00:00Il est 6h21, les 25e Jeux Olympiques d'hiver s'ouvrent officiellement demain en Italie.
00:05Mais combien y en aura-t-il dans le futur ?
00:08Qui pourra encore organiser ce genre de compétition dans 25 ans, dans 50 ans ?
00:12La neige se fait de plus en plus rare à cause du réchauffement climatique.
00:15Bonjour Samuel Morin.
00:16Bonjour.
00:17Vous êtes météorologue, chercheur, spécialiste du climat de montagne à Météo France et au CNRS.
00:23Les JO d'hiver vont forcément disparaître un jour ?
00:25En tout cas, ce qui est certain, c'est que l'évolution du climat leur est de plus en plus défavorable.
00:30Puisque chaque réchauffement qui se manifeste dans les zones de montagne conduit à une raréfaction de la neige.
00:36On a de plus en plus d'hivers peu enneigés et de moins en moins d'hivers bien enneigés.
00:40Ce qui n'empêche pas, bien sûr, que la neige soit présente à haute altitude la plupart du temps pendant l'hiver.
00:46Et d'ores et déjà, ça rend plus difficile l'activité des stations de sport d'hiver.
00:51Et ça place un certain nombre de contraintes sur l'organisation de tels événements.
00:54Il n'y a aucun endroit dans le monde où il y a davantage de neige du fait du dérèglement climatique ?
00:59Le principal signal, c'est une baisse de l'enneigement à basse et moyenne altitude.
01:03Donc typiquement en dessous de 2000 mètres dans les Alpes.
01:06On a perdu un mois de durée d'enneigement en moyenne depuis les années 70.
01:10Quand on se place à très haute altitude,
01:12on a des situations où sous l'effet de l'accumulation d'humidité dans l'atmosphère,
01:15dans un climat plus chaud, on peut avoir des précipitations neigeuses très intenses.
01:20Mais le signal général, c'est vraiment plutôt une baisse de l'enneigement déjà constatée
01:24et amenée à se poursuivre dans un climat qui se réchauffe.
01:26Et si on regarde en arrière les précédentes villes qui ont accueilli des JO d'hiver dans le passé,
01:30combien ne pourraient plus le faire aujourd'hui ?
01:33Alors tout dépend de la prise en compte ou pas de ce qu'on appelle la production de neige,
01:37que certains appellent neige artificielle ou neige de culture selon les sensibilités.
01:40Mais le fait de produire de la neige qui n'était pas une pratique courante au début du XXe siècle,
01:45mais qui est aujourd'hui généralisée dans l'ensemble des stations de sport d'hiver de grande taille
01:51ou pour l'ensemble des compétitions,
01:53en effet, même en tenant compte de cette production de neige,
01:56il y a des sites olympiques historiques qui sont plus climatiquement compatibles avec l'organisation des Jeux.
02:03Ça ne veut pas dire qu'il ne pourrait pas y avoir des Jeux olympiques qui puissent se passer.
02:10Mais on ne pourrait pas en être sûr à l'avance.
02:14Et il faudra faire tourner les canons à neige.
02:16Et parfois même, il fait trop chaud pour pouvoir les utiliser.
02:19Ah parce que techniquement, la neige artificielle, c'est faisable,
02:21mais seulement dans certaines conditions météo ?
02:24Voilà, il faut qu'il fasse suffisamment froid.
02:25D'accord.
02:25Pour que la pulvérisation des petits bouts d'eau qui aboutit à ces billes de glace
02:29que constituent la neige produite, il faut qu'il fasse suffisamment froid.
02:33Et donc c'est aussi une technique qui dépend des conditions météorologiques
02:37et qui donc est soumise elle aussi à des contraintes climatiques.
02:39Et ça coûte cher ?
02:40Alors, ça fait partie du fonctionnement des stations de port d'hiver aujourd'hui couramment.
02:45Donc ça contribue à leur modèle économique.
02:48Mais le coût de la production de neige est relativement faible
02:52en regard de l'activité économique qui est générée.
02:54Et donc pour revenir à mes JO du passé,
02:56prenons les exemples français.
02:58On a eu Chamonix, Grenoble, Albertville.
03:00On pourrait organiser des Jeux aujourd'hui dans ces villes ou pas ?
03:02Alors à chaque fois pour ces villes, en fait ça c'est la ville haute.
03:04Puis ensuite c'est les stations de ski qui étaient au-dessus,
03:06qui sont les endroits où les compétitions de ski de descente ou de ski de fond qui peuvent s'y passer.
03:15Dans les Alpes françaises, on constate aussi cette réduction de l'enneigement.
03:18Et c'est un enjeu parce qu'en 2030, les JO, c'est dans les Alpes françaises.
03:22Absolument, mais pour les stations de plus haute altitude aujourd'hui,
03:25la plupart du temps, leurs conditions d'exploitation permettraient d'organiser des Jeux
03:28tels qu'ils ont eu lieu par le passé.
03:32Ceci dit, chaque année, le réchauffement rend plus variable, plus incertain,
03:37la bonne qualité de l'enneigement.
03:38Et justement pour les Jeux d'hiver qui doivent avoir lieu dans les Alpes françaises en 2030,
03:42est-ce que vos modèles peuvent déjà se projeter, prévoir l'enneigement dans cette région dans 4 ans ?
03:46Alors du point de vue du climat, 2030 c'est demain, ou à peine après-demain,
03:50puisque c'est seulement dans 4 ans, puisque c'est la prochaine Olympiade.
03:54Et donc finalement, les conditions auxquelles on peut s'attendre pour l'hiver 2029-2030
03:58sont quasiment les mêmes que ceux en qu'on peut s'attendre pour cet hiver.
04:01C'est-à-dire, par rapport à ce dont on avait l'habitude il y a quelques décennies,
04:05un enneigement moins garanti, mais avec une neige qui, à haute altitude en particulier,
04:11sera très probablement au rendez-vous.
04:13Samuel Morin, le CIO, dit qu'en 2050, il restera une dizaine, une douzaine,
04:16deux pays capables d'accueillir des JO d'hiver.
04:19Et il y a une étude de scientifiques d'une université canadienne qui dit,
04:23là c'est seulement 3 pays, 4 villes dans 3 pays.
04:26Vous vous dites quoi ?
04:27En fait, le changement climatique a des conséquences pour l'ensemble des secteurs d'activité.
04:31Les grandes compétitions sportives ne font pas exception,
04:33que ce soit l'été, avec les conditions de chaleur forte, intense,
04:36qui peuvent perturber les compétitions,
04:38ou que ce soit l'hiver, sous l'effet de cette sensibilité de la neige,
04:42qui est la ressource clé pour les activités d'extérieur pendant les JO d'hiver qui peuvent se tenir.
04:49Et donc, effectivement, ça place des contraintes sur l'organisation de ces événements.
04:53Et seuls quelques sites, si on se projette à l'échéance de plusieurs décennies,
05:00auront la capacité, si on veut des JO d'hiver,
05:02tels qu'on les connaît aujourd'hui, de pouvoir se produire.
05:05Alors, c'est des sites de montagne qui sont relativement haute altitude.
05:08Finalement, la sélection des JO, telle qu'elle a été faite ces dernières années,
05:11tient déjà compte, dans une certaine mesure, de ses critères.
05:14Donc, des sites en Amérique du Nord, des sites tels que dans les Alpes françaises ou en Italie,
05:19font partie des sites pour lesquels, par rapport à d'autres zones géographiques,
05:24les conditions vont rester un peu plus favorables que d'autres.
05:27Sachant qu'il y a un paramètre qu'on n'a pas abordé aussi,
05:28c'est que l'organisation de ces JO contribue au réchauffement.
05:31Le bilan carbone, il est carabiné.
05:33En fait, toute compétition sportive de grande ampleur génère beaucoup de transport.
05:37C'est le transport qui est le principal poste d'émission de gaz à effet de serre
05:39et qui contribue lui-même, effectivement, à ce réchauffement.
05:42Une dernière question, Samuel Morin.
05:43Est-ce que vous allez les suivre, les JO d'hiver ?
05:45Est-ce que vous skiez ?
05:46Alors, ça m'arrive de skier.
05:47J'ai des enfants et j'habite proche des montagnes.
05:49Et ça fait partie des plaisirs de l'hiver que de skier quand la neige est là.
05:54Et vous n'êtes pas parfois tiraillé avec votre métier
05:57qui constate, justement, le réchauffement et l'absence de neige de plus en plus ?
06:00On constate, l'évolution du paysage de montagne est majeure
06:03pour quiconque a un peu de recul sur quelques années.
06:06C'est vraiment quelque chose qui change et qui touche émotionnellement.
06:12L'enjeu de savoir, comment dire, profiter, savourer les moments
06:16qui sont favorables pour ces pratiques-là
06:19et puis savoir faire autre chose quand les conditions ne sont pas au rendez-vous.
06:21Merci Samuel Morin, météorologue et chercheur à Météo France et au CNRS.
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