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  • il y a 8 heures
En octobre 2021, Yahoo.fr publie une interview de Pierre Billon dans laquelle il revient sur Johnny Hallyday. Il partage souvenirs, anecdotes et regard personnel sur leur collaboration, éclairant l’homme et l’artiste derrière la légende.

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Transcription
00:00Pierre, bienvenue sur Yahoo, je suis ravi de t'avoir avec nous.
00:03Je suis ravi d'être là, la voiture est confortable.
00:06Je sais de par plein de gens que tu es un excellent pilote, donc je ne m'inquiète pas.
00:10Je me cale dans mon siège, tu m'as demandé de faire la ceinture.
00:13Je le fais, mais enfin vraiment.
00:17Pierre, quand je te vois, tu sembles être en pleine bourre.
00:20C'est vrai.
00:22Tu as écrit que j'ai oublié de vivre ?
00:23Entre autres, oui.
00:24Toi, tu n'as pas oublié ?
00:25Non, moi je n'oublie pas.
00:27Moi je vis.
00:28Il faut vivre sainement, malheureusement.
00:30Il y a un moment où tout ce qui est rigolo, on va dire à partir de 35-40 piges, tout ce qui est rigolo, il faut arrêter.
00:36Pas honnêtement, il ne faut pas picoler, il faut faire du sport quotidiennement.
00:39Tu as composé pour Sardou, tu bosses encore avec Sardou.
00:42Tu as composé évidemment pour Johnny.
00:44Oui.
00:45Tu fais partie ou tu faisais partie de ses meilleurs amis ?
00:48Oui, je pense que j'étais un de ses meilleurs amis, certainement.
00:51Comment tu l'as rencontré Johnny ?
00:53Au mon Dieu, je l'ai rencontré sur un show des Carpentiers.
00:57On m'a demandé de faire une chanson.
00:59En télé donc ?
00:59En télé, bien sûr.
01:00Les shows des Carpentiers, il y avait un spécial Johnny.
01:03Je participais très souvent aux shows des Carpentiers, puisque j'étais le meilleur ami de Michel Sardou.
01:09Et je faisais tout avec Michel Sardou.
01:11Ce qui n'a pas changé d'ailleurs, bon bref.
01:13Et on m'a demandé de faire une chanson pour Johnny, qui à l'époque était avec une jeune femme absolument magnifique.
01:20Il avait un flirt qui s'appelait Rosa Fumetto.
01:22Et après, on était très amis et après, je suis devenu son producteur.
01:27On a fait ensemble un palais des sports et deux Zéniths.
01:30Puis, les enfants du rock avec Antoine de Cône à Nageville.
01:35Ça s'est suivi des disques.
01:37Je suis le producteur, ça paraît extrêmement prétentieux, mais ça ne l'est pas le cas.
01:41Je suis le producteur qui a fait le plus d'albums de Johnny, de tous les producteurs traditionnels de Johnny.
01:47C'est-à-dire que moi, j'ai dû cumuler au moins une quinzaine ou une vingtaine d'albums produits pour Johnny.
01:52Le même phénomène arrive avec Michel Sardou.
01:56J'ai fait avec Michel Sardou un album, deux albums, trois albums, puis là récemment le dernier album.
02:01Donc, on l'a fait ensemble, cet album.
02:03Sardou, quand on dit 7 à 77 ans...
02:05Tu dois avoir un peu de talent pour que ce soit tes potes et que c'est toi qui compose pour eux.
02:09Tu dois avoir un peu de talent, carré.
02:10Oui, puis même bien, surtout, je suis rigolo.
02:12Non, non, mais bien sûr, j'ai quand même fait énormément de chansons aussi pour Sardou.
02:16C'est quand même moi qui ai fait cheval dix ans plus tôt, fin des années 80.
02:21Ah bah, on en a quand même fait quelques-unes.
02:22Pierre, tu étais là jusqu'à la fin ?
02:26Oui, jusqu'à la fin, total.
02:28Tu savais que c'était fliqué, suivi, la tension montée.
02:34On savait la fin inévitable ?
02:35Moi, je savais qu'il ne partait pas.
02:38Et je pense que même si l'éthicien le savait, il ne nous l'a pas dit.
02:41Et jusqu'au dernier moment, c'était, on a un nouveau protocole qui arrive demain, ça, personne ne le sait, ça.
02:46Et on va s'essayer de ce protocole, et on va s'en sortir.
02:49Et avec Johnny, on va s'en sortir.
02:51À aucun moment, nous n'avons douté, nous.
02:53À aucun moment.
02:54On s'est retrouvé dans la bagnole après.
02:56Quand tu te retrouves dans la voiture après, après cette fameuse soirée, une heure et demie du matin, on se retrouve tous dans la caisse.
03:01Ça, c'est combien de temps avant son décès ?
03:03Quatre jours, trois jours avant.
03:04Aucun d'entre nous, il y en a un qui a dit, putain, il n'est pas très frais.
03:07On me dit, ouais, mais attends, il nous a fait tellement de coups, c'est enfoiré.
03:10Tu sais, il y a eu Pierre et le loup, et c'est Johnny et le loup, lui.
03:13Lui, tu étais persuadé que ça n'arriverait pas ?
03:15Toi, tu étais persuadé que ça n'arriverait pas ?
03:17Aucun de mes potes ne croyait qu'on ne partirait.
03:20Est-ce qu'on ne croyait qu'il ne partirait pas ?
03:21Ou est-ce qu'on ne voulait tellement pas qu'il parte ?
03:23Quand on était persuadé qu'on avait la force en se mettant tous ensemble comme des espèces de, je ne sais pas, d'animaux qui se tiennent la main.
03:33On est assez fort, grâce à nous, il va y arriver, grâce à nous, il va y arriver.
03:37Avec Laetitia qui se bat aussi de son côté, avec les petites qui sont là tout le temps, on va y arriver, on va y arriver.
03:41Et puis peut-être qu'on ne voulait pas y croire.
03:43C'est très possible.
03:45Je ne veux pas te dire maintenant.
03:46J'avais la tête dans le sac.
03:48Je suis incapable d'avoir analysé vraiment mes...
03:51Mais tout ce que j'ai analysé, c'est que ses yeux n'étaient pas perdus.
03:54Donc pour moi, ses yeux n'étaient pas perdus.
03:56Il n'était pas dans le vague.
03:57Il ne s'endormait pas en nous parlant.
03:59Il était tout à fait lucide.
04:00On a parlé d'une paire de bottes à la con que j'avais ce jour-là.
04:04Où il me dit, elles sont vachement bien tes bottes.
04:06Je lui dis, mais Johnny, on t'a les mêmes.
04:07Et puis si tu veux, comme tu fais la même taille, je peux te laisser mes pompes.
04:10Voilà, des conneries comme ça.
04:11J'avais enterré ma mère deux ans avant, exactement dans les mêmes conditions.
04:17On pense que je veux dire.
04:17J'avais été jusqu'au bout avec elle.
04:20Je l'avais soignée.
04:21J'avais été jusqu'au bout avec elle.
04:22Et j'avais vu que l'œil partait.
04:24Et puis elle était, voilà.
04:26Là, non.
04:26À aucun moment, l'œil n'est parti.
04:28Johnny, il n'était pas à la pompe.
04:29Il n'était pas à la morphine.
04:31Quand un mec te regarde dans les yeux et que l'œil est toujours là.
04:34Et qu'à une heure et demie du matin, moi, je me suis allongé à côté de lui.
04:38À une heure et demie du matin, il me dit, Pierre, tu ne m'as jamais menti.
04:42Je vais m'en sortir.
04:43Je lui dis, Johnny, de toute façon, il n'y a pas trop de choix.
04:45Faux.
04:46Bien sûr, on va s'en sortir.
04:47D'accord.
04:47Bon, alors.
04:48Alors, jeudi prochain, tu diras à Bouillon que je veux ça, ça et ça à bouffer et ça à boire.
04:52Ok, d'accord.
04:53Et puis pour le prochain voyage, il est hors de question qu'on fasse si long que ça.
04:57Il est hors de question qu'on part de la Nouvelle-Orléans.
04:59On s'est emmerdé à mourir, il n'y a rien à foutre sur la route entre la Nouvelle-Orléans
05:02et Centre-Tafé.
05:04Le lendemain, je reçois un mot de Jojo, un texto.
05:08J'espère que tu vas bien, mon Bibi.
05:10Ça va ?
05:11Trois jours avant sa mort.
05:12Oui, un mec qui est mal à ce point-là et qui est en train de t'appeler en disant
05:15« Non, j'espère que tu vas bien, mon pote. »
05:17Bon, Bibi.
05:17Pas bon.
05:18Lui, il m'appelait Bibi, par contre.
05:19C'est le seul.
05:20Ah non, Sylvie aussi m'appelait Bibi, je crois.
05:23À mon avis, tu m'appelais Bibi maintenant parce que j'ai défendu.
05:26Avec l'ici.
05:27Ah, quelle connerie.
05:28Pas bon.
05:29À quel moment quelqu'un t'a dit « Attention, il est en train de partir » ?
05:32Ou est-ce que pendant ces trois jours qu'on procède, il n'y a rien eu ?
05:35Personne.
05:35Et donc, tu as dû être estomaqué ?
05:37Comment tu l'as su, d'ailleurs, qu'il était mort ?
05:39Au petit matin, j'étais à Lille, on était en concert.
05:41Moi, j'étais en concert avec Sardou à cette époque-là.
05:44Je suis à Lille au petit matin, je me suis couché, il est deux heures du mat' en essayant de rassurer tout le monde.
05:49Et je me lève neuf heures du mat', allez.
05:5240 messages.
05:53T'as compris tout de suite ?
05:54Oui, 40 messages.
05:56C'est rare d'avoir 40 messages, sauf si c'est ton anniversaire, qui ne fait pas mon anniversaire, tu vois.
06:00Et donc, là, 40 messages, donc je rappelle tout de suite, tout de suite la maison.
06:05Je rappelle, je rappelle Facien, je rappelle Pharaon.
06:07Et il me dit, bon, on t'attend, d'accord.
06:11J'ai pris la caisse, j'ai soudé, et puis je me suis retrouvé à Marne-la-coquette, voilà.
06:18Je repartais le soir encore en concert.
06:21Et le jour de l'enterrement, pareil, je rentre dans la nuit sous la neige, taquet, heureusement il y avait le coyote, taquet,
06:29et le lendemain matin, je revenais pour être avec eux, quoi.
06:35Et le jour de la Madeleine, le soir, j'étais à Belfort, t'imagines.
06:42Même Michel m'a dit, écoute, si tu es, je dis, non, non, non, Johnny aurait voulu que je sois là,
06:45show must go on, c'est notre tradition à tous, il n'y a pas de problème, je serai là.
06:51Et je me suis pointé, je n'étais pas frère, je suis tout de suite là.
06:53Et quand on a ce regard d'amitié, voire plus, limite d'amour, quand il y a des potes à ce moment-là.
07:00Quand il y a ce lien-là, et que tu avais refusé d'imaginer que cette éventualité arriverait,
07:08et que tu te trouves face à son corps, tu le vois, c'est-à-dire que tu vois à la fois ton pote,
07:11mais tu vois aussi le personnage public.
07:13Non, je ne vois que mon pote, je n'ai pas vu du tout le personnage public,
07:16non, j'ai juste vu mon pote, très beau, voilà, mais enfin très beau allongé pour la dernière fois,
07:23c'était quand même pas, non, c'était infiniment, infiniment respectueux pour tout le monde.
07:30Laetitia était très très bien, elle gérait tout ce monde-là très très bien,
07:34elle était digne, digne jusqu'au bout.
07:37Je sens énormément de respect dans tes yeux, dans ton regard, dans tes paroles pour Laetitia.
07:42Oui, j'ai beaucoup de respect.
07:44Cette femme-là, je l'ai vue garder sa dignité avec Adjani,
07:48et elle a fait en sorte qu'elle continue à être digne, noble, beau, jusqu'à la fin,
07:52et ça, ça n'a pas de prix, voilà, en plus qu'à ce qu'on veut d'elle,
07:56ça, pour moi, c'est une femme formidable, qui a fait son devoir.
07:59Il y en a plein qui auraient laissé le mari à l'hosto, en intensifiaire,
08:03comme on appelle ça, avec une pompe à morphine, et voilà, ce n'était pas le cas.
08:07Lui, il n'avait pas la pompe à morphine, lui, il est resté lucide jusqu'à la fin pour en baver,
08:10et puis, il faut dire, quoi.
08:11Comment tu regardes ces histoires d'héritage, de bagarthe public,
08:16de liste de position dans les médias ?
08:19Le choix de Johnny, c'est son choix, ce n'est pas celui que j'aurais fait,
08:22bon, il y a plein de choix qu'on n'avait pas forcément en commun,
08:27ce n'est pas ce que j'aurais fait.
08:28En revanche, je comprends très, très bien la démarche de Laetitia,
08:32qui, elle, veut respecter, veut qu'on respecte les choix et les décisions de son homme,
08:39comme elle appelle ça.
08:39Donc, selon quoi, et tu connais suffisamment bien les deux,
08:41et le rapport d'équilibre dans ce couple,
08:43ce n'est évidemment pas elle qui a décidé,
08:45elle ne fait qu'exécuter ce que Johnny voulait.
08:47Ah oui, bien sûr, évidemment.
08:48Alors, c'est sûr que Laetitia, il prenait compte des avis de Laetitia,
08:53mais jamais Laetitia n'aurait fait ce genre d'avis,
08:56tu vois, en disant, voilà ce que tu devrais faire vis-à-vis de tes enfants.
09:00Ça, non.
09:00C'est lui qui a voulu la protéger, il a voulu la protéger,
09:03et protéger les deux petites.
09:04Il l'avait dit d'ailleurs, il a dit,
09:06si un jour je pars,
09:08tu ne vas en prendre pas la gueule,
09:09tout le monde va te taper sur la gueule.
09:11Il avait franchement raison, évidemment.
09:13Et c'est pour ça aussi que je trouve extrêmement violent
09:16tous les mots qui ont été dits sur les deux petites, par exemple.
09:20On parle d'enfants adoptés.
09:22Non, il n'y a pas d'enfants adoptés,
09:23ce sont les enfants de Johnny.
09:24Ça va révolter tous les gens qu'on a adoptés des enfants,
09:27d'entendre ça sur le net, tu vois.
09:29Or, les gamines, la plus grande, comme tu le sais,
09:31elle a 14 ans,
09:33il ne faut absolument pas croire que la plus grande
09:35ne suit pas les réseaux sociaux, tu comprends ?
09:37Elle voit tout.
09:38Elle voit tout.
09:39Entendre dire que ses grands-parents,
09:42c'est-à-dire André et tout ça,
09:44sont des gens louches, voire des escrocs,
09:48qui protègent un tout petit peu les gamines quand même.
09:52Personne ne pense à la douleur des gamines.
09:54Ces deux petites sont vraiment en douleur.
09:57Elles ont perdu leur père.
09:58Elles ont perdu cette grosse voix qui résonnait dans la maison.
10:01Les maisons, elles sont hantées par Johnny.
10:03Il faut au moins qu'on ait un peu de respect des deux petites
10:06et qu'on ait aussi le respect de la douleur de Laetitia.
10:11Et voilà, on a été au combat tout de suite.
10:13Ça ne devait pas se régler par lettres recommandées dès le début.
10:16On pouvait peut-être arranger ça différemment, on va dire.
10:19Ça a été un peu vite au combat, comprends-moi.
10:21Je comprends chaque partie.
10:22Il me manque ?
10:23Oui, bien sûr, il me manque.
10:25Il me manque au quotidien.
10:27Il me manque considérablement.
10:30Il me manque pour...
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