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  • il y a 8 heures
La Tapisserie de l'Apocalypse, conservée au Château d'Angers, est une œuvre monumentale, le plus important ensemble de tapisseries médiévales subsistant au monde. Ce documentaire nous replonge dans les origines de la Tenture de l'Apocalypse, au cœur du Moyen Âge, avec l'aide d'historiens et spécialistes de la symbolique qui aident à décrypter l'œuvre, mais également les restaurateurs qui ont travaillé sur la tapisserie. Ils livrent des indices très précis sur l'incroyable technicité de sa réalisation.

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00:00Entre le 5e et le 15e siècle, le Moyen-Âge s'étend sur plus de mille ans.
00:11Son art puissant, épique et mystérieux conserve pourtant peu de chefs-d'œuvre.
00:17Si la Dame à la licorne, la tapisserie de Bayeux sont bien connues de nos contemporains.
00:21Le plus grand d'entre eux, à la fois par la taille, le talent des artistes et l'ampleur du projet qui lui a donné vie,
00:27est la tapisserie de l'Apocalypse.
00:30Exposée au château d'Angers.
00:33La tapisserie de l'Apocalypse, depuis qu'on l'a redécouverte, a une postérité artistique, littéraire très importante.
00:39J'ai découvert dans la galerie du château d'Angers, cette œuvre monumentale, et ça a été comme un coup de foudre.
00:46On a l'impression de rentrer dans quelque chose de très mystérieux.
00:49140 mètres de long à l'origine, sur 6 mètres de haut.
00:51J'ai vraiment le souvenir d'entrer dans cette galerie, dans la pénombre,
00:55et vraiment d'être subjuguée par la dimension de l'œuvre, puis après, pièce par pièce, de rentrer dans les détails.
01:04Mais vraiment, la monumentalité, la dimension est ce qui frappe le plus, je trouve, quand on rentre dans la galerie.
01:10La tapisserie de l'Apocalypse, elle est riche d'innombrables emblèmes et symboles.
01:14Il y a plus de 200 personnages, donc il y a beaucoup, beaucoup de choses qui se passent.
01:17Physiquement confrontée à cette œuvre-là, qui est monumentale, c'est quand même à chaque fois un choc.
01:22À chaque fois que vous la regardez, vous voyez quelque chose de nouveau, ce qui est quand même absolument extraordinaire.
01:26La tapisserie de l'Apocalypse, c'est un chef-d'œuvre unique au monde.
01:29C'est la seule tapisserie historiée du Moyen-Âge conservée dans cette ampleur dans le monde.
01:34Il y a une grande émotion, il y a un saisissement devant cette œuvre gigantesque, et c'est là où toute l'histoire commence.
01:42Quand on rentre dans la galerie du Château d'Angers, on voit le début de la tapisserie,
01:56mais on ne voit pas du tout la fin, tellement c'est long, tellement c'est haut.
02:01Et on est plongé directement dans chaque tableau de l'Apocalypse, et on n'y comprend rien.
02:09Claudel disait qu'on était dans une forêt.
02:12Une forêt où on était perdu, et c'est un petit peu ce qu'on ressent,
02:17mais il y a une forte émotion parce qu'on est plongé dans le noir, dans cette galerie du château,
02:22et on a devant soi ces immenses tapisseries qui nous interpellent, les personnages nous regardent,
02:29et on est comme plongé dans ces tableaux de l'Apocalypse.
02:34Ce n'est pas une aventure très facile, parce qu'il y a une série de catastrophes,
02:40il y a des villes qui s'éboulent, il y a des bêtes qui apparaissent, il y a des attaques,
02:46il y a des attaques, et on n'y comprend rien, et en même temps, on est fasciné, et on a envie de comprendre.
02:54Cette œuvre est unique par le fait que c'est la plus importante, la plus ancienne tapisserie,
03:05historier, conservée du Moyen-Âge.
03:07Historier, c'est-à-dire illustré d'histoire, et non pas seulement de motifs floraux, c'est pas un mille fleurs.
03:13Dans la tapisserie médiévale, en fait, on conserve très peu de choses à cause des nombreuses destructions révolutionnaires qu'il y a pu avoir,
03:19notamment parce qu'on les brûlait pour récupérer les fils d'or et d'argent qui se trouvaient à l'intérieur.
03:23Pour vous donner une idée, on ne conserve peut-être plus qu'un centième de ce qu'il y a pu être la production Moyen-Âge.
03:30Et c'est là où on se rend compte que l'ensemble que constitue la tenture de l'Apocalypse
03:35est un ensemble absolument spectaculaire à cause du nombre de pièces qu'il a composées.
03:40C'est la première déclinaison sous forme textile de ce texte de l'Apocalypse.
03:44Et ce texte, il est très diffusé dans les cours d'Europe, notamment la cour de France et d'Angleterre,
03:48sous forme de manuscrits enluminés, qui sont tellement enluminés qu'on a pu parler d'albums,
03:54mais qui sont toujours à usage de lectures individuelles.
03:57Là, en faisant faire cette tapisserie monumentale, Louis 1er d'Anjou fait copier un manuscrit qu'il a emprunté à la bibliothèque,
04:05de son frère, le roi Charles V. En fait, il fait faire un manuscrit géant tissé.
04:12Le commanditaire de la tapisserie de l'Apocalypse s'appelle Louis 1er d'Anjou, c'est donc le duc d'Anjou, Louis.
04:18Il est fils de Jean de Lebon, roi de France et frère d'un autre roi de France, Charles V.
04:23Et ses deux autres frères sont aussi des personnages très connus puisqu'il s'agit du duc de Berry et du duc de Bourgogne.
04:29Il est donc dans une atmosphère très cultivée où ses frères et lui sont des grands amateurs d'art,
04:34des grands collectionneurs. On sait qu'à 25 ans, il a déjà 76 tapisseries et il aura une collection d'orfèvrerais
04:41de plus de 3000 pièces, donc vraiment quelque chose d'extrêmement prestigieux.
04:45Il commande cette tapisserie à partir des années 1373. Il utilise pour ça les services d'un marchand
04:51qui s'appelle Nicolas Bataille, qui va financer, puisque le duc, lui, ne paie que lorsque la pièce arrive.
04:57Il utilise donc ce marchand pour avancer l'argent et pouvoir commencer à fabriquer la tapisserie,
05:04payer les ouvriers, payer les matières premières. On sait que ces tapisseries,
05:08dessinées par les cartons, sont dessinées par N. Quint de Bruges.
05:11Donc Jean de Bondole ou Jean de Bruges, N. Quint de Bruges, apparaît dans les archives des rois de France à partir de 1368
05:20avec le titre de peintre du roi, peintre de Charles V.
05:25Jean de Bruges, il est chargé de peindre vraiment les modèles qui vont servir après de base au tissage de la tapisserie.
05:32C'est un artiste d'une très très grande qualité, qui était capable de, comme c'était fréquent à l'époque,
05:37mais lui avec un vrai talent, de travailler à différentes échelles, à la fois le tout petit,
05:42puisqu'il y a des miniatures de sa main qui sont conservées, et le très très grand,
05:47puisque l'attenture de l'Apocalypse, c'est 140 mètres à l'origine, c'est vraiment de l'ordre du monumental.
05:53C'est un artiste véritablement de son temps. Il est capable de vraiment construire une spatialité dans ses œuvres.
06:01On le voit très bien dans l'attenture de l'Apocalypse. On a des architectures avec de la perspective.
06:07Il a un rendu assez réaliste. Dans la représentation de la nature, on peut reconnaître vraiment des variétés d'arbres, de fleurs,
06:14et aussi dans le traitement des corps et des visages. Un art qui est tout à fait spectaculaire et très beau à voir.
06:20Et on a la chance aussi de connaître le nom du maître ou du propriétaire de l'atelier qui fabrique l'attenture d'Apocalypse,
06:26qui s'appelle Robert Poinson. C'est un atelier parisien.
06:30C'est important de parler lui, parce qu'on parle beaucoup de Jean de Bruges, mais l'attenture d'Apocalypse,
06:34c'est une œuvre d'art majeur aussi par la technique de réalisation de l'œuvre.
06:38C'est un tissage qui est extrêmement fin, avec des raffinements de réalisation de tissage qui sont vraiment spectaculaires.
06:45Et c'est aussi une tapisserie sans envers, c'est-à-dire que les nœuds qui permettent de fabriquer l'œuvre sont invisibles.
06:53Donc on peut voir le motif à la fois sur la face et sur le revers.
06:58Probablement à l'époque, peu d'ateliers étaient capables de réaliser, donc il faut lui rendre aussi cet hommage d'avoir permis à ce chef-d'œuvre technique d'être réalisé.
07:08On dit à peu près un lissier fait un mètre carré de tapisserie en un mois, que ce soit un lissier d'aujourd'hui ou un lissier du 14e siècle,
07:16puisque la technique n'a pas changé et cette tapisserie est réalisée en 7 ans, ce qui est quand même une échéance assez courte pour plus de 800 mètres carrés de tapisserie.
07:25140 mètres de long à l'origine sur 6 mètres de haut et aujourd'hui nous en reste à peu près 4,50 mètres en termes de hauteur,
07:31puisqu'on a perdu en de nombreux endroits la bande de terre qui était tout en bas et la bande de ciel qui présente des anges musiciens à mi-corps.
07:40Et c'est vraisemblablement par le haut qu'on accrochait la tapisserie, donc au fil des accrochages, cette dégradation de la partie supérieure
07:47qui fait qu'aujourd'hui on a perdu une grande partie du haut de la tapisserie.
07:52On a perdu les textes qui étaient sous chacun des registres de cette scène.
07:56Il en reste des tout petits morceaux, des tout petits fragments de lettres qui permettent pas de savoir si c'était en latin, en français et surtout ce que ça disait.
08:04Est-ce que c'était le début d'un verset ? Est-ce que c'était un commentaire sur la scène ?
08:08Ça, ça restera à tout jamais, il faut le craindre mystérieux.
08:12C'est une oeuvre qui est constituée de plusieurs parties qu'on appelle pièces, qui sont vraiment construites toujours de la même façon.
08:19Un grand personnage qui vient introduire la lecture de cette partie et après une série de scènes qu'on lit de haut en bas et de gauche à droite
08:27et qui sont un récit qui nous fait vraiment plonger dans le récit de l'Apocalypse de Saint-Jean.
08:31Ce grand lecteur, ce grand personnage qui a vraiment une personnalité assez mystérieuse, il est à mon sens là aussi pour nous introduire dans la lecture de l'oeuvre,
08:39pour nous inviter à regarder les scènes qui se succèdent et entrer dans cette succession de fléaux et d'aventures.
08:46Ça annonce une série de catastrophes qui fait qu'on a associé le terme Apocalypse à la fin d'un monde, la fin du monde.
08:57Le terme Apocalypse vient de grec Apocalypse qui veut dire révélation ou de l'hébreu Nigla qui veut dire mise à nu, dévoilement, dévoilement d'un secret.
09:12Le texte de l'Apocalypse est écrit entre l'an 95 et 100 de notre ère par Saint-Jean, le disciple qui a assisté à la mort du Christ.
09:21Il nous délivre ses visions flamboyantes de la victoire, du bien contre le mal, de la lumière contre l'obscurité.
09:27Le message de l'Apocalypse est bien décrit par Saint-Jean. Saint-Jean est le dernier des douze apôtres.
09:35Il est presque centenaire dans un empire qui persécute les chrétiens.
09:39Il se tient le jour du Seigneur, le dimanche, sur l'île de Pasmos.
09:45Donc il prie et là il voit le ciel qui s'ouvre.
09:48Une voix venue du ciel va lui ordonner d'écrire.
09:52Est-ce que c'est une voix qui est en lui ?
09:54Ça frôle la folie, hein ?
09:56Ça frôle la folie mais ça frôle la sagesse aussi.
09:59Et il va recevoir ce message qu'il va transmettre aux hommes.
10:04Et ce message est un message qui nous donne des clés pour mener nos vies.
10:09La tapisserie d'Angers, elle est née d'un, j'allais dire d'un besoin.
10:15C'était une envie, une envie princière de Louis Ier d'Anjou qui a voulu montrer son prestige.
10:27Mais il choisit le texte de l'Apocalypse et il ne le choisit pas au hasard.
10:31Il veut l'Apocalypse parce que ça s'inscrit dans une époque où toutes les catastrophes s'abattent sur le pays.
10:39La France est en but avec la peste où il va y avoir un homme sur trois qui va tomber en France.
10:45La peste, elle est réapparue, ça a été une surprise.
10:48Quand elle est réapparue en 1347, elle avait disparu depuis le 8ème siècle.
10:51Donc on avait un petit peu oublié l'existence de cette maladie.
10:53On sait par exemple que la famille royale va être touchée elle-même,
10:56puisque Philippe VI de Valois, qui était roi à l'époque, va perdre son épouse.
11:01Son fils Jean de Lebon, qui est donc le père de Louis Ier d'Anjou, va aussi également perdre son épouse.
11:07Et donc c'est une maladie qui va circuler dans l'Occident jusqu'en 1352 et qui va même imposer une trêve dans la Guerre de Cent Ans.
11:16C'est vraiment quelque chose qui va marquer les esprits et surtout qui va faire pénétrer la mort dans le quotidien des populations.
11:22On avait l'impression que l'antéchrist était à chaque coin de rue et il y avait une atmosphère tout à fait incroyable dans les rues de France.
11:32Il y avait des confréries de flagellants qui passaient en se disant on se repent, protégez-nous.
11:41Donc il y a cette peur de la mort et en particulier de ce qu'on appelle la mal-mort.
11:44C'est l'époque où va apparaître aussi dans l'art tout ce qui est danse macabre.
11:48Louis Ier d'Anjou choisit ce texte de l'Apocalypse pour redonner espoir aux gens.
11:53Alors il y a des images d'épinales dans l'Apocalypse qu'on connaît tous.
11:56Par exemple il y a les cavaliers de l'Apocalypse.
11:59La Tépicerie d'Angers est merveilleuse parce qu'elle nous donne presque une traduction du texte.
12:04Elle nous aide à comprendre le texte de saint Jean et elle nous montre un roi avec un arc qui pend mollement.
12:12Ce roi, c'est un faux guerrier parce que le combat qu'il a amené n'est pas contre un ennemi extérieur mais contre un ennemi intérieur.
12:22Les autres cavaliers sont moins sympathiques.
12:25Il y a le cavalier qui représente la colère.
12:28Il vient pour faire la guerre.
12:30Et ça représente aussi toutes ces colères qu'on porte en soi.
12:34La famine, elle vient affamer les hommes.
12:38Elle vient vendre au prix de l'or, l'orge et le blé.
12:42C'est-à-dire là, ce qui sert à la vie, c'est notre nourriture basique.
12:46Et puis il y a le cavalier de la mort.
12:49« Quelle est cette mort dont on parle ? Est-ce que c'est vraiment la fin ? »
12:55Voilà, ça pose la question de la mort en tout cas.
12:58Le texte de saint Jean au 1er siècle, qui évoque lui aussi des moments difficiles que l'humanité traverse,
13:05résonne particulièrement à l'esprit de Louis Ier qui se dit
13:09« Mais tout ce que décrit saint Jean, est-ce que c'est pas un petit peu aussi ce que nous on traverse ? »
13:14On est en train de traverser des choses catastrophiques avec la guerre contre les Anglais.
13:18Il ne faut pas oublier que lui, Louis Ier, c'est un des acteurs de ce combat contre ses ennemis anglais.
13:24Il y a les révoltes urbaines d'Étienne Marcel.
13:27Il y a les jacqueries paysannes.
13:29On est dans un contexte d'instabilité politique vraiment très difficile.
13:34Et du coup, peut-être qu'à l'intérieur de saint Jean, il ne faudrait pas dire
13:38« Comportez-vous bien, soyez de bons chrétiens, de bons chevaliers. »
13:41Et on arrivera à des moments apaisés et à des choses vraiment très positives.
13:45La guerre de Cent Ans, c'est un conflit qui a débuté en 1337.
13:49Il signé une trêve.
13:51Et donc, c'est un début de conflit qui a été très compliqué pour la France.
13:55Il y a eu une succession de défaites militaires.
13:58Et en particulier, une qui a marqué les esprits, c'est la défaite de Poitiers de 1356.
14:03Puisque le roi a même été fait prisonnier, donc c'est quelque chose qui est gravissime.
14:07Pendant la guerre de Cent Ans, les princes développent tout un discours politique
14:12illustré de nombreux emblèmes qu'on retrouve dans la tapisserie de l'Apocalypse.
14:17Bien sûr, les princes continuent de se servir de l'héraldique familiale.
14:23Et donc, on retrouve sur la tapisserie de l'Apocalypse les armoiries du duc d'Anjou.
14:28L'emblème du duc d'Anjou, ce sont les armes du royaume de France.
14:31Les trois fleurs de lys d'or sur le champ d'Azur, qui sont bordées d'un pourtour rouge.
14:38Et on retrouve ces armoiries en différents endroits.
14:42Dans les étendards ou les trompettes des anges sur la partie supérieure de la tapisserie.
14:50On retrouve aussi ces armoiries derrière les grands lecteurs, sur des papillons dont les ailes sont armoriées.
14:57Le symbole le plus important, en tout cas qu'on rappelle le plus souvent, c'est la croix d'Anjou,
15:02qui est représentée à plusieurs endroits de la tenture de l'Apocalypse.
15:05C'est un symbole vraiment important, qui aujourd'hui est devenu la croix de Lorraine,
15:09mais dont l'origine est vraiment dans la famille d'Anjou.
15:13Un autre emblème intriguant dans la tapisserie de l'Apocalypse, c'est derrière, par exemple,
15:17les scènes autour de la prostituée de Babylone, où l'on trouve un Y.
15:22Ce Y, il apparaît dès la première tapisserie, avec le vieil homme qui médite dans la nuit.
15:28Cette petite lettre, ça s'appelle le Babylone de Pythagore.
15:32Petrarch avait décrit le Y.
15:34Le Y, ce n'est pas très utile à l'écriture, mais c'est très utile à la vie.
15:39Parce que le Y a deux petites cornes.
15:42Il y a une corne qui va vers la gauche, une corne qui va vers la droite.
15:46Et ça représente finalement toujours le choix de notre vie.
15:51On a souvent à choisir entre un chemin et un autre.
15:55C'est la lettre de l'Apocalypse.
15:57Les artistes de l'époque médiévale, souvent même s'ils représentaient des thèmes
16:01qui se situaient dans une époque très ancienne, l'Antiquité ou les temps bibliques,
16:07et bien souvent s'inspiraient du monde qui les entourait.
16:10Et donc parfois on retrouvait des éléments vestimentaires, des éléments de décor,
16:13mais aussi des personnages qui étaient ceux de l'époque dans laquelle ils vivaient.
16:17D'ailleurs, on a une scène absolument extraordinaire, passionnante,
16:19dans la tapisserie de l'Apocalypse, où l'on voit une expédition de cavaliers
16:23qui terrasse quelques civils.
16:25Cette myriade des cavaliers, elle présente plein de symboliques
16:28en référence à la situation militaire de la France de l'époque.
16:31D'une part, les trois montures les plus visibles dans cette charge de cavaliers
16:36ont des gueules de lions. C'est conforme au texte de l'Apocalypse.
16:39Mais trois têtes de fauves côte à côte, ce sont les armes des rois d'Angleterre, bien sûr.
16:44Et ces cavaliers portent pour le premier des emblèmes du prince noir,
16:49le fils du roi d'Angleterre qui mène des grandes chevauchées à travers la France
16:53pour ravager les campagnes françaises.
16:55Et à la fin de ce groupe de soldats plutôt anglais, on a un soldat armé à l'Oriental,
17:01avec cimetère et turban, qui montre bien qu'après avoir combattu les Anglais,
17:06il y a cet arrière-plan de croisade dans l'idée de Louis Ier.
17:10Un des poncifs de la diplomatie française à l'époque, c'est de dire que la guerre
17:14que les Anglais mènent aux Français empêche les Francs de repartir libérer Jérusalem.
17:23Sur la scène de l'invasion des sauterelles, on voit un démon couronné aux ailes de chauve-souris.
17:29Ce démon présente une barbe à deux pointes.
17:33Et en fait, on est sur un portrait d'Edouard III d'Angleterre,
17:36dont l'un des emblèmes est l'aile de chauve-souris.
17:38Derrière, on voit cinq petites sauterelles couronnées.
17:41Lors de sa captivité à Londres en 1360,
17:45Louis d'Anjou avait croisé les cinq fils d'Edouard d'Angleterre, dont le prince noir.
17:51Si on replace le thème de l'Apocalypse dans le contexte,
17:53donc il est effectivement bien adapté à ce contexte d'insécurité permanent,
17:58où on a un petit peu cette impression de difficultés insurmontables.
18:02Le fait de mettre en avant ce thème, c'est de montrer que ces difficultés,
18:06elles ont aussi une fin.
18:08Et que sans doute, Louis Ier d'Angleterre, en faisant produire cette tapisserie,
18:12veut-il montrer qu'il est un acteur de la fin des événements
18:15et que lui va être capable d'amener la fin de la guerre de Saint-Antoine.
18:20Pour Louis Ier, à partir de 1380,
18:22il y a des événements majeurs qui ont changé son cadre de vie et son cadre politique.
18:26D'une part, la mort de son frère.
18:28Il devient chef du conseil de régence.
18:31L'hypothèse la plus couramment défendue,
18:33c'est d'associer la commande de la tapisserie de l'Apocalypse
18:36à ce titre de régent du Royaume de France.
18:39Cette hypothèse, elle est sans doute pas suffisante.
18:42Et quand on sait que dès 1374,
18:45Louis Ier d'Anjou intrigue pour devenir l'héritier du Royaume de Sicile et de Jérusalem,
18:52on peut s'empêcher d'imaginer qu'il y a quand même une association d'idées
18:56entre une tapisserie qui raconte l'avènement de la Jérusalem céleste,
19:02le combat du bien contre le mal,
19:04et ce désir de croisade et d'avènement comme Roi de Sicile et de Jérusalem.
19:09Tout le message de l'Apocalypse qui défile devant les yeux et les oreilles aussi de Jean,
19:16c'est une grande lutte entre la lumière et les ténèbres,
19:20entre le bien et le mal, entre l'agneau, qui est le Christ,
19:24et le dragon, qui est le diable.
19:27Il y a un immense affrontement qui est décrit et qui entraîne l'humanité entière.
19:33Ça commence par les sept églises, les sept dons de l'Esprit Saint,
19:37qui nous présentent son état au moment du début de l'action apocalyptique.
19:41Puis il y a l'ouverture des sept sceaux, qui est grandiose.
19:44On voit la cour céleste et l'agneau qui vient prendre le livre aux sept sceaux
19:49et qui le décèle, qui l'ouvre.
19:52Quand les sept sceaux vont être ouverts, ça va libérer des visions.
19:56Et des visions qui ne sont pas toujours évidentes d'ailleurs.
19:59C'est-à-dire que notre destin, il va passer par des épreuves.
20:03Ce n'est pas toujours facile, mais encore une fois,
20:06l'Apocalypse nous apporte une méthode, un guide pour sortir de ces épreuves.
20:12Puis viennent des sept trompettes.
20:15Ce sont des fléaux, ce sont des appels.
20:19Il y a différentes épreuves dans l'Apocalypse,
20:21notamment cette étoile étonnante qui s'appelle Absinthe.
20:25Et vous savez qu'en ukrainien, Absinthe, on l'a traduit par Tchernobyl.
20:29Donc on a beaucoup parlé à l'époque de cette catastrophe nucléaire qui était arrivée.
20:35Et en se disant, ben voilà, l'Apocalypse l'avait annoncé.
20:38En fait, Absinthe, c'est une étoile qui tombe du ciel et qui va empoisonner les sources.
20:44Le centre de l'action apocalyptique, c'est le combat.
20:48On voit le dragon, on voit deux bêtes qui le suscitent.
20:52On voit la construction de Babylone.
20:54Et Babylone, c'est la cité telle que le diable la conçoit, coupée de Dieu.
20:58Et une cité qui voudrait reconstituer un paradis terrestre,
21:03comme beaucoup d'idéologies l'ont faite au long de l'histoire,
21:07mais qui ne produit en réalité que l'oppression universelle.
21:11À la fin, Babylone s'écroule, s'auto-détruit.
21:15Et c'est la grande bataille d'Armageddon qui oppose d'un côté le dragon
21:20et tous ses sbires et les nations qui sont coalisées derrière lui.
21:24Et puis l'armée céleste dirigée par l'agneau sous la forme d'un cavalier blanc.
21:29Et il va gagner et s'ouvre la fin de l'Apocalypse sur mille ans de prospérité,
21:35de respect mutuel, je dirais.
21:37Et à la fin des mille ans, le dragon qui a été enchaîné dans l'abîme est relâché
21:42pour mettre ce bel équilibre à l'épreuve.
21:46Et il arrive à nouveau à séduire les nations comme il l'avait fait auparavant.
21:50Mais là, il est vaincu et c'est le jugement dernier.
21:53Et en fait, le dernier chapitre nous montre une vision du paradis, un monde de paix et de bonheur.
21:59Ça finit bien l'Apocalypse. On va vers un espèce de royaume qui nous attend,
22:04un château qui est représenté dans la tapisserie d'Angers, qui brille de mille feux.
22:09C'est ce château extraordinaire qui flotte sur un nuage
22:13et qui représente finalement un aboutissement, un ciel nouveau, une terre nouvelle, comme dit l'Apocalypse.
22:20L'usage et la première destination de la tapisserie de l'Apocalypse reste un mystère
22:30qui a agité les historiens qui se sont un peu résignés à ne pas savoir quelle était l'intention première de Louis Ier.
22:40On ne connaît aucune salle parmi les châteaux de Louis Ier
22:45qui était suffisamment grande pour présenter l'intégralité de la tapisserie de l'Apocalypse.
22:50Un des premiers usages documentés de l'Apocalypse, c'est à Arles.
22:54Donc on est bien loin de Paris ou d'Angers.
22:57Et dans un cadre de démonstration puisque c'est le mariage du fils du commanditaire,
23:02Louis de Danjou et de Yolande d'Aragon.
23:05Donc un moment où on faisait démonstration de son pouvoir.
23:08Il faut imaginer une sorte d'architecture éphémère construite et mise en place dans la cour de l'évêché.
23:15Les spectateurs, les invités ont vraiment dû être frappés par cette mise en scène
23:19puisque la tapisserie est vraiment monumentale par ses dimensions.
23:23140 mètres, les scènes représentées sont très frappantes.
23:26Ça a vraiment dû marquer les convives au moment de cet événement festif.
23:30On a la relation d'un bourgeois d'Arles qui décrit la grande salle de Noces.
23:38et il s'émerveille qu'en fait il s'agisse de la cour de l'archevêché qui a été transformée en une salle couverte
23:47avec une sorte de toiture constituée de voile de bateau.
23:51Et les murs de cette grande salle, en fait le pourtour de la cour, est entièrement tapissé de la tapisserie de l'Apocalypse.
23:58L'usage de la tapisserie de l'Apocalypse lors de ce mariage montre la dimension presque géopolitique de cette tapisserie.
24:06Dans le monde de la fin du XIVe siècle, le message religieux est transmis souvent par la prédication,
24:16mais il passe aussi beaucoup par l'image.
24:18Les lieux de culte reproduisent sur les vitraux souvent des scènes de la vie du Christ ou de la Bible.
24:24Et donc le fait que cette tenture soit exposée dans la cathédrale d'Angers au début du XVe siècle
24:33va donner accès au message de l'Apocalypse à une vaste frange de la population
24:39qui va pouvoir contempler ce message biblique.
24:42Un message qui était déjà connu mais en fait là qui va être mis en image et donc va devenir beaucoup plus accessible.
24:49Si aucune des résidences du duc d'Anjou n'est capable d'accueillir l'intégralité de la tapisserie de l'Apocalypse,
24:55il y a quand même un monument dans le duché d'Anjou qui en est capable, c'est la cathédrale d'Angers.
25:01C'est à cette cathédrale que le roi René, dernier membre de la dynastie des ducs d'Anjou,
25:06lègue cette tapisserie dans son testament de 1474.
25:11Et donc à partir de la mort du roi René, la tapisserie est à la cathédrale d'Angers.
25:17Et jusqu'à la révolution, jusqu'en 1767, la tapisserie est accrochée de façon régulière à la cathédrale,
25:25notamment pendant la période de Noël, pendant la période de Pâques, de la Pentecôte et puis au mois de septembre,
25:31entre la fête de Saint-Maurie, évêque fondateur du diocèse, et la Saint-Michel le 29 septembre.
25:37Nous sommes ici dans la galerie supérieure de la cathédrale et on y découvre toute une série de systèmes d'accroches
25:47qui a pu servir pour la tapisserie de l'Apocalypse.
25:50On a notamment ces deux anneaux en métal extrêmement puissants qui sont perpendiculaires au mur
25:59et qui permettaient de fixer des tringles au pied de chaque fenêtre de la cathédrale.
26:07Et c'est à ces tringles, très certainement, qu'on accrochait la tapisserie de l'Apocalypse.
26:12Ce sont des crochets que nous avons pu dater du milieu du XVe siècle
26:16qui sont donc antérieurs aux legs que le roi René fait de la tapisserie aux chanoines de la cathédrale d'Angers.
26:22Ce qui confirme que la tapisserie a très probablement été accrochée plus souvent que lors du seul accrochage documenté de 1404.
26:31Et on distingue ce système de crochets sur tout le pourtour de la galerie, jusque dans le cœur.
26:37On le distingue en face, sur les travées d'en face.
26:41Il faut s'imaginer ce vaisseau central de la cathédrale entièrement couvert et tapissé par la tenture de l'Apocalypse.
26:46Avec probablement la première scène qui commençait au droit de l'orgue, qui couvrait la moitié de la nef.
26:53La deuxième qui enchaînait et qui fermait la nef avant d'avoir la suite dans le cœur, puis sur l'autre face de la nef.
27:01Il devait y avoir un phénomène visuel, une immersion dans la tenture tout à fait exceptionnelle.
27:07Ça devait aussi avoir un effet acoustique très important, soit sur les jeux d'orgues, soit sur le chant.
27:12Donc il y avait une véritable plongée dans l'Apocalypse par ce biais.
27:18Au XVIIIe siècle, la tenture de l'Apocalypse, les tapisseries en général médiévales passent de mode.
27:23Et on sait par les sources que les chanoines de la cathédrale d'Angers essayent de la vendre sans succès.
27:29Donc elle est conservée dans le giron de la cathédrale.
27:33L'Apocalypse est vraiment mise au rebut, plus du tout considérée comme une œuvre d'art.
27:38Découpée, déchirée, utilisée notamment pour protéger les orangés ou servir de couverture à des chevaux comme on a pu l'écrire.
27:47Elle est dépecée, visiblement. Des pièces partent en collection privée.
27:52Donc là, on en perd véritablement des morceaux entiers.
27:55En 1789, les révolutionnaires, à la recherche de fils d'or et d'argent, brûlent et démembrent les tapisseries royales.
28:03La tenture de l'Apocalypse n'y échappe pas. Le trésor de la cathédrale est pillé.
28:08Soixante ans plus tard, un chanoine retrouve des fragments ternis et mutilés, enroulés sans soin, livrés à l'abandon et à l'oubli.
28:15Dès lors, l'humble chanoine Joubert n'a plus qu'une idée en tête. Reconstituer l'Apocalypse.
28:20Le récit était complètement perdu, donc il remet les scènes en ordre, en se basant sur le texte, bien sûr, de Saint Jean, mais aussi l'alternance des fonds bleu et rouge.
28:32On voit très bien dans ses archives qu'il écrit la lettre B et la lettre R pour scanner cette œuvre.
28:38Et il va conduire aussi une restauration majeure qui va permettre de reconstituer l'œuvre.
28:44Pendant 20 années de passion folle et d'enquête minutieuse, il tentera d'en retrouver les morceaux dispersés
28:49dans tout le pays Angevin, les traquant sans relâche dans les fermes, les écuries, sur les marchés, pour les racheter et les rassembler.
28:57Le chanoine Joubert travaille avec trois lissières, donc un atelier à Angers qui va travailler pendant toutes ces années avec lui
29:07pour à la fois faire en sorte que les tapisseries soient à nouveau jointives et aussi pour retisser des morceaux qui étaient disparus pour redonner de la lisibilité à l'œuvre.
29:18Donc c'est vraiment un travail de fourmis qu'il réalise avec ses ouvrières.
29:23Lui et ses lissières n'auront de cesse de soigner et reconstituer l'œuvre pour lui redonner son sens perdu.
29:29Sans le chanoine Joubert, la tapisserie de l'Apocalypse, telle que nous la contemplons aujourd'hui, aurait totalement disparu.
29:36Il en est le sauveur.
29:38On voit ici une tapisserie qui a été assez lourdement restaurée au XIXe siècle et qui surtout a fait l'objet d'un retissage important.
29:50La partie retissée évoluant différemment du tissage d'origine se voit aujourd'hui beaucoup, ce qui n'était bien sûr pas le cas à l'origine.
29:57Ce qui est intéressant, c'est qu'on voit, vu la dimension du tissage, que probablement au moment où le chanoine Joubert a retrouvé cette tapisserie,
30:07lui et ses successeurs ont retrouvé une tapisserie qui était coupée en deux.
30:11Le retissage a permis de rejointoyer, de restituer la lisibilité de cette tapisserie grâce à un retissage réalisé au XIXe siècle.
30:19Le chanoine Joubert, c'est lui véritablement le sauveur de cette tapisserie.
30:24C'est un travail pionnier. Sans lui, nous n'aurions pas la tapisserie telle que nous la connaissons aujourd'hui.
30:30Les documents qu'on conserve de Joubert sont extrêmement intéressants pour voir comment il a hérité, si on peut dire,
30:36d'une tapisserie qui était littéralement éparpillée façon puzzle et il a dû remettre les éléments dans l'ordre.
30:44L'abbé Joubert devait être une personnalité assez phénoménale et avec un dynamisme et une énergie hors du commun.
30:51Vraiment, il a eu une conscience à la fois véritablement patrimoniale, majeure, qui nous permet aujourd'hui d'observer encore cette œuvre.
31:01Ce travail de fourmis restitué par le chanoine Joubert est conservé encore à travers ses papiers, ses archives, aux archives diocésaines d'Angers.
31:11On peut retrouver tout son travail d'enquête et de tentative d'identification des scènes et de recomposition, de reconstitution de l'ordre de présentation des différentes scènes.
31:23Nous nous trouvons aux archives diocésaines d'Angers. Nous possédons donc les archives concernant l'histoire du diocèse et en particulier les archives du chanoine Joubert.
31:35Les archives du chanoine Joubert sont une mine d'information pour les historiens. Nous pouvons trouver ses rapports qu'il a fait à l'évêque concernant ses tapisseries.
31:47On a également les factures concernant les restaurations qui ont été faites de cette tapisserie.
31:52Et donc c'est vraiment primordial pour nous de conserver ces archives car ça permet aux historiens de vraiment comprendre comment elles ont été retrouvées et comment elles ont été restaurées.
32:02La tapisserie a été restituée dans un sens de lecture, au moins dans une mise les unes à côté des autres, des scènes qui avaient été dispersées dans la logique du suivi du texte de l'Apocalypse.
32:17Et avec cet impératif d'avoir l'alternance du bleu et du rouge, donc qui déjà un peu structure les choses.
32:23Il y a des choses qui sont assez étonnantes. Il y a par exemple la scène de la cuve qui déborde, qui se présente avant la vendange, ce qui n'est quand même pas extrêmement logique,
32:32mais qui n'est sans doute pas une erreur des gens du Moyen Âge. On les voit mal faire une erreur pareille sur un chantier de cette importance.
32:41En tout cas, c'est l'idée qu'on peut en avoir.
32:47La confrontation entre les différents manuscrits d'Apocalypse anglo-normande, ces albums enluminés avec la tapisserie de l'Apocalypse, elle est très ancienne.
33:08Ça a commencé dès la fin du 19e siècle et ça nous a apporté beaucoup de choses dans la connaissance de la tapisserie de l'Apocalypse.
33:16D'une part, pour reconstituer l'ordre des scènes, parce que les scènes de la tapisserie s'inspirent directement de ces différents manuscrits,
33:25même si Jean de Bondol a personnalisé et apporté sa touche dans la conception et dans sa lecture même du texte.
33:32Jean de Bruges s'est certainement inspiré d'autres manuscrits que celui du roi Charles V.
33:39Il a consulté celui de Charles V, mais il en a consulté d'autres et il y a trouvé d'autres idées et d'autres sources d'inspiration.
33:46Par exemple, l'un des procédés iconographiques que Jean de Bondol va systématiser,
33:52cette sorte de guérite dans laquelle se trouve Jean pour regarder chacune des visions de l'Apocalypse,
34:00c'est une idée qu'il trouve développée dans une famille de manuscrits.
34:06Par exemple, à Cambrai, vous avez un manuscrit d'une de ses autres familles dont a pu s'inspirer Jean de Bondol.
34:16L'Apocalypse
34:23Là, vous avez un exemplaire de l'Apocalypse qui date à peu près du XIIIe siècle.
34:30C'est fort étonnant parce que c'est une Apocalypse figurata,
34:33donc elle contient une représentation de l'Apocalypse.
34:37En effet, l'Apocalypse est un texte plutôt difficile.
34:40Au Moyen Âge, il y a pas mal des éronies qui ont consacré leur étude à l'explication et aux commentaires de ces textes,
34:48qui étaient très aimés au Moyen Âge.
34:51Les dessins, en soi, on peut les retrouver bien dans d'autres manuscrits ou bien dans d'autres cycles de fresques,
34:59comme l'étenture de l'Apocalypse ou autre représentation.
35:05La comparaison avec ces différents manuscrits nous permet aussi de nous faire une idée des différentes scènes qui ont disparu,
35:12puisque malheureusement, presque 17 scènes de la tapisserie d'Angers manquent aujourd'hui,
35:18ont été détruites ou ne subsistent qu'un état de fragments.
35:22Et donc, on peut se faire une idée du motif qu'elle présentait à travers ces manuscrits.
35:27Parmi les scènes qui manquent, il y en a une qui illustre un verset très connu et très important de la tapisserie de l'Apocalypse,
35:33c'est les noces de l'agneau.
35:35Les noces de l'agneau, elles sont à peu près...
35:41Voilà, elles sont magnifiques.
35:43Les noces de l'agneau, où l'agneau est au centre.
35:46Et là, c'est une image qui, en effet, manque à la tapisserie d'Angers.
35:52On ne sait pas si Jean de Bruges sera plus ou moins inspiré de ça.
35:56On peut imaginer que même le cadre de la tapisserie doit être structuré, approprié comme ça.
36:01On a une composition, et c'est vraiment une composition qui reflète l'esprit culturel de l'époque.
36:08Nous, on est un peu fils de l'esprit romantique, donc de l'artiste qui fait un petit peu ce qu'il veut.
36:13Mais ce n'était pas de tout ça au Moyen Âge.
36:15Au XIVe siècle, la frontière entre artisans et artistes n'est pas très nette.
36:21C'est-à-dire que ce sont les très bons artisans qui vont être reconnus finalement comme artistes,
36:26mais dans un sens qui n'est pas le sens actuel,
36:29puisqu'ils n'ont quasiment aucune liberté dans leur production artistique.
36:34La liberté artistique n'existe pas, puisqu'en fait, ils travaillent uniquement sur commande.
36:39Il faut bien imaginer que les contrats qu'ils passent avec leurs commanditaires sont très précis.
36:45On peut imaginer que, par exemple, Louis Ier d'Anjou, lorsqu'il a passé commande de la tapisserie et des cartons en particulier,
36:53a sans doute été très présent et a pu donner des directives sur la manière de représenter les personnages,
36:59sur les couleurs pour tel ou tel personnage.
37:01Ça, c'est quelque chose qui était assez courant.
37:03Chaque détail d'une tapisserie, que ce soient les couleurs,
37:07les couleurs sont très importantes, les gestes des personnages, les détails d'un décor,
37:14est un enseignement, veut dire quelque chose, est à décrypter.
37:18Dans la frise qui court dans le bas de la tapisserie, il y a des fleurs qui représentent la terre.
37:27Et parmi ces fleurs, à un moment clé de l'histoire de l'Apocalypse,
37:32on a un lapin qui arrive et qui rentre dans un terrier.
37:36On a donc le corps de cet animal.
37:38On n'aperçoit pas sa tête, on aperçoit le dos de son corps, sa queue, ses deux pattes arrière.
37:43Et en fait, il apparaît, ce lapin, à un moment où il faut se cacher,
37:48parce qu'il y a le dragon et les bêtes de la terre et de la mer qui sont en train d'arriver.
37:53Tout d'un coup, notre lapin va réapparaître, il va sortir du terrier.
37:59Et à un moment clé des visions, les dormeurs.
38:02Et ce lapin, il sort de son terrier alors que les dormeurs vont peut-être se réveiller.
38:09Et au-dessus des dormeurs, il y a les âmes.
38:12Et donc, il y a une évolution de ces corps léthargiques,
38:16ensommeillés à ces âmes qui sont dans le ciel.
38:19Alors, il faut toujours regarder les couleurs des ailes des anges.
38:23Très important.
38:24Il y a des ailes vertes, couleur de régénérescence.
38:27Et puis, il y a des ailes roses.
38:29Le rose, c'est la couleur de l'incarnat.
38:31C'est la couleur de la chair qui doit être spiritualisée.
38:36Voilà, il y a tout ça dans l'aile de l'ange.
38:39On entre ici dans la réserve de tapisserie du château d'Angers,
38:46où sont conservés des fragments de la tenture de l'apocalypse qui ne sont pas exposés au public.
38:51Donc, cet espace est bien sûr fermé au public et accessible uniquement aux équipes qui ont en charge la conservation de ces œuvres.
38:57C'est une découverte quasiment inespérée, celle d'une galerie d'art parisienne qui a retrouvé dans ses cartons des fragments de la tapisserie de l'Apocalypse.
39:06Exposé au château d'Angers, c'est l'une des plus grandes tapisseries médiévales au monde.
39:11Assez stupéfaite de recevoir un mail indiquant que des fragments de l'Apocalypse ont été retrouvés.
39:17On a été un peu méfiants au début en se demandant un peu ce que c'était que cette histoire un peu folle.
39:22Mais voilà, toutes les études scientifiques vraiment qui ont été conduites, à la fois études historiques,
39:27études vraiment sur la matérialité de ces fragments et comparaisons avec l'œuvre, nous ont donné des preuves irréfutables que c'était vraiment des fragments de l'Apocalypse.
39:35C'est très important et très intéressant de les avoir récupérés, de les avoir ramenés à Angers.
39:41Ils sont un morceau de l'œuvre, un morceau de l'œuvre d'origine.
39:44C'est aussi un fragment sur lequel on conserve beaucoup de fils métalliques,
39:48puisqu'il y avait des fils métalliques qui constituaient une partie du tissage de la tapisserie de l'Apocalypse.
39:54Ce sont des éléments qui ont quasiment entièrement disparu.
39:56Il y a aussi un intérêt d'étude, puisque ça nous a permis vraiment d'étudier cette technique-là.
40:01Et c'est d'ailleurs cette technique des filets métalliques qui nous a permis, outre la question de la forme,
40:07qui est très similaire entre la tapisserie ici présente à Angers et ses fragments,
40:12qui nous a permis de faire un rapprochement vraiment certain entre l'œuvre et les fragments.
40:18Ici, on a un fragment qui s'appelle le quatrième flacon versé sur le soleil,
40:32qui est un fragment qui provient de la cinquième pièce de la tenture de l'Apocalypse.
40:35Il a été retrouvé en 1849 dans une doublure à l'arrière d'une tapisserie par le chanoine Joubert.
40:41Ce qui est intéressant sur cette tapisserie et qu'on voit bien, puisqu'on est très près du tissage,
40:46c'est tous les petits raffinements, les petites ouvertures.
40:49On a l'impression que c'est des trous, mais en fait, c'est des raffinements du tissage
40:53qui ont été volontairement réalisés lors de la création de la tapisserie
40:56pour donner de l'ombre, du rythme au tissage et aussi un petit peu de texture.
41:04Ce fragment, même s'il peut paraître assez grand, est un fragment d'une scène qui est entièrement perdue.
41:09Et le reste de la scène n'ayant pas été retrouvé,
41:13cette pièce-là n'a pas pu être remise en place dans le cycle lors des restaurations du XIXe siècle.
41:19C'est pour ça que depuis ce temps-là, il est conservé, mais dans une réserve
41:24et il peut être montré lors d'expositions temporaires, mais pas dans la galerie de l'Apocalypse.
41:28Alors même que l'Apocalypse n'est pas encore complètement restaurée,
41:33elle commence à être exposée dans des expositions universelles
41:37et elle va faire finalement le tour du monde jusque dans les années 50.
41:41Et en 1954, on l'installe dans son écran actuel, dans cette galerie constituée de deux ailes,
41:48au cœur du château d'Angers.
41:50Magnifique écran qui permet de prendre conscience de la longueur de la tapisserie,
41:55mais qui cache peut-être l'effet immersif qu'il pouvait y avoir à découvrir cette tapisserie en en étant cernée.
42:03Et puis, une galerie avec un défaut de conception à l'origine,
42:07puisqu'elle était très ouverte à la lumière naturelle,
42:11qui a brûlé les couleurs de la tapisserie pendant une trentaine d'années,
42:16jusqu'au milieu des années 1980, où lors d'une campagne de restauration,
42:20on a découvert la fraîcheur des couleurs sur l'envers de la tapisserie
42:25et on a décidé d'aveugler cette salle pour lui donner cette atmosphère sombre
42:32qui entretienne le mystère et le côté spectaculaire de la découverte de la tapisserie.
42:37Alors, en effet, la tapisserie est maintenant décolorée.
42:40Elle a 600 ans, c'est pas étonnant.
42:42Voici ce qu'on voit à l'envers.
42:45Du jaune, du vert.
42:48Et ici, on ne voit plus que du bleu et du beige.
42:53Le jaune est parti avec l'éclairage.
42:58Longtemps, on l'a éclairé, on l'a montré, on a consommé au fond.
43:03Le jaune étant parti, le jaune étant les composants du vert,
43:08eh bien, il ne reste plus que le bleu, du rouge et du beige surtout sur la tapisserie.
43:13Il y a eu une grande campagne de restauration entre les années 80,
43:16je crois, 82 et 96, à la réinstallation de la tapisserie dans la galerie,
43:20qui se faisait sur place.
43:22Il y avait un espace au deuxième étage du logis royal
43:26où la lissière restauratrice travaillait au fur et à mesure sur les scènes de l'apocalypse.
43:35On décrochait, si vous voulez, les scènes au fur et à mesure.
43:38Donc, je remettais la tapisserie sur le métier.
43:41Et puis après, je restaurais à l'aiguille.
43:43Il me fallait venir des aiguilles, de la laine,
43:46beaucoup de laine parce que les couleurs ne sont pas toujours les mêmes.
43:49Et puis, il y a eu une paire de ciseaux.
43:51Et puis, c'est tout ce qu'il me fallait comme outil.
43:57Dans la galerie, la tenture a été exposée devant des grandes baies vitrées.
44:00Donc, ce qui fait que la lumière et la lune ont fait passer les couleurs.
44:04Donc, sur l'envers, on voit presque les couleurs d'origine.
44:07Et quand on regarde à l'intérieur, c'était des couleurs qui devaient être très, très vives.
44:12J'ai commencé en 86, 1986, donc au château.
44:17J'avais emporté mon atelier au château.
44:20La première fois que j'ai touché la tenture,
44:23je n'osais pas planter l'aiguille dedans.
44:28Excusez-moi.
44:30Je n'osais pas planter l'aiguille, j'étais intimidée.
44:33C'est une tapisserie qui est merveilleuse,
44:35qui coule de source, enfin, tout coule de source avec du recul.
44:39C'est la tapisserie la plus facile que j'ai eu à restaurer.
44:42Et il y avait un savoir-faire fabuleux.
44:44Moi, je pense qu'il y a un savoir-faire fabuleux dans la tenture.
44:46Un constat d'état a été réalisé entre 2016 et 2017
44:53sur l'ensemble de la tapisserie de l'Apocalypse.
44:56Un constat d'état, c'est une étude qu'on fait très régulièrement
45:00dans la restauration du patrimoine,
45:02qui permet de regarder l'œuvre précisément,
45:04de décrire ses altérations, d'essayer de les expliquer, de les comprendre,
45:07vérifier qu'il y a une nécessité de réaliser une restauration.
45:11Et après, la guider et nous aider à prendre les meilleures décisions.
45:15L'opération s'est déroulée en deux temps.
45:18Une observation tapisserie par tapisserie,
45:21donc des 67 tapisseries qui sont dans la galerie,
45:23pour pouvoir vraiment regarder précisément et notamment observer le revers,
45:27parce qu'on observe beaucoup de choses sur le revers.
45:29Quatre tapisseries ont été déposées.
45:32On a enlevé les doublures, donc tout ce qui protège le revers,
45:35pour pouvoir regarder le revers et en tirer de nouvelles conclusions.
45:40Le revers est vraiment splendide par les couleurs qui ont été préservées,
45:45donc c'est un grand privilège de pouvoir les voir,
45:47puisque le public ne peut pas, hélas, pas le voir dans la galerie.
45:50C'est assez émouvant, puisqu'on est vraiment plongé dans la matière
45:54et dans le rendu qui devait être celui de l'œuvre à l'origine.
45:57Cette opération a été l'occasion aussi de constituer une documentation à l'instant T.
46:03On a commandé une campagne de photographie numérique de l'ensemble des tapisseries.
46:08Ce qui a été réalisé, c'est essentiellement des observations visuelles.
46:12Quelques analyses plus scientifiques ont été réalisées, comme des colorimétries.
46:17C'est le laboratoire de recherche des monuments historiques qui les a réalisées
46:20pour venir qualifier scientifiquement les couleurs
46:24et nous permettre de voir si elles continuent à évoluer dans le temps.
46:28Une des conclusions de ce constat d'Etat, c'est effectivement qu'une des mesures de conservation,
46:32plus que de restauration, mais de conservation,
46:34ce serait de changer l'ensemble des doublures des tapisseries de la tenture qui sont exposées.
46:39Ça pourrait être une mesure de préservation, alors peu visible du public,
46:42mais qui vraiment pourrait contribuer à sa préservation
46:46et aussi à permettre de poursuivre son accrochage en permanence dans la galerie.
46:50Derrière moi se trouve une des tapisseries qui a été déposée pour le constat d'Etat.
46:53Elle a été déposée, dédoublée et donc remise en place avec sa nouvelle doublure.
46:58On constate donc que les parties basses sont beaucoup plus planes.
47:01C'est un des avantages de cette nouvelle doublure qui a été positionnée.
47:04La tapisserie de l'Apocalypse d'Angers continue à inspirer les artistes contemporains.
47:17Évidemment, on pense immédiatement à Jean Lursa, qui l'a vu un peu avant la Seconde Guerre mondiale
47:22et qui décide de faire son Apocalypse, une Apocalypse contemporaine.
47:26Le Chant du Monde, c'est le grand chef-d'œuvre de Jean Lursa.
47:29Et un peu comme la Tenture de l'Apocalypse qui était son référent culturel,
47:33il souhaite à la fin parler de son époque, inscrire l'œuvre dans l'art contemporain
47:38et de parler un peu comme la Tenture de l'Apocalypse parlait de la Guerre de Cent Ans.
47:42Le Chant du Monde de Jean Lursa parle du monde contemporain.
47:45Donc ici, il nous semble dans la salle de l'Hôpital Saint-Jean où est conservé le Chant du Monde de Jean Lursa.
47:57Et nous sommes devant la première tapisserie qui constitue l'ensemble et qui s'intitule La Grande Menace.
48:03C'est le début de la narration où Jean Lursa commence à nous parler de son époque,
48:08un monde qui est sous la menace de la bombe nucléaire
48:12et une menace qui risque d'engloutir toutes les civilisations.
48:27Au tout départ, quand il a commencé à travailler sur cette œuvre,
48:30il voulait l'appeler « joie de vivre », la Tenture.
48:33Et puis finalement, il a changé d'avis, il l'a appelé « le Chant du Monde »
48:36parce que « joie de vivre », ça faisait la part un peu trop belle à l'optimisme.
48:40L'optimiste a une part très importante dans la narration de cette œuvre,
48:44mais il y a aussi une part négative et c'est un avertissement qu'il souhaitait donner aux nouvelles générations.
48:50Et ce qui est très étonnant, c'est que ça continue en fait.
48:53On a régulièrement des gens qui nous sollicitent pour nous dire
48:57« je me suis inspirée de la tapisserie de l'Apocalypse, j'ai fait qui des sculptures,
49:01qui une œuvre sonore inspirée de la tapisserie ».
49:04Cette thématique, ce message universel est tellement contemporain avec la question du réchauffement climatique
49:10et l'utilisation de ce mot d'Apocalypse, penser à l'horloge de l'Apocalypse,
49:14mais aussi tous ces éléments catastrophiques qui rappellent ce qui se passe dans la Tenture,
49:19font que c'est un sujet qui est au cœur des préoccupations contemporaines.
49:23L'Apocalypse Now, elle est là, elle est ancienne, elle a été en images par la Tenture.
49:30Mon projet est d'en faire une bonne quarantaine de sculptures inspirées de la tapisserie,
49:34mais ça reste des pièces qui partent après en liberté dans ma création.
49:38Il y a des visiteurs, quand je modelais devant la tapisserie,
49:40ils me disaient « ah ben ça va être l'œuvre de votre vie ».
49:43Et puis en fait je me dis « mais pourquoi pas ».
49:46Voilà ces exemples, parce qu'il y a les végétaux, les architectures et les animaux,
49:51il y a plein de thèmes à prendre, et ici c'est un arbre qui est dans un coin qu'on aperçoit,
49:55et il y a des petits champignons aux pieds.
49:57Donc j'ai repris la même composition que sur la tapisserie.
50:01Ça c'est un des fragments d'une pièce, d'une sculpture en kit,
50:04qui se montre comme un énorme puzzle, un jeu de construction,
50:07et il peut être visible tel Jérusalem, c'est-à-dire construite,
50:11ou alors déployée, cassée, comme on le voit dans la tapisserie, en morceaux.
50:15La tapisserie de l'Apocalypse est inscrite au registre « Mémoires du monde » de l'UNESCO depuis le 18 mai 2023.
50:23Elle vient rejoindre une autre œuvre textile fondamentale, qui est la broderie de Bayeux.
50:29L'UNESCO n'a pas retenu cette tapisserie au titre de chef-d'œuvre d'histoire de l'art,
50:33ce qu'elle est, c'est un chef-d'œuvre de l'art,
50:35mais ils l'ont retenu parce que c'est un prototype, une sorte de nouveau média.
50:39Lorsqu'elle est réalisée dans les années 1370,
50:42elle est à la conjonction, au croisement de différents supports,
50:46de différents types artistiques, et elle crée quelque chose de tout à fait nouveau.
50:51Avec la reconnaissance mondiale s'ouvre nouvelle page plus apaisée de l'histoire de l'Apocalypse.
50:56Le chef-d'œuvre enfin pleinement restauré, exposé aujourd'hui dans les meilleures conditions possibles,
51:02retrouve sa gloire d'antan. Elle s'offre à présent au regard des visiteurs du monde entier,
51:07plus belle, plus riche que jamais.
51:11L'universalité de cette œuvre, c'est qu'elle parle de l'homme.
51:15Elle parle de la difficulté du chemin humain.
51:18On a une vie, et dans cette vie, il va falloir qu'on en fasse une œuvre.
51:23Au 22ème siècle, les hommes feront leur miel de l'Apocalypse.
51:27C'est un texte quand même qui date du 1er siècle.
51:30C'est extraordinaire qu'à chaque époque, ils réapparaissent.
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