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  • il y a 2 jours
Après la diffusion du documentaire "Boire", Carole Gaessler accueille des invités, experts et témoins, pour un débat consacré à la prise en charge de l'alcoolodépendance. Après avoir souffert d'une addiction à l'alcool, la mannequin et comédienne Noémie Lenoir, a fondé Liberta, une structure qui accompagne les personne dans le traitement des addictions. A ses côtés, Christel Daudignon, l'épouse de David qui témoigne dans le documentaire, Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et d'addictologie à l'hôpital Paul-Brousse de Villejuif, Laurence Cottet, patiente experte en addictologie au CHU de Grenoble, et Nicolas Berrod, journaliste santé au Parisien.

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00:00Musique
00:00Merci à Lou, Charlotte, Baptiste, David, Marie, Jean-François et Rose pour leurs témoignages.
00:14Ils nous ont montré qu'il est possible de trouver le chemin de la sobriété, même si la route est longue et les rechutes nombreuses.
00:21On estime qu'aujourd'hui en France, près d'un million et demi de personnes sont dépendantes à l'alcool.
00:26Alors comment se faire accompagner ? Comment réapprendre à vivre sans cette béquille dans une société où l'alcool est banalisé et associé à tous les bons moments de la vie ?
00:36Ce soir en plateau, en partenariat avec le Parisien et le Média en ligne Néo, on va essayer de mieux comprendre cette maladie qui est la deuxième cause de mortalité évitable après le tabac.
00:49Je vais rejoindre mes invités. Bonsoir à tous et bonsoir à vous Noémie Lenoir.
00:55On vous connaît bien sûr comme mannequin, actrice. Au printemps, vous avez révélé votre addiction à l'alcool depuis des années.
01:06Pourquoi avoir parlé à ce moment-là ?
01:09Pourquoi ? Parce que je voulais libérer la parole sur l'alcoolisme.
01:14J'ai grandi avec un papa alcoolique et je me suis rendu compte que j'étais alcoolique très jeune et que je n'ai pas su comment m'en sortir jusqu'au jour où en 2018, j'ai vraiment sombré.
01:29Je me suis dit, il faut que je me fasse aider.
01:30Et donc aujourd'hui, c'est pour dire à toutes les personnes alcooliques qu'il y a forcément un chemin et il y a de l'espoir et que ça, on peut réussir.
01:42On peut réussir. En tout cas, il faut forcément se faire accompagner.
01:46Cet alcool, il prenait quelle place dans votre quotidien Noémie ?
01:50Trop de place. Comme on dit dans le documentaire, que c'est comme un ex qui est un peu trop collant.
01:58Et donc, à chaque fois, on essaye de s'en sortir. À chaque fois, on essaye toutes les méthodes.
02:04Et en fait, ça revient et ça revient encore 100 fois pire.
02:08Et on n'arrive plus à s'arrêter jusqu'au jour où on se dit, il y a un problème là.
02:14Il faut s'en sortir parce que tu vas détruire ta famille, comme beaucoup d'alcooliques ont détruit.
02:21Et je ne voulais pas ça pour mes enfants.
02:23Je ne voulais pas que ça s'empire et je ne voulais pas que mes enfants puissent dire un jour,
02:28j'ai vu ma mère dans un état comme moi, j'ai vu mon père. Et ça, c'était hors de question.
02:33Mais avant ça, vous étiez prisonnière de l'alcool ou de cette addiction ?
02:38Il n'y a pas un jour où je ne pensais pas à boire.
02:40Il m'est arrivé, à un moment de ma consommation, quand je n'avais pas mon fils,
02:46de me réveiller à 9h du matin, de m'asseoir dans ma cuisine,
02:51de prendre mes cigarettes, d'ouvrir ma bouteille de rosé, si je ne travaillais pas,
02:55et de boire, donc dès le matin.
02:58Et ça n'a pas été une longue période, celle-ci.
03:04Mais quand vous vous réveillez et que vous dites, il va être 17h,
03:07on va pouvoir boire, allez, 17h, c'est l'heure de l'apéro.
03:11Et je traînais avec des gens qui ne faisaient que boire aussi.
03:14Donc j'avais un entourage qui était aussi comme moi pour pouvoir partager ce moment.
03:20Qui était finalement complaisant avec votre addiction, parce qu'eux-mêmes la partageaient ?
03:24Bien sûr. Bien sûr.
03:26Alors je ne sais pas si aujourd'hui, ça s'en rendu compte.
03:29Mais j'ai fait aussi un choix.
03:32Maintenant, aujourd'hui, les gens que je fréquente ne boivent pas.
03:38Mais je peux aussi très bien être avec des amis qui consomment.
03:41Vous disiez que ça a commencé jeune, cette lumière.
03:44En fait, j'ai vraiment la vraie, vraie sensation.
03:48C'était dans une classe de neige.
03:50Ça, c'est enfant.
03:52Oui, c'est enfant.
03:53Parce qu'en fait, il s'était trompé de fondue savoyarde.
03:55Il m'avait donné la fondue savoyarde.
03:56On dit que l'alcool s'était évaporé.
03:59Quand vous avez 12 ans, vous sentez le moindre alcool dedans.
04:02Et j'étais complètement saoule.
04:04Et je me souviens d'être à ma place.
04:08D'être heureuse.
04:10D'être...
04:11Me dire, mais c'est quoi cette sensation ?
04:13Et j'étais tellement heureuse qu'ils se trompent de la fondue que ce n'était pas normal.
04:19J'étais vraiment joyeuse.
04:20Et quelques années après, enfin moi, mes parents...
04:23Enfin, mon grand-père et ma grand-mère, ils ont coupé le vin avec de l'eau quand on allait chez eux le week-end.
04:29Oui, pas l'eau avec le vin.
04:32Et j'aimais pas trop ce goût.
04:35Mais à 19 ans, quand j'ai commencé à goûter vraiment les sensations de l'alcool,
04:40et que je pouvais passer des super soirées, au début, ça commence comme ça.
04:45C'était l'ivresse ou c'était autre chose ?
04:48Ça masquait autre chose ?
04:50Forcément, ça masquait quelque chose.
04:52Parce que j'ai commencé le mannequinage avec 15 ans.
04:56Il faut savoir qu'à 15 ans, normalement, c'est la crise d'adolescence.
05:01Et moi, je devais être là à plaire aux hommes, en petite tenue, dans des catalogues et tout ça.
05:05Donc, j'ai pas connu la rébellion envers mes parents.
05:10Et j'ai grandi comme ça.
05:12Donc, quand j'ai goûté à l'alcool et je me suis sentie pouvoir m'évader de tous ces maux,
05:17je me suis dit, c'est quand même ça qu'il me faut, peut-être.
05:20Et c'est ce que j'expliquais tout à l'heure.
05:22Quand je venais sur des plateaux télé, là, par exemple, j'ai le trac,
05:26je vis mon émotion et je la respecte.
05:31Parce que c'est comme ça que je suis.
05:32Avant, vous auriez pris de l'alcool ?
05:33Avant.
05:35Et d'ailleurs, j'ai regardé des émissions où je sais que moi, je suis complètement bourrée.
05:40Mais ça ne se voyait pas ?
05:41Et ça ne se voyait pas.
05:42Vous disiez tout à l'heure que vous aviez conscience depuis longtemps
05:44que vous aviez un rapport compliqué, voire très risqué à l'alcool.
05:48Mais à quel moment vous avez eu le déclic pour vous dire, là, il faut que je me soigne ?
05:52En 2003, j'avais 23 ans.
05:5523 ans, vous commencez à avoir une première cure ?
05:57Première cure, en France.
06:00Et heureusement, j'ai arrêté en septembre 2003.
06:06Et heureusement, je suis vite tombée enceinte.
06:08J'ai eu mon fils à 24 ans et je n'ai pas bu jusqu'en 2007.
06:14Où j'ai eu un petit choc émotionnel qui m'a rappelé aussi certains moments du passé.
06:21Et qu'est-ce que j'ai fait ?
06:22Il y avait un gros magnum bien chaud et je l'ai ouvert et je l'ai bu.
06:26Et là, c'était redescendre jusqu'en 2010.
06:30Plus, pas de psy, personne pour parler.
06:33Des amis, mon entourage, c'était que des profiteurs.
06:35Ils profitaient de mon argent, ils profitaient de mon statut, de ce que je pouvais avoir.
06:40Et là, la descente aux enfers.
06:43Pendant trois ans, c'était deux bouteilles, trois bouteilles de vin blanc tous les deux jours.
06:50Je me suis sortie de là, j'ai eu ma fille après en 2015.
06:53Et en 2016, je me dis, bon, allez, on peut reboire.
06:59Pas du tout.
07:00Redescente.
07:01Et je me souviens qu'en décembre 2017, on fait un grand repas de famille avec mon ex-compagnon et toute ma famille et sa famille.
07:10Et j'avais une coupette de champagne.
07:12Mais elle ne bougeait pas, ma coupe de champagne.
07:14Mais moi, oui, par contre.
07:15Et mon père, qui était alcoolique, j'ai vu la tristesse dans ses yeux en me disant, mais je sais, Noémie.
07:21Qu'est-ce qui se passait, en fait ?
07:22En fait, j'allais dans la cuisine, à côté du...
07:25Et pourtant, je ne suis pas très vin rouge.
07:27Côté du frigidaire, j'avais posé une bouteille de vin rouge que j'avais ouverte.
07:30Et je disais que j'allais dans la cuisine préparer à manger.
07:32Et en fait, au boulot, je buvais la bouteille.
07:35Et là, mon ex-compagnon est arrivé, il m'a regardé.
07:38Il m'a dit, c'est plus possible.
07:39Et il m'a trouvé un patient expert.
07:43Donc, il me prend rendez-vous avec le patient expert.
07:46On fait des groupes de parole pendant trois mois.
07:48Je tiens jusqu'au jour resombre.
07:51Et ça a duré 24 heures.
07:54Où là, j'ai bu, mais à outrance.
07:58Je ne sais même pas comment.
08:00J'ai pu me réveiller le lendemain.
08:02Et là, j'ai été voir ce patient.
08:05J'ai été le voir.
08:06Je me suis dit, c'est bon, je veux partir.
08:08Je veux partir, je vais tout ruiner.
08:12Je veux partir, c'est-à-dire ?
08:14Je veux aller dans le centre dont tu m'avais parlé à Hachford.
08:17Il m'a dit, on est parti.
08:18Le lendemain, j'étais dans le train pour aller à Hachford.
08:19Et c'est là que démarre une nouvelle vie, une reconstruction.
08:22Et on aura, bien sûr, l'occasion d'en parler.
08:26Aujourd'hui, est-ce que vous considérez en avoir fini avec l'alcool, Noël ?
08:30Non.
08:31Non.
08:32Il y en a, ils vont vous dire qu'ils n'y pensent plus du tout.
08:37Ils peuvent voir de l'alcool, ils peuvent aller en soirée, aller, tout ça.
08:42Je pense que je serai toute ma vie dépendante et qu'il faut toujours que je fasse attention.
08:47Donc, tous les matins, je fais mon petit rituel.
08:50La méditation le matin, je prie, je fais un groupe de parole et va la journée comme ça.
08:58Et le soir, je fais mes gratitudes et je remercie.
09:00Si je n'avais pas ça, qui est mon pilier de ma vie aujourd'hui, qui me structure, je ressemblerais, oui.
09:09J'ai besoin de ça, j'ai besoin d'être accompagnée, j'ai besoin de voir mon psy une fois par semaine.
09:14Toujours de l'hypervigilance, c'est ça, aujourd'hui, votre vie aussi par rapport à l'alcool ?
09:19Mais douce.
09:21Pas la vigilance comme avant où je disais, je ne vais pas boire.
09:24Non, je passe ma journée, je passe mes 24 heures, parfois je n'y pense pas, mais j'ai besoin de mon petit rituel.
09:34Et quand je vois ma vie aujourd'hui où je prends du plaisir à voyager, voir mes enfants grandir, aller aux anniversaires de mes enfants et ne pas être bourré,
09:43mais les voir être heureux, comme dans le documentaire Les jumeaux de David, c'est ça quoi, ça vaut tellement le coup, tellement le coup de devenir sobre.
09:55De l'espoir, une renaissance, un espoir.
09:59Et je vous vois sourire, Christelle de Dignon, parce qu'on a parlé de David, votre époux, on vous a vu dans ce documentaire,
10:05David qui est sobre depuis huit ans maintenant.
10:09Comment va-t-il depuis la fin du documentaire qui a été tourné en juin 2024 ? Comment il va ?
10:14Il va très bien.
10:15Oui, moi je l'ai croisé en régie.
10:16Il va très bien.
10:18Bon, lui, il a consacré maintenant sa vie depuis bientôt quatre ans à accompagner à son tour ceux qui souffrent d'addiction.
10:27Et oui, je me reconnais beaucoup dans ce que dit Noémie quand tu parles des enfants.
10:31En fait, David, il a perdu plein d'années avec ses enfants.
10:35Des années volées, dit-il.
10:36Des années volées, oui, vraiment.
10:38Oui, vraiment, parce qu'il est passé à côté de beaucoup de choses à cause de l'alcoolisme, de ses états d'ébriété où il n'était pas du tout conscient.
10:49Donc oui, il y avait une urgence à rattraper, mais j'avais envie de rebondir sur ce que tu disais,
10:53qu'aujourd'hui, tu as besoin d'un rituel, que c'est encore difficile, que tu sens une fragilité.
10:57Tout ça, je pense que ça, c'est avec les années.
10:59La sobriété heureuse, c'est avec les années que David est allé vers ça.
11:04Aujourd'hui, il la vit pleinement, mais ça n'a pas été dès le départ.
11:07Il parlait dans le documentaire d'une renaissance.
11:09Pour vous aussi, ça a été une renaissance ?
11:11Complètement, ça a été une renaissance.
11:14Moi, je dis souvent que je suis tombée deux fois amoureuse de David.
11:18Une fois quand je l'ai rencontré et la deuxième fois, quand il a arrêté de boire et qu'il est devenu, qu'il a changé.
11:24Parce que voilà, il a véritablement changé.
11:27Et là, j'ai découvert une autre personne différente.
11:30Et voilà, oui, c'était une véritable renaissance.
11:34Bien que paradoxalement, après, pour les proches, c'est difficile aussi, l'arrêt.
11:39C'est un moment où, paradoxalement, j'étais complètement perdue et pas forcément moi bien.
11:45Vous aussi, vous avez dû reconstruire et vous reconstruire.
11:48Tout à fait, parce qu'à ce moment-là, je me suis retrouvée dans une position où je ne servais plus à rien.
11:54J'ai voulu être son sauveur pendant des années.
11:59Et puis d'un seul coup, je n'avais plus rien à sauver du tout.
12:02Et là, la position du proche, c'est qu'on se rend compte qu'en fait, on a bâti notre vie autour de la personne.
12:08C'est pour ça qu'on voulait que vous soyez là, Christelle, pour témoigner aussi à la fois de la souffrance,
12:12mais aussi de l'aide que les proches peuvent apporter à une personne qui est dépendante à l'alcool.
12:16En tout cas, il y aura de l'espoir dans cette émission.
12:18Dire qu'il y a des voies, qu'on peut trouver des voies vers la sobriété.
12:22Ce n'est pas vous qui allez me contredire, professeur Benyamina.
12:25Bonsoir.
12:26On vous a vu, justement, animer le groupe de parole dans le documentaire.
12:29Vous êtes spécialiste des addictions.
12:31Vous en avez fait un livre, le manuel du premier secours.
12:34Trouver la force de vous libérer.
12:36Alors, avant de trouver la force de se libérer, il faut déjà savoir si on est enchaîné à l'alcool.
12:41Alors, est-ce qu'il y a des signaux qui doivent nous alerter pour nous dire,
12:45là, dans un comportement à risque, ça peut basculer ?
12:48L'alcool est une maladie de la liberté.
12:50On se rend vite compte qu'on a un problème avec l'alcool lorsque,
12:53combien même on ne boit pas, il est présent dans l'esprit, il est présent quelque part.
12:57C'est vraiment quelque chose qui, de manière réelle ou virtuelle,
13:02vous a assiégé, assiaise votre vie, votre existence.
13:05C'est vraiment une pathologie de la liberté.
13:07On se lève, on boit, ou alors on y pense.
13:10On boit et on a des dommages qui s'installent, c'est-à-dire des dommages physiques, psychologiques.
13:14Et on se rend petit à petit pas compte que finalement, l'ensemble de son existence
13:20est altéré par la présence ou la consommation de l'alcool.
13:23C'est la araignée qui vient tisser sa toile dans tous les instants de vie.
13:27Complètement.
13:27Alors comment justement être en amont ?
13:29Parce que je me dis, voilà, on est peut-être nombreux à boire le week-end,
13:33il y a les dîners entre amis, les fêtes de famille, il y a les anniversaires des uns et des autres.
13:37Comment on fait pour se dire, j'ai un rapport, je suis toujours en contrôle ?
13:40Alors la première des choses, et c'est la question que tout le monde nous pose
13:43quand on s'occupe de ça, à partir de combien je suis alcoolique ?
13:48Évidemment, c'est normal que les gens posent la question.
13:50Ce n'est pas une question de quantité.
13:52C'est une question de rapport au produit.
13:54À partir de quand on a le sentiment qu'un verre vient jouer un rôle particulier ?
14:00C'est-à-dire que ce verre, il vient rompre avec un déséquilibre, un mal-être.
14:05Dès qu'on le boit, on est bien.
14:07On est stressé, on boit un verre.
14:08On a l'impression que si on ne le boit pas, on n'est pas totalement soi-même.
14:13Donc c'est le rapport à ce produit.
14:15Cet alcool que l'on consomme, finalement, vient boucher un trou,
14:18vient boucher quelque chose, quelque part.
14:21Ça, c'est important.
14:21Et ensuite, il y a des phases.
14:23Il y a un rapport nocif à l'alcool, il y a un abus qui s'installe.
14:26On ne le voit pas parce qu'on est toujours moins alcoolique que le voisin.
14:30Et ensuite, à un moment donné, la consommation de ce produit est nécessaire pour fonctionner.
14:35Si je ne bois pas, je trempe.
14:36Si je ne bois pas, je ne me lève pas.
14:37Si je ne bois pas, je ne peux pas aller bosser.
14:39Et puis, à un moment donné, boire devient la seule façon de pouvoir exister.
14:45Et on a conscience, au fond, on a conscience qu'on est dans un chemin qui est un chemin terrible
14:51parce qu'il y a des signes qui apparaissent.
14:53On a mal à l'estomac, on a mal à la tête, on commence à prendre du poids.
14:57Son aspect change.
14:58Les rapports aux autres changent.
15:00Et on le dénie.
15:01Le terme a été beaucoup dit.
15:04On le dénie.
15:04Le déni, ce n'est pas le mensonge.
15:06Le déni, c'est un mécanisme de défense qui permet de continuer à vivre.
15:09S'il n'y a pas de déni, on ne vit pas parce qu'il n'y a pas de solution par ailleurs.
15:12On est livré à soi-même.
15:14On se retrouve d'une certaine manière.
15:15On rapporte totalement de domination par un produit.
15:18Je peux vous dire que, ça a été dit par mon collègue dans le reportage,
15:22il y a un certain nombre de critères qui sont des critères qui nous permettent de savoir
15:26qu'on n'en est pas plus de deux verres par jour pendant dix jours.
15:28On arrête pendant 48 heures.
15:30Mais je peux vous assurer que j'ai des patients qui ont fait des cirrhoses du foie,
15:34qui ont des problèmes d'alcool avec une quantité d'alcool moindre.
15:37On est bien obligé de signaler un certain nombre de niveaux de consommation
15:42pour annoncer que les problèmes arrivent après cela.
15:46Donc là-dessus, il faut être très clair.
15:47En tout cas, il faut d'abord s'interroger sur ce que ça change dans nos rapports aux autres et au monde.
15:51Et à soi-même.
15:52Je voulais être, disons, littéraire et non pas scientifique
15:55pour que tout le monde comprenne ce vers quoi il faut s'attendre
15:59lorsqu'on a un problème avec sa propre liberté.
16:00Mais il y a quand même effectivement un test, une auto-évaluation de l'OMS
16:04avec des nombres de jours.
16:05Et ça, on peut aller sur les sites officiels pour le trouver et faire le petit test.
16:08Complètement.
16:09Vous avez aussi dans l'ouvrage, mais je ne suis pas le seul.
16:11Exactement.
16:11Avec des petits points.
16:12Il y a des petites questions qui nous permettent de savoir où on en est.
16:15De bien s'interroger.
16:17Laurence Côté, bonsoir.
16:18Vous sillonnez la France depuis plus de dix ans pour alerter sur les ravages de l'alcool.
16:22Vous avez sorti ce livre « Non, j'ai arrêté ».
16:25Vous racontez ce que vous appelez être une alcoolique, aujourd'hui abstinente.
16:29L'alcool, vous disiez, ça tisse sa toile au quotidien.
16:34Ça a été votre cas depuis tout jeune.
16:37Six ans.
16:39À six ans, je vide les fonds de verre des grands.
16:43Mais surtout, la nuit, parce que je suis une petite fille angoissée, en manque d'amour,
16:47je descends l'escalier, je vais dans le petit salon,
16:50je vais vers le meuble en coin et je choisis les bouteilles d'alcool les plus sucrées,
16:55le Cointreau et le Grand Marnier, et je bois au goulot.
16:59Est-ce que vous avez compris que ça vous rendait plus heureuse ?
17:02Alors, je n'avais pas compris.
17:03J'avais trouvé la solution pour calmer.
17:05J'ai que six ans.
17:06Mais je calme cette angoisse, cette souffrance de la petite fille
17:09qui n'est pas aimée dans une fratrie où les parents ne s'entendaient pas.
17:14Ce n'est pas de leur faute, mais je pose le cadre.
17:16Et donc, vous voyez, si on m'avait dit à l'époque, attention, pas l'alcool.
17:22Si on m'avait dit les parents.
17:23– Bien sûr, le premier rôle, c'est les parents, voire les professeurs.
17:28Mais à l'époque, rien n'était dit.
17:30À l'époque, même, l'alcool était dans la cantine.
17:33On le voit dans le doc.
17:35Donc, moi, je suis toute petite, je trouve cette solution.
17:39Et je ne savais pas qu'à l'époque, je suis en train déjà d'habituer mon cerveau
17:43à cette molécule éthanol.
17:45Et puis après, tout va aller très vite.
17:47– L'alcool ne vous a plus jamais quitté, finalement ?
17:49La toile se tisse, et tu ne l'as pas encore dit, Amine,
17:53mais pour moi, être alcoolique, c'est être obsédé.
17:57Quas-y, Noémie !
17:59Moi, j'aime bien l'obsession.
18:00C'est-à-dire, le matin, parce que ça m'a propulsé de faire une belle carrière,
18:04mais j'ouvre mon calepin, je regarde mes rendez-vous,
18:08et je m'organise de telle manière qu'à tout moment,
18:11cette obsession va s'atténuer,
18:13parce que j'ai des plages pour aller consommer,
18:15en cachette, dans les toilettes des femmes, etc.
18:17Ce n'est pas une vie, ça.
18:20– Ce n'est pas une vie, jusqu'à 2009, janvier 2009,
18:24vous écroulez devant vos collègues,
18:25et là, c'est tout le travail que vous allez faire
18:27à partir de là, dont on va parler.
18:30Mais de cette expérience, vous avez voulu en faire un combat,
18:33et que cette expérience, elle serve à d'autres,
18:35et notamment, c'est vous, il faut le savoir,
18:36qui avez importé le janvier-sob, le dry january,
18:39qui vient de Grande-Bretagne.
18:42Est-ce que ça, c'est un bon moyen,
18:44on parlait d'évaluation de sa consommation personnelle,
18:46c'est un bon moyen de se tester au mois de janvier ?
18:49– Écoutez, ça faisait des années que je me posais la question,
18:53mais quand est-ce qu'on va bouger pour alerter sur ce produit alcool,
18:58et permettre aux gens de se poser la question,
19:01est-ce que mon rapport est normal ?
19:03Alors, c'est vrai que le 4 janvier 2019,
19:05je lance sur un réseau social,
19:07mais après, ça a été repris par bien d'autres,
19:09je ne suis vraiment pas toute seule.
19:12C'est vrai que, là, on prépare la 8e édition,
19:14mais c'est vrai qu'on a pris l'habitude sans les pouvoirs publics,
19:19on n'a, à la limite, pas besoin d'eux.
19:21Comme ça, on n'est plus libre en parole.
19:23Mais le 1er janvier, on invite les gens à se tester
19:26et à se dire, tiens, aujourd'hui, je ne vais pas boire,
19:28je ne prends pas mon petit whisky ce soir.
19:31Et si c'est un problème,
19:32c'est-à-dire si j'ai du mal à ne pas le boire,
19:34eh bien là, il faut déjà se poser la question
19:37de sa relation à l'alcool.
19:38Nicolas Béraud, vous êtes journaliste aux Parisiens,
19:42notre partenaire, journaliste notamment spécialiste
19:44des questions de santé,
19:45le Drive January ou le Janvier Sob,
19:47je sais que vous préférez ça, Laurence Côté.
19:50Est-ce que ça a montré son efficacité pour se tester ?
19:53Oui, et ça montre aussi son efficacité
19:55sur sa santé, la confiance en soi.
19:57Donc, en France, c'est arrivé en 2019,
19:59comme ça a été dit,
20:00mais ça vient à l'origine du Royaume-Uni,
20:02où ça a été lancé en 2013.
20:03Donc, on a plus de recul outre-manche.
20:05Et on a maintenant des études qui ont été faites,
20:07des données, notamment une étude
20:09qui a été faite en 2018,
20:10où des chercheurs anglais ont suivi
20:123 000 personnes adultes
20:13qui avaient fait le Drive January
20:15et 3 000 qui ne l'avaient pas fait,
20:16donc qui avaient continué à boire en janvier.
20:19Et ça a montré plusieurs choses intéressantes.
20:21Déjà, parmi celles qui ont fait le Drive,
20:22comme on dit, plus des trois quarts
20:24avaient mieux dormi,
20:26avaient ressenti une meilleure conscience en elle,
20:27avaient fait des économies aussi, d'argent.
20:29Donc, ça a eu un effet direct sur le moment.
20:32Et puis, ce qui est aussi intéressant,
20:33c'est qu'à moyen terme,
20:34si on interrogeait ces gens 6 mois plus tard,
20:36pendant l'été,
20:37celles qui avaient fait le Drive,
20:38les personnes qui avaient fait le Drive,
20:40buvaient moins toujours en août qu'avant.
20:43Donc, ça ne veut pas dire que tous buvaient moins,
20:45mais en moyenne, ils buvaient moins.
20:47Tandis que ceux qui n'avaient pas fait le Drive,
20:48buvaient toujours autant.
20:49Donc, ce n'est pas parce qu'on s'abstient pendant un mois
20:51qu'on va revoir après comme avant.
20:53Ce n'est pas ce que montrent les études,
20:54ce n'est pas ce que montre maintenant le recul qu'on a.
20:56La France et le Royaume-Uni,
20:57ça reste deux pays assez proches,
20:59qui ont à peu près les mêmes populations,
21:01les mêmes catégories sociales.
21:02Donc, si ça a marché là-bas, ça va marcher en France.
21:04Maintenant, il faut sans doute davantage,
21:06encore qu'on ne le fait aujourd'hui,
21:08faire parler de ce défi,
21:10qui est une initiative très intéressante.
21:12On estime que 5 millions de Français l'avaient fait en 2024.
21:15Dans les sondages,
21:15ils sont un petit peu plus nombreux à vouloir le faire.
21:18Donc, il faut continuer.
21:19C'est un très bon outil et qui porte ses effets.
21:21En tout cas, en 50 ans,
21:22on a remarqué que la consommation d'alcool en France,
21:25elle a été divisée par deux.
21:27Est-ce que ça veut dire
21:28qu'il y a moins de personnes dépendantes à l'alcool,
21:31ou c'est décorrélé de ça ?
21:33C'est une très bonne nouvelle, évidemment.
21:35Mais quand on regarde dans le détail,
21:36cette forte baisse de la consommation d'alcool par habitant en moyenne par an,
21:40elle dissimule des tendances un petit peu différentes.
21:43Déjà, elle est en immense majorité portée par la baisse de consommation du vin.
21:47Les spiritueux, c'est stable.
21:49Et la bière, ça a même tendance à légèrement augmenter,
21:51comme s'il y avait un déport du vin vers la bière.
21:53Donc, ce n'est pas une consommation de tous les alcools qui est en baisse.
21:56Et puis, par ailleurs, on voit dans certains groupes de population,
21:59notamment dans les femmes adultes,
22:00qu'il y a une hausse du nombre de celles
22:03qui font ce qu'on appelle des alcoolisations ponctuelles importantes.
22:07Comme les jeunes, le binge-rinking et tout ça.
22:10Comme les jeunes, le binge-rinking.
22:10Les jeunes disent, entre guillemets, se bourrer la gueule, si je peux me permettre.
22:13Voilà, ce genre d'épisode.
22:15Vous dites « chez les femmes ».
22:16Ça, c'est un phénomène qu'on constate.
22:17C'est une étude qui est sortie un an et demi de Santé publique France.
22:20Ça rattrape les hommes.
22:21Et c'était, en tout cas, cette étude montrait ça,
22:24qu'il y avait une augmentation chez les femmes de plus de 35 ans.
22:27Mais selon les études, on voit aussi que parfois,
22:29chez les jeunes, il peut y avoir ça, etc.
22:30Donc, le nombre de consommateurs quotidiens diminue.
22:33La consommation annuelle moyenne diminue.
22:36Mais il y a comme ça des épisodes d'alcoolisation vraiment massifs
22:40pendant une soirée, pendant une nuit, pendant un épisode très festif,
22:43qui peut entraîner des comas,
22:44qui peut entraîner aussi des conséquences graves pour la santé,
22:47et qui peut aussi dissimuler une sorte d'addiction.
22:49Parce qu'on peut boire légèrement toute la semaine,
22:51et puis boire énormément d'alcool le week-end.
22:53Et c'est un besoin aussi ?
22:54Et c'est un besoin.
22:55Et ne pas considérer qu'on pourra faire un week-end,
22:58une soirée sans boire, parce qu'il y a ça aussi.
22:59Et donc, l'intérêt du drive januari,
23:01c'est aussi de ne plus boire de façon très intense lors des soirées.
23:06Je voudrais dire juste un point extrêmement important
23:08qui a été à la fois abordé par Laurence et par Nicolas.
23:11Le défi de janvier, parce qu'on l'a appelé comme ça pour des facilités,
23:15le drive, des fois, c'est un peu compliqué,
23:16il a un effet intéressant, parce que c'est une initiative citoyenne,
23:21portée aussi par une inter-association,
23:24et qui a été… tout le monde s'en est saisi.
23:26Et ça devient un rendez-vous que vous portez, vous, journalistes,
23:29et qui a un effet sur la prévention qui est remarquable.
23:33Je pense qu'on n'a jamais fait mieux en matière d'addiction
23:36que ce mois de janvier,
23:37qui est un mois au cours duquel il y a un élément extrêmement important,
23:41la dénormalisation.
23:43Boire, c'est tout à fait normal en France,
23:45ne pas boire, vous passez pour quelqu'un
23:47qui est un mauvais coucheur,
23:49on l'a vu d'une certaine manière dans le document,
23:51mais pendant le mois, vous pouvez dire
23:52« je ne bois pas, je fais le défi ».
23:53On ne vous mettra pas de pression,
23:55parce qu'on en parlera de cette pression sociale qui dure.
23:58Noémie nous a dit qu'elle a commencé jeune,
24:00Laurence Côté aussi.
24:01Commencer jeune, ça c'est un message aussi,
24:03est-ce que ça veut dire qu'on crée plus fortement
24:06une addiction à l'âge adulte ?
24:07Alors ça, c'est vraiment un élément extrêmement important.
24:10Toute consommation de drogue,
24:11l'alcool étant une drogue,
24:13est un facteur de très mauvais pronostics.
24:15On parle en général de la frontière des 15 ans.
24:18Pour une raison qui peut se comprendre,
24:20que tout le monde est en capacité de comprendre,
24:22le cerveau est en maturation,
24:24jusqu'à très tard, on ne le voit pas.
24:26Évidemment, on pense que l'adulte installé
24:28à partir de 15-16 ans dans les attributs de l'homme et de la femme,
24:30mais la boîte crânienne est souple
24:32et le cerveau continue à maturer jusqu'à 23-24 ans.
24:35Et tant que le cerveau mature,
24:36il est très sensible aux sollicitations des produits toxiques,
24:39notamment l'alcool et les drogues.
24:41Et donc clairement, ça va d'abord,
24:44pour ce qui est de l'alcool qui est un produit toxique
24:45pour le cerveau, directement endommager les neurones.
24:49Et en même temps, ça va faciliter, ça va...
24:52Créer une sorte de mémoire, c'est ça ?
24:53Une mémoire dans une zone qu'on appelle le système de récompense
24:57qui sera plus sensible à la fois à l'alcool,
24:59mais aussi aux autres drogues.
24:59Donc très clairement, plus tard,
25:01on fait l'expérimentation de l'alcool et mieux c'est.
25:04Donc en tout cas, après 24 ans, si on devait le faire.
25:06Au moins, si on pourrait, évidemment.
25:08Mais ça, c'est dans un monde de rêve idéal.
25:11Mais plus tard, le plus tard est le mieux.
25:14Alors, si on voit qu'on a un problème avec l'alcool,
25:19vous, de votre expérience,
25:20le premier réflexe, c'est quoi ?
25:23C'est déjà en parler, c'est trouver un médecin, Noémie.
25:26On va parler de votre expérience
25:27et après, on va voir avec le professeur Benjamina.
25:29– C'est de se rendre compte, la première étape,
25:31c'est de se rendre compte qu'on est dépendant
25:34et qu'on a un problème face à l'alcool.
25:37Parce que je pense, vous êtes tous d'accord avec moi,
25:39que si on ne se rend pas compte qu'on a un problème,
25:42notre famille peut jeter l'alcool,
25:44tout le monde peut nous dire qu'on a un problème.
25:46Tant qu'on est, comme on le disait, dans le déni,
25:49ça ne fonctionne pas.
25:49Donc la première étape, c'est de se rendre compte
25:51qu'on a un problème face à l'alcool ou la drogue.
25:53Mais ça, le déni, quand on est tout seul,
25:56c'est plus compliqué de le combattre.
25:58Laurence Côté, vous disiez que justement,
26:00rester seul, ça, c'est vraiment pas ce qu'il faut faire
26:03quand on a cette confiance.
26:04– Non, il faut en parler.
26:06Sincèrement, quand on est vraiment dans cette obsession de l'alcool,
26:10seul, on ne s'en sort pas.
26:11Au contraire, on s'épuise et on perd confiance en soi.
26:14C'est ce que j'ai connu.
26:15J'ai perdu d'ailleurs des années,
26:16parce qu'à l'époque, on ne parlait pas de cette maladie alcoolique.
26:19On n'a pas encore dit le mot maladie.
26:21Moi, c'est quand le médecin m'a dit,
26:23mais madame, ça n'est pas de votre faute.
26:24Vous êtes tout simplement malade, je peux vous aider.
26:27Et là, le déni, on ne parle plus de déni.
26:30Je n'ai même plus honte de ce que je suis.
26:32Je suis tout simplement malade.
26:34Et là, j'accepte l'aide qui va m'être apportée par un médecin
26:38et ça va marcher.
26:39Et après, il y a les associations d'entraide.
26:41On ne peut pas passer à côté, heureusement qu'elles sont.
26:43Mais je voudrais qu'on s'arrête sur cette phase,
26:45parce que sortir du déni, c'est mettre le mot,
26:47ce que vous disiez, Laurence, et vous aussi, Noémie.
26:50On va en parler avec vous également, Christelle.
26:52C'est quand on met le mot maladie sur ce qui vous arrive.
26:55Ça, c'est extrêmement important.
26:57On a mis du temps et la science nous a permis de parler de maladie
27:01parce qu'on a identifié le cheminement neurobiologique et psychologique
27:06qui amènent les personnes pour la même quantité.
27:08Certaines à être libres, d'autres ne le sont pas.
27:10Elles deviennent malades.
27:12Ça, c'est important.
27:12Et on a en France un système de soins qui est intéressant,
27:16ce qu'on appelle le système curatif.
27:18La prévention en matière d'alcool pêche.
27:20Et pire encore, lorsqu'on est une femme, il y a la stigmatisation,
27:24il y a la culpabilité qui est encore plus importante.
27:26Je parle de ça parce qu'on a deux femmes qui témoignent
27:28à visage découvert de leur histoire et elles font avancer beaucoup les choses.
27:32En France, il y a un trou dans la raquette, il faut le dire.
27:34C'est ce qu'on appelle l'information générale sur l'alcool.
27:38On parle des problèmes liés au cancer, on parle des morts, on parle des cirrhoses, on parle des accidents.
27:44Mais la problématique de l'addiction liée à l'alcool, il n'y a pratiquement pas d'information là-dessus.
27:49Et lorsque les pouvoirs publics ne font pas leur travail de certaines manières en matière de prévention générale,
27:54on ne peut pas se saisir de ce discours pour demander de l'aide.
27:58C'est ce qu'on ne se considère pas comme malade et on a de la culpabilité, de la honte.
28:03Bien sûr. Et on a aussi un rapport à l'alcool qui est un rapport quasi fou.
28:07C'est un produit du plaisir et du partage.
28:11Et lorsque la personne, on est malade, on la rejette.
28:14Lorsqu'elle maîtrise et qu'elle consomme avec nous, c'est le bon vivant, je le fais tard.
28:19Mais quand elle boit beaucoup et qu'elle commence à dérailler, c'est l'alcoolique.
28:22On a un rapport à ce produit qui est un rapport assez fou en France.
28:28Christelle, votre époux David, est-ce que lui aussi, il a dû entendre ce mot,
28:34vous êtes malade, ce n'est pas de votre faute.
28:36Est-ce que ça a changé à ce moment-là ?
28:38Oui, ça a beaucoup changé.
28:41Alors David, il a eu quand même cet avantage qu'il a se déni.
28:44Il en est très vite sorti.
28:45Très vite, il a eu cette prise de conscience de dire, non, là, j'ai vraiment un problème.
28:50Par lui-même ?
28:50Par lui-même, il le savait.
28:52Mais je pense que tout le monde le sait, en fait, au fond.
28:54Oui, mais qu'est-ce qui fait qu'on en sort plus vite que d'autres ?
28:56Un jour, il m'en parle.
28:58Je pense que déjà, le fait d'en parler, ça c'est sûr, rompre l'isolement, en parler.
29:02Le jour où il me le dit, moi je tombe de mille étages parce que jamais je n'aurais pensé…
29:06Vous n'aviez pas vu de signaux d'alerte ?
29:08Non, non, non, parce que l'alcool, il est partout, il est présent tout le temps.
29:12On boit tous.
29:14En quoi c'était un problème ?
29:15Je savais qu'il avait quand même une capacité, puisque les autres,
29:18le lendemain, il pouvait recommencer à boire.
29:20Nous, on ne pouvait plus.
29:21Oui, mais ça, on en a beaucoup, des amis, qui ont cette capacité à remondir.
29:25Voilà, mais…
29:25Souvent, en cachette aussi.
29:27N'oubliez pas, il y a ce qu'elle voyait, Christelle…
29:29Là, il lui est en cachette, vraiment.
29:30Voilà, ce qu'elle ne voyait pas.
29:31Il y en a beaucoup d'amis alcooliques qui ignorent, et qui s'ignorent, et qu'on ignore.
29:35Parce que le déni va dans les deux sens.
29:37Celui qui regarde et celui qui le vit.
29:39Et l'alcool, donc, est normal, comme vous disiez tout à l'heure.
29:41Donc, lui, il est sorti sur le déni ?
29:43Très vite, il s'est confié à moi.
29:46Il m'a dit, voilà, il faut que je te dise, je bois un litre de vodka par jour,
29:50tous les jours, en cachette, et je bois de la vodka parce que ça ne sent pas.
29:54Parce que lui, il ne boit pas de la vodka, normalement.
29:56Mais voilà, là, ça ne sentait pas, donc il était vraiment dans ce cachet.
29:59Donc, il est sorti de ça.
30:01Il a osé en parler.
30:03Et après, très rapidement, quand même, il a accepté.
30:05Il a compris qu'il fallait qu'il aille dans le soin.
30:07Et ça, c'est été, voilà, rester dans un parcours de soins, ça, c'est indispensable.
30:13Et vous aussi, vous avez, du moment où on a mis le mot maladie sur les souffrances
30:17et l'addiction de David, ça a changé, la donne, pour vous, proche ?
30:21Alors, bien sûr, quand on comprend que c'est une maladie,
30:23et surtout, sa dernière hospitalisation, il est resté, il a fait 14 hospitalisations,
30:27donc la dernière, là, il a vraiment appris beaucoup de choses.
30:32Et il me dit, à l'époque, il me disait, oh là là, là, je suis à l'université des alcoolos.
30:35Donc, c'est incroyable tout ce que j'apprends.
30:38Et ça, ça a vraiment été un déclic aussi, chez lui, de comprendre tous ces mécanismes.
30:42Et quand on sait, en fait, c'est d'un seul coup...
30:44Parce que cette maladie, ce n'est pas une question de volonté, quoi.
30:47C'est une question de pouvoir.
30:49Est-ce que je peux vouloir, quoi, arrêter ?
30:51Est-ce que je peux...
30:52Est-ce que je peux...
30:53Et ça, comprendre que c'est une maladie, comprendre comment ça fonctionne,
30:56ça aide beaucoup.
30:57Alors, vous avez compris, prise de conscience, sortir du déni,
31:01et après, se faire prendre en charge.
31:04Alors, est-ce que ça passe, puisqu'on parle de maladie ?
31:06Moi, je pense maladie, médicament.
31:08Est-ce que ça passe forcément par un traitement médicamenteux, professeur ?
31:12Oui, mais pas que.
31:13Ça passe essentiellement par un rapport qu'on peut avoir
31:16avec la première personne qui s'occupe du soin dans la famille,
31:19c'est-à-dire le médecin généraliste, le médecin de famille.
31:22Et là, c'est extrêmement important.
31:23Ça repose toute la problématique de la diffusion du savoir minimum
31:27sur la question des addictions et de l'alcool.
31:29Vous dites que les généralistes ne sont pas assez formés à la question ?
31:31Pas tous, et puis certains même, ils reçoivent des personnes
31:35depuis des années pour un problème quelconque
31:38et ne les cautionnent pas sur leur consommation d'alcool ou de tabac.
31:41Alors, on a beaucoup avancé, que les choses soient claires,
31:44mais ils doivent être soutenus, doivent être aidés.
31:46Ça, c'est important.
31:46Et ensuite, la prise en charge d'une maladie alcoolique,
31:49c'est une prise en charge globale.
31:51On prend la personne dans son milieu, dans son environnement,
31:54avec ce cas-là qu'on m'attribue, la famille est impliquée.
31:57Donc, on prend aussi en charge la famille.
31:59Et ensuite, la prise en charge addictologique,
32:01c'est un volet social, un volet psychologique et médicamenteux.
32:05Dans les médicaments, on a quelques médicaments qui aident
32:07pour baisser l'envie de consommer
32:10et qui peuvent aider aussi,
32:11si on a un problème psychiatrique associé,
32:13il faut la traiter.
32:15Parce qu'il y a beaucoup ce qu'on appelle de comorbidités.
32:17On sait très bien, par exemple, les troubles anxieux,
32:20les troubles dépressifs, les troubles de l'humeur,
32:22sont associés beaucoup à la consommation des drogues et de l'alcool,
32:25parce que c'est un faux ami.
32:27Rappelons une chose.
32:28Le psychotrope le plus facile, le plus simple à avoir
32:32et sans ordonnance, c'est l'alcool.
32:34Parce que c'est un psychotrope.
32:36Il va avoir un effet rapide.
32:37Anesthésiant, dont parlait Noémie.
32:39C'est anesthésie, c'est un anxiolytique, c'est un antidépresseur.
32:42Mais tout ceci n'est que de passage.
32:45C'est illusoire.
32:46Mais le soin, ce n'est pas que le médicament,
32:49c'est les thérapies familiales, les thérapies personnelles,
32:52les psychothérapies, ce qu'on appelle les thérapies cognitives et comportementales.
32:56Il y a beaucoup de choses.
32:57Mais faut-il encore savoir où aller
32:58et comment l'État peut nous aider à orienter les personnes ?
33:02En même temps, les médicaments sont souvent présents,
33:05en tout cas pour David,
33:06ils ont été présents jusqu'à devenir, comme on nomme,
33:09pharmacodépendants.
33:10C'est ça.
33:11David était devenu pharmacodépendant.
33:14Ça a commencé avec l'alcool.
33:16Et puis après, il y avait beaucoup de médicaments.
33:18Souvent, après, on prend un peu les médicaments n'importe comment.
33:21Et puis après, effectivement, il y avait des diagnostics posés.
33:24Alors David, notre cas, je ne suis pas médecin,
33:26mais il y avait des diagnostics qui avaient été posés.
33:28Et je pense que ce n'était pas vraiment ça.
33:30Donc il avait des traitements.
33:31Il est arrivé à prendre 21 cachets par jour.
33:35Pourquoi on lui avait été diagnostiqués ?
33:37Prescrit.
33:38Prescrit.
33:39Oh, c'était bipolarité, hyperthymie,
33:42toute la panoplie.
33:43Je pense qu'on cherche.
33:44En même temps, le corps médical cherche aussi.
33:46Vous racontez un épisode à Saint-Anne
33:49où globalement, on lui dit,
33:50mais non, votre mari, il est bipolaire.
33:53Et donc, il faut le soigner.
33:55Voilà.
33:55Il me dit, non, votre mari est bipolaire.
33:57Moi, je savais très bien qu'il n'était pas bipolaire
33:59parce qu'en fait, il avait bu une bouteille de vodka
34:01qui était cachée dans son sac
34:03que les infirmières n'ont pas vue.
34:04Bon, bref.
34:05Et je lui ai dit, non, il n'est pas bipolaire.
34:06Il était juste bourré, quoi.
34:08Et c'est vrai, quand on est bourré,
34:09on a tous les symptômes de la bipolarité.
34:11Mais voilà, donc c'est vrai qu'il arrêtait de boire.
34:17C'est ce que nous, on a observé.
34:18C'est quand il s'est sevré des médicaments
34:19qu'il a pu arrêter l'alcool.
34:22Vous, les médicaments, Noémie, ça vous a aidé ?
34:25Pas du tout.
34:26Pas du tout.
34:28Moi, j'ai commencé très jeune les médicaments en 2003.
34:32Mais j'ai été diagnostiquée bipolaire.
34:35Pour le corps médical, c'était un problème psychiatrique
34:36avant d'être fait un problème lié à l'alcool.
34:39Alors que j'étais dans un RIAB.
34:42J'étais dans une, comment on dit ?
34:43Une cure.
34:44Une cure, voilà.
34:45Un centre de sevrage, des intoxications.
34:48Et voilà.
34:51J'étais là, mais vous êtes sûre ?
34:53Je n'ai jamais eu de problème.
34:56Et en fait, on avait diagnostiqué mon père comme ça.
34:58Sauf que mon père, il a pris des médicaments
35:00pendant presque, allez, 25 ans.
35:03Ça vous étale, Eutan, professeur Beniamin ?
35:05Alors, ce que Noémie dit,
35:07et probablement aussi ce que David a connu,
35:09ce sont ce qu'on appelle la prise en charge
35:10de la comorbidité psychiatrique.
35:13Et là, très clairement, je pense qu'il y a un problème
35:14de diagnostic ou bien d'orientation.
35:16Je ne voudrais pas que nos téléspectateurs
35:18mettent à la poubelle leur traitement,
35:19alors qu'ils sont vraiment bipolaires ce soir.
35:21Donc, ce n'est pas le but.
35:22On est d'accord.
35:23Ensuite, il y a les traitements qui ont,
35:25pour cible, ce qu'on appelle le craving,
35:27et l'appétence pour l'alcool.
35:29Il y a ces deux, trois molécules qui sont connues.
35:31Donc, il est utile et important
35:33de pouvoir bien diagnostiquer.
35:35Et ce n'est pas simple,
35:37parce que ce qu'on appelle les pathologies duels,
35:39c'est-à-dire lorsque vous avez un problème d'alcool
35:41avec un soin de dépression,
35:43on n'a pas parlé, par exemple,
35:44les hyperactifs ou bien les bipolaires,
35:46le tableau n'est pas facile.
35:47Il y a des spécialistes qui savent voir les choses.
35:50Et c'est vrai qu'on ne peut pas leur jeter la pierre.
35:52Il y a des psychiatres qui ne sont pas habitués
35:54à voir les comorbidités,
35:55et d'autres addictologues qui ne sont pas psy.
35:57Donc, c'est toute la problématique du bon diagnostic
36:00avec le bon spécialiste.
36:03Et là, les médicaments sont utiles,
36:05mais dans une indication précise.
36:07Et parfois, lorsqu'une indication ne l'est pas,
36:10ça devient du poison.
36:11On est bien d'accord là-dessus.
36:12Et donc, ce n'est pas un cas où on donne ou on ne donne pas,
36:15c'est un cas dans lequel la dioranésie est posée
36:17et on prend son traitement.
36:18C'est ça qui est important.
36:19Il y a beaucoup de mes patients
36:20qui sont bipolaires alcooliques
36:22et qui vont très bien,
36:23qui ce soir peut-être nous regardent,
36:25qui disent, non, non, moi je vais très bien.
36:27Et d'autres pour lesquels il y a des égarements.
36:29C'est là qu'on disait,
36:30vraiment de l'accompagnement personnalisé.
36:33C'est au cas par cas et personnalisé.
36:34Laurence Côté, avec une prise en charge globale,
36:37et ça, on a commencé à en parler.
36:40Parce que sinon, le risque,
36:41c'est de transformer cette addiction
36:43qu'on a pour l'alcool par une autre addiction.
36:45Et ça, ça vous est arrivé ?
36:47Oui, d'abord, les médicaments,
36:49moi je n'en ai pas pris.
36:51Parce que je n'en avais pas besoin.
36:53Par contre, je me suis fait, je pense,
36:54mon propre médicament.
36:56C'est-à-dire, j'ai dit bye-bye à l'alcool,
36:59mais j'ai eu des crises de boulimie extraordinaires.
37:03C'est-à-dire, 3-4 par jour,
37:06vomisseuse, donc ça ne se voyait pas.
37:08Je puis vous dire que finalement,
37:10je fonctionne de nouveau à l'envers,
37:12l'estomac à l'envers,
37:13et c'est quasiment pire que l'alcool,
37:15sauf qu'on en parle encore moins.
37:17Mais voilà, c'était ça mon médicament.
37:20La bouffe.
37:21Et après, le sport.
37:23Donc j'étais devenue addict au sport,
37:24parce qu'il fallait brûler les calories que j'avais.
37:28Vous étiez dans une autre obsession, finalement.
37:30Exactement.
37:31J'avais strictement rien réglé.
37:33Et par contre, et là, je rejoins ce que le docteur vient de nous dire,
37:37tant que je n'ai pas soigné la grosse souffrance
37:41qui se cachait derrière le masque alcool,
37:44derrière le masque bouffe, etc.,
37:46je restais fragile.
37:47Et ça, je l'ai fait suite à un autre événement,
37:49et aujourd'hui, je puis vous dire,
37:51Carole, j'ai tout réglé.
37:53Mais c'est long.
37:55C'est hyper long.
37:55Et c'est une abstinence heureuse.
37:57Et ça, c'est chouette.
37:58C'est ce qu'on ressent aussi.
38:00Comment vous, vous avez réglé, finalement, les causes ?
38:04Finalement, l'école n'était que le symptôme d'un mal-être.
38:07Comment vous avez travaillé ?
38:08Qu'est-ce qui vous a permis d'avancer ?
38:11Du coup, j'ai rencontré le psy avec qui je suis suivie,
38:16depuis 2011.
38:18Donc déjà, je fais une thérapie depuis bien longtemps.
38:21Et pour l'instant, je n'ai pas envie de m'arrêter,
38:24parce que j'ai encore des choses à dire.
38:26Mais quand j'ai été à Sheford, on a fait…
38:29Donc c'est en Angleterre.
38:30C'est ce fameux dernier séjour que vous faites.
38:32Voilà.
38:32Et en fait, j'ai rencontré une équipe pluridisciplinaire.
38:36Il y avait bien sûr un psychiatre, important,
38:39une généraliste, important,
38:41un psychologue, addictologue.
38:44J'ai fait de l'art-thérapie, de l'équithérapie.
38:46Et tout ça m'a fait que cet écosystème a travaillé sur moi,
38:51mais sur toutes mes facettes de qui je suis.
38:56Donc ça pouvait être mon âme,
38:59ça peut paraître fou,
39:01mais être au contact d'un cheval, par exemple,
39:05juste de le toucher,
39:06je sentais comme une forme de bonheur.
39:08et l'art-thérapie,
39:11où vous êtes toute seule face à une grande feuille blanche,
39:13et je ne suis pas du tout dessinatrice,
39:15mais juste de dessiner et d'être dans ma bulle
39:17et de pouvoir me retrouver face à moi-même,
39:20à ce moment-là, en écoutant du Beethoven.
39:21Être dans le présent, finalement.
39:22– Beethoven, exactement.
39:23– Dans le toucher, le présent, la sensation.
39:25– Voilà, c'est ça.
39:27– Les groupes de parole, professeur Beniamina,
39:29parce qu'on pense forcément à les alcooliques anonymes,
39:31est-ce que ça, ça reste avec le ton,
39:33le recul que vous avez comme professeur ?
39:36Ça reste un socle très important
39:38dans le long chemin qu'il y a à faire.
39:40– Clairement, dans mon service,
39:42on a des groupes parents,
39:43des groupes famille-enfants,
39:45des groupes de parole pour les anciens consommateurs,
39:48et puis les associations d'anciens usagers qui viennent.
39:53On a des patients experts.
39:54Dans mon service, j'ai huit patients experts.
39:56Donc, j'en ai beaucoup.
39:57– Donc, ce sont des patients qui ont connu ça
39:58et qui ont été un peu formés pour pouvoir transmettre.
40:02– Absolument.
40:02Je pense que c'est un volet extrêmement important.
40:04C'est ça.
40:05Celui qui garantit finalement l'abstinence
40:08et le maintien de l'abstinence.
40:09Donc, tout le travail, c'est la gestion de la rechute.
40:12Ça, c'est extrêmement important.
40:13Mais ça se fait en musclant la motivation,
40:15en donnant des perspectives,
40:17en évitant, ça a été dit au début de l'émission,
40:19en évitant le vide une fois que l'alcool disparaît,
40:22une espèce de crevasse baillante
40:23dans laquelle les patients arrivent,
40:25et même les familles.
40:26Parce que l'alcool était tellement présent,
40:28qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
40:29Et maintenant, comment dire ?
40:30– Vous parliez des familles, justement.
40:32Avant de voir quand on est sortis de cet enfer,
40:35cet enfer, vous l'avez vécu pendant combien d'années ?
40:38Aux côtés de David ?
40:39– Pendant une dizaine d'années.
40:40Ça a duré une dizaine d'années.
40:43– Est-ce qu'il y a eu des moments où vous vous êtes dit,
40:45c'est foutu, on ne va pas s'en sortir ?
40:48– Il y en a eu plusieurs et…
40:52Il y en a eu un vraiment.
40:53Un vraiment où son psychiatre de l'époque,
40:59je l'avais appelé,
41:00parce que vraiment, il était encore parti,
41:02il s'était échappé du…
41:03Donc je l'appelle et il me dit,
41:07il ne s'en sortira jamais,
41:08on a tout essayé, on a tout fait,
41:10il ne s'en sortira jamais,
41:11il n'y a plus rien à faire.
41:13Là, j'avoue que là, j'ai douté.
41:15Là, j'ai eu vraiment…
41:16Je me suis effondrée et je me suis dit,
41:17mais si un médecin dit ça,
41:18alors qu'est-ce qu'il me reste ?
41:20– Et alors, qu'est-ce qui vous restait ?
41:22– Il m'a resté la foi.
41:24– La foi ou la foi ?
41:25Ou les deux en même temps ?
41:26– La foi, la foi et…
41:29Oui, je savais en fait qui il était
41:33et on se connaît depuis très longtemps,
41:36on est ensemble plus âgé de 17 ans,
41:37je connaissais vraiment son âme
41:38et je savais en fait que derrière l'addiction
41:40et la souffrance,
41:41il y avait une personne formidable
41:42et il était hors de question qu'elle disparaisse.
41:44et je me suis un peu têtue,
41:48donc j'ai choisi de vraiment pas lâcher
41:49et on n'a pas lâché,
41:50on a continué la détermination,
41:52l'obstination,
41:54essayer de ne pas lâcher.
41:57– Est-ce qu'il y a des erreurs
41:59ou des maladresses que vous avez pu faire
42:01pendant ces 10 années
42:02et vous dites ça,
42:03ça doit servir à d'autres familles
42:04parce que moi je ne savais pas ?
42:06– Oui, bien sûr,
42:07j'ai mis du temps à comprendre,
42:09à savoir que c'était une maladie.
42:10– Oui, des erreurs énormes,
42:12c'est le blâme,
42:12j'ai envie de parler du blâme déjà,
42:15le tu, le fameux tu qui tu,
42:17c'est-à-dire quand on dit des reproches,
42:19tu as encore bu,
42:21tu ne peux même pas travailler,
42:24tu ne peux pas prendre la voiture,
42:25bref, que des blâmes.
42:27Et par contre,
42:28plus parler de ses ressentis
42:30et ses besoins à soi.
42:32Moi, avec du recul,
42:34je lui aurais dit
42:35j'ai besoin de pouvoir compter sur toi,
42:38j'ai besoin de pouvoir te faire confiance,
42:39j'ai besoin que tu sois présent parmi nous,
42:41j'ai besoin que tu ne boives pas
42:43pour être présent parmi nous.
42:44Moi, j'étais dans la colère,
42:45j'étais vraiment dans la colère
42:46et je lui faisais des reproches,
42:49des blâmes
42:49au lieu de lui parler de mes besoins
42:52et de mes émotions à moi.
42:53– Les reproches, les blâmes,
42:55c'est contre-productif, Noémie, Laurence ?
42:58– Oui, parce qu'on a déjà perdu confiance en soi,
43:00mais complètement,
43:02si on ne sent pas que l'entourage
43:04va un peu nous faire confiance,
43:07et c'est terrible,
43:07le médecin qui vous dit
43:08c'est foutu, etc.
43:10Moi, je ne peux pas entendre ça
43:11parce que ce n'est pas ce qu'on a besoin,
43:13y compris l'entourage.
43:14On a besoin, au contraire,
43:16d'un médecin qui vous dit
43:16c'est pas grave,
43:18on est là,
43:19on va y arriver.
43:20Moi, j'ai compris en addicto
43:21qu'il fallait du temps,
43:22il faut des années
43:23pour poser le bon diagnostic,
43:26pour accompagner,
43:27pour que la personne s'en sorte.
43:28Donc, il ne faut pas nous décourager,
43:30surtout pas.
43:30– Et moi, j'entends aussi le mot confiance,
43:33il faut faire confiance
43:34à la personne qui est malade.
43:35Vous, vous avez reçu ces signes de confiance,
43:37vous en auriez eu plus besoin.
43:39Comment ça s'est passé, Noémie ?
43:41– Alors moi,
43:41je suis un peu différente aussi
43:44dans ces histoires
43:45parce que j'ai été connue
43:46à l'âge de 19 ans,
43:48donc personne n'osait me dire
43:50quoi que ce soit,
43:51je pense aussi.
43:53– Vous ne vous a jamais blâmé ?
43:54– C'est compliqué.
43:57Quand les personnes
43:58avec qui vous traînez,
44:00vous êtes à une soirée,
44:01et que vous avez une belle montre,
44:02et que vous leur offrez,
44:04ils ne vont pas vous blâmer
44:05parce que vous avez bu,
44:06forcément.
44:07Ils vont se dire
44:08à continuer à picoler.
44:08– Et la vulnérabilité
44:09sert parfois à d'autres.
44:10– Eh oui.
44:11Donc, il y en a un
44:12qui ne me blâmait pas
44:13mais qui me regardait
44:14avec beaucoup de compassion
44:15et de tristesse,
44:16c'est mon père.
44:17– Parce qu'il comprenait
44:17ce que vous visez ?
44:18– Parce qu'il comprenait.
44:19– Parce que lui-même alcoolique.
44:20– Voilà.
44:21Et ma mère comprend aujourd'hui
44:22ce qui est un alcoolique
44:25et elle se dit toujours
44:28il ne faut pas juger,
44:29il ne faut pas juger.
44:29Mais pourtant,
44:30elle n'a fait que ça
44:31de juger mon père
44:32et de blâmer mon père
44:33pendant toutes ces années
44:35d'alcoolisation.
44:36Mais je pense qu'elle en a
44:37plus voulu à mon père
44:39que moi, sa fille,
44:41qu'elle aime plus que tout au monde
44:42avec mon frère
44:43et ses petits-enfants,
44:44bien sûr.
44:45Mais du coup,
44:46elle va plus accepter
44:47mon alcoolisme
44:48et m'aider
44:49et me tenir la main.
44:52Aujourd'hui, par exemple,
44:53on va faire un dîner,
44:54elle ne va pas me mettre
44:54un verre de vin.
44:56Elle va me sauter
44:57et voilà.
44:58Alors qu'avant,
44:59elle va dire
44:59mais si, tiens,
45:00elle servait
45:01parce qu'elle ne voyait pas.
45:03Personne ne voyait.
45:03Je me cachais tellement bien.
45:05J'étais la reine
45:06de la cachette.
45:06La preuve,
45:07personne ne l'a su
45:08avant Juin.
45:09Mais comme tous
45:10les témoins dans le film,
45:11c'était les rois de la cachette.
45:12Alors, ça m'évoque
45:14une réflexion.
45:16L'épuisement des familles,
45:17c'est plutôt la règle
45:19que l'exception.
45:20Que ce soit clair,
45:20on ne peut pas leur en vouloir.
45:22C'est très difficile
45:23au quotidien
45:24quand on a quelqu'un
45:26qui boit
45:26et qu'on aime
45:27de le voir dans cet état.
45:28Bien sûr.
45:28C'est très difficile.
45:29C'est insupportable.
45:30On a parlé beaucoup
45:31du corps médical.
45:32Le corps médical
45:33est également
45:34un corps humain
45:35qui peut aussi
45:36s'épuiser
45:36face à des patients.
45:38Le plus important,
45:39ce n'est pas
45:39de rejeter le patient,
45:41c'est de dire
45:41on n'y arrive pas,
45:42on passe à une autre équipe.
45:43Ça, c'est important.
45:45Et dans l'apprentissage
45:45de notre métier,
45:46les addictologues,
45:48une des choses
45:48que moi, je suis prof de médecine,
45:50que je dis à mes étudiants,
45:52lorsqu'on prend en charge
45:53une personne
45:53qui a des problèmes d'addiction
45:55à l'alcool en particulier,
45:57ce n'est pas une course,
45:58ce n'est pas un 100 mètres,
45:59on part pour un marathon.
46:01Il ne faut pas s'épuiser,
46:02il faut que les équipes
46:03soient là
46:03parce qu'ils ont besoin de nous
46:04et ils ont besoin
46:06de voir
46:06qu'on part sur...
46:08Vous gérez l'énergie,
46:10déployez...
46:10On leur dit souvent
46:10à nos patients,
46:11vous avez mis du temps
46:12à devenir alcoolique,
46:13vous mettrez du temps
46:14à ne pas l'être,
46:15simplement,
46:15on est en train d'inverser.
46:17On est arrivé au bout,
46:18on va descendre.
46:18On est monté,
46:19on va descendre ensemble.
46:21Et c'est ça qu'il faut apprendre
46:22et qu'il faut dire.
46:23Ça, c'est extrêmement important.
46:25Christelle,
46:25David disait dans le documentaire
46:27« J'ai gravi l'Everest ».
46:29Vos enfants sont fiers de lui,
46:31vous êtes, j'imagine,
46:33fiers de lui
46:33et surtout heureuses
46:35pour vous tous
46:35pour cette famille
46:36qui est renaît.
46:38Maintenant,
46:38il faut durer.
46:40Comment on fait
46:41pour vivre
46:41dans une société
46:43où l'alcool
46:44fait partie
46:45de notre quotidien ?
46:47Il y a toujours
46:47un anniversaire,
46:48une bonne occasion
46:49pour célébrer quelque chose
46:50et ça part d'un
46:51très bon sentiment,
46:52c'est joyeux,
46:53c'est convivial.
46:54Comment vous,
46:54l'alcool est aujourd'hui,
46:56vous le tenez à distance ?
46:57Comment ça se passe
46:57à la maison ?
46:59À la maison,
46:59il n'y a pas d'alcool,
47:00mais si on reçoit des amis,
47:02il y a de l'alcool,
47:02il n'y a pas de problème.
47:04On va en acheter,
47:05ils peuvent en amener.
47:06Même nous,
47:07quand on est invité
47:07par toi-même,
47:08David,
47:09il me dit
47:10que je tiens
47:10à porter la bouteille
47:12pour qu'il n'y ait pas
47:14de gêne.
47:16donc ce n'est pas un problème,
47:20bien sûr,
47:20il n'en boit pas.
47:21On a des amis
47:22qui comprennent aussi,
47:23qui savent,
47:24ils comprennent,
47:25ils respectent.
47:26Mais par contre,
47:28il y a des soirées
47:28où on sait
47:29que ça va être vraiment,
47:30il va y avoir
47:30beaucoup d'alcool.
47:31Bon,
47:32là,
47:32David,
47:33il vient au début,
47:34il reste un petit moment
47:35quand tout le monde
47:35est encore en bon état,
47:38on va dire,
47:38et puis il ne va pas rester
47:39peut-être toute la soirée.
47:41Voilà,
47:41on adapte en fait,
47:42on s'adapte.
47:43Parce qu'il serait
47:43trop décalé ?
47:44Non,
47:45oui,
47:45trop décalé,
47:46bien sûr.
47:46Bien sûr qu'il y a
47:47un décalage
47:47entre ceux qui boivent
47:49et ceux qui ne boivent pas.
47:50On le voit dans le sketch
47:51de Gad Elmaleh
47:52comment il parle.
47:54Donc,
47:54à un moment donné,
47:54la discussion,
47:55elle est un peu compliquée.
47:58Mais bon,
47:59c'est une adaptation,
48:00on s'adapte.
48:01Noémie,
48:01vous nous disiez
48:02que vous n'en auriez
48:03jamais fini avec l'alcool.
48:04Ça veut dire qu'aujourd'hui,
48:05c'est quoi votre quotidien ?
48:07Parce que vous restez
48:08une femme publique
48:10avec un métier public,
48:12donc plein de sollicitations,
48:13des cocktails,
48:13plein d'occasions finalement
48:16d'avoir ce verre
48:16si facile.
48:19Comme David,
48:20je n'ai pas d'alcool
48:20à la maison,
48:21mais là,
48:21je suis en train
48:21de penser que si,
48:22j'ai une bouteille
48:23de Porto dans mon placard
48:25que je vois tous les jours
48:26et qu'en fait,
48:27je ne fais pas attention
48:28alors que c'était
48:28un alcool que j'adorais.
48:31C'est un bon signe,
48:32ça.
48:32Je peux en avoir à la maison,
48:34là, par exemple,
48:35pour un anniversaire,
48:36j'ai acheté des bouteilles
48:37de vin blanc.
48:38Et depuis combien de temps
48:39vous n'avez pu toucher
48:40à une goutte d'alcool ?
48:41Alors moi,
48:42j'ai fait beaucoup de rechutes
48:43et je pense,
48:44le professeur dira
48:45que je pense que ça fait partie
48:48de...
48:49Bien sûr.
48:49Ouais.
48:51J'en ai fait au moins
48:52depuis 2018,
48:53le 8 mai 2018,
48:55j'ai dû en faire 4-5.
48:56Et la dernière,
48:57c'est quand ?
48:57La dernière,
48:58j'ai bu une coupette
48:59de champagne
48:59à un concert.
49:00Il y a combien de temps ?
49:02Le 2 octobre 2024.
49:04Et alors,
49:04pour vous,
49:05ça voulait dire quoi ?
49:06Pour moi,
49:06j'ai remetté tout à zéro.
49:08Et je suis partie
49:08avant la fin du concert.
49:10Et je me suis dit,
49:11il faut que je rentre
49:12chez moi.
49:13Et rebelote,
49:14j'ai tout recommencé,
49:16les groupes de parole
49:17tous les jours,
49:18pendant 90 jours.
49:19Toutes les protections,
49:20vous les avez remises en place ?
49:21J'ai tout fait,
49:21j'ai tout repris,
49:22alors que je faisais encore,
49:23mais j'ai doublé.
49:26Voilà,
49:26je ne veux plus,
49:28en fait.
49:29Je ne veux plus
49:29parce que vraiment,
49:31je vis le moment présent.
49:32Là,
49:32j'étais à un mariage
49:34et je vivais le moment.
49:36Et comme je disais,
49:37je suis jetée la seule
49:38à rentrer à 2h du matin.
49:39Mais ce qu'on oublie de dire,
49:41c'est le lendemain,
49:42la fierté qu'on a
49:43envers nous-mêmes
49:44et de voir les autres
49:45qu'on a gueule de bois.
49:46Et on peut profiter
49:47de la journée,
49:48lui, en mort.
49:48profite de la journée.
49:49C'est un bon argument.
49:50C'est un bon argument.
49:50C'est quelque chose.
49:52On est en forme.
49:54Tu vas bien, toi ?
49:56Professeur Beniamina,
49:59est-ce que,
49:59un verre,
50:00il me disait,
50:01j'ai réactionné
50:02toutes mes protections,
50:04est-ce que ça,
50:04c'est une rechute ?
50:06Non.
50:06Ça n'est ni une rechute
50:07ni rien de tout ça
50:09parce qu'on a des profils
50:10de patients
50:10chez lesquels
50:11l'abstinence prescrite
50:12ne marche pas.
50:14En revanche,
50:15ce qu'on appelle
50:15la consommation contrôlée
50:16peut marcher.
50:17Mais ils ne sont pas nombreux.
50:18Mais ça,
50:18c'est un travail
50:19qui se fait
50:19en collaboration
50:21avec le désir
50:23et puis les capacités
50:24du patient.
50:25Noémie a bien compris
50:26le principe.
50:27Chez elle,
50:27le verre pouvait déclencher
50:28les choses.
50:29Elle a mis ceinture
50:30et bretelles.
50:30Je peux comprendre.
50:31J'en ai plein de comme ça.
50:32Là, ça montre bien,
50:33finalement,
50:34le lien de confiance
50:35qu'il faut avoir
50:35depuis des années
50:37avec son médecin référent
50:38et avec soi-même
50:40pour pouvoir évaluer
50:41si on est capable,
50:43pas capable,
50:43qu'est-ce qu'il faut actionner.
50:44Tout à fait.
50:45C'est pour ça
50:45que c'est important
50:46de ne pas renvoyer l'image
50:47d'abstinent ou rien.
50:49Ce n'est pas ça.
50:50C'est vraiment,
50:51comme on l'a dit
50:51en début d'émission,
50:53c'est du sur-mesure
50:54la présence.
50:55C'est une rencontre
50:56entre une personne
50:57qui a un problème d'alcool,
50:58une équipe,
50:59un médecin,
50:59un soignant
51:00ou n'importe qui
51:01et puis un déclenchement
51:02qui s'opère.
51:03Je pense même par le droit
51:04que ce serait contre-productif
51:05de dire aux gens
51:06qui boivent,
51:07voire qui sont dépendantes,
51:08vous ne boirez plus jamais
51:09la moindre goutte d'alcool
51:10parce que ça risque peut-être
51:11de les braquer.
51:12C'est impossible.
51:12Il faut plutôt les accompagner
51:15dans une période d'abstinence
51:16et après,
51:17en tout cas,
51:17une baisse très forte
51:18plutôt que le zéro alcool,
51:20la vitamine et hername.
51:21Je crains que certains,
51:22ça les braque
51:22et que ça les décourage
51:23d'en parler.
51:25Et après,
51:25on va conclure.
51:26Un dernier point,
51:26je pense que ce qui est
51:27probablement important aussi,
51:29c'est que derrière cette émission,
51:32c'est l'importance,
51:33l'importance du message
51:34qui peut être envoyé
51:35par les pouvoirs publics.
51:37Et ça peut aider
51:38la personne,
51:39les familles,
51:39y compris,
51:41c'est la notion
51:42de dénormalisation.
51:43En France,
51:44la consommation de l'alcool,
51:45c'est plutôt la norme
51:46que le contraire.
51:47Si on envoie à...
51:48La dénormalisation,
51:49c'est pas l'arrachage des vignes.
51:50C'est pas ça.
51:51Alors c'est quoi
51:52dans votre tête
51:52de professeur psychiatre
51:54spécialiste en addictologie ?
51:55Parce que la consommation
51:56de l'alcool,
51:56dès lors que l'on prend
51:57un premier verre,
51:58c'est déjà le déclenchement
51:59du risque.
52:00Et ça,
52:00on ne le dit pas suffisamment.
52:01Je ne dis pas
52:01que tous ceux qui boivent
52:02un verre finiront alcoolique
52:04avec une churose du foie,
52:05mais ce n'est pas
52:06un acte banal.
52:07Et c'est la raison
52:08pour laquelle
52:08il faut très clairement
52:09envoyer des signaux
52:10et ça doit venir du haut.
52:12Comment on renforce
52:13la prévention
52:14sans être moralisateur,
52:16ce qui pourrait être
52:16contre-productif ?
52:18Moi ?
52:18D'abord,
52:20je voudrais rebondir
52:21sur ce qu'il a dit,
52:22c'est le patient
52:22qui va décider.
52:24Et dire à quelqu'un
52:25plus d'alcool,
52:25c'est hyper violent.
52:27Donc si vous voulez
52:27perdre le malade,
52:28vous lui dites
52:29plus d'alcool abstinent,
52:30vous perdez le patient,
52:31il ne viendra pas
52:32à la consultation suivante.
52:33Donc ça,
52:33c'est la première chose.
52:34Donc voilà.
52:35Après,
52:36comment ?
52:36On en revient
52:37à ce que je disais,
52:38c'est-à-dire
52:38c'est une question
52:39d'éducation.
52:40Rappelez que l'alcool,
52:41ce n'est pas un produit
52:42anodin.
52:43C'est le premier psychotrope,
52:44on l'a rappelé.
52:45Moi, à 6 ans,
52:46j'ai tout de suite vu
52:47qu'il allait alléger
52:48mes angoisses.
52:49Donc c'est formé,
52:50éduqué,
52:51c'est un rôle des parents,
52:53des professeurs,
52:54etc.
52:54On ne joue pas
52:55avec de l'alcool.
52:57C'est un produit
52:57que l'on doit déguster.
52:59On n'est pas obligé
53:00de terminer son verre.
53:01Voilà.
53:02C'est ça,
53:03c'est ça,
53:03une bonne éducation.
53:05Et le janvier sobre,
53:06c'est ça.
53:06Ce n'est pas d'interdire
53:07parce que l'interdiction
53:09ne fonctionne pas.
53:11C'est de dire
53:12testez-vous,
53:14limitez-vous,
53:16buvez moins,
53:17mais mieux.
53:17Si vous le souhaitez.
53:18Parce que vous pouvez
53:19être abstinente.
53:20Mettez du plaisir,
53:21mais voilà.
53:22Personnellement,
53:22je suis abstinente,
53:23vous l'avez dit.
53:24Heureuse.
53:25Oui.
53:25Mais alors,
53:26pourquoi je m'en sors aussi ?
53:26Parce que j'aimerais
53:27compléter ce qu'elles ont dit.
53:28C'est parce que moi,
53:29depuis 10 ans,
53:29j'ai affiché mon alcoolisme
53:32dans les écrans.
53:33Et ce n'est pas facile
53:34pour une femme,
53:34Noémie.
53:35Ce que vous faites,
53:35ce n'est pas facile,
53:36on est bien d'accord.
53:36On m'a même dit
53:37que tu es sûre
53:38pour ta carrière ?
53:40Moi,
53:40je n'ai pas retrouvé de boulot.
53:41C'est aussi,
53:41j'ai créé Libertat
53:43qui envoie des clients
53:46vers des praticiens
53:47et des professeurs
53:49et des naturopathes
53:51ou des trucs comme ça
53:52ou des sports.
53:52Justement,
53:53accompagner des gens
53:54qui pourraient être
53:55dans la difficulté aujourd'hui
53:56par rapport à l'alcool.
53:58Et pour vous,
53:59du point de vue
54:00des familles,
54:01s'il y avait quelque chose
54:02à améliorer
54:04pour justement
54:04permettre
54:05à des hommes,
54:07des femmes
54:08comme David
54:08de s'en sortir ?
54:11En parler,
54:12je pense qu'il faut
54:12vraiment parler,
54:13en parler
54:14le plus possible
54:15pour justement
54:16abattre tous les tabous,
54:18la honte.
54:18On a parlé beaucoup
54:19de la honte,
54:19de la culpabilité,
54:20des jugements.
54:21Ça,
54:21c'est la nourriture
54:22de l'addiction.
54:23L'addiction se nourrit
54:24de tout ça.
54:25et je pense
54:26que plus on en parlera,
54:28plus déjà
54:28le fameux déni,
54:31les gens pourront
54:32sortir du déni aussi
54:33et plus les familles
54:34aussi oseront parler
54:35parce que le problème
54:36des proches,
54:36c'est qu'on a justement
54:38cette tendance
54:39à prendre pour soi,
54:41à s'approprier
54:42en fait
54:42à la maladie de l'autre,
54:44à protéger
54:44vraiment
54:45l'addict
54:46et donc
54:49levez les hontes,
54:51vraiment levez les hontes
54:52et c'est pour ça.
54:53On parlait dans la famille,
54:54on parlait à l'extérieur,
54:55on parlait
54:56sans tabou.
54:58Libérez la parole,
54:59lui,
54:59l'alcool
55:00et moi justement,
55:01même dans l'enfer,
55:02il reste un chemin
55:02et ça,
55:03c'est votre message d'espoir
55:04Christelle
55:05avec votre époux
55:06David Consalut
55:07qui est en régie.
55:09Non,
55:09j'ai arrêté
55:10Laurence Côté,
55:11livre très intéressant aussi
55:12qui montre
55:13tous les chemins
55:15possibles
55:15pour s'en sortir
55:16et puis addiction
55:17professeur Benyamina,
55:19Manuel du Premier Secours,
55:20trouvez la force
55:21de vous libérer.
55:21On a parlé
55:22de cette emprise
55:24de l'alcool
55:24et comment on peut
55:25s'en libérer.
55:26Nicolas Béraud,
55:27merci beaucoup.
55:28Il y aura bien sûr
55:29encore dans Le Parisien
55:29d'autres reportages
55:31sur cette question
55:32de l'alcool
55:32et puis Noémie Lenoir,
55:34vous continuez à militer,
55:35vous participerez notamment
55:36à des podcasts
55:37avec France Télévisions
55:38sur cette question.
55:39On parle encore
55:40de l'addiction à l'alcool
55:41pour suivre cette soirée
55:43continue avec maintenant
55:44un documentaire
55:44Blackout Soirée.
55:46C'est une enquête
55:47sur la réalité
55:48de l'alcoolisation
55:50au milieu étudiant.
55:51On parlait justement
55:51des ravages de l'alcool
55:52chez les jeunes.
55:53Excellente soirée
55:54à vous sur France 2.
55:55Bonsoir
55:56et à très bientôt.
55:57Sous-titrage Société Radio-Canada
56:02Sous-titrage Société Radio-Canada
56:09Sous-titrage Société Radio-Canada
56:19Sous-titrage Société Radio-Canada
56:21Sous-titrage Société Radio-Canada
56:22Sous-titrage Société Radio-Canada
56:23Sous-titrage Société Radio-Canada
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