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Chaque week-end, l’émission pilotée par Dominique Rizet, consultant police/justice BFMTV, et Pauline Revenaz, traite d’un événement majeur de la semaine, ainsi que d’autres affaires qui sont revenues sur le devant de la scène.
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00:00...
00:10Bonjour à tous, il est 13h, bienvenue dans notre émission spéciale
00:15entièrement consacrée au dossier Epstein et à ses ramifications françaises.
00:193,5 millions de fichiers qui inondent la planète
00:21et qui n'en finissent plus de provoquer des ondes de choc,
00:24des démissions, des ouvertures d'enquête dans plusieurs pays.
00:26La France est touchée car depuis hier soir,
00:29le parquet de Paris a lancé une grande enquête pénale
00:32qui entend reprendre tous les éléments depuis 2019.
00:34Le parquet qui se saisit de trois affaires déjà évoquées ici,
00:37qui nomme des magistrats référents qui vont éplucher ces fichiers
00:41à la recherche d'éventuels français impliqués.
00:43Le dossier Epstein, ou plutôt les dossiers Epstein et ses tentacules françaises,
00:48avant d'aborder ce volet français, direction d'abord l'archipel des Îles Vierges,
00:53la plaque tournante de Jeffrey Epstein,
00:55de là où partait et atterrissait son jet privé, le Lolita Express.
00:59Antoine Lahr est l'envoyé spécial de BFM TV là-bas.
01:02Je me trouve ici à l'est de Saint-Thomas.
01:05On est à dix minutes en bateau de l'ancienne île privée de Jeffrey Epstein
01:09et cette marina derrière moi a longtemps été l'une des plaques tournantes
01:12de son réseau pédocriminel.
01:14Sur ses pontons, Epstein possédait une douzaine de bateaux.
01:18Il servait notamment à transporter des jeunes filles vers son île.
01:21Pour agir en toute discrétion, le financier était devenu l'un des propriétaires du port.
01:25Il pouvait alors naviguer la nuit, à l'abri des regards, en dehors des horaires officiels.
01:30« Autre rouage essentiel des crimes de Jeffrey Epstein,
01:33l'aéroport de Saint-Thomas et plus précisément ces pistes que vous apercevez derrière moi
01:37qui sont réservées aux avions privés.
01:39C'est ici que Epstein faisait atterrir son jet,
01:42un avion au cœur du scandale qu'il avait rebaptisé le Lolita Express.
01:46Des centaines de victimes mineures ont transité par ici.
01:49Jamais leur passeport n'a été contrôlé.
01:51Epstein avait acheté le silence des autorités locales.
01:54Une corruption qui lui a garanti une très longue impunité.
01:57Epstein avait aussi ses habitudes dans cette société de transport par hélicoptère.
02:03Nous cherchons à rencontrer l'un des pilotes qu'il a bien connu, sans succès.
02:07« Je crois qu'il n'aime pas parler de ça.
02:10Beaucoup de gens viennent poser des questions, mais il ne sait rien. »
02:13Comme lui, de nombreux habitants veulent aujourd'hui oublier cette affaire
02:16qui n'en finit plus de ternir l'image de carte postale de leur archipel.
02:20« Restez avec nous, on revient dans un très court instant.
02:23Le parquet de Paris va procéder à une relecture,
02:25une réanalyse intégrale du dossier d'instruction de Jean-Luc Brunel.
02:29On va décortiquer tout ça avec tous nos invités, tous nos experts en plateau.
02:33À tout de suite. »
02:35Le dossier Epstein et ses tentacules françaises.
02:38Avec nous en plateau, Juliette, vous allez nous raconter ce qui vous est arrivé.
02:41Vous avez été mise en contact en France par un homme.
02:44Vous avez pris un vol.
02:45Vous êtes arrivée aux Etats-Unis.
02:46Qui est cet homme d'abord et en quelle année sommes-nous ?
02:48Est-ce que vous pouvez nous raconter comment tout ça s'est déroulé ?
02:51C'était en 2004.
02:52J'avais 21 ans à ce moment-là.
02:54J'étais mannequin professionnel.
02:56Je croise cet homme-là dans la rue qui me demande si je suis mannequin.
03:01Il se présente comme un scout.
03:03Il faut savoir que les recruteurs…
03:04Scout, on dit ?
03:05Voilà, c'est des recruteurs, chasseurs de mannequins.
03:08C'était en France ?
03:09C'était en France, sur les Champs-Elysées.
03:11Il me demande de regarder mon book rapidement.
03:14Il me parle justement des opportunités à New York pour savoir si ça m'intéressait ou pas.
03:17Il se présente ? Il donne son identité ?
03:19Il donne son identité.
03:20Daniel Sillad, il me donne ses coordonnées.
03:22Il me propose de le rappeler.
03:23Je me méfie puisqu'à cette époque-là, j'étais en agence.
03:26J'appelle quand même à ce moment-là mon agence et je demande s'ils connaissent cette personne-là.
03:31Si effectivement il est bien un recruteur, c'est normal qu'ils le connaissent.
03:35À ce moment-là, ils me disent « oui, c'est bon, il n'y a pas de problème, tu peux y aller ».
03:38C'est comme ça que je prends le billet d'avion qu'ils m'ont envoyé.
03:41Un vol de lit ?
03:42C'est un vol classique, Paris-New York.
03:45Et on me donne des instructions.
03:47C'est Daniel qui me donne toutes les instructions.
03:50Donc déjà, quand tu passes l'aéroport, dis bien que tu es là-bas pour du tourisme.
03:54Ok.
03:55On me donne une adresse.
03:57Donc voilà, de l'appartement de mannequin qu'il y avait à New York.
04:01Et je me retrouve là-bas le soir même avec une jeune fille qui était dans l'appartement
04:05qui m'attendait pour me donner les clés.
04:06Jusque-là, pour moi, tout est tout à fait normal, je ne vois pas de problème.
04:11Et on me donne une adresse.
04:12Donc c'est Daniel qui me donne à distance pour le lendemain.
04:14Donc le 457 Madison Avenue.
04:16C'est l'appartement de Jeffrey Epstein.
04:18Vous ne le savez pas en ce moment là-bas ?
04:19Pas du tout.
04:19Non, je ne savais pas qui j'allais rencontrer en tout cas.
04:21Et donc le lendemain, j'y vais et je me retrouve dans cette grande immeuble.
04:27Il y avait plein de monde à l'intérieur.
04:29Et donc c'est un homme qui est assez grand avec un costume gris qui vient et qui me dit
04:35« Juliette, je n'ai pas le temps pour toi aujourd'hui.
04:38Par contre, est-ce que tu peux me donner ton passeport ? »
04:40Donc je lui donne en me disant « Tiens, il fait peut-être des démarches par rapport
04:43à cette mise en contact.
04:45Il me donne 120 dollars et il me dit « Voilà, si tu as besoin, j'ai ma limousine en bas
04:48et tu peux aller faire un tour. »
04:50Donc je vais acheter un téléphone puisque là-bas, ça ne passait pas à cette époque-là.
04:54Et donc voilà, je raconte tout à ma famille et j'y retourne le lendemain.
04:58Parce que forcément, à ce moment-là, on ne l'a pas redonné.
05:00Le passeport, c'était juste qu'il me l'a pris et je ne l'ai pas revu.
05:02Le lendemain, j'y retourne.
05:04Il m'accueille et il commence par faire un petit tour de ses cuisines.
05:08« Si tu as besoin de manger, il y a le cuisinier qui est là, il peut te faire.
05:12Ok, d'accord. »
05:13Après, il me fait monter dans les étages par un ascenseur.
05:16Et là, je me retrouve toute seule avec lui.
05:17Il me fait traverser une salle de musculation.
05:19Dans les détails, je me remarque qu'il y a des photos de parties intimes de femmes
05:23placardées tout autour de la salle de musculation.
05:26Comme un décor ?
05:27Oui, c'est des photos de poitrine, de parties, etc.
05:32Et donc, il m'emmène dans un couloir avec des chambres
05:35et il va dans la chambre du fond, il se met assis sur le lit.
05:38Et je m'arrête au pas de la porte et je le regarde.
05:41Et je lui dis « Je vous préviens, je ne ferai rien. »
05:42Déjà, je me dis au cas où s'il y a quoi que ce soit, le cadre est posé.
05:46Et après, il me dit « Non, c'est bon, tu peux venir. J'ai juste besoin de savoir si ton corps est prêt
05:51pour pouvoir faire des mises en contact avec les agences. »
05:55Et il me demande de me dénuder pour ça.
05:57Donc, ce que je fais.
05:58Il faut savoir aussi qu'en tant que mannequin, j'y suis depuis que j'ai 16 ans.
06:02D'être en plus en tant que même mineure des fois.
06:04Et d'avoir des personnes qui nous demandent de nous dénuder.
06:08Malheureusement, c'est classique parce que c'est du mannequinat et c'est comme ça.
06:11Des fois, il faut mettre des tenues, il faut se changer.
06:13Des fois, on n'a pas le temps.
06:14Des fois, c'est pour des shootings.
06:16Surtout que des fois, il y a même des jeux de photographes
06:19qui essayent à chaque fois de dénuder un peu plus les jeunes filles
06:22pour savoir jusqu'à où elles vont.
06:25Ça peut aussi, évidemment, c'est là où il peut y avoir des dérapages.
06:28Et donc, en tout cas, à ce moment-là, pas d'alerte plus que ça,
06:32même si je reste en vigilance.
06:33Je me dénude en gardant évidemment mes sous-vêtements.
06:35Et c'est là où il me dit, non, non, mais le sous-vêtement aussi.
06:38Le soutien-gorge.
06:38Le soutien-gorge, oui, pardon.
06:40Et donc, je l'enlève, mais toujours en cachant, etc.
06:44Et il me regarde, il me fait le tour, il commence à me toucher.
06:47Il me dit, ça, ça ne va pas, ça, ça ne va pas.
06:49Donc, manifestement, avec mes 12 kilos de moins qu'aujourd'hui,
06:52je n'étais pas encore assez maigre à ses yeux.
06:54Et c'est ce qui va vous sauver ?
06:55Oui, effectivement, parce que là, il me dit, bon, voilà, j'estime à trois mois,
06:58comme par hasard, la durée du visa, la durée qui va te permettre de te remettre en forme.
07:03Je peux te mettre en contact avec mes agences, enfin, mes salles de gym.
07:07Et si tu veux, je peux te proposer du travail, si tu as besoin d'argent d'ici là.
07:11Je dis, OK, d'accord, alors c'est quoi ce que vous me proposez ?
07:14Donc, c'était hôtesse de l'air pour des compagnies privées aériennes et accompagnatrices.
07:20Bon, voilà, je commence à sentir qu'il y a un loup.
07:22Et je me dis, il faut que je parte de là.
07:24Il faut surtout que je récupère mon passeport, parce que je ne l'avais plus.
07:26Vous saviez que le passeport, c'était vraiment le point ?
07:29Il fallait votre passeport ?
07:30Oui, je savais qu'il y avait un sujet là-dessus, donc il fallait que je le récupère.
07:35Et du coup, je fais comme si j'étais OK, super, je vous rappelle demain pour ça.
07:40Par contre, je vous préviens, je ne partirai pas sans mon passeport.
07:42Et c'est là, il me dit OK.
07:44Donc, il faut savoir que le moment où on commence à sortir de la chambre,
07:48je ne sais pas où je vais, je ne sais pas qui est cet homme.
07:49J'ai la peur au ventre, je tremble et je me dis, il faut que j'essaye au moins de récupérer ça.
07:57Il m'emmène dans un bureau, c'est le bureau en plus que j'ai vu récemment sur les images.
08:01Et donc, il ouvre son tiroir et il sort une pile d'une bonne vingtaine de passeports.
08:07Et il est là en train de regarder rapidement.
08:09Il trouve finalement rapidement le mien et puis il me le rend sans opposition.
08:13Il faut savoir qu'à ce moment-là, j'ai 21 ans.
08:1421 ans, c'est la majorité américaine.
08:16Je paraissais plus jeune que mon âge.
08:20Il faut savoir que j'ai toujours été plus jeune et particulièrement à ce moment-là.
08:24Je me demande aussi si c'est peut-être ce qui m'a sauvée.
08:26Peut-être qu'avec le recul, il s'est dit, bon, je pensais qu'elle était plus jeune.
08:29Ça m'aurait intéressée.
08:30Finalement, 21 ans, bon, bof.
08:32Et c'est peut-être pour ça qu'il ne s'est pas opposé aussi.
08:34Donc, de là, je récupère mon passeport et je sors.
08:37Et c'est là où je trouve une astuce pour récupérer mes affaires et de sortir de ça.
08:43Ce témoignage est très, très saisissant.
08:46Enfin, nous, c'est la deuxième fois que vous le racontez, mais nous, à chaque fois, on est saisi.
08:50Comment est-ce qu'il vous parle ? Le mode opératoire, on a compris.
08:53Oui.
08:53Il vous touche, il vous dit des choses, il vous déstabilise.
08:56Oui.
08:57En fait, il y a vraiment le sujet aussi.
08:59Je pense qu'il y a le test aussi de soumission.
09:02Je pense clairement de savoir est-ce qu'elle fait ou pas.
09:04Jusqu'où vous pouvez aller ?
09:07Exactement.
09:08Donc, je ne sais pas.
09:09Peut-être que ce jour-là, particulièrement, il n'y avait peut-être aucun risque.
09:12Mais il faut juste se dire que déjà, en partant de là, moi, j'avais une certaine honte et une culpabilité de me dire.
09:18Déjà, un, je suis là-bas.
09:20On m'a en plus offert un billet d'avion.
09:23On m'a tendu 120 dollars.
09:24Déjà, juste pour ça, je me sentais presque un peu redevable.
09:26Et il faut savoir quelque chose aussi, c'est que quand on est dans ce genre de système,
09:30rapidement, on essaye de nous partager des choses.
09:33Puis alors, nous, quand on est de nature très bienveillante, on a un peu notre filtre de se dire
09:38les gens sont gentils, on peut leur faire confiance.
09:40Non, les gens ne sont pas gentils.
09:41Oui, mais pour le coup, il faut juste imaginer que les victimes qui peuvent arriver dans ce genre d'histoire,
09:46elles ont ce filtre-là de se dire, voilà, moi, je ne sens pas le loup chez les gens,
09:50donc j'y vais et je fais confiance.
09:53Et malheureusement, le moment, le franchissement de cette petite, cette micro, cette étape
09:59qui fait que là, ça devient clair.
10:01Moi, je l'ai vu parce que j'ai eu d'autres expériences, malheureusement,
10:05où derrière, il y avait effectivement des hommes qui ont essayé de soudoyer.
10:08J'ai même vécu des agressions, je pense que comme la majorité des femmes.
10:12Et donc, je savais qu'il y avait des limites qui commençaient à se franchir.
10:15Donc, en fait, c'est votre hyper-vigilance qui vous a sauvé et ensuite, vous avez réussi à vous extirper.
10:19C'est ça.
10:20Laurent ?
10:20Mais Malika, il y a dans le dossier Brunel, le témoignage d'une jeune femme qui se prénomme,
10:26alors ce n'est pas son vrai prénom, Malika, elle a vécu exactement ce que vous décrivez au début.
10:31En revanche, elle n'a pas eu votre chance, elle ne s'est pas sortie de là.
10:34Et alors, vous mesurez à la lecture de ces 32 pages de ce long procès verbal de 2022 qui est glaçant,
10:42ce qui lui est arrivé ensuite, parce qu'elle est comme vous, recrutée par Daniel Siad sur un pont parisien,
10:48alors qu'elle est en train de faire une opération commerciale de distribution de flacons, de parfums.
10:52Et puis, elle va se retrouver chez Epstein, à Paris. Elle va devenir son esclave sexuel, c'est son expression.
10:59Elle est dans une prison de luxe, c'est aussi son expression. Il va la bouger à New York, sur son île, etc.
11:06Il va en faire sa créature.
11:08Il va en faire sa créature deux à trois fois par jour, dit-elle, quand il était à Paris.
11:14C'est vrai que quand on lit ce témoignage, à la fois c'est sordide, bouleversant, elle n'est jamais seule.
11:21Il y a toujours à New York ou à Paris, disons, un harem de quatre ou cinq jeunes femmes, toutes jeunes.
11:30Elle avait 23 ans, elle, en 2013, quand ça lui arrive. Elle en paraît 16, dit-elle.
11:35– Comme vous. – Alors c'est vrai que c'est effrayant de voir l'absence de curiosité face à un témoignage pareil en 2022
11:43et de la justice française, qui en était saisie quand même, et de la police judiciaire française,
11:49dont c'était le boulot, qui l'interroge, d'essayer de voir s'il n'y a pas d'autre cas, de rechercher autour de ça.
11:55Alors elle, elle n'est pas mineure, certes, mais le policier lui demande, il dit, mais vous n'avez pas pu partir ?
12:00Vous n'avez pas voulu partir ? Elle dit, elle décrit, mais alors l'emprise, il faudrait mettre ça dans les manuels de police,
12:05elle décrit l'emprise, la peur, Epstein qui lui dit, celle qui a voulu partir, on l'a retrouvée suicidée quelques temps plus tard,
12:13c'est effrayant. Et c'est effrayant, maître, que devant un témoignage pareil, la justice française se soit arrêtée.
12:22– Ce qui est bouleversant dans le témoignage de Juliette et sidérant dans ce que vous dites,
12:26c'est qu'effectivement, on ne comprend pas les raisons pour lesquelles l'acharnement qu'il y a eu a laissé Jean-Luc Brunel,
12:35qui avait 74 ans, en détention provisoire, alors qu'il avait déjà fait deux tentatives de suicide,
12:42et qu'aujourd'hui on aurait eu un procès, et je pense que les plaignantes auraient été heureuses de ce procès,
12:48parce que c'est une faillite de la justice dans son ensemble,
12:50lorsque un homme de 74 ans finit par se pendre en prison, vous avez parfaitement raison,
12:55pourquoi n'a-t-on pas, à ce moment-là, au moment où il n'était plus,
13:00pourquoi est-ce qu'on n'est pas allé chercher les autres responsabilités ?
13:03– À votre avis ?
13:05– Alors, moi je ne suis pas d'un naturel complotiste,
13:08je pense que cette affaire, la justice, n'avait pas les moyens de la traiter,
13:14je pense que…
13:15– Ce n'est pas qu'une affaire de moyens.
13:16– Alors, je vais vous dire, je vais vous donner un exemple,
13:21on a fait des demandes d'actes d'investigation par dizaines.
13:25– Lesquelles, par exemple ?
13:26– On a demandé des auditions, on parle beaucoup de Mme Maxwell,
13:30on a demandé à ce que Mme Maxwell puisse être entendue,
13:32on a demandé à ce qu'un certain nombre de témoins qui sont cités puissent être entendus,
13:36on a demandé à ce que les fameux fichiers dont on parle
13:40puissent être importés dans la procédure française.
13:43La juge était dans la situation, elle me disait,
13:46« Maître, je suis désolé, je ne peux pas exécuter ces demandes,
13:50parce que depuis quatre mois, je n'ai pas de greffe. »
13:52Parce que vous comprenez, c'est très compliqué d'un point de vue administratif
13:57de gérer vos demandes, parce qu'aujourd'hui, je suis obligé de faire tout avec mes petites mains.
14:01On en est là, madame, dans un dossier comme celui-ci,
14:03alors que mon client avait déjà fait deux tentatives de suicide et était en détention.
14:07Donc il y a quelque chose, et je comprends que ce soit ahurissant,
14:10d'anormal, et là, je pense qu'on peut tous se rejoindre avocats d'association,
14:15avocats de mise en cause, journalistes, etc.
14:17C'est un sujet de citoyenneté.
14:19Donc c'est une faillite, ce que vous dites, c'est que c'est une faillite de la justice ?
14:22Mais c'est un désastre judiciaire absolu.
14:24Et nous avons saisi à l'époque, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti,
14:28d'une demande qui était une demande de saisine de l'inspection générale de la justice,
14:32pour qu'on fasse la lumière sur ces dysfonctionnements.
14:35Et qu'est-ce que ça a donné ?
14:35Ça n'a donné absolument rien, puisqu'on n'a jamais eu même d'accusé de réception.
14:40Vous voyez, on a eu un accusé de réception, on n'a même pas eu un retour.
14:44Donc je pense qu'il faut quand même que chacun fasse...
14:46Je me réjouis qu'aujourd'hui, le parquet réouvre les dossiers et souhaite faire la lumière.
14:51Mais il faut aussi que le parquet fasse son examen de conscience.
14:55Parce que comme le disait Laurent Valier,
14:57il n'est pas normal qu'il n'y ait pas eu de suite à ce que nous avions demandé,
15:02c'est-à-dire une enquête proactive à la lumière des enjeux.
15:06Et donc, cette série de dysfonctionnements,
15:09elle doit amener à une enquête pour éviter que ça se reproduise,
15:13pour éviter que dans d'autres affaires,
15:15les mêmes causes puissent produire les mêmes effets.
15:17Parce que que les choses soient claires, question fière.
15:18Les policiers, ils ont enquêté, ils ont quand même auditionné,
15:23notamment Juliette qui a été reçue à l'office à ce moment-là.
15:27Donc le travail, il a été fait, mais qu'est-ce qui à un moment va dire on arrête ?
15:32Je ne sais pas en l'occurrence, parce que je ne connais pas le dossier.
15:34Ce que je sais, c'est que quand il y a une affaire qui vise un certain nombre de faits,
15:38si on découvre des faits distincts, il faut demander soit l'élargissement de la saisine du juge,
15:43c'est la juge qui la demande au procureur qu'il accepte ou pas,
15:45soit l'ouverture d'un dossier distinct, qu'on appelle une enquête incidente.
15:49Manifestement, ça n'a pas été fait dans ce cas-là,
15:52notamment sur Osciad, dont tout le monde parle aujourd'hui,
15:54qui semble avoir des éléments à charge.
15:56Donc j'espère que ça va être fait maintenant et qu'on va pouvoir progresser.
16:00Je peux vous donner la certitude de la disponibilité de la police judiciaire pour enquêter, ça c'est sûr.
16:05Et comment ils exploitent ? Parce qu'on sait aujourd'hui qu'ils sont allés chez Epstein à Paris,
16:09au 22 avenue Foch, dans ce 800 m², il y a une grande perquisition.
16:13Ils fouillent l'appartement et ils saisissent des ordinateurs, des clés USB,
16:16tout un tas de matériel informatique, un CD-ROM.
16:19Qu'est-ce que ça devient ?
16:20C'est l'illustration de ce que vous dites, c'est-à-dire que sur des milliers de mails
16:24qui sont saisis, on va exploiter les 50 qui concernent Jean-Luc Brunel.
16:29C'est-à-dire qu'on va faire abstraction du reste
16:30et on va se concentrer exclusivement sur ce qui a intérêt Jean-Luc Brunel.
16:34En fait, l'affaire Epstein s'est transformée en affaire Brunel.
16:38Et ça a fait écran de fumée, si je peux dire.
16:41C'est-à-dire que ça a gommé tout le reste.
16:43Mais c'est factuel.
16:44Et c'est ça qu'on s'est battus.
16:46Et je vous assure que moi, je n'ai pas vocation à faire pleurer.
16:51Et a fortiori, lorsqu'on entend votre témoignage, madame,
16:54je pense qu'il faut beaucoup d'humilité sur les responsabilités des uns et des autres.
16:59Mais sincèrement, imaginez, qu'est-ce qui se serait passé
17:02si jamais ces fichiers n'avaient pas été dévoilés ?
17:05Mais M. Siad, et encore une fois, je ne veux absolument pas jeter la pierre,
17:08il est présumé innocent, peut-être qu'il sera en mesure.
17:12Voilà. Mais ça signifie quoi ?
17:14Ça veut dire que ce dossier serait resté l'être morte.
17:18Ça voudrait dire quoi ?
17:18Ça voudrait dire qu'au fond, les témoignages qui sont sortis ces derniers jours,
17:24en réalité, n'auraient eu aucune suite.
17:26C'est quand même assez effrayant.
17:28Mais en plus, ce que vous dites, c'est que si c'est une affaire de moyens
17:31qui, aujourd'hui, explique l'absence de curiosité de la justice il y a quelques années,
17:36probablement qu'on n'aurait jamais fait la lumière,
17:38n'eût été de la publication récente de ces documents aux États-Unis.
17:42C'est-à-dire qu'il aura fallu un aiguillon venu de l'extérieur
17:45pour que la justice se dise, tiens, cette fois-ci,
17:47il faudra déployer les moyens pour s'intéresser
17:49à toutes sortes de pistes qui étaient à notre portée.
17:52Parce que vous dites, dans le lot des mails,
17:53il y en a 50 qui sont retenus.
17:55Donc, apparemment, autour, il y avait peut-être un faisceau d'indices,
17:58pour reprendre une expression populaire ici aujourd'hui,
18:00qui n'en intéressait personne.
18:02Non, mais si vous voulez, je veux aussi,
18:05les services d'enquête, les magistrats font un métier,
18:10vous le savez, extrêmement difficile.
18:12Moi, je n'ai pas vocation à stigmatiser ou à dire
18:15qu'il y a de la passivité, etc.
18:17Mais ce que je veux dire, c'est que les dysfonctionnements,
18:21lorsque les accusations sont aussi lourdes
18:24et lorsque les enjeux sont aussi forts
18:26et lorsque, en 2022, on retrouve quelqu'un pendu dans sa cellule,
18:30je pense qu'essayer de comprendre comment on a pu en arriver là
18:34me paraît la moindre des choses.
18:37Et a fortiori, lorsqu'aujourd'hui, on se rend compte
18:39qu'on aurait dû peut-être passer moins de temps
18:43sur le sujet Brunel et davantage sur d'autres sujets.
18:48Mais ce qu'on découvre, c'est qu'en réalité, avec les files,
18:51Epstein, il a des maisons aux Etats-Unis,
18:53il en a une en France.
18:55Il n'en a pas 50, des maisons dans le monde.
18:58Hors des Etats-Unis, il a cet appartement d'avenue Foch.
19:02C'est une espèce de hub, comme disent les compagnies aériennes.
19:04Il n'a pas de maison en Norvège, en Angleterre, etc.
19:07Il est souvent à Paris, 10 jours par mois à peu près.
19:10Il est très souvent là.
19:12C'est vrai que c'est un carrefour dans son trafic.
19:14Et d'ailleurs, on le voit dans tous les témoignages recueillis par la police
19:17dans l'affaire Brunel, toutes ces filles de l'Est qui vont chercher Siad.
19:21Parce que Siad, son boulot, c'est d'aller dans les pays de l'Est
19:24faire venir des filles en France.
19:26D'en récupérer sur les Champs-Élysées aussi, simplement.
19:28La justice française n'a pas pris...
19:30Maître Gisporti, je vous défendais Brunel, on vous entend.
19:33Mais la justice française n'a pas pris la mesure
19:36de la place tournante qu'était Paris
19:39dans ce trafic de prostitution de mineurs
19:44et d'être humain.
19:46Puisque l'objet, il n'est plus aujourd'hui
19:48de faire le procès de Brunel qui n'est plus de ce monde.
19:51Au-delà de ça, j'interroge juste un fait
19:55qui est qu'il n'a jamais été mis en cause
19:58pour avoir rabattu des femmes.
20:00Ce qui signifie que pour la justice française,
20:03je parle de Brunel, ce qui signifie que pour la justice française,
20:06de ce point de vue-là, il n'y avait aucune charge
20:09et que donc, si Epstein était dans la situation
20:12où on lui rabattait des femmes,
20:15il y avait nécessairement d'autres personnes.
20:17Donc pourquoi ne pas aller chercher ces personnes ?
20:19Pourquoi se focaliser sur ce sujet
20:22alors que l'on sait qu'il y a des complicités
20:24et qu'on ne va pas les chercher ?
20:26Pourquoi ? Parce que je pense que,
20:27et encore une fois, ça n'est pas qu'un problème de moyens,
20:30mais c'est aussi un sujet très compliqué à instruire
20:34parce que les enjeux sont compliqués.
20:36Il y avait une commission rogatoire internationale
20:39qui aurait dû être exécutée,
20:41il y aurait dû avoir un certain nombre de relances
20:42qui n'ont pas été faites, etc.
20:44Alors par exemple, il y a une entraide adressée au FBI.
20:47On a un courrier dans les files de Rémi Yates,
20:50à l'époque procureur de Paris,
20:52qui demande à la présidente de la cour d'appel de Paris,
20:54en copie, et qui demande une entraide au FBI.
20:57Qu'est-ce que ça a donné, ce retour FBI ?
20:59Est-ce qu'on le sait ?
21:01Vous voyez, ça, ça fait partie des nombreux dysfonctionnements.
21:04Nous, depuis le point de départ, on dit
21:07qu'on doit avoir accès aux éléments de la procédure américaine.
21:10Pourquoi ? Parce que c'est les éléments
21:13qui étaient soi-disant les plus incriminants.
21:16On le demande une fois, deux fois, trois fois.
21:19On se rend compte que les éléments de la procédure américaine
21:23sont produits après le suicide de Jean-Luc Brunel,
21:28tandis qu'ils sont sur le bureau du paquet de Paris depuis 14 mois.
21:35Pourquoi ? Parce que ça a été orienté à un mauvais service.
21:38Parce qu'en réalité, il y a eu un problème de circuit administratif
21:41et que pendant 14 mois, ces éléments dont on pouvait considérer
21:44qu'ils étaient assez essentiels ne se sont pas orientés vers le bon service.
21:49Je pense, là encore, que c'est un dysfonctionnement
21:52qui mérite qu'on se pose deux ou trois questions.
21:54C'est un sacré circuit, 14 mois.
21:55Oui.
21:57Maître Bugé, c'est vous qui avez alerté en 2019 au départ.
22:00Est-ce que vous partagez cette analyse de l'aveuglement ?
22:03Vous voyez ce que je veux dire ?
22:04C'est-à-dire un écran, un nom, Brunel,
22:06qui avait cristallisé toutes les attentions des enquêteurs, des magistrats ?
22:09Totalement.
22:10C'est-à-dire que dès qu'on a, notre présidente a eu l'information
22:13que Epstein était en France avant d'être interpellé sur le sol américain.
22:16Elle est interpellée par une amie américaine qui lui dit
22:19« Attention, on a des éléments qui laissent à penser
22:22que M. Epstein avait un réseau en France.
22:26Elle alerte la justice.
22:27Il se passe plusieurs semaines de la même manière
22:29avant qu'on ait une ouverture d'enquête miroir,
22:31avant même que M. Epstein décède.
22:33On l'a enfin.
22:34Et au regard de ce que dit mon confrère,
22:36on voit bien qu'au départ, on ouvre l'arche
22:39pour essayer de trouver des éléments
22:41qui viendraient rattacher à un trafic en France.
22:43Et dès qu'on a, entre guillemets, une tête,
22:45c'est-à-dire M. Brunel, on ferme tout.
22:47Donc c'est vrai qu'on se pose vraiment la question,
22:49surtout quand on entend le témoignage de Juliette,
22:50où on voit bien qu'il y a un mode opératoire
22:52et on n'a pas du tout investigué sur ce mode opératoire
22:54qui laisse toujours à penser
22:55quand on a comme ça quelque chose de systémique,
22:58qu'on a un système qui n'a pas du tout été mis à jour.
23:01Donc ça, c'est vrai que ça pose vraiment question.
23:03On se demande pourquoi.
23:04Alors, il y a une intervention du président de la République
23:07qu'on va réécouter à l'instant,
23:08qui a assez mal vieilli,
23:09qui date d'il y a quelques jours.
23:10Et depuis, évidemment, les choses ont bougé,
23:11notamment grâce au parquet de Paris.
23:14Écoutez.
23:14C'est à la justice américaine de faire son travail,
23:32dit le président de la République, Stéphane Bureau.
23:34Ça, en effet, très mal vieilli,
23:35parce que c'est la justice du monde
23:37qui est aujourd'hui interpellée par l'affaire Epstein,
23:40et pour la France, certainement aussi.
23:41Et donc, ça bouge, ça bouge.
23:42Évidemment, mais je reviens à ce que disait Laurent l'instant.
23:45Le seul point d'ancrage hors des États-Unis de Jeffrey Epstein,
23:49quel que soit le réseau, quel que soit le système,
23:51on peut soupçonner beaucoup de choses.
23:52Il reste maintenant à faire la démonstration,
23:54mais c'est Paris.
23:55Donc, ça interpelle.
23:57Avec un autre loupé, Pauline,
23:58puisqu'on parle de loupé,
23:59qui est celui de ce diplomate français à l'ONU,
24:02rapatrié après une enquête du FBI.
24:05Christian Flech était à l'époque à la PJ,
24:07en poste à la PJ.
24:08On va revenir sur ce cas épineux du quai d'Orsay,
24:10le cas de Frédéric Hédan,
24:11expliqué par Pierre-Louis Bousset.
24:15C'est un développement de l'affaire Epstein
24:22dont le quai d'Orsay aurait préféré se passer.
24:25Le nom de Fabrice Hédan, diplomate français,
24:27est cité près de 200 fois
24:30dans les dossiers liés aux financiers décédés en 2019.
24:34Inacceptable pour le ministre des Affaires étrangères
24:36qui a annoncé saisir la justice.
24:39Je diligeante par ailleurs une enquête administrative
24:42pour contribuer au travail de la justice
24:44et lance une procédure disciplinaire.
24:47C'est en 2010 que démarrent les échanges réguliers
24:49entre Fabrice Hédan et Jeffrey Epstein.
24:51Le diplomate, détaché par la France aux Nations Unies,
24:54fait notamment parvenir des documents
24:56et des rapports de l'ONU par mail aux milliardaires.
24:59Fabrice Hédan est aussi dans le viseur des autorités américaines
25:02pour des motifs bien éloignés des affaires diplomatiques.
25:05On sait, selon Mediapart et Radio France,
25:08qu'en 2013, le FBI avait alerté l'ONU en disant
25:13écoutez, on a parmi, dans notre enquête
25:16sur une détention de fichiers pédopornographiques,
25:19le nom d'un diplomate français.
25:21Fabrice Hédan, de son côté, conteste les soupçons qui le visent,
25:24y compris les accusations de consultation
25:26de contenu pédopornographique.
25:28Le FBI a déjà enquêté et il n'a jamais été poursuivi
25:32et les investigations menées en France sont arrivées à la même conclusion.
25:36Le diplomate a été suspendu de la fonction qu'il occupait au sein du groupe Engie.
25:41À ce stade, aucun lien n'a été établi entre lui
25:43et les crimes sexuels de Jeffrey Epstein.
25:47Alors, difficile de croire, Christian Flèche,
25:48que le Quai d'Orsay ne pouvait pas savoir
25:50et c'est la raison pour laquelle le ministre déclenche aujourd'hui un article 40.
25:55– Alors, d'abord, moi j'étais directeur de la police judiciaire de Paris à cette époque,
25:59je n'en ai pas entendu parler,
26:00mais ceci dit ça aurait pu ne pas arriver jusqu'à mes oreilles.
26:02– Ce genre de cas, ça remonte.
26:03– Ce qui est sûr, c'est que je comprends un peu ce qui a pu se passer.
26:07Il est donc diplomate, il est aux Français, mais aux Nations Unies.
26:12– C'est vrai.
26:12– Donc, il bénéficie aussi d'une immunité.
26:14Donc, si la justice américaine trouve une infraction le concernant,
26:18il peut y avoir un sujet d'immunité.
26:20Ce que l'ambassadeur, manifestement, auprès des Nations Unies a compris,
26:23puisqu'il a décidé de le rapatrier directement en France.
26:27Pas tout à fait directement,
26:28puisqu'il a trouvé plus prudent de passer par le Canada d'abord,
26:31avant de rentrer en France.
26:34Ensuite, la gestion des ressources humaines du Quai d'Orsay
26:40avec toute la capacité de faire un dépôt de plainte en France,
26:44ou de signaler les faits comme ils viennent de le faire seulement maintenant,
26:47et d'ailleurs en ne qualifiant pas les faits,
26:48il y a un deuxième sujet le concernant,
26:50et de demander à ce qu'il y ait une enquête en France
26:53pour consultation, détention éventuelle.
26:56– On est d'accord que ça n'a pas été fait à l'époque, en 2013 ?
26:59– Ça n'a, semble-t-il, pas été fait.
27:01Il y a un deuxième point aussi,
27:02c'est qu'il a, semble-t-il, au travers de ces mails,
27:04donné communication d'un certain nombre d'éléments
27:06internes à la diplomatie française,
27:09dont on peut aussi se poser la question de la légalité.
27:11– Ça, Stéphane Bureau, c'est gravissime en fait,
27:13ça veut dire qu'il y a de toute façon, à chaque fois, des contreparties.
27:15– C'est évidemment ce qu'on doit soupçonner, ce n'est pas gratuit,
27:19et il a plusieurs rôles auprès de M. Epstein,
27:22y compris le renseigner sur la pointure des chaussures
27:25qui seront achetées pour remercier des amis.
27:28Donc c'est tout un système qui est mis en place,
27:31avec, on peut soupçonner des renvois d'ascenseurs,
27:34et puis ce détour par le Canada.
27:36– Oui, qu'est-ce que ça dit, cette exfiltration par le Canada ?
27:38– Que ce n'est pas anodin.
27:40On sait aujourd'hui, parce que M. Stroska n'a été arrêté,
27:44je pense, alors qu'il montait à bord de l'avion,
27:46que la justice américaine, jusqu'aux derniers instants,
27:50peut aller cueillir ceux qui l'intéressent.
27:53– Il a été arrêté aussi parce que la justice américaine
27:56avait levé l'immunité.
27:57– Tout à fait.
27:58– Très rapidement.
27:58– C'est vrai, c'est exact.
28:01Donc, il y avait nécessité de cette étape,
28:05mais donc, le faire transiter par le Canada,
28:06c'est peut-être aussi, ou c'était peut-être s'assurer
28:08que les choses soient plus fluides.
28:10De New York à la frontière, c'est en voiture,
28:134h30, 5h d'auto, c'est très facilement.
28:15Ensuite, passer cette frontière,
28:17particulièrement, j'imagine, pour un diplomate français,
28:20et du Canada, sans souci, partir,
28:22puisqu'il n'y avait probablement aucune enquête,
28:26aucune raison pour que les autorités canadiennes
28:27soient sur l'affaire.
28:29Donc, si on l'a fait, je ne peux pas imaginer
28:31que c'était le système le plus simple.
28:32Il y a des vols New York-Paris,
28:34trois, sinon dix par jour,
28:36et si on a choisi de ne pas faire
28:37le chemin le plus court et le plus rapide,
28:40c'est qu'il y avait un souci.
28:41En fait, c'est évidemment mon intuition.
28:44Et je rappelle, comme je l'ai fait plusieurs fois,
28:45que cette histoire a déjà été racontée
28:47sans qu'il ne soit nommé.
28:49Vincent Jauvert, dans un livre consacré
28:51aux affaires sombres du Quai d'Orsay,
28:53avait raconté cette histoire.
28:54Donc ça, Laurent, c'est le troisième volet
28:57dans le troisième tiroir qui a été ouvert
28:59par le Parquet de Paris hier soir.
29:00Oui, mais d'un autre côté,
29:01on voit bien que tout est lié, Pauline.
29:02Il a besoin, Epstein, d'avoir des contacts
29:05dans les ministères, dans les Quai d'Orsay,
29:07au Quai d'Orsay à Paris, avec les Norvégiens,
29:10parce qu'il a besoin de visas aussi
29:11pour les jeunes femmes qui viennent de Russie,
29:13qui transitent souvent par Paris.
29:15Et on le voit bien dans les files,
29:16il est tout le temps en train de demander des visas.
29:18Il est tout le temps en train de demander
29:20des facilités de passage.
29:21Tout est lié.
29:22Et c'est pour ça que le travail du Parquet
29:25est de prendre un peu de la hauteur
29:27et puis d'essayer d'examiner tout ça
29:29sous cet angle-là, sous un angle,
29:32au fond, on parlait tout à l'heure
29:35de trafic d'êtres humains.
29:36C'est quand même ce qui risque le Daniel Siad
29:38s'il était accroché par la police française
29:41ou la justice française aujourd'hui.
29:43C'est-à-dire, c'est de voir que
29:45chaque petit mail en tant que tel,
29:48c'est pas grand-chose.
29:49On se dit, bah tiens, je voyais, il y en a un...
29:51C'est la somme.
29:52C'est la somme.
29:53C'est les petits cailloux.
29:54Et on parlait du modus operandi
29:55dans le témoignage de, comment s'appelle,
29:58le pseudo qui était donné à cette femme.
29:59Malika.
30:00Malika.
30:01On constate que dans une autre affaire
30:03qui anime Jeffrey Epstein,
30:04j'en ai parlé en début d'émission,
30:05alors qu'il conseille un milliardaire américain
30:07qui a une relation houleuse avec sa maîtresse russe.
30:09C'est exactement le même genre
30:10de menaces voilées qui sont faites.
30:13Tu sais, s'il fallait qu'on prévienne le FSB,
30:15la police secrète russe,
30:18peut-être qu'il pourrait trouver de bonnes raisons
30:21de s'intéresser à toi.
30:23Emprise, menace, préparation psychologique.
30:25Exactement, on est dans la...
30:27De l'emprise à la menace, toujours voilée,
30:29mais un rappel de ce qui a autorité
30:31et qu'on peut, si ça ne se conclut pas bien,
30:34trouver des scénarios beaucoup plus fâcheux.
30:36Juliette, j'aimerais vous donner la parole.
30:38Vous voulez ajouter quelque chose ?
30:39Oui, je vais rebondir par rapport
30:40aussi au pouvoir potentiel qu'il pouvait avoir
30:42puisque ma mère avait contacté à l'époque
30:44un consulat de France aux États-Unis
30:46et il l'avait alerté en disant
30:48qu'il se passait des choses en ce moment-là
30:50avec des mannequins françaises
30:52et qu'il fallait donc faire attention à moi.
30:54Voilà, donc ça l'a aussi encore plus alerté
30:56mais sans trop savoir encore une fois
30:58ce qu'il y avait derrière tout ça.
30:58Donc il y avait un signal d'alerte supplémentaire
31:01qui n'a pas été pris en compte à ce moment-là ?
31:03Évidemment, oui.
31:03Je trouve que la situation actuelle est très intéressante.
31:07Il y a une banque de données,
31:08ces fichiers, c'est une vraie banque de données.
31:10Le parquet de Paris a la bonne organisation
31:13en ciblant des magistrats pour s'en occuper précisément,
31:16en mettant un service de police judiciaire aussi particulier
31:19pour traiter ça.
31:21Et ensuite, il va y avoir un certain nombre de plaintes.
31:23On a déjà des plaintes qui sont déposées,
31:25il y en aura peut-être d'autres.
31:25Et après, au travers de l'examen que feront
31:29les gens qui ont la connaissance complète
31:32des éléments de plainte,
31:33ils pourront donner de ces fichiers
31:35des points particuliers
31:37qui asseoiront la procédure
31:38et qui donneront du crédit aux déclarations.
31:40C'est quoi les prochaines étapes ?
31:42Alors, les prochaines étapes,
31:43c'est effectivement l'ouverture de l'enquête.
31:47Alors on va voir pour l'instant,
31:48elle est confiée à un procureur.
31:49On verra si le cas échéant, à terme,
31:51elle est confiée à un juge d'instruction.
31:53Mais moi, je me réjouis effectivement
31:54que la justice soit saisie.
31:56Pourquoi ?
31:57Parce que là, on est dans une situation
31:58où il faut raison garder également.
32:01Parce qu'entre l'impunité
32:03et la suspicion généralisée,
32:06il faut une voie médiane.
32:07Parce que l'immense difficulté,
32:10et c'est pour ça que la prêche
32:11joue un rôle nécessaire,
32:13c'est que la manière dont ces fichiers
32:15ont été mis en ligne
32:17avec un tri dont on peut se poser les questions
32:21de la manière dont elle a été faite,
32:22crée aussi une espèce de suspicion
32:24qui fait que toute personne
32:27qui aurait croisé une fois Epstein dans sa vie
32:29serait un pédocriminel en puissance.
32:31Et de ce point de vue-là,
32:32c'est effectivement bien que la justice fasse le tri.
32:34L'antidote au complotisme,
32:37c'est la justice.
32:38Et la transparence.
32:39Merci à tous d'avoir éclairé cette édition spéciale
32:42consacrée au dossier Epstein.
32:43Merci de vos analyses,
32:44vos expertises,
32:44vos témoignages.
32:45Et pour prolonger notre réflexion
32:46et cette déflagration planétaire,
32:49depuis 15 jours et cette publication,
32:51le monde vacille et découvre
32:52l'ampleur de ce réseau.
32:53Politique, diplomate,
32:54homme d'affaires,
32:55comment Jeffrey Epstein,
32:56ce prédacteur sexuel,
32:57a tissé sa toile,
32:59sa fortune,
32:59son réseau.
33:00Epstein,
33:01les dernières révélations
33:02du scandale mondial.
33:03C'est un document signé
33:04Raphaël Redon,
33:05Stéphanie Zenati,
33:06Maëlle Janton,
33:07Sophie Herbé,
33:08Emmanuella Braune.
33:09Merci à tous.
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