00:07And this Saturday, his president, the president of Timbuktu Institute, Dr. Bakari Sand, who is with us from Dakar.
00:16Bonjour.
00:17Bonjour.
00:19Alors bonjour Dr. Bakari Sand. Après près de trois ans de guerre, le Soudan est devenue la plus grande crise
00:26humaine au monde de déplacement avec plus de 12 millions de personnes déplacées, des alertes famine officiellement déclarées dans plusieurs
00:34régions du pays.
00:35Comment expliquer cette catastrophe humanitaire qui reste si peu visible et si peu traitée dans les médias internationaux ?
00:43Oui, comme vous savez, la famine est déclarée dans plusieurs régions du Soudan, donc d'Afro du Nord comme cordophane.
00:50Et je pense que l'invisibilité de ce conflit s'explique principalement par trois facteurs.
00:55D'abord, je crois que c'est la concurrence médiatique avec les crises les plus visibles comme l'Ukraine, Gaza
01:01et le Moyen-Orient qui captent toute l'attention et les ressources.
01:04Ensuite, je crois qu'il y a la fatigue des donateurs face à la multiplication des urgences africaines comme le
01:10Sahel, la RDC, l'Éthiopie.
01:12Et enfin, je crois surtout qu'il y a l'accès qui est extrêmement difficile sur le terrain.
01:17Aujourd'hui, les bénigérants bloquent les convois humanitaires, bombardent les infrastructures de santé et rendent encore aujourd'hui les reportages
01:24presque impossibles.
01:26Et je crois que sans images fortes ni des témoignages directs à part du terrain, la crise reste abstraite pour
01:32l'opinion publique internationale.
01:35Docteur, vous déplorez qu'on parle souvent du Soudan comme d'une guerre oubliée.
01:40Quels sont selon vous les principaux facteurs qui expliquent cette indifférence et quelles en sont les conséquences concrètes pour les
01:47populations civiles aujourd'hui ?
01:50Oui, on parle à juste titre d'une guerre oubliée, je le crois.
01:54Et les raisons sont multiples. Aujourd'hui, il y a l'absence d'enjeux géopolitiques majeurs pour l'Occident parce
01:59qu'il n'y a pas de menaces terroristes globales directes,
02:03pas de routes maritimes stratégiques pour eux et pas de risques nucléaires.
02:07Et puis, il y a aussi la complexité du conflit.
02:10Vous savez que ça oppose cette lutte de pouvoir.
02:13Deux alliés de l'Occident, Burhan et le général Emeti, avec des dizaines de milices locales et des ingérences multiples
02:21régionales,
02:22avec les Émirats, l'Égypte, la Russie, le Tchad.
02:24Et malheureusement, il y a un biais structurel, je crois, dans la hiérarchie des souffrances.
02:29Il y a les morts de masse et la famine qui touchent cette région-là.
02:33Mais aujourd'hui, je crois que la famine est utilisée aussi comme une arme de guerre.
02:37Et des enfants sont recrutés de force dans des combats des deux côtés.
02:44Et l'absence d'attention internationale aujourd'hui, qui se traduit par moins d'aide humanitaire et moins de pression
02:52pour en cesser le feu,
02:54ce qui malheureusement est en train de prolonger indéfiniment la souffrance des Soudanais.
03:00Écoutez, face à ce silence, quelles sont les pistes réalistes pour sortir de cette négligence ?
03:08Faut-il davantage de pression diplomatique, un meilleur financement humanitaire, une couverture médiatique plus soutenue,
03:15ou même une initiative régionale plus importante ?
03:19Oui, je crois que pour sortir de cette négligence, il faut agir sur plusieurs leviers en parallèle.
03:23D'abord, je crois que la couverture médiatique et une mobilisation des réseaux sociaux des diasporas soudanaises
03:28pour rendre quand même cette crise plus visible.
03:31Ensuite, il faut un financement humanitaire massif et immédiat, avec le plan 2026 qui était vraiment sous-financé.
03:38Puis je crois qu'il faut une vraie pression diplomatique, avec des sanctions politiques aujourd'hui.
03:43Et ensuite, il faudrait aussi peut-être une vraie pression diplomatique, comme je l'ai dit, avec une conditionnalité des
03:49relations économiques.
03:50Et enfin, il faudrait quand même, à mon avis, une initiative régionale plus forte.
03:55Et aujourd'hui, on voit que cela ne vient pas.
03:58Et il est possible d'éviter que le Soudan devienne une crise chronique, mais il faudra faire beaucoup d'efforts.
04:04Il faudrait, à mon avis, une mobilisation urgente, urgente et coordonnée, et dès maintenant.
04:11Et je crois que c'est tout ce qu'il y a à faire aujourd'hui pour sauver le Soudan,
04:15et que pour que cette crise ne soit pas une crise qui s'étend et qui contamine d'autres pays
04:21ou d'autres régions du continent.
04:24– Merci infiniment, docteur Bakaristan, pour toutes ces réponses.
04:27Je rappelle que vous êtes directeur du Timbuktu Institute,
04:30et que nous avons parlé ensemble de la guerre au Soudan qui dure maintenant depuis plus de trois ans.
04:35– Merci beaucoup.
04:36– Sous-titrage Société Radio-Canada
04:43– Sous-titrage Société Radio-Canada
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