00:00Pierre, bienvenue sur Yahoo, je suis ravi de t'avoir avec nous.
00:03Je suis ravi d'être là, la voiture est confortable.
00:06Je sais de par plein de gens que tu es un excellent pilote, donc je ne m'inquiète pas.
00:10Je me cale dans mon siège, tu m'as demandé de faire la ceinture.
00:13Je le fais, mais enfin vraiment.
00:17Pierre, quand je te vois, tu sembles être en pleine bourre.
00:20C'est vrai.
00:22Tu as écrit que j'ai oublié de vivre ?
00:23Entre autres, oui.
00:24Toi, tu n'as pas oublié ?
00:25Non, moi je n'oublie pas.
00:27Moi je vis.
00:28Il faut vivre sainement, malheureusement.
00:30Il y a un moment où tout ce qui est rigolo, on va dire à partir de 35-40 piges, tout ce qui est rigolo, il faut arrêter.
00:36Pas honnêtement, il ne faut pas picoler, il faut faire du sport quotidiennement.
00:39Tu as composé pour Sardou, tu bosses encore avec Sardou.
00:42Tu as composé évidemment pour Johnny.
00:44Oui.
00:45Tu fais partie ou tu faisais partie de ses meilleurs amis ?
00:48Oui, je pense que j'étais un de ses meilleurs amis, certainement.
00:51Comment tu l'as rencontré Johnny ?
00:53Au mon Dieu, je l'ai rencontré sur un show des Carpentiers.
00:57On m'a demandé de faire une chanson.
00:59En télé donc ?
00:59En télé, bien sûr.
01:00Les shows des Carpentiers, il y avait un spécial Johnny.
01:03Je participais très souvent aux shows des Carpentiers, puisque j'étais le meilleur ami de Michel Sardou.
01:09Et je faisais tout avec Michel Sardou.
01:11Ce qui n'a pas changé d'ailleurs, bon bref.
01:13Et on m'a demandé de faire une chanson pour Johnny, qui à l'époque était avec une jeune femme absolument magnifique.
01:20Il avait un flirt qui s'appelait Rosa Fumetto.
01:22Et après, on était très amis et après, je suis devenu son producteur.
01:27On a fait ensemble un palais des sports et deux Zéniths.
01:30Puis, les enfants du rock avec Antoine de Cône à Nageville.
01:35Ça s'est suivi des disques.
01:37Je suis le producteur, ça paraît extrêmement prétentieux, mais ça ne l'est pas le cas.
01:41Je suis le producteur qui a fait le plus d'albums de Johnny, de tous les producteurs traditionnels de Johnny.
01:47C'est-à-dire que moi, j'ai dû cumuler au moins une quinzaine ou une vingtaine d'albums produits pour Johnny.
01:52Le même phénomène arrive avec Michel Sardou.
01:56J'ai fait avec Michel Sardou un album, deux albums, trois albums, puis là récemment le dernier album.
02:01Donc, on l'a fait ensemble, cet album.
02:03Sardou, quand on dit 7 à 77 ans...
02:05Tu dois avoir un peu de talent pour que ce soit tes potes et que c'est toi qui compose pour eux.
02:09Tu dois avoir un peu de talent, carré.
02:10Oui, puis même bien, surtout, je suis rigolo.
02:12Non, non, mais bien sûr, j'ai quand même fait énormément de chansons aussi pour Sardou.
02:16C'est quand même moi qui ai fait cheval dix ans plus tôt, fin des années 80.
02:21Ah bah, on en a quand même fait quelques-unes.
02:22Pierre, tu étais là jusqu'à la fin ?
02:26Oui, jusqu'à la fin, total.
02:28Tu savais que c'était fliqué, suivi, la tension montée.
02:34On savait la fin inévitable ?
02:35Moi, je savais qu'il ne partait pas.
02:38Et je pense que même si l'éthicien le savait, il ne nous l'a pas dit.
02:41Et jusqu'au dernier moment, c'était, on a un nouveau protocole qui arrive demain, ça, personne ne le sait, ça.
02:46Et on va s'essayer de ce protocole, et on va s'en sortir.
02:49Et avec Johnny, on va s'en sortir.
02:51À aucun moment, nous n'avons douté, nous.
02:53À aucun moment.
02:54On s'est retrouvé dans la bagnole après.
02:56Quand tu te retrouves dans la voiture après, après cette fameuse soirée, une heure et demie du matin, on se retrouve tous dans la caisse.
03:01Ça, c'est combien de temps avant son décès ?
03:03Quatre jours, trois jours avant.
03:04Aucun d'entre nous, il y en a un qui a dit, putain, il n'est pas très frais.
03:07On me dit, ouais, mais attends, il nous a fait tellement de coups, c'est enfoiré.
03:10Tu sais, il y a eu Pierre et le loup, et c'est Johnny et le loup, lui.
03:13Lui, tu étais persuadé que ça n'arriverait pas ?
03:15Toi, tu étais persuadé que ça n'arriverait pas ?
03:17Aucun de mes potes ne croyait qu'on ne partirait.
03:20Est-ce qu'on ne croyait qu'il ne partirait pas ?
03:21Ou est-ce qu'on ne voulait tellement pas qu'il parte ?
03:23Quand on était persuadé qu'on avait la force en se mettant tous ensemble comme des espèces de, je ne sais pas, d'animaux qui se tiennent la main.
03:33On est assez fort, grâce à nous, il va y arriver, grâce à nous, il va y arriver.
03:37Avec Laetitia qui se bat aussi de son côté, avec les petites qui sont là tout le temps, on va y arriver, on va y arriver.
03:41Et puis peut-être qu'on ne voulait pas y croire.
03:43C'est très possible.
03:45Je ne veux pas te dire maintenant.
03:46J'avais la tête dans le sac.
03:48Je suis incapable d'avoir analysé vraiment mes...
03:51Mais tout ce que j'ai analysé, c'est que ses yeux n'étaient pas perdus.
03:54Donc pour moi, ses yeux n'étaient pas perdus.
03:56Il n'était pas dans le vague.
03:57Il ne s'endormait pas en nous parlant.
03:59Il était tout à fait lucide.
04:00On a parlé d'une paire de bottes à la con que j'avais ce jour-là.
04:04Où il me dit, elles sont vachement bien tes bottes.
04:06Je lui dis, mais Johnny, on t'a les mêmes.
04:07Et puis si tu veux, comme tu fais la même taille, je peux te laisser mes pompes.
04:10Voilà, des conneries comme ça.
04:11J'avais enterré ma mère deux ans avant, exactement dans les mêmes conditions.
04:17On pense que je veux dire.
04:17J'avais été jusqu'au bout avec elle.
04:20Je l'avais soignée.
04:21J'avais été jusqu'au bout avec elle.
04:22Et j'avais vu que l'œil partait.
04:24Et puis elle était, voilà.
04:26Là, non.
04:26À aucun moment, l'œil n'est parti.
04:28Johnny, il n'était pas à la pompe.
04:29Il n'était pas à la morphine.
04:31Quand un mec te regarde dans les yeux et que l'œil est toujours là.
04:34Et qu'à une heure et demie du matin, moi, je me suis allongé à côté de lui.
04:38À une heure et demie du matin, il me dit, Pierre, tu ne m'as jamais menti.
04:42Je vais m'en sortir.
04:43Je lui dis, Johnny, de toute façon, il n'y a pas trop de choix.
04:45Faux.
04:46Bien sûr, on va s'en sortir.
04:47D'accord.
04:47Bon, alors.
04:48Alors, jeudi prochain, tu diras à Bouillon que je veux ça, ça et ça à bouffer et ça à boire.
04:52Ok, d'accord.
04:53Et puis pour le prochain voyage, il est hors de question qu'on fasse si long que ça.
04:57Il est hors de question qu'on part de la Nouvelle-Orléans.
04:59On s'est emmerdé à mourir, il n'y a rien à foutre sur la route entre la Nouvelle-Orléans
05:02et Centre-Tafé.
05:04Le lendemain, je reçois un mot de Jojo, un texto.
05:08J'espère que tu vas bien, mon Bibi.
05:10Ça va ?
05:11Trois jours avant sa mort.
05:12Oui, un mec qui est mal à ce point-là et qui est en train de t'appeler en disant
05:15« Non, j'espère que tu vas bien, mon pote. »
05:17Bon, Bibi.
05:17Pas bon.
05:18Lui, il m'appelait Bibi, par contre.
05:19C'est le seul.
05:20Ah non, Sylvie aussi m'appelait Bibi, je crois.
05:23À mon avis, tu m'appelais Bibi maintenant parce que j'ai défendu.
05:26Avec l'ici.
05:27Ah, quelle connerie.
05:28Pas bon.
05:29À quel moment quelqu'un t'a dit « Attention, il est en train de partir » ?
05:32Ou est-ce que pendant ces trois jours qu'on procède, il n'y a rien eu ?
05:35Personne.
05:35Et donc, tu as dû être estomaqué ?
05:37Comment tu l'as su, d'ailleurs, qu'il était mort ?
05:39Au petit matin, j'étais à Lille, on était en concert.
05:41Moi, j'étais en concert avec Sardou à cette époque-là.
05:44Je suis à Lille au petit matin, je me suis couché, il est deux heures du mat' en essayant de rassurer tout le monde.
05:49Et je me lève neuf heures du mat', allez.
05:5240 messages.
05:53T'as compris tout de suite ?
05:54Oui, 40 messages.
05:56C'est rare d'avoir 40 messages, sauf si c'est ton anniversaire, qui ne fait pas mon anniversaire, tu vois.
06:00Et donc, là, 40 messages, donc je rappelle tout de suite, tout de suite la maison.
06:05Je rappelle, je rappelle Facien, je rappelle Pharaon.
06:07Et il me dit, bon, on t'attend, d'accord.
06:11J'ai pris la caisse, j'ai soudé, et puis je me suis retrouvé à Marne-la-coquette, voilà.
06:18Je repartais le soir encore en concert.
06:21Et le jour de l'enterrement, pareil, je rentre dans la nuit sous la neige, taquet, heureusement il y avait le coyote, taquet,
06:29et le lendemain matin, je revenais pour être avec eux, quoi.
06:35Et le jour de la Madeleine, le soir, j'étais à Belfort, t'imagines.
06:42Même Michel m'a dit, écoute, si tu es, je dis, non, non, non, Johnny aurait voulu que je sois là,
06:45show must go on, c'est notre tradition à tous, il n'y a pas de problème, je serai là.
06:51Et je me suis pointé, je n'étais pas frère, je suis tout de suite là.
06:53Et quand on a ce regard d'amitié, voire plus, limite d'amour, quand il y a des potes à ce moment-là.
07:00Quand il y a ce lien-là, et que tu avais refusé d'imaginer que cette éventualité arriverait,
07:08et que tu te trouves face à son corps, tu le vois, c'est-à-dire que tu vois à la fois ton pote,
07:11mais tu vois aussi le personnage public.
07:13Non, je ne vois que mon pote, je n'ai pas vu du tout le personnage public,
07:16non, j'ai juste vu mon pote, très beau, voilà, mais enfin très beau allongé pour la dernière fois,
07:23c'était quand même pas, non, c'était infiniment, infiniment respectueux pour tout le monde.
07:30Laetitia était très très bien, elle gérait tout ce monde-là très très bien,
07:34elle était digne, digne jusqu'au bout.
07:37Je sens énormément de respect dans tes yeux, dans ton regard, dans tes paroles pour Laetitia.
07:42Oui, j'ai beaucoup de respect.
07:44Cette femme-là, je l'ai vue garder sa dignité avec Adjani,
07:48et elle a fait en sorte qu'elle continue à être digne, noble, beau, jusqu'à la fin,
07:52et ça, ça n'a pas de prix, voilà, en plus qu'à ce qu'on veut d'elle,
07:56ça, pour moi, c'est une femme formidable, qui a fait son devoir.
07:59Il y en a plein qui auraient laissé le mari à l'hosto, en intensifiaire,
08:03comme on appelle ça, avec une pompe à morphine, et voilà, ce n'était pas le cas.
08:07Lui, il n'avait pas la pompe à morphine, lui, il est resté lucide jusqu'à la fin pour en baver,
08:10et puis, il faut dire, quoi.
08:11Comment tu regardes ces histoires d'héritage, de bagarthe public,
08:16de liste de position dans les médias ?
08:19Le choix de Johnny, c'est son choix, ce n'est pas celui que j'aurais fait,
08:22bon, il y a plein de choix qu'on n'avait pas forcément en commun,
08:27ce n'est pas ce que j'aurais fait.
08:28En revanche, je comprends très, très bien la démarche de Laetitia,
08:32qui, elle, veut respecter, veut qu'on respecte les choix et les décisions de son homme,
08:39comme elle appelle ça.
08:39Donc, selon quoi, et tu connais suffisamment bien les deux,
08:41et le rapport d'équilibre dans ce couple,
08:43ce n'est évidemment pas elle qui a décidé,
08:45elle ne fait qu'exécuter ce que Johnny voulait.
08:47Ah oui, bien sûr, évidemment.
08:48Alors, c'est sûr que Laetitia, il prenait compte des avis de Laetitia,
08:53mais jamais Laetitia n'aurait fait ce genre d'avis,
08:56tu vois, en disant, voilà ce que tu devrais faire vis-à-vis de tes enfants.
09:00Ça, non.
09:00C'est lui qui a voulu la protéger, il a voulu la protéger,
09:03et protéger les deux petites.
09:04Il l'avait dit d'ailleurs, il a dit,
09:06si un jour je pars,
09:08tu ne vas en prendre pas la gueule,
09:09tout le monde va te taper sur la gueule.
09:11Il avait franchement raison, évidemment.
09:13Et c'est pour ça aussi que je trouve extrêmement violent
09:16tous les mots qui ont été dits sur les deux petites, par exemple.
09:20On parle d'enfants adoptés.
09:22Non, il n'y a pas d'enfants adoptés,
09:23ce sont les enfants de Johnny.
09:24Ça va révolter tous les gens qu'on a adoptés des enfants,
09:27d'entendre ça sur le net, tu vois.
09:29Or, les gamines, la plus grande, comme tu le sais,
09:31elle a 14 ans,
09:33il ne faut absolument pas croire que la plus grande
09:35ne suit pas les réseaux sociaux, tu comprends ?
09:37Elle voit tout.
09:38Elle voit tout.
09:39Entendre dire que ses grands-parents,
09:42c'est-à-dire André et tout ça,
09:44sont des gens louches, voire des escrocs,
09:48qui protègent un tout petit peu les gamines quand même.
09:52Personne ne pense à la douleur des gamines.
09:54Ces deux petites sont vraiment en douleur.
09:57Elles ont perdu leur père.
09:58Elles ont perdu cette grosse voix qui résonnait dans la maison.
10:01Les maisons, elles sont hantées par Johnny.
10:03Il faut au moins qu'on ait un peu de respect des deux petites
10:06et qu'on ait aussi le respect de la douleur de Laetitia.
10:11Et voilà, on a été au combat tout de suite.
10:13Ça ne devait pas se régler par lettres recommandées dès le début.
10:16On pouvait peut-être arranger ça différemment, on va dire.
10:19Ça a été un peu vite au combat, comprends-moi.
10:21Je comprends chaque partie.
10:22Il me manque ?
10:23Oui, bien sûr, il me manque.
10:25Il me manque au quotidien.
10:27Il me manque considérablement.
10:30Il me manque pour...
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