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  • il y a 22 heures
Août 2021, les talibans entrent victorieux dans Kaboul après 20 ans de guerre avec, dans leur sillage, la promesse d'un nouvel obscurantisme. La population afghane qui commençait à s'émanciper doit faire face au retour de la répression. Cette menace est particulièrement forte pour les femmes et les sportifs, considérés comme déviants. L'équipe féminine de cyclisme, créée en 2010 et appelée à participer à des compétitions internationales, est en danger. Dans cette société régie par la loi coranique, le cyclisme est à nouveau interdit aux femmes. La pratique du vélo est un pêché, un déshonneur dont la punition peut aller jusqu'à la mort. Conscient de l'urgence de la situation, un milliardaire et philanthrope israélo-canadien passionné de vélo décide, avec un groupe de femmes et d'hommes d'influence et de terrain, de mettre secrètement au point un plan d'évacuation pour aider ces cyclistes professionnelles à s'échapper du pays. L'opération d'exfiltration va plonger les sportives et leurs familles dans une aventure digne d'un film d'espionnage. L'Union Mondiale du Cyclisme et la FIFA, mais aussi des ONG, des femmes et des hommes de plusieurs pays d'Europe, d'Amérique du Nord et du Moyen Orient vont s'impliquer dans cette histoire pleine de rebondissements qui les conduira d'Afghanistan jusqu'en Europe en passant par le Tadjikistan et l'Albanie.

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Transcription
00:00...
00:00L'Afghanistan souffre aujourd'hui d'un apartheid sexuel.
00:24Le pays souffre sous le régime taliban.
00:27Il s'agit d'une élimination totale ou d'une tentative d'élimination des femmes de la société par les talibans.
00:37Pour un taliban, une femme sur un vélo est réputée impure et donc son intégrité physique est directement menacée.
00:48Elles peuvent être persécutées, arrêtées, torturées, voire tuées.
00:57On a donc créé une chaîne humanitaire pour sauver ces filles cyclistes.
01:03C'était une opération complètement déraisonnable, un peu folle.
01:10Et il aurait été beaucoup plus facile de rester les bras croisés, les deux pieds sur son bureau.
01:16C'était une opération très secrète.
01:19J'étais tellement anxieux et effrayé à l'idée que ces filles meurent à cause de nous.
01:27Il y a eu tellement de rebondissements.
01:29Ces jeunes filles n'avaient aucun avenir après avoir connu l'éducation, l'ouverture d'esprit, des perspectives de leur vie.
01:41Du jour au lendemain, on leur disait, eh bien c'est terminé.
01:44Du jour au lendemain, on éteint la lumière dans votre chambre.
01:48C'est ça ce qui s'est passé avec l'arrivée des talibans.
01:50Alors ensuite, on a reconstruit, si j'ose dire, un réseau d'exfiltration pour les sortir de cet enfer.
02:20Sous-titrage Société Radio-Canada
02:50« Ça a toujours été très difficile pour les femmes de faire du vélo en Afghanistan.
03:13La société ne l'acceptait pas.
03:16C'était déjà le cas avant l'arrivée des talibans.
03:20Un jour, par hasard, j'ai croisé l'équipe nationale de cyclisme mixte.
03:42Et j'ai commencé à m'entraîner.
03:45Quand on a commencé à faire du vélo, ma soeur et moi,
04:06certaines personnes de notre entourage se sont plaintes à nos parents.
04:08Elle leur demandait pourquoi ils nous autorisaient à en faire.
04:14« Dès que je sortais de chez moi pour me rendre à l'entraînement,
04:27je me faisais insulter jusqu'au moment où je rentrais à la maison.
04:31On ne pouvait pas sortir seuls parce qu'on risquait d'être arrêtés,
04:40on risquait d'être tabassés ou frappés ou enlevés. »
04:47« Au début, c'était des femmes qui nous insultaient ou nous harcelaient.
05:06C'était très dur.
05:06Mais avec le temps, les choses ont changé
05:11et elles ont commencé à nous encourager.
05:13« Pour moi, le vélo est un symbole de liberté
05:30et de résistance.
05:35Je voulais montrer que les filles peuvent faire du vélo
05:37et pratiquer d'autres sports, comme les hommes. »
05:45« Après l'arrivée des talibans, le pire est arrivé.
05:49Tous nos rêves de femmes et notre avenir ont été anéantis. »
06:19« Quand j'ai commencé à travailler en Afghanistan,
06:25je n'étais pas dans le cyclisme.
06:26J'intervenais dans des prisons pour femmes.
06:31J'ai construit une école pour les sourds.
06:33Je travaillais dans des écoles isolées dans les montagnes.
06:36Je voyageais dans tout le pays.
06:39Et comme je suis une adepte du VTT,
06:41j'étais très intriguée par cette barrière entre les sexes.
06:44Pourquoi je ne voyais pas de filles à vélo ?
06:46J'ai tout de suite soutenu l'équipe nationale de cyclisme afghan.
06:49« Les cyclistes étaient menacés.
06:55Elles étaient victimes de harcèlement.
06:58On les traitait de femmes obscènes, déshonorées, de femmes faciles.
07:04Elles étaient prêtes à risquer leur vie
07:05et l'honneur de leur famille pour faire du vélo.
07:09Elles croyaient que c'était leur droit de faire du vélo,
07:11tout comme leurs frères.
07:13Ce sont les filles les plus courageuses que j'ai jamais rencontrées. »
07:17Personne ne s'attendait à ce que les talibans entrent dans Kaboul
07:23sans rencontrer la moindre résistance.
07:49« Et personne ne s'attendait à ce qu'Achraf Ghani, le président afghan, s'enfuit. »
08:01« Ces deux événements, combinés à un plan complètement désastreux,
08:08ou plutôt à l'absence de plan de la part des États-Unis,
08:13ont plongé le pays dans le chaos le plus total. »
08:17« Un jour, les professeurs sont entrés dans la classe.
08:36Ils étaient effrayés.
08:37Ils nous ont demandé de ranger nos affaires et de rentrer chez nous,
08:40car les talibans avaient pris Kaboul. »
08:44« J'ai appelé mon père.
08:47Il savait qu'il y avait un moyen de quitter le pays par l'aéroport.
08:51« Les Américains et les Italiens aidaient les personnes qui voulaient partir,
09:02celles qui ne souhaitaient pas vivre sous le régime taliban.
09:05Mais mon père ignorait ce qui se passait à l'aéroport.
09:10Il pensait qu'il suffisait de présenter son passeport pour pouvoir rentrer.
09:14Mon père m'a dit « Ma fille, si tu trouves un moyen de sortir, fais-le, mais sois prudente. »
09:31« Là-bas, il y avait beaucoup de monde.
09:33On nous a donné des codes et des instructions pour retrouver la personne qui devait nous guider.
09:36Il fallait simplement atteindre la porte de l'aéroport. »
09:39« On a passé une semaine autour de l'aéroport pour tenter d'y accéder par tous les moyens.
09:57Mais c'était impossible d'y parvenir, quelle que soit l'heure de la journée. »
10:01« On est allés à l'aéroport.
10:09Mais il y avait tellement de monde que je n'ai même pas pu montrer les documents.
10:15On a croisé des cyclistes de Kaboul.
10:21Nos amis nous ont dit qu'on devait toutes rester collées les unes aux autres pour ne pas se perdre.
10:25Avec beaucoup de difficultés, on a réussi à s'approcher de la porte.
10:35Et puis soudain, il y a eu une énorme explosion.
10:38Je ne comprenais pas ce qui se passait.
11:04Je voyais de la fumée autour de moi.
11:17Il y avait des gens qui...
11:25Il y avait des gens autour de moi avec le crâne éclaté.
11:34Et à côté, il y avait un ruisseau dont l'eau était devenue rouge comme du sang.
11:44Des enfants d'un ou deux ans avaient été emportés par le courant.
11:54J'ai vécu des moments terrifiants qui m'ont empêchée de dormir pendant plusieurs jours.
11:57J'en faisais des cauchemars.
12:05J'avais très peur.
12:06Quand Kaboul est tombée, les femmes ont été maltraitées, pourchassées.
12:31Des fouilles porte-à-porte ont commencé.
12:34La peur était bien réelle.
12:37La plupart des athlètes que je connaissais détruisaient leurs médailles,
12:40effaçaient toutes les traces de leurs compétitions.
12:44Certaines ont enterré ce qui ne pouvait pas être brûlé
12:46ou l'ont jeté dans des lieux publics pour s'en débarrasser.
12:49Chaque jour, je recevais une cinquantaine de messages d'Afghans
13:02qui imploraient mon aide.
13:07Je devais faire tout mon possible pour assurer la sécurité
13:11de ceux avec qui j'avais travaillé.
13:29Je suis connu dans le monde du cyclisme,
13:32car je possède une équipe cycliste professionnelle
13:34qui participait au World Tour.
13:37J'ai reçu un appel d'une journaliste américaine.
13:41Elle avait une amie qui s'appelait Shannon Galpin.
13:47Elle m'a demandé si je pouvais l'aider.
13:50L'idée était d'extraire l'équipe féminine afghane de cyclisme,
13:55l'équipe nationale.
13:57Le cyclisme a donc joué un rôle essentiel
14:00dans le lancement de cette opération.
14:02Mais une fois que je me suis engagé,
14:04je me suis impliqué émotionnellement.
14:09J'ai accepté de passer quelques coups de fil
14:14et j'ai rencontré le PDG d'Israël,
14:19Yotam Politzer.
14:22Il a fondé cette organisation
14:23et il mène des actions humanitaires
14:26dans des zones sinistrées,
14:28comme lors d'un tremblement de terre
14:29ou d'un ouragan,
14:31pour venir en extraire les gens.
14:32Sylvain Adams m'a appelé
14:36et m'a dit qu'il y avait un groupe
14:37de cyclistes féminines en Afghanistan
14:39qui cherchaient désespérément à fuir
14:41et que leur vie était en danger
14:43du simple fait qu'elles faisaient du vélo.
14:47Dès qu'il m'a dit ça, j'ai répondu
14:49« D'accord, on doit trouver un moyen
14:51de les aider et de les faire sortir de là. »
14:53J'ai ajouté « Écoute Sylvain,
14:55on n'est jamais allé en Afghanistan,
14:57on ne connaît personne là-bas,
14:59mais on va essayer. »
15:01Il m'a dit « Mais tu sais,
15:03cette opération va coûter de l'argent. »
15:07J'ai répondu « Écoute Yotam,
15:09c'est mon rôle, je m'en charge. »
15:12« Oui, mais je ne t'ai pas dit
15:13combien ça coûterait. »
15:14J'ai répondu « Peu importe le prix,
15:17on va sauver ces filles. »
15:23Quelques jours plus tard,
15:26je me suis retrouvé dans un avion
15:27à destination de la frontière
15:28entre l'Afghanistan et le Tadjikistan.
15:32Mais ce qui n'était pas encore clair,
15:34c'était comment je pouvais réellement
15:35apporter mon aide
15:36parce qu'il n'y a pas de relation diplomatique
15:38entre l'Afghanistan et Israël.
15:40Je savais donc que je ne pouvais pas
15:43entrer dans le pays.
15:45Je pouvais rester à la frontière,
15:46je pouvais coordonner l'extraction
15:48et l'opération de sauvetage,
15:50mais sans entrer dans le pays.
15:52Quand on était au Tadjikistan,
16:06il y avait une femme tadjique
16:08dans notre équipe, Anahita.
16:12Elle nous aidait beaucoup
16:13pour les traductions
16:14et la coordination locale.
16:16Elle était notre fixeuse sur place.
16:17Il y avait aussi un homme, Salam,
16:24qui travaillait dans l'humanitaire.
16:26Son rôle était très important
16:27car il avait de bons contacts
16:29en Afghanistan.
16:33C'est à ce moment-là
16:34qu'on a lancé l'opération.
16:36Toutes les frontières
16:38de l'Afghanistan étaient fermées.
16:41Par voie aérienne,
16:42par voie terrestre,
16:43toutes les ambassades étaient fermées.
16:46Tout le monde en Afghanistan
16:47était coincé.
16:47Les talibans avaient mis en place
16:51des postes de contrôle
16:52sur les routes
16:53et ils ne laissaient sortir personne.
16:55On savait que toute personne
16:57capturée par les talibans
16:58risquait d'être tuée
16:59ou emprisonnée.
17:03On a commencé à réfléchir
17:06au plan d'évacuation
17:07et à comment faire
17:09pour que les gens puissent
17:10traverser une frontière fermée
17:11laquelle il fallait choisir.
17:15Le Pakistan, le Tadjikistan,
17:17est l'Ouzbékistan.
17:19Yotam avait des contacts
17:21au Tadjikistan.
17:22Il pensait qu'on pouvait
17:23faire pression
17:23pour que la frontière
17:24soit ouverte.
17:26Très vite,
17:28en tant que responsable
17:29de la partie humanitaire,
17:31j'ai réalisé que j'avais
17:32vraiment besoin de partenaires
17:33pour m'aider
17:34sur le plan diplomatique.
17:36Il nous fallait
17:37des partenaires puissants
17:38au niveau politique
17:39qui pouvaient convaincre
17:40les pays d'ouvrir
17:41leurs frontières,
17:42d'accepter ces filles
17:43et de leur trouver
17:44des visas.
17:56Au moment des événements
17:57d'évacuation d'Afghanistan,
17:58moi je suis président
17:59de l'Union Cycliste Internationale
18:01et en 2021,
18:03on voit que les provinces
18:04tombent les unes
18:05après les autres
18:06aux mains des talibans
18:06et donc on commence
18:08à constituer une liste
18:10de gens susceptibles
18:11d'être évacués.
18:12Et je reçois
18:12un coup de fil
18:13de Sylvain Adams.
18:14Il me dit
18:14« David, je sais que tu as
18:15travaillé pour évacuer
18:17des Afghans,
18:19nous aussi on travaille
18:19de notre côté,
18:20mais le plus dur pour nous,
18:23c'est en fait,
18:24c'est les visas.
18:24On ne trouve pas de visa
18:25et donc c'est super compliqué.
18:27L'avantage qu'ils avaient,
18:28c'est qu'eux,
18:29ils étaient opérationnels
18:30sur place,
18:31mais il y avait besoin
18:32de tout l'aspect diplomatique
18:34que moi je pouvais avoir
18:35puisque j'avais l'accès
18:37quasiment aux chancelleries
18:38ici avec la Suisse
18:39directement,
18:40via Philippe Lebas,
18:41directement avec Guy Parmelin,
18:43président de la Confédération.
18:44Donc en fait,
18:45c'est tout ce travail-là
18:45finalement qui a été
18:46le mien pendant cette période.
18:51Je suis entré
18:52dans cette extraordinaire
18:54aventure humaine
18:55par les liens
18:56que j'avais avec
18:57David Lapartien,
18:58le président de l'ICI.
18:59et lorsqu'il m'a appelé
19:01en disant
19:01j'ai besoin de visas
19:03et il faut que
19:04tu me les obtiennes.
19:07Je n'ai pas été payé
19:07pour ça.
19:09C'était complètement
19:10hors de mon mandat
19:10d'homme politique vaudois.
19:12Complètement.
19:15Mais c'est l'une des...
19:15c'est peut-être l'une des choses
19:18dont je suis le plus fier.
19:20J'ai essayé d'appeler
19:21trois conseillers fédéraux
19:22dont j'avais
19:23une attelle personnelle
19:25et puis j'ai appelé
19:27madame Kader Souter
19:27qui m'a dit
19:28que la situation
19:29en Afghanistan
19:30est très compliquée,
19:31qu'elle sortait
19:31d'un entretien
19:32avec son homologue allemand
19:33qui avait accueilli
19:35quelques Afghans
19:36mais dont là
19:37il y avait deux terroristes
19:38et évidemment maintenant
19:39l'Allemagne ne savait plus
19:41que faire
19:41de ces deux terroristes.
19:42Mais elle m'a dit
19:42vas-y si tu veux.
19:44Je lui ai demandé
19:45si je pouvais voir
19:46son secrétaire d'état
19:47l'avoir au téléphone
19:48le secrétaire d'état
19:49en charge des migrations.
19:51Je l'ai eu le lendemain
19:52et je lui ai dit
19:53écoutez,
19:54je vous envoie
19:54la liste des personnes
19:55qu'il faudra sortir
19:56dressées par l'UCI
19:59et il me faut
20:00les laisser passer
20:00pour les sortir
20:01sinon nous ne trouverons
20:02aucun pays
20:03intermédiaire
20:05qui accepterait
20:06d'accueillir
20:07topopèrement
20:07des Afghans
20:08s'il n'y a pas
20:09de pays de destination finale.
20:12Un groupe Whatsapp
20:20a été créé.
20:23Le président
20:23de la fédération
20:24disait
20:25les filles
20:26ne risquez pas
20:27votre vie
20:27l'UCI
20:28va nous aider
20:29à quitter le pays.
20:31Restez chez vous
20:32et patientez
20:33en attendant
20:33qu'on trouve
20:34une solution.
20:37On était
20:38toutes désespérées
20:39et découragées
20:40mais au fond
20:42de moi
20:42quelque chose
20:43me disait
20:43que je ne pouvais
20:44pas rester ici
20:45que je devais
20:48trouver un moyen
20:49de partir
20:49j'ai gardé
20:52la foi
20:52malgré le désespoir.
20:53notre plan consistait
21:11à évacuer
21:12les gens
21:12par voie terrestre
21:13en passant
21:14par la frontière
21:14tajique.
21:16On a dit
21:17à toutes les filles
21:18d'attendre
21:18en restant
21:19cachés
21:19à Kaboul.
21:22Yotam
21:23grâce à ses talents
21:28a réussi
21:30à trouver
21:30des agents
21:31afghans
21:31pour nous aider.
21:34Des guides
21:36capables
21:37d'emmener
21:37les filles
21:37en sécurité
21:38au Tadjikistan.
21:39Avec Yotam
21:47on a convenu
21:48d'un point
21:48de rendez-vous
21:49à Kaboul.
21:50On avait besoin
21:52d'un lieu suffisamment
21:52grand
21:53pour rester discret
21:54d'un endroit
21:55où un groupe
21:56de filles
21:56peut arriver
21:57sans se faire remarquer
21:58mais qui ne soit
21:59pas trop grand
22:00non plus
22:00pour éviter
22:01que le lieu
22:01de rendez-vous
22:02puisse être repéré.
22:09Pendant le processus
22:22de sortie
22:23d'Afghanistan
22:23qui a duré
22:25environ un mois
22:25on recevait
22:27des messages
22:28sur le groupe
22:28WhatsApp.
22:33C'était des messages
22:34qui nous encourageaient
22:35à garder espoir.
22:36ces messages
22:41nous disaient
22:41de nous tenir prêtes
22:42avec un hijab
22:43des vêtements
22:45appropriés
22:46et un petit sac
22:47contenant seulement
22:48l'essentiel.
22:55Mon père était inquiet
22:56au début.
22:59Il ne croyait pas
23:00à ce projet.
23:03Il ne pensait pas
23:04qu'on pourrait sortir
23:04d'Afghanistan
23:05en toute sécurité
23:06mais il nous a donné
23:09son accord.
23:12Il était heureux
23:12qu'une solution
23:13ait été trouvée
23:14pour qu'on puisse
23:14enfin quitter le pays.
23:19On ne pouvait pas
23:21faire sortir
23:2140 millions de personnes
23:22d'Afghanistan.
23:24Il était clair
23:25que c'était impossible.
23:27Notre premier défi
23:28a été de dresser
23:29une liste
23:29des cyclistes
23:30qu'on souhaitait évacuer.
23:33Tout le monde
23:35a été d'accord
23:35pour que Shannon
23:36et David
23:36qui avaient chacun
23:38leur propre liste
23:39travaillent ensemble
23:41pour établir
23:43une liste commune
23:43afin de savoir
23:44qui et combien
23:45de personnes
23:46on devait
23:47exfiltrer.
23:48l'évacuation
23:53l'évacuation
23:54était en cours.
23:55J'ai envoyé
23:56un message
23:56à Yotam
23:57qui m'a envoyé
23:57la liste
23:58d'évacuation.
24:01Je ne reconnaissais
24:03qu'un seul nom.
24:07Il n'y avait
24:07personne d'autre.
24:08Ma liste
24:09n'y figurait pas.
24:09Les cyclistes
24:12avaient été remplacés
24:13par des collègues
24:14et des amis
24:15du président
24:15de la fédération
24:16Fasli.
24:23Sa famille
24:25a bien sûr
24:25le droit
24:26d'être évacuée.
24:26Personne ne le contesterait.
24:28Vous êtes à la tête
24:29de la fédération
24:30afghane de cyclisme.
24:31Votre famille
24:32sera évacuée.
24:33Mais les autres hommes
24:36qui font partie
24:37du personnel
24:38de la fédération
24:39n'avaient pas
24:40la priorité
24:41sur les athlètes féminines.
24:44Absolument pas.
24:45C'était insensé.
24:47J'ai donc dit à Yotam
24:48« Tu es sûre
24:49que tu m'as envoyé
24:49la bonne liste ?
24:50Ce n'est pas celle
24:51que j'ai écrite. »
24:51Il m'a répondu
24:52« C'est la liste
24:53qu'on va utiliser. »
24:55Les personnes
24:56qui m'ont donné
24:56cette liste
24:57sont celles
24:57qui ont obtenu
24:58l'autorisation
24:59du Tadjikistan.
25:00Donc c'est ça
25:01qui compte.
25:03Ils ont donc
25:05procédé à l'évacuation
25:06et notre collaboration
25:08qui avait très bien
25:09fonctionné au début
25:10a tout simplement
25:11été rompue
25:12sans aucune explication.
25:16Donc j'ai
25:17à Sylvain Adam
25:17j'ai dit
25:18« Là on a un vrai problème. »
25:20Donc on a
25:20effectivement choisi
25:21de faire l'évacuation
25:24on va dire
25:24sans Shannon Galpin
25:25parce que
25:26nous on était
25:27fixés sur l'objectif
25:29qui était
25:29d'évacuer
25:30ces personnes
25:31et pas que
25:33les personnes
25:34que elles
25:34forcément
25:35nécessairement
25:36voulaient.
25:46En consultant
25:48à nouveau
25:49mes messages
25:50j'ai vu
25:51que notre chef
25:51avait demandé
25:52aux filles
25:52qui avaient un passeport
25:53de le lui envoyer.
25:57Il avait aussi
25:57publié
25:58la liste
25:58des noms
25:58de ceux
25:59qui allaient
25:59pouvoir quitter
26:00l'Afghanistan.
26:06Malheureusement
26:06le nom de ma sœur
26:07n'était pas
26:07sur cette liste.
26:11Alors j'ai écrit
26:12dans le groupe
26:12WhatsApp
26:13que ma sœur
26:13s'entraînait
26:14avec moi
26:14et j'ai demandé
26:16pourquoi
26:17elle ne figurait
26:18pas sur la liste
26:18alors que sa vie
26:19était aussi en danger.
26:25Ils ont répondu
26:26de ne pas s'inquiéter
26:27et ils ont dit
26:30qu'un deuxième groupe
26:31serait organisé
26:32et qu'il mettrait
26:33le nom de ma sœur
26:34sur cette deuxième liste.
26:42Finalement
26:42un soir
26:43on nous a donné
26:43une adresse
26:44à Kaboul.
26:48On devait
26:48toutes nous y rassembler
26:49pour quitter
26:49l'Afghanistan.
27:02Mon père avait une voiture.
27:08On est allé chercher
27:09plusieurs filles
27:09de l'équipe
27:10et on est partis ensemble.
27:11Ce jour-là
27:18j'avais vraiment peur
27:19de croiser
27:20des patrouilles
27:20de talibans
27:21sur le chemin.
27:25J'avais peur
27:26qu'ils nous arrêtent
27:27parce que j'avais
27:28ma carte d'identité
27:29et tous mes documents
27:30de cyclisme sur moi.
27:41Quand on est arrivés
27:50au lieu du rendez-vous
27:51un homme tenait
27:52une liste à la main.
27:56Il nous a demandé
27:57nos noms
27:58pour vérifier
27:59qu'ils y figuraient bien.
28:02Il m'a demandé
28:03mon prénom
28:03je lui ai répondu
28:05Nazanin.
28:05Il y avait plusieurs
28:10cyclistes
28:10mais aussi
28:11d'autres personnes.
28:16On a été choqués
28:17de voir
28:17que certaines personnes
28:18étaient venues
28:19avec leur famille.
28:22On s'est posé
28:23des milliers de questions.
28:27Pourquoi certaines
28:28étaient venues
28:28avec leur famille
28:29alors que nous
28:30on était seuls ?
28:34J'ai supplié
28:42le responsable
28:42d'ajouter ma sœur
28:43pour qu'elle puisse
28:44partir avec moi.
28:48Mais il a refusé.
28:57On est sortis
28:58discrètement
28:59du bâtiment
28:59pour se diriger
29:00vers les grands bus
29:01stationnés sur la route.
29:04même dans le bus
29:08les lumières étaient
29:09éteintes.
29:14On était assises
29:16dans le bus
29:17stressés
29:18sans savoir
29:19où on allait.
29:23Puis
29:23le bus a démarré.
29:26On a pris la route.
29:27avec ma voisine,
29:34on a regardé
29:35le GPS
29:35pour savoir
29:36où on allait.
29:40Ma voisine
29:40en a conclu
29:41qu'on devait
29:41se diriger
29:42vers
29:42Mazar-e-Sharif
29:43ou Kunduz.
29:44A l'époque,
29:58au moment de partir,
29:59j'avais 16 ans
30:00et je ne comprenais
30:00pas grand-chose.
30:02Je n'ai pas pu dire
30:03au revoir à ma famille
30:04comme je l'aurais voulu
30:05parce que je n'étais pas sûre
30:08qu'on réussirait
30:08à quitter l'Afghanistan.
30:14Quand j'ai essayé
30:15de dormir,
30:16mes émotions ont changé.
30:19J'ai été envahie
30:19par les émotions
30:20et j'ai pleuré.
30:26C'était la première fois
30:27que je me retrouvais
30:28dans une telle situation,
30:30loin de ma famille.
30:38J'étais partagée
30:42entre différents sentiments.
30:48J'étais heureuse
30:49de quitter l'Afghanistan
30:50mais en même temps,
30:54j'étais triste
30:54que certaines
30:55de mes coéquipières
30:56ne figurent pas
30:57sur la liste.
31:01Et j'étais triste
31:02de ne pas pouvoir
31:03emmener ma famille
31:04avec moi.
31:08On a découvert
31:25que certaines
31:26de ces filles
31:27n'avaient pas de passeport
31:28parce qu'elles n'avaient
31:29jamais quitté l'Afghanistan.
31:3141 d'entre elles
31:32n'avaient jamais quitté
31:33l'Afghanistan.
31:35On s'est donc demandé
31:36comment on pouvait
31:37leur imprimer
31:37des passeports.
31:38On n'avait pas
31:39de machine à passeport.
31:42Comment obtenir
31:45des passeports
31:45alors que le régime
31:47est tombé,
31:48que le pays
31:49est en froid
31:49au chaos
31:50et que les talibans
31:52ont pris le pouvoir ?
31:53Comment obtenir
31:55des passeports
31:55pour ces personnes
31:56qui veulent quitter
31:57leur pays ?
32:00On a eu de la chance.
32:02On a trouvé
32:03une personne sympathique
32:04qui travaillait
32:05pour l'ancien régime
32:06afghan
32:06et qui vivait en Russie.
32:08à Moscou.
32:10L'ambassadeur Jawad
32:11n'était plus
32:14l'ambassadeur afghan.
32:16Il ne faisait pas partie
32:16des talibans
32:17mais de l'ancien gouvernement.
32:19J'étais en contact
32:20avec lui
32:20et il m'a dit
32:21qu'il était très touché
32:22par nos efforts.
32:23Il m'a dit
32:24« Je peux vous fabriquer
32:25des passeports,
32:26je suis toujours à Moscou
32:27et j'ai des passeports
32:28supplémentaires. »
32:30On a donc obtenu
32:31toutes les informations
32:32nécessaires sur ces filles
32:33via WhatsApp et signal.
32:35On a rempli
32:36les formulaires pour elles
32:37et on a tout envoyé
32:37par WhatsApp
32:38à l'ambassade afghane
32:39à Moscou
32:40qui a imprimé
32:40ses passeports
32:41pendant la nuit.
32:43Ils ont travaillé
32:4324 heures d'affilée.
32:45Ils les ont envoyés
32:46par courrier diplomatique.
32:48Je me rappelle
32:49avoir reçu cette boîte,
32:50l'avoir ouverte
32:51et avoir vu
32:5241 passeports afghans.
32:53Si quelqu'un d'Interpol
32:55m'avait vu,
32:56il m'aurait emprisonné
32:57à vie
32:57pour trafic
32:58de passeports afghans.
33:09Il y a la vie
33:10des gens dans tout ça.
33:23Sur la route,
33:30les talibans
33:31ont arrêté le bus
33:32pour un contrôle
33:33et ils ont demandé
33:34où on allait ainsi
33:35tous ensemble.
33:38Tout le monde
33:38était perplexe
33:39et ne savait pas quoi dire.
33:42Puis le chauffeur
33:43a dit aux talibans
33:43qu'on allait à un mariage.
33:45Toutes les filles ensemble.
33:49Je ne comprends pas
33:50pourquoi les talibans
33:51paniquent en voyant des filles.
33:52alors que c'est nous
33:54qui avons peur d'eux.
33:58Finalement,
33:58les talibans ont dit
33:59« D'accord,
34:00vous pouvez y aller ».
34:22Quand ils sont arrivés
34:31à la frontière,
34:33les talibans ont littéralement
34:34braqué leurs armes
34:35sur les filles.
34:38Ils leur ont dit
34:39qu'ils ne pouvaient pas
34:40marcher jusqu'au Tadjikistan
34:41parce que la frontière
34:44était bloquée
34:45par les Tadjiks.
34:47Ils ne voulaient pas
34:48donner un flux de réfugiés
34:49dans leur pays.
34:51Yotam Polizir
34:52était au Tadjikistan,
34:53lui,
34:54prêt à les accueillir.
34:55Il était là-bas.
34:56Et là,
34:56on m'appelle
34:56et on me dit
34:57« On fait quoi ? »
34:59Et là,
34:59on a 125 personnes
35:01dans des bus
35:01au milieu de nulle part
35:03et on me dit
35:03« On est un peu
35:05à court d'imagination. »
35:07C'était une situation
35:09très dangereuse
35:09et on a très vite compris
35:11qu'elles ne pouvaient pas
35:12rester là.
35:13On devait leur trouver
35:14un refuge
35:14alors on a dit
35:15à toutes les filles
35:16d'attendre là
35:16pendant qu'on essayait
35:17de résoudre la situation.
35:27C'était une maison
35:28d'un étage
35:29avec une cour.
35:31Toutes les personnes
35:32qui étaient dans les bus
35:33y sont entrées.
35:40Quelques heures plus tard,
35:41on a entendu
35:42des coups
35:43contre la porte.
35:44c'étaient des talibans.
35:54On était paniqués,
35:56effrayés
35:57et on ne savait pas
35:58quoi faire.
36:02On ne pouvait pas sortir
36:03à cause des talibans.
36:07Ils ont demandé
36:10pourquoi il y avait
36:11autant de monde
36:11dans cette maison
36:12et ce qu'on faisait là.
36:14et puis les talibans
36:24ont embarqué
36:24trois-quatre hommes
36:25avec eux.
36:31Je ne sais pas précisément
36:32ce qui s'est passé
36:33mais ils ont été
36:35interrogés
36:36et torturés.
36:41Les hommes sont revenus,
36:43ils chuchetaient.
36:44je me disais
36:47que je n'aurais pas dû
36:48venir
36:48et à ce moment-là
36:50plus personne ne parlait.
36:59Tout le monde
37:00était paniqué.
37:00Les talibans ont ordonné
37:11aux hommes de quitter
37:11les lieux,
37:12de retourner à Kaboul
37:13et de ramener
37:15les femmes avec eux.
37:22Honnêtement,
37:22à ce moment-là,
37:24j'ai pensé
37:25qu'on devait abandonner.
37:26On avait fait
37:27de notre mieux.
37:27C'était une mission
37:28impossible
37:29et on devait
37:30laisser tomber.
37:31Mais ensuite,
37:32j'ai pensé
37:32que si elles restaient
37:33en Afghanistan,
37:34leur vie serait
37:34encore plus en danger,
37:36pas seulement à cause
37:37de la situation
37:37dans le pays
37:38mais parce que
37:39les talibans
37:39avaient déjà pris
37:40leurs noms.
37:41Ils savaient
37:42exactement qui était
37:43sur cette liste
37:44et qui se trouvait
37:44dans la maison.
37:45on a vraiment réalisé
37:48qu'on ne pouvait
37:48pas abandonner
37:49ces filles.
37:50On devait trouver
37:50un moyen
37:51de les faire sortir.
37:59On a dit aux filles
38:00de dire aux talibans
38:00qu'elles retournaient
38:01à Kaboul.
38:03Elles se sont rendues
38:04au centre-ville
38:05à la gare routière.
38:08On aurait dit
38:09qu'elles attendaient
38:09le bus pour Kaboul.
38:12Pendant ce temps,
38:13on a organisé
38:14un autre bus
38:14pour les emmener
38:15de l'autre côté
38:16de l'Afghanistan
38:17à l'opposé de Kaboul
38:18à Mazar-e-Sharif.
38:27Le bus est parti
38:28en direction de Kaboul.
38:36Le chauffeur pensait
38:37que les talibans
38:38nous suivaient
38:38pour vérifier
38:39qu'on allait bien
38:40à Kaboul.
38:44tout à coup,
38:52je me suis rendu compte
38:52qu'on avait changé
38:53de direction
38:54et qu'on allait
38:55vers Mazar-e-Sharif.
38:59On a changé
39:00de tactique
39:01et on a réussi
39:03à trouver un avion
39:04prêt à se rendre
39:04à Mazar-e-Sharif,
39:05à prendre notre groupe
39:07et à le transporter
39:09au Tadjikistan.
39:12Pour affrêter
39:13un avion
39:13qui doit se poser
39:14dans un pays en guerre
39:16aux mains des talibans
39:17qui tirent
39:18avec des missiles
39:19sur tout ce qui bouge,
39:20c'est une opération
39:21assez délicate.
39:26Finalement,
39:27David a réussi
39:29à affrêter
39:30un avion
39:30biélorusse
39:31qui est venu
39:32se poser
39:32à Mazar-e-Sharif.
39:37Mais on avait
39:38un problème.
39:39Il nous fallait
39:39les passeports.
39:401, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8,
39:568 passeports.
39:57Fais des paquets de 10.
40:02On est allés
40:03à la frontière
40:04entre le Tadjikistan
40:05et l'Afghanistan
40:05pour remettre
40:06ces passeports.
40:10Une âme courageuse
40:11dans le groupe
40:12s'est portée volontaire
40:13pour traverser
40:14le pays
40:14et récupérer
40:16ces passeports.
40:19En espérant
40:20qu'ils reviennent
40:21à temps,
40:22car on avait
40:22un vol charter,
40:23on avait affrété
40:24un avion
40:24pour les faire sortir.
40:26On a un accord
40:27jusqu'à demain,
40:28midi,
40:28pour décoller
40:29de Mazar-e-Sharif.
40:30Et on était le soir.
40:32Mais attendez,
40:32la frontière où ils sont,
40:33c'est 4 heures de route.
40:34Il y a un couvre-feu,
40:35on ne peut pas rouler la nuit.
40:37J'ai dit là,
40:37il va falloir rouler feu éteint,
40:38mais il faut quoi,
40:396 heures du matin,
40:39vous soyez là-bas
40:40et vous débrouillez
40:41comme vous voulez.
40:43Il y a un peu
40:43de cash dans la soute.
40:46Il faudra trouver
40:47une solution.
40:48Je me souviens
40:49qu'une petite voiture
40:50est venue à la frontière
40:51pour récupérer
40:52ses passeports.
40:53On a pensé,
40:54ça y est,
40:55les filles vont enfin
40:56avoir les passeports.
41:00On a envoyé
41:01des messages,
41:02mais on n'a pas eu
41:03de réponse
41:03de la part des filles.
41:05On a appris
41:05que les talibans
41:06avaient arrêté
41:07la personne
41:08qui essayait
41:08de leur remettre
41:09les passeports.
41:10l'officier taliban
41:13lui a demandé
41:13« Qu'est-ce que tu fais
41:14avec tous ces passeports ? »
41:16Il a répondu
41:16« Ce sont des membres
41:17de ma famille. »
41:20Il a inventé
41:20une histoire.
41:22Il a été interrogé
41:23encore et encore
41:24par cet officier,
41:26mais il a donné
41:27les bonnes réponses.
41:29et il a pu récupérer
41:31les passeports
41:32pour arriver
41:33juste à temps
41:34à Mazar-e-Sharif
41:35avant le décollage
41:37de l'avion.
41:47Tout était prêt.
41:50Elles avaient
41:50leur passeport,
41:51l'avion était prêt,
41:52mais lors du dernier contrôle,
41:56au moment d'embarquer,
41:56l'agent d'immigration
41:58taliban
41:59a regardé
41:59les passeports
42:00et il a dit
42:01« Ce sont de faux passeports.
42:04Ils n'ont pas été fabriqués
42:05par les talibans.
42:06Ils ont tous été fabriqués
42:07en Russie.
42:08Vous allez tous
42:08aller en prison. »
42:14On a commencé
42:14à paniquer
42:15et à se demander
42:16ce qui allait se passer.
42:17s'ils découvraient
42:20qu'on était
42:20des athlètes cyclistes,
42:22c'était fini.
42:24On irait en prison.
42:28On a appelé
42:29la compagnie aérienne
42:30et on a parlé
42:31aux talibans.
42:33Finalement,
42:33on a dû payer
42:34une somme d'argent.
42:38Et c'est comme ça
42:39que ces filles
42:39ont été libérées.
42:41Même si les talibans
42:42savaient que ces passeports
42:43étaient faux,
42:44ils les ont laissés partir.
42:45et ils les ont laissés partir.
43:10Durant le vol
43:10pour le Tadjikistan,
43:11on était heureuses
43:17d'avoir enfin
43:17pu quitter l'Afghanistan.
43:23Quand on y réfléchit,
43:25c'était complètement
43:26déraisonnable.
43:28On a pris
43:29des risques insensés.
43:32Si l'avion
43:33affrêtait
43:33à exploser
43:34en vol,
43:36tout le monde
43:37nous aurait dit
43:37« Mais vous êtes
43:38complètement irresponsable
43:39d'avoir fait ça.
43:39vous n'êtes ni la Croix-Rouge
43:40ni l'armée
43:41ni une puissance étatique
43:43et vous affrêtez
43:44un avion
43:45sans contrôle aérien
43:46qui finit par exploser
43:47un pays en pleine guerre.
43:49Tout ça est juste.
43:51Tout ça est juste.
43:52Mais dans la vie,
43:53on ne fait pas
43:53que ce qui est raisonnable,
43:55que ce qui est réfléchi.
43:57On fait parfois
43:57autre chose.
43:59Ça marche,
44:00ça ne marche pas.
44:01Là,
44:01ça a marché.
44:02Quand je suis arrivée
44:08au Tadjikistan,
44:11j'avais toujours peur,
44:13mais je sentais
44:15que je n'étais plus
44:16en danger,
44:17que je n'étais plus
44:18à Kunduz
44:19ou à Mazar
44:20et que j'étais bien
44:21hors d'Afghanistan.
44:2240 minutes plus tard,
44:32elles ont atterri
44:32au Tadjikistan
44:33où on les attendait.
44:41Mais malheureusement,
44:42ce n'était pas
44:43la fin du voyage.
44:44Elles ont été bloquées
44:45à l'aéroport.
44:46Il nous a fallu
44:47trois jours
44:48pour trouver
44:48un autre pays
44:49qui accepte
44:49de les accueillir.
44:51Et ce pays,
44:52c'était l'Albanie.
44:52L'UCEI a trouvé
45:14une espèce
45:14de camp de vacances
45:16à 50 kilomètres
45:18de Tirana
45:18où elles sont restées
45:21en carafe,
45:22si j'ose dire,
45:23au moment
45:23où je suis arrivé.
45:28Une semaine
45:29après notre arrivée
45:30en Albanie,
45:33M. Philippe Lebas
45:33est venu
45:34avec une personne
45:35qui travaillait
45:35à l'UCI.
45:39Il nous a annoncé
45:40que les filles
45:40que les filles
45:40seraient divisées
45:41en deux groupes.
45:44Un groupe allait partir
45:45pour le Canada
45:46et l'autre
45:47pour la Suisse.
45:49Au moment
45:49de franchir
45:50la douane
45:50pour embarquer,
45:52l'un des douaniers
45:53a refusé
45:53de laisser passer
45:55les afghanes
45:55faute de visa
45:56dans leur passeport.
45:58La température
45:59est montée.
46:00Il a appelé
46:00son supérieur
46:01qui est un major
46:01dans les douanes
46:02albanaise
46:04qui m'a expliqué
46:05que faute de visa,
46:06personne ne passerait.
46:08Benoît,
46:08j'ai sorti
46:09ma carte de visite
46:10en lui disant
46:10que j'étais conseiller d'État.
46:11Il n'y en avait
46:12rien à cirer.
46:14Mais deux jours
46:14avant le passage
46:15de la douane,
46:17j'étais reçu
46:18par le président
46:19albanais
46:19qui nous a parlé
46:21de beaucoup de choses,
46:22peu de cyclisme.
46:23Et au cours
46:24de cet entretien,
46:25il nous a suggéré
46:25de faire quelques photos
46:26où on lui serre la main
46:28de ces photos
46:29protocolaires diplomatiques.
46:32Là, tout d'un coup,
46:33j'ai eu l'idée
46:33de lui montrer
46:34la photo
46:35que j'avais prise
46:36dans le bureau
46:37du président,
46:38serrant la main
46:38du président.
46:40Je lui ai dit
46:40« Do you know that man ? »
46:43Et immédiatement,
46:45il a commencé
46:46à blanchir.
46:48Il s'est métamorphosé.
46:49Il a pris son téléphone.
46:50Il a appelé
46:51« Je présume ça y est Archie. »
46:55Et en reposant le téléphone,
46:58il a dit
46:59« Il faut comprendre,
47:00je fais mon boulot. »
47:01Je lui ai dit
47:02« Il n'y a aucun problème,
47:02nous avons pu passer. »
47:04Quand je suis arrivée
47:18en Suisse,
47:20la vie était très différente
47:21de celle que j'avais
47:22en Afghanistan.
47:23J'avais 17 ans.
47:32J'ai passé deux mois
47:33dans un camp.
47:36C'était la première fois
47:37que j'entendais ce mot « camp ».
47:42Quand mon père m'appelait,
47:46il me demandait
47:47où j'étais
47:47et ce que je faisais.
47:53J'étais là
47:54pour obtenir
47:54mon permis de séjour
47:55en tant que réfugié politique.
47:57À Bâle,
48:02on était dans un foyer
48:03avec des réfugiés
48:04d'autres nationalités.
48:10On vivait
48:11à cinq filles
48:12dans une pièce.
48:15Il y avait
48:15deux Africaines
48:16et une fille arabe.
48:20On était beaucoup.
48:20après quatre mois,
48:27on a enfin reçu
48:28une réponse.
48:30Il a été décidé
48:31qu'on irait
48:31dans le canton de Vaud.
48:36Nous avons pris en charge
48:37l'ensemble de ces cyclistes
48:39à Aigle
48:40avec une formation
48:41à la fois sportive
48:42et une formation
48:43en termes d'éducation.
48:45L'UCI voulait
48:46construire avec elles
48:47un projet,
48:48pas simplement
48:48les faire venir ensuite
48:49puis ensuite
48:49débrouillez-vous,
48:51mais un projet
48:51autour du sport
48:52et de leur formation
48:54parce que comme
48:54il s'agissait
48:55pour l'essentiel
48:56de très jeunes femmes,
48:58il s'agissait
48:58de les former,
48:59de leur donner
48:59un vrai avenir.
49:01Toutes ne seraient pas
49:01professionnelles
49:02dans le cyclisme
49:03mais il fallait
49:04leur donner
49:04des perspectives
49:05et pas les laisser
49:06à l'assistance.
49:07C'était vraiment
49:07un élément fondamental
49:09de tout cela.
49:11Toutes n'étaient pas
49:11des sportifs
49:12de haut niveau
49:12mais elles avaient
49:14la passion du vélo.
49:15Et puis j'avais
49:16dans cette tête
49:16un autre rêve
49:17qui était de dire
49:17il faut qu'on fasse
49:18un cheminat d'Afghanistan
49:19de cyclisme
49:20pour montrer,
49:22y compris aux talibans,
49:22que quelque part
49:23il y a des femmes afghanes
49:25qui continuent
49:26de faire du sport
49:26et c'était aussi
49:27un message
49:28pour les femmes afghanes
49:29sur place là-bas.
49:30« Le cyclisme afghan,
49:42le top est un ! »
49:43Heureusement,
50:06toutes les filles
50:06qui étaient en Allemagne,
50:07aux Etats-Unis
50:08et au Canada
50:09ont pu,
50:10grâce à l'UCI,
50:11venir à Aigle
50:12en Suisse
50:13pour participer
50:14à cette compétition.
50:19On a également
50:20rencontré
50:21les organisateurs
50:22de l'opération
50:22d'exfiltration
50:23et on a pu leur faire
50:25part de notre reconnaissance,
50:27leur dire que grâce
50:28à eux,
50:29la vie de ces filles
50:29avait été sauvée.
50:35Sinon,
50:35elles auraient eu
50:36le même destin
50:36que des milliers
50:37de femmes en Afghanistan.
50:48Pour moi,
50:50vivre dans les conditions
50:51actuelles en Afghanistan
50:52est impossible
50:53et je referai
50:54ce voyage
50:55à 100%.
50:56J'ai grandi
51:03dans une famille éduquée,
51:05ouverte
51:05sur le monde.
51:09Même si on vivait
51:10dans un petit village
51:11afghan,
51:12l'éducation des enfants
51:13restait la priorité
51:14de mes parents.
51:19Ces raisons
51:19m'ont poussée
51:19à rejoindre
51:20l'équipe nationale
51:21et à m'entraîner
51:22jusqu'à aujourd'hui.
51:26C'est grâce
51:27au vélo
51:27que j'ai pu sauver
51:28ma vie
51:28et venir en Suisse.
51:31Tout ça,
51:32c'est grâce
51:32à mon vélo.
51:40Ici,
51:41je ressens vraiment
51:42ce que c'est
51:42d'être un humain,
51:44d'être une femme.
51:47La justice,
51:48la liberté,
51:49l'égalité,
51:51tout est là.
51:51Si c'était
51:54à refaire,
51:55je reprendrais
51:56le même chemin
51:56parce que ma vie
51:58était en danger là-bas.
52:04Je ne sais pas
52:05ce qui aurait pu m'arriver
52:06si j'étais restée
52:07en Afghanistan.
52:07m'a dit,
52:08je n'ai pas
52:09à dire,
52:09je n'ai pas
52:10de déjeuner
52:10que j'ai
52:11à dire,
52:11je n'ai pas
52:12de déjeuner
52:12que je n'ai pas
52:13de déjeuner.
52:13Sous-titrage MFP.
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