00:01Avec vous Christophe dans le 7, bonjour Christophe.
00:03Bonjour Pauline.
00:04Vous nous emmenez donc au Niger aujourd'hui avec le dossier explosif de l'uranium
00:08qui pourrait connaître un rebondissement après les déclarations du chef de la Junte,
00:13le général Abdurrahman Tiani, qui ouvre la porte à un geste envers la France.
00:17Racontez-nous.
00:18Oui, le général Tiani propose de rendre une partie de l'uranium confisqué à la France.
00:24On va d'abord écouter le chef de l'État nigérien qui s'est exprimé vendredi à la télévision.
00:30On va l'écouter.
00:31Voilà ce que je peux dire par rapport à l'uranium.
00:34Il est nigérien.
00:35Le Niger a investi.
00:36La France a ses 63,4% de 156,231 tonnes.
00:43S'ils veulent demain qu'on leur envoie ça, nous payons nous-mêmes le transport pour leur envoyer ça
00:49parce qu'ils étaient là au moment où ça a été produit.
00:52Mais tout ce qui a été produit par la suite est nigérien et restera nigérien, Inch'Allah.
00:58Voilà, en clair, il propose donc de rendre 63%, un peu plus de 150 tonnes, donc 95 tonnes.
01:04Pour comprendre pourquoi il dit ça, il faut revenir un peu en arrière.
01:08À la fin des années 60, début des années 70, la France investit massivement au Niger
01:14via son groupe nucléaire Areva qui aujourd'hui s'appelle Orano,
01:18un groupe contrôlé à 90% par l'État français.
01:21La finiale d'Orano, la société des mines de l'Aïr, la Somaïr,
01:26exploite un site dans la ville d'Arlite, ou une ville qui est créée pour l'occasion,
01:31qui devient une véritable ville minière en plein désert à partir de 1971.
01:36Orano détient un peu plus de 63% du capital de cette filiale.
01:40Et l'État nigérien, via la Sopanim, environ 36%, d'où le chiffre qu'a donné le général de 63%.
01:51Cet uranium, il est stratégique pour la France parce que le Niger fait partie à ce moment-là
01:56de ses quatre principaux fournisseurs, avec le Kazakhstan, l'Ouzbékistan et l'Anabibi,
02:02pour de l'uranium.
02:03Or, quand on possède l'un des plus grands parcs nucléaires du monde,
02:07eh bien, on a besoin de combustible.
02:09Le tout bascule avec le coup d'État de 2023.
02:12L'agenda renverse le président Mohamed Bazoum et prend le pouvoir.
02:15Les relations avec Paris, eh bien, se dégradent brutalement.
02:18Et la production d'uranium, elle est d'abord stoppée par Orano.
02:22Puis en juin dernier, le nouveau gouvernement militaire nigérien décide de nationaliser la Somaïr.
02:28La France, elle, proteste.
02:29Deux actions en justice sont lancées.
02:31D'abord, devant le Centre international pour le règlement des différents relatifs aux investissements.
02:37Le CIRDI, qui, dans une première décision en septembre dernier, demande au Niger de ne pas vendre l'uranium produit
02:43en entendant le règlement des différents.
02:47Et puis, en décembre, devant la justice française, avec une plainte pour vol en bande organisée
02:52au profit d'une puissance étrangère, Orano évoque alors un stock total de 1500 tonnes d'uranium contestées.
03:00En réponse, Niamey annonce vouloir poursuivre Orano pour des décennies de préjudices environnementaux.
03:06On voit donc que le bras de fer, il est total.
03:08Mais le Niger, donc, semble avoir du mal, et c'est l'un des problèmes, à exporter l'uranium qu
03:13'il a nationalisé.
03:15En témoigne, c'est la cargaison d'uranium qui est entreposée à l'aéroport international de Niamey
03:20depuis un peu plus de deux mois maintenant, plus de 1000 tonnes.
03:24C'est quelque chose de rare et surtout dangereux.
03:26La preuve, il y a eu cette attaque autour de l'aéroport il y a quelques semaines.
03:30On en voit ici les images.
03:32Initialement destinées à la Russie, puisque le Niger a besoin de trouver des nouveaux clients,
03:36et la Russie en est un.
03:37Un client a appelé à remplacer la France.
03:40Sauf que si on regarde une carte du Niger, on voit que le Niger n'a pas d'accès direct
03:44à la mer.
03:45Donc c'est difficile d'exporter des stocks d'uranium sans un partenariat avec les pays à l'Imitrof.
03:54Mais au moment du coup d'État, le Niger se brouille avec ses voisins, le Bénin, le Togo.
04:04Aujourd'hui, c'est difficile pour le pays d'exporter, même si depuis une semaine environ,
04:11les marchandises agricoles passent de nouveau entre le Bénin et le Niger.
04:15La frontière reste quand même encore assez fermée pour l'uranium.
04:19Et les routes alternatives, elles sont dangereuses, traversées par des groupes djihadistes.
04:24Et donc le Niger a besoin de trouver des voies de sortie ?
04:27Oui, il est aujourd'hui isolé.
04:29L'économie souffre, les recettes manquent.
04:30Et donc, en proposant à la France de récupérer 95 tonnes, Tiani envoie un message.
04:36Il dit en substance, reprenez ce qui vous appartient et trouvons un arrangement.
04:40Même si 95 tonnes, ça représente quand même une fraction de ce qui est à contester.
04:45C'est à peine 10%.
04:46Car le vrai enjeu pour Niamey aujourd'hui, c'est de rouvrir les routes d'exportation.
04:50Ça dépasse complètement l'uranium.
04:52Le gouvernement tente aussi de renégocier un certain nombre de contrats pour d'autres ressources.
04:58Le pétrole, par exemple, avec ses partenaires chinois.
05:01Autrement dit, la jeune veut reprendre le contrôle de ses ressources.
05:04Mais pour transformer cette richesse en revenu, elle a besoin de partenaires et surtout de corridors ouverts.
05:10D'où peut-être ce geste envers la France.
05:13On suivra ça.
05:13Merci beaucoup Christophe.
05:14C'était l'info.
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