00:00Pour la suite de Culture Média, dans un instant, je reçois Christophe Baratier et Gérard Juniau pour les enfants de la Résistance.
00:06Ça sort mercredi au cinéma, mais pour le moment, c'est l'instant sagesse de cette émission,
00:12puisque j'accueille l'un des neuf sages de l'ARCOM, l'autorité de régulation de l'audiovisuel,
00:17qui plus est le sage qui préside le groupe de travail sur la radio.
00:21Donc vous êtes vraiment à la bonne place ici. Bonjour Romain Lalex.
00:24Bonjour Thomas.
00:24Et merci d'avoir accepté de passer par ce studio,
00:27parce qu'en fait, vous êtes en visite aujourd'hui dans les locaux d'Europe 1, c'est ça ?
00:30Exactement, exactement. Je viens voir les équipes d'Europe 1,
00:33comme je suis allé voir les équipes de la plupart des grands réseaux nationaux,
00:37et comme je vais souvent également en région, voir les équipes des radios locales et des radios associatives.
00:42J'ai regardé, il y a à peu près 900 radios en France, vous n'allez pas toutes les visiter quand même ?
00:45Ah non, pas toutes, non pas toutes. Il y en a même un peu plus que ça, 1200, si on compte les radios des Outre-mer.
00:50Ah oui, donc c'est du boulot.
00:51Avant de parler spécifiquement des enjeux de la radio, un mot sur l'ARCOM,
00:55parce que c'est assez rare que vous vous exprimiez, c'est la première fois en tout cas que vous venez à ce micro,
01:00j'en suis ravi, et l'ARCOM, c'est une autorité dont on parle beaucoup ces dernières années,
01:04qui est souvent critiquée, qui est souvent attaquée,
01:07certains demandent même carrément sa suppression.
01:09En quoi c'est utile l'ARCOM, selon vous ?
01:12Alors c'est une très bonne question, Thomas, et je suis ravi de pouvoir être ici pour en parler.
01:16L'ARCOM, c'est un service public, c'est une autorité au service de nos concitoyens,
01:20dont la mission principale est de défendre la liberté d'expression,
01:24et de défendre les médias qui la rendent possible,
01:27mais aussi, bien sûr, de protéger les publics contre des contenus qui peuvent être choquants,
01:32contre des contenus illégaux.
01:34Donc on est à la fois une autorité qui accompagne, et aussi une autorité qui protège.
01:38On dit gendarme de l'audiovisuel.
01:40Alors c'est pas un terme qu'on adore, gendarme,
01:41parce qu'il emporte vraiment tout un imaginaire répressif,
01:45alors qu'une de nos missions, c'est aussi d'accompagner ces secteurs dans leurs évolutions,
01:49on en parlera pour la radio,
01:51et de les aider à se transformer et à continuer à parler à nos concitoyens.
01:54Et alors c'est vrai qu'on parle souvent de l'ARCOM, Romain Lalex,
01:57à propos notamment du comptage de temps de parole pendant les campagnes électorales.
02:00C'est le cas en ce moment avec les municipales qui approchent.
02:03Il y a même des obligations renforcées, j'ai vu dans les médias depuis une semaine,
02:06qui doivent respecter un principe d'équité.
02:10C'est ça le terme.
02:11Est-ce que concrètement, ça veut dire que si on parle sur Europe 1 d'un des candidats à la mairie d'Angers,
02:17on doit forcément parler de tous les autres candidats ?
02:21L'idée, c'est qu'on puisse assurer,
02:24et c'est un principe essentiel au bon fonctionnement du débat démocratique,
02:27c'est qu'on puisse assurer aux candidats qui se présentent dans des élections majeures,
02:31notamment les élections municipales,
02:32une forme d'équité dans l'accès au temps de parole.
02:35Donc pour répondre à votre question,
02:36logiquement, si vous donnez la parole à un des candidats,
02:39bien sûr, il faudra pouvoir le donner à d'autres,
02:41mais en tenant compte d'un certain nombre de critères.
02:44Et notamment, on va pouvoir se baser,
02:46les éditeurs, les stations de radio, les chaînes de télé,
02:49vont pouvoir se baser sur un certain nombre de critères objectifs,
02:51les résultats du parti, des candidats en question aux dernières élections,
02:57les sondages, donc un candidat qui serait vraiment très marginal
03:00dans ces sondages aurait moins facilement accès,
03:05et puis également la présence dans le débat public.
03:07Donc en fonction de ces trois critères,
03:09les médias vont chercher à assurer cette équité d'accès à leurs ventes.
03:13Parce que c'est important, ça explique en partie,
03:15pour les auditeurs qui nous écoutent,
03:17pourquoi il est compliqué pour les radios comme pour les télévisions
03:20de parler notamment des villes moyennes dans cette campagne.
03:24Et c'est vrai qu'on se focalise beaucoup sur Paris, Lyon, Marseille,
03:27parce que c'est plus facile de faire des rééquilibrages.
03:29Bien sûr, c'est une complexité, et ça on en a bien conscience.
03:32Alors, heureusement, les médias locaux,
03:33que ce soit en radio ou en télévision,
03:35puisqu'il y a encore une offre de télévision locale,
03:38assurent cette couverture des élections dans les villes dont vous parlez,
03:41mais on est bien conscient du fait que c'est une vraie complexité.
03:43Et la presse écrite, elle, elle est exemple de tout ça ?
03:46Alors la presse écrite, effectivement, n'est pas concernée,
03:48elle n'entre pas dans le champ de régulation de l'ARCOM,
03:50nous on régule vraiment les médias audiovisuels et numériques,
03:54et on régule en particulier les éditeurs,
03:56qui ont des responsabilités vis-à-vis de nous,
03:57qui ont des obligations, des conventions,
03:59enfin vis-à-vis de nous, à travers nous,
04:00vis-à-vis, bien sûr, du public et des auditeurs,
04:02donc la presse écrite, effectivement, n'en fait pas part.
04:05Comment on explique cette différence entre presse écrite et médias audiovisuels ?
04:09Pourquoi dans certains cas,
04:10on surveille les temps de parole et pas dans un autre ?
04:12La principale raison de cette différence de traitement,
04:15c'est que les médias audiovisuels,
04:16la télé et la radio,
04:17en fait, diffusent sur la base de fréquences
04:20qui sont du domaine public.
04:22Donc c'est finalement, à travers l'ARCOM,
04:24les pouvoirs publics qui mettent à disposition
04:26des médias des ressources,
04:28et en contrepartie de ces ressources,
04:30ces médias ont des obligations.
04:32J'ai vu que l'ARCOM avait publié en 2024
04:34un livre blanc sur la radio
04:36que j'ai pu parcourir ce week-end,
04:38un livre dans lequel vous expliquez
04:39quelque chose qui m'a intéressé,
04:41que la voiture est le premier lieu d'écoute de la radio.
04:44Alors ça, déjà, j'étais surpris de savoir
04:45que finalement, on est très écouté autant que ça,
04:47finalement, dans la voiture,
04:50et que ça ne va peut-être pas durer,
04:51parce que vous vous inquiétez du fait
04:53que certains constructeurs ont décidé
04:54de supprimer la radio
04:55sur certains de leurs modèles récents.
04:58Et ça a l'air de rien,
04:59mais ça soulève pas mal de questions, ça, Romain Lalex,
05:01y compris même des questions démocratiques,
05:03d'accès à l'information.
05:04Merci de me poser cette question,
05:06parce qu'effectivement,
05:06c'est une préoccupation majeure pour nous.
05:09La voiture, c'est près de 30%
05:10du temps d'écoute de la radio.
05:12C'est majeur.
05:13C'est énorme.
05:14C'est énorme.
05:14Et jusqu'à présent,
05:15il y avait des récepteurs FM
05:17qui ne posaient pas tellement de difficultés.
05:19On y reviendra peut-être tout à l'heure,
05:21mais on est en train de changer
05:22de mode de diffusion de la radio,
05:23de passer de la FM au DAB+.
05:24Et jusqu'à présent,
05:27les règles européennes
05:27ne prévoyaient finalement d'obligation
05:29pour les fabricants
05:30d'équiper les voitures en DAB+,
05:33que lorsque ces voitures
05:34étaient déjà équipées en FM.
05:36Et donc, certains constructeurs,
05:37que je ne citerai pas ici,
05:38mais des constructeurs importants,
05:39notamment dans le segment
05:42des voitures électriques,
05:43ont annoncé leur intention
05:45de retirer tout récepteur radio.
05:47Y compris des constructeurs français.
05:49Non, pas à ma connaissance.
05:50Pas à ma connaissance.
05:51Pas des constructeurs français.
05:52Mais peut-être que vous avez une information
05:53que j'ignore.
05:54Donc, des constructeurs plutôt étrangers,
05:56mais qui ont annoncé effectivement
05:57retirer tout récepteur
05:59des modèles d'entrée de gamme.
06:01Et donc, pour nous,
06:02c'est bien sûr un sujet
06:03de grande inquiétude,
06:04parce que plus de radio dans la voiture,
06:07à moyen terme,
06:07c'est plus de radio tout court.
06:08Et donc, il faudrait que la loi impose
06:11quoi au constructeur carrément
06:13d'avoir ce tuneur radio obligatoire ?
06:15Alors, exactement.
06:16Il y a un règlement européen
06:18qui est en cours d'élaboration,
06:19qui s'appelle le règlement européen
06:21sur les réseaux numériques,
06:23le DNA,
06:25l'acronyme anglophone.
06:27Et il faut que ce règlement européen
06:28impose aux constructeurs,
06:30à tous les constructeurs,
06:31et dans tous les modèles,
06:32impose des récepteurs radio.
06:34Mais au-delà des récepteurs,
06:36ce qui nous paraît absolument nécessaire,
06:37c'est qu'il impose
06:38que l'accès à la radio
06:39soit réellement effectif.
06:41À travers,
06:42sur les tableaux de bord des voitures,
06:43qu'on puisse,
06:44de manière très simple,
06:44via un bouton ou une application,
06:46accéder à la radio.
06:47Et c'est un enjeu,
06:47vous l'avez dit tout à l'heure,
06:48un enjeu démocratique,
06:50un enjeu d'accès à la culture,
06:52et même un enjeu de sécurité,
06:53puisque vous le savez,
06:53la radio est souvent
06:55le dernier moyen
06:56d'informer nos concitoyens.
06:57Ça peut servir en cas
06:58de catastrophe naturelle, par exemple.
07:00Ça peut servir.
07:01Exactement.
07:01Quand on regarde les chiffres
07:03publiés par Médiamétrie,
07:04on voit que globalement,
07:05il y a un effritement
07:05des audiences de la radio,
07:07globalement,
07:08même si Europe 1,
07:09au milieu de tout ça,
07:10parvient, elle, à progresser.
07:12Est-ce que vous êtes quand même
07:14optimiste sur l'avenir de la radio,
07:16ou vous me conseillez ce matin
07:17de refaire mon CV ?
07:19Non, je ne vous conseille pas du tout
07:20de refaire votre CV,
07:21d'autant qu'effectivement,
07:22Europe 1 est dans une dynamique
07:23assez exceptionnelle.
07:26Mais il y a effectivement
07:28un effritement de l'audience,
07:30et cet effritement n'est pas illogique,
07:31dans un paysage qui s'est
07:32considérablement enrichi,
07:34et dans lequel les réseaux sociaux
07:36et les plateformes numériques
07:37occupent désormais une place
07:38très importante,
07:39et avec des moyens financiers,
07:41technologiques,
07:42qui sont bien supérieurs
07:43à ceux des médias traditionnels,
07:45et en plus,
07:45en étant soumis à des règles,
07:46on pourra peut-être en parler,
07:48moins contraignantes
07:49que ne le sont les médias
07:50traditionnels.
07:50mais quand on prend un peu de recul
07:52par rapport à ces dynamiques
07:53de baisse,
07:54on observe quand même
07:55que la radio,
07:56c'est près de 38 millions
07:57de nos concitoyens
07:58qui l'écoutent chaque jour,
08:00que le temps d'écoute
08:02est d'à peu près 2h50,
08:03soit plus que la télévision,
08:05et a finalement
08:06assez peu baissé
08:07au cours des dix dernières années,
08:08et que nos concitoyens,
08:10et ça c'est pour moi
08:11le motif,
08:12j'allais dire,
08:13de satisfaction
08:14et d'espoir le plus important,
08:15nos concitoyens
08:15sont extrêmement attachés
08:17à la radio,
08:17on a fait des études,
08:18c'est plus de 88% d'entre eux
08:20qui considèrent
08:21que c'est un média
08:21de confiance,
08:23que c'est un média
08:23qui leur permet
08:25de s'exprimer,
08:25d'être écouté,
08:26et qui est aussi un média
08:27qui leur permet
08:28de découvrir
08:28des sujets,
08:30de la musique,
08:31des artistes,
08:33des thématiques
08:33auxquelles ils n'auraient pas eu accès
08:34sans ce média.
08:35Donc, moi je pense
08:36qu'on a des raisons
08:37d'être optimistes
08:37pour la radio.
08:38Vous m'avez rassuré,
08:39merci beaucoup Robin,
08:41Alex,
08:41on va vous souhaiter
08:42une bonne visite
08:43de Europe 1.
08:44Vous déjeunez
08:44à la cantine ou pas ?
08:45Ah, je ne sais pas
08:46mais ça me ferait plaisir.
08:47Une merci en complète.
08:48Un très bon risotto
08:49aux champignons,
08:49je vous le conseille.
08:50Merci d'être venu jusqu'à toi,
08:51à bientôt.
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