Avec le temps, les souvenirs cessent d’être des images.
Ils deviennent une matière. Quelque chose que l’on porte sans y penser, jusqu’au jour où l’on s’arrête.
Il n’y a rien de spectaculaire dans une vie qui dure. Il y a des commencements discrets, des élans retenus, des habitudes qui s’installent. Il y a des amours que l’on croit immuables et qui, sans disparaître, se transforment. Le temps n’efface pas : il modifie, il déplace, il use avec douceur.
Nous avons tous connu cela.
Une première rencontre trop jeune pour être comprise.
Des séparations que l’on croit définitives.
Des retrouvailles que l’on n’attendait plus.
Des années qui passent plus vite que prévu.
Puis viennent les jours silencieux.
Ceux où l’on vit à côté de l’autre plus qu’avec lui.
Ceux où l’amour ne se dit plus, mais persiste autrement dans la présence, dans la fidélité, dans ce lien discret que rien ne semble pouvoir rompre, pas même l’éloignement.
Un jour, le présent devient plus fragile.
Alors le passé revient. Non pas pour se faire regretter, mais pour rappeler ce qui a compté. Les albums s’ouvrent, les lettres reprennent voix, et l’on comprend que toute une existence tient dans quelques instants précis, parfois insignifiants en apparence.
Ce livre raconte cela.
La traversée du temps par un couple ordinaire.
L’épreuve de la perte.
L’éloignement des enfants devenus adultes.
Et ce moment rare où la fin, pressentie, donne à la vie une intensité nouvelle.
Il ne s’agit ni de nostalgie ni de renoncement. Mais d’un regard posé, sans plainte, sur ce qui a été vécu.
D’une tentative de comprendre ce que l’on choisit de taire, ce que l’on décide de préserver, et ce que l’on laisse derrière soi.
Le poids doux des années est un livre sur la durée.
Sur ce qui reste quand l’amour a cessé d’être une promesse pour devenir une histoire.
Sur la dignité des vies simples.
Et sur les mots que l’on écrit parfois trop tard, mais jamais inutilement.
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