:29En réalité, Séverine Herel déconseille de se concentrer sur le temps d'écran.
02:33Le plus important, c'est ce que font les ados sur les réseaux sociaux.
02:36La question, c'est comment on nourrit notre cerveau, on va dire ça comme ça.
02:40Si j'ai des activités intéressantes, que ce soit sur les réseaux sociaux
02:43où j'essaye d'apprendre quelque chose ou de comprendre,
02:46si j'essaye de chercher du soutien, si je fais de la communication,
02:50si je fais de la socialisation, mon cerveau sera bien nourri
02:54et il va bien se développer d'une certaine manière.
02:56Si par contre, l'objectif, c'est simplement de scroller sur des vidéos
03:01qui ne sont pas tellement intéressantes
03:03et en même temps, on essaye de faire ses devoirs,
03:05là, en fait, c'est une mauvaise manière de nourrir son cerveau.
03:08Et là, clairement, ça génère beaucoup de fatigue
03:10et qui dit fatigue, dit grosso modo moins bonne performance cognitive.
03:15De moins bonne performance cognitive,
03:17ça veut dire une mémoire moins fonctionnelle
03:19et des difficultés à se concentrer, par exemple.
03:22Quant aux conséquences de ces plateformes sur le sommeil,
03:24les recherches montrent qu'il n'est pas recommandé de scroller au coucher.
03:28D'une part parce que la lumière bleue des écrans
03:30empêche la production de mélatonine,
03:32une hormone qui aide à l'endormissement,
03:34mais aussi parce que discuter, liker, regarder des vidéos,
03:38c'est trop stimulant pour notre cerveau
03:40qui va avoir des difficultés à dormir après ça.
03:42Il y a un autre mécanisme qui revient souvent
03:45quand on parle des réseaux sociaux,
03:46c'est le circuit de la récompense,
03:48qui fait partie du système limbique dont on parlait tout à l'heure.
03:51Quand on scroll, le cerveau produit de la dopamine,
03:54surnommée la molécule du plaisir.
03:56Plus on passe de temps sur les plateformes,
03:59plus on reçoit cette dopamine
04:00et plus on ressent du bien-être.
04:02C'est à cause d'elle qu'on entend souvent dire
04:04que tous les ados sont accros aux réseaux sociaux.
04:06Mais est-ce qu'on peut vraiment parler d'addiction ?
04:09Il n'y a pas de consensus scientifique
04:11qui établit que les réseaux sociaux sont addictifs,
04:14comme c'est le cas pour le tabac ou l'alcool par exemple.
04:17Plusieurs chercheurs comme Séverine Herel
04:18préfèrent utiliser le terme d'usage problématique.
04:21Ce n'est pas qu'une histoire de dopamine
04:23et de système de la récompense qui serait dopé.
04:25C'est beaucoup plus complexe que ça.
04:27On voit que ça peut être plutôt une manière
04:31de gérer un stress psychologique.
04:33Ça se traduit par un usage compulsif
04:35et excessif des réseaux sociaux
04:37qui interfèrent avec les activités de la vie quotidienne
04:40et peut instaurer une détresse psychologique.
04:43Et les adolescents qui sont concernés
04:45sont loin d'être une majorité.
04:46Quand on regarde les comportements dérégulés,
04:49c'est pathologique face aux réseaux sociaux.
04:51On est entre 1,2 et 2,6 vers les 18-25 ans
04:56et peut-être probablement un peu plus chez les ados.
04:59Sauf qu'il y a une étude récente
05:00qui montre que quand on demande aux ados
05:02« est-ce que tu es addict ? »,
05:04là on est autour de 18% des adolescents
05:06qui se représentent comme étant addicts aux réseaux sociaux.
05:09Séverine Herel explique que ces usages problématiques
05:11concernent surtout des adolescents
05:13présentant déjà des vulnérabilités.
05:15Ça peut être des difficultés personnelles à l'école,
05:19des difficultés d'interaction avec les pères, P-I-R-S,
05:22ou avec la famille.
05:24Et ces individus-là, en fait,
05:25ils vont avoir des émotions négatives.
05:27Et quand ils vont aller sur les réseaux sociaux,
05:29ils vont obtenir de la distraction.
05:31Leur attention va être distraite par autre chose.
05:33Et dès qu'ils ont une difficulté,
05:35en fait, avec la proximité du téléphone,
05:38ils vont revenir très facilement
05:39l'utilisation des réseaux sociaux.
05:41Voilà, on espère que les conséquences des réseaux sociaux
05:44sur les adolescents sont un peu plus claires pour vous.
05:47Il faut tout de même retenir que de nouvelles études
05:49sortent fréquemment
05:50et qu'il n'y a pas de consensus scientifique
05:52sur de nombreux aspects de nos pratiques numériques.
05:54Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations