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00:01Et on passe à notre focus de ce samedi soir et il s'intéresse à un jeune avocat franco-sénégalais qui fait parler de lui.
00:07A 31 ans, Seydiba publie un livre coup de poing sur sa vie d'avocat pénaliste.
00:11Comme on traverse un feu aux éditions Jean-Claude Lattès, enfant des quartiers populaires français,
00:17aujourd'hui au barreau de Paris, il raconte l'intensité des comparutions immédiates,
00:23des nuits au dépôt des injustices sociales, raciales,
00:27mais aussi la beauté de la robe d'avocat, ce qu'elle exige et ce qu'elle incarne,
00:31une voix singulière qui mêle l'intime et le politique.
00:35Merci, maître Seydiba et bienvenue dans votre JTA.
00:38Merci.
00:39C'est un plaisir de vous recevoir.
00:41Alors, dans ce livre, dès le début, comme on traverse un feu,
00:44vous décrivez la robe d'avocat, ce qu'elle représente comme une seconde peau.
00:49Quelle est la signification de cette métaphore pour vous ?
00:53La robe d'avocat, c'est avant tout un rêve qu'on voit un peu loin dans la nuit,
00:58qu'on essaie d'atteindre.
01:01Et ensuite, la robe d'avocat, une fois qu'on l'a atteint, c'est une exigence,
01:04parce qu'on rejoint quelque chose de plus grand que nous, de plus fort que nous.
01:07On pense à nos glorieux aînés, Jacques Vergès, Gisèle Halimi pour moi,
01:11et on a envie d'être à la hauteur.
01:13On a la même robe qu'eux, donc on doit être à la hauteur.
01:14Ensuite, cette robe, c'est une armure, pour nous, par rapport à la violence
01:20qu'on peut avoir de la part d'une société qui ne nous comprend toujours pas,
01:24par rapport à nos clients, etc.
01:26Et nous sommes enfin un bouclier.
01:28Donc cette armure, elle est un bouclier pour les clients
01:30et parfois l'apreté et la violence de la justice qui s'abat sur eux.
01:35Alors, vous êtes né à Montargis, loin des parcours classiques de la profession.
01:39Vous définissez comme un antiproduit du déterminisme social.
01:43Qu'est-ce que ça change dans votre manière de plaider ?
01:46Vous savez, nous, les avocats, on est un peu des interprètes.
01:50J'aime à penser que notre fonction est de traduire la loi envers le justiciable,
01:56de traduire les dires des magistrats envers les justiciables,
01:59mais également de traduire parfois ce que nos clients ont à dire, ont vécu, ont pensé,
02:06et le traduire parfois à des magistrats qui sont bien éloignés de ce mode de vie,
02:10de ces manières de s'exprimer, de ces manières de penser,
02:12pour qu'ensemble, ils puissent se comprendre.
02:14Et alors là-dedans, il y a du racisme ordinaire au sein du monde judiciaire.
02:19Par exemple, il y a un moment où vous entrez et on vous prend pour l'interprète en bambara,
02:24par exemple, et que vous êtes obligé de vous présenter.
02:26Ça, c'est quelque chose qui vous arrive souvent.
02:27Vous décrivez d'ailleurs que la façon de vous habiller, vous faites attention maintenant,
02:31parce que sinon, on vous prend pour un prévenu, en fait.
02:33C'est-à-dire qu'on me prend pour l'interprète en bambara, alors que moi, c'est plutôt le peul.
02:37Oui, en plus.
02:38En plus de ça, c'est vrai qu'on est nécessairement, quand on est avocat noir en France,
02:42dans les tribunaux, dans les prisons, dans les juridictions,
02:44on est nécessairement dans le contrôle de notre habillement, de notre apparence,
02:46parce qu'on n'a pas le droit à l'erreur.
02:47Si on a le malheur de mettre des baskets, on passe pour un étudiant au mieux ou un prévenu au pire.
02:53Donc moi, ce n'est pas que ça m'amuse de mettre des costumes, j'y ai pris goût,
02:57mais je suis obligé de le faire.
02:59Et pareil avec la robe, on en parlait tout à l'heure, c'est un peu une armure par rapport à ça,
03:02parce qu'au moins, on présume que je suis au moins du...
03:05Je fais partie au moins de la famille de la justice.
03:07Alors greffier, magistrat, avocat, on ne sait pas trop,
03:09mais au moins, il y a une présomption de respect.
03:12Alors c'est aussi une profonde, une très belle, d'ailleurs, réflexion sur la justice,
03:17en disant qu'il ne faut pas confondre finalement l'avocat et la morale.
03:22Il y a tout un passage sur la morale.
03:23Est-ce que vous pouvez nous expliquer, justement ?
03:25En tant qu'avocat, on est très souvent soit rattaché à ce que nos clients peuvent dire,
03:31peuvent penser surtout à ce qu'ils peuvent avoir fait,
03:33alors que nous, on est là pour défendre, on est là pour représenter,
03:36on est là pour démontrer que l'humain peut s'améliorer,
03:40qu'il n'est pas le pire, même dans son pire jour.
03:42Donc nous, avocat, c'est notre fonction.
03:45On n'est pas nécessairement dans l'approbation des actes,
03:47par contre, on est dans la croyance intime, et je l'ai, que tout le monde peut être meilleur.
03:51Donc voilà pourquoi on ne peut pas être rattaché.
03:53Mais également, on nous considère un peu comme des mercenaires,
03:56c'est-à-dire qu'on est capable de...
03:57De vendre votre âme au diable.
03:58Exactement, de pleurer avec la veuve la veille,
04:01et de défendre le meurtrier le lendemain.
04:03Moi, je pense que nous sommes avant tout des juristes,
04:04qui mettons notre intellect, notre pensée, notre réflexion
04:07au service des justiciables pour qu'ils puissent être le mieux représentés.
04:10Mais en quoi est-ce que c'est important ?
04:11Peut-être expliquer aux gens pourquoi est-ce que,
04:13souvent, il y a évidemment des grands philosophes qui ont pensé cette action-là.
04:17à quel point c'est important de défendre tout le monde,
04:20y compris ceux qu'on ne voudrait pas voir de la société,
04:24mais en tout cas, y compris les pires meurtriers.
04:26Pourquoi c'est important ?
04:27C'est justement parce qu'on ne veut pas les voir dans la société qu'il faut les défendre.
04:31Il faut les défendre parce que tout le monde a le droit d'être le mieux représenté.
04:35Et même la société, j'ai envie de dire,
04:37aime à penser qu'il faut mettre certaines personnes à l'écart,
04:41mais peut-on, et ça s'est vu, par exemple, des erreurs judiciaires,
04:44ça s'est vu à de nombreuses reprises,
04:45nous ne serions pas à l'aise à l'idée d'avoir une forme d'incertitude
04:49parce qu'une personne n'a pas pu se défendre,
04:51parce qu'elle n'a pas eu d'avocat,
04:52parce qu'elle n'a pas eu la parole en dernier et dans son entièreté,
04:55à l'idée que peut-être elle est coupable, peut-être qu'elle n'est pas coupable.
04:57Nous, en tant que société, j'estime qu'on vaut mieux que ça.
04:59Et en ce sens, l'avocat est un peu une voix, une vigie, un défenseur
05:03pour faire en sorte que cet état de droit soit dans son entièreté préservé
05:08et donc que chaque voix puisse être, en tout état de cause, entendue.
05:12Alors, vous êtes avocat pénaliste,
05:14vous dites écrire pour faire sentir aussi la justice,
05:18ce qu'on voit très rarement, d'ailleurs, dans les journaux télévisés,
05:22en tout cas en France, parce que la plupart des procès ne sont pas filmés,
05:26et quand bien même le serait-il,
05:28est-ce que peut-être qu'on ne saisirait pas l'entièreté de la subtilité de la justice ?
05:32Parlez-nous d'un exemple, d'une affaire que vous avez eue à plaider,
05:36l'affaire Djamal Benjabala, je crois, justement.
05:40Est-ce que vous pouvez nous expliquer en quelques mots en quoi ça consiste
05:42pour que les spectateurs se rendent compte, en fait, de l'envers du décor ?
05:47La justice, à mon sens, elle gagnera à être plus vue, vous l'avez dit.
05:52Moi, j'aimerais que les gens qui lisent mon livre
05:54prennent une après-midi, ils aillent en comparaison immédiate
05:56pour voir ce qu'est la justice rendue concrètement tous les jours.
05:58L'affaire dont vous parlez, Djamal Benjabala,
06:02qui est décédé, c'est une personne qui a été tuée
06:04pour des motifs absolument racistes,
06:06qui s'est fait rouler dessus trois fois devant sa fille
06:08après qu'on l'a insulté de Mohamed Merah,
06:10qu'on l'ait traité de bouignol entre autres, etc.
06:12On a la justice, aujourd'hui, qui refuse de reconnaître
06:15la circonstance agravante de racisme et de préméditation,
06:18ce qui est une interprétation totalement contre Alléguem.
06:20C'est-à-dire que la loi nous dit que dès lors qu'on a
06:23ces circonstances, ces paroles qui précèdent
06:25ou qui accompagnent un acte d'homicide,
06:27c'est une circonstance agravante qui doit être retenue.
06:29Ça n'est pas le cas aujourd'hui.
06:29C'est une affaire qui est toujours en cours, donc à l'instruction.
06:32L'instruction, c'est un peu cette période dans laquelle
06:33on enquête, on regarde, qui est totalement opaque
06:36et dont le justiciable n'a même pas connaissance.
06:39Moi, je suis en train de me battre en ce moment,
06:41justement, pour que cette famille qui m'a mandaté
06:44puisse voir justice et puisse voir que,
06:47en réalité, la justice de notre pays les écoute.
06:50Parce que ce pauvre Djamel, il avait notamment déposé
06:53plainte trois fois envers la personne qu'il a tuée
06:55pour un jeu raciste.
06:56Et il n'a pas été entendu parce que le parquet de Dunkerque
06:59avait classé sans suite.
07:00Donc aujourd'hui, l'objectif, c'est que même si cette justice,
07:02elle est encore un peu aveugle par rapport notamment
07:04à certaines violences racistes, mon objectif,
07:06c'est de lui faire ouvrir les yeux.
07:08Faire ouvrir les yeux.
07:09Alors, ce livre aussi est évidemment une ode à la justice,
07:13au métier d'avocat.
07:14Si un jeune nous entend, parce que vous êtes aussi jeune,
07:16vous avez 31 ans, un jeune lycéen qui a envie de faire du droit,
07:20qui vient particulièrement des quartiers populaires,
07:23qui s'imaginent que ce n'est pas pour lui,
07:24qu'est-ce que vous avez envie de lui dire ?
07:26Alors moi, mon message pour la jeunesse,
07:29c'est qu'on a besoin d'elle.
07:29Aujourd'hui, notamment à l'heure où les fascismes se lèvent,
07:33où les démocraties s'essoufflent,
07:35et où on va dire que la justice est un peu l'otage
07:39des prises de parole des vedettes politiques de l'instant,
07:43aujourd'hui, on a besoin, en tant que justice,
07:45avocat, magistrat, greffier, huissier,
07:48on a besoin encore de cœurs vaillants et de voix
07:50qui s'enflamment, de jeunes qui ont du courage
07:53et qui ont envie de se battre contre vents et marées
07:55pour un idéal de justice.
07:56Alors peut-être pas le mien, peut-être le leur,
07:58mais en tout cas un idéal de justice,
07:59parce que c'est qu'en confrontant ces différents idéaux
08:01qu'on pourra en faire sortir quelque chose de merveilleux,
08:03donc une certaine vision de la justice.
08:06Absolument, et il en faudra du courage
08:07pour traverser le feu, justement,
08:09ce que vous écrivez, comme on traverse un feu,
08:11ce que la robe exige, c'est chez Lattes.
08:15Merci beaucoup, Seydiba,
08:16je vous souhaite grand succès.
08:17Précipitez-vous, parce que le livre est
08:18vraiment hyper passionnant
08:20sur cette plongée dans le monde judiciaire.
08:22Merci beaucoup, c'est la fin de ce journal.
08:24Merci à tous d'être venus,
08:26d'avoir suivi cette édition,
08:27en particulier ce soir, évidemment,
08:29de tout le fouta à Paris,
08:31en passant par Montargis.
08:33Restez avec nous, car l'actualité continue
08:35sur 124. Merci.
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