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  • il y a 15 heures
EXIT [ Voie Publique ] ~ song ~ Album ~ Infans # Passé sous silence

Toi en exil,
de la terre de tes pères,
de ta famille, de ta propre chair,
sans plus de nouvelles
de tes enfants,
dont les visages s’effacent
telle une vue de l’esprit,
à mesure que la rue
te fait perdre la face,
ni vu ni connu.

Toi qui vas,
Branquignole,
sans éclat ni beauté,
aujourd’hui qui te verra,
si l’on ne voit
que par l’œil repu
d’un cyclope imbu de selfies ?

Qui découvrira en ta face,
pétrie de trop de nuits,
ton sourire rompu ?

À la rue,
ne tient qu’à un fil ton sort,
caché dans la voie pudique.
Fines sont les chances que tu t’en sortes
sans troubler l’ordre
sur la voie publique :

22, les flics !

Qui de nous verra,
de nos yeux de revues,
le sourire dont tu restes capable,
même s’il ne paraît plus,
à nos regards code barres,
qu’une cicatrice décousue ?

Avec toi j’ai bu
aux déboires des rues,
où psychiatrique est l’asile,
où d’arrêt est la maison,
où l’on ne rencontre que dédale.

Mais par quel chien
enragé ai je été mordu,
si ce n’est par cette Humanité
aux abois ?

À la rue,
ne tient qu’à un fil ton sort,
caché dans la voie pudique.
Fines sont les chances que tu t’en sortes
sans troubler l’ordre
sur la voie publique.

Branquignole,
quand j’y pense,
quelle drôle d’amitié.
En exil de la terre de nos pères,
au désert de nos galères,
nous nous sommes rencontrés.
Nous avions si soif
de nous mêmes,
et il nous a semblé
que nulle eau vive,
ni en nous ni au dehors,
ne pouvait nous étancher.

Nous nous sommes battus
en frères ennemis
le même sein maternel
que nos lèvres n’ont bu.
Et parce qu’aucun amour
n’avait pu nous sevrer,
de s’être suffisamment reçus,
c’est du don de nous mêmes
que nous étions exclus.

À la rue,
ne tient qu’à un fil ton sort,
caché dans la voie pudique.
Fines sont les chances que tu t’en sortes
sans troubler l’ordre
sur la voie publique.

Aux litres aux cent,
combien ça consomme ?
Au “bouge toi d’là” des klaxons !
À la vitesse des bagnoles,
il semble, hélas, Branquignole,
qu’à sens unique ce soit toi
qui, en godasses vraiment,
dépasse les bornes
et s’en va son chemin
d'un pas lent
d’homme hors normes,

Ce pas auquel communie,
selon ta foi, que celui
qu’a mis à pied la zone.

Toi, Branquignole,
qui vas sans éclat ni beauté,
qui de nous pourra reconnaître,
sans que nos tripes ne remuent,
le sourire prophète
de ta face de perdu,
qui se reflète sur nos têtes
de saint Sylvestre,
en notre miroir
de lendemain de fêtes :
à l’heure du pain nu !

À la rue,
ne tient qu’à un fil ton sort,
caché dans la voie pudique.
Fines sont les chances que tu t’en sortes
sans troubler l’ordre
sur la voie publique.

En exil de soi, à la rue,
c’est du don de nous mêmes
que nous étions exclus.

“Le Pain nu”
est ce qu’il reste
quand plus rien ne reste.

À toi, poète du réel :
Cher Mohamed Choukri.

Paroles de Christophe PLOUVIN [Alias Madinx]
Mises en valeur (en musique & chanson)
En qualité d’Auteur ~ Poète ~ Parolier à « IMAGINAL » « 

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