00:00Allez, coup de projecteur désormais sur les forces de l'ordre.
00:03Elles se sont mobilisées en masse ce week-end dans toutes les villes de France
00:07après l'appel du syndicat Alliance Police Nationale.
00:10On en parle avec le délégué Moselland, David Gislery. Bonsoir.
00:14Bonsoir.
00:15Merci d'être avec nous.
00:16Alors pour commencer, pourquoi cette mobilisation maintenant ?
00:19Qu'est-ce qui a été l'élément déclencheur pour les policiers ?
00:24L'élément déclencheur, ça fait une paire de mois, voire d'années que ça dure.
00:27Les éléments moyens et humains sont de plus en plus difficiles.
00:32C'est compliqué d'avoir du monde en Moselle.
00:34C'est compliqué d'avoir du matériel qui fonctionne.
00:36Et aujourd'hui, la police nationale est à bout.
00:39Donc c'était une forme d'appel au secours, de cri à l'aide,
00:43prendre un témoin les citoyens, les élus,
00:44pour qu'on nous donne enfin les moyens de lutter à armes égales
00:47avec la criminalité qui, elle, n'a aucune limite tant financière
00:51qu'en termes de ressources humaines.
00:53Donc si je comprends bien, s'il n'y a pas de réponse dans les prochaines semaines,
00:55vous reviendrez dans la rue pour exprimer ce ras-le-bol ?
00:59Absolument.
01:00On ne se laissera pas prendre en otage par une politique fébrile.
01:05Nous avons absolument besoin de moyens pour protéger la population.
01:09Et à travers notre intermédiaire, c'est aussi la population qu'on prend en otage.
01:13Donc nous, on dit non, tout simplement.
01:15On veut des moyens pour correctement faire notre travail.
01:17Vous déplorez un manque de moyens concrètement sur le terrain.
01:20Ça se traduit comment ?
01:21Ça se traduit par une accumulation des procédures pénales.
01:24En France, on en a plus de 3 millions en stock.
01:26Ça se traduit par des locaux insalubres, des véhicules hors d'âge.
01:31On est obligé d'aller chercher des pneumatiques chez les gendarmes
01:33pour pouvoir équiper les voitures de police.
01:36On est dans un autre temps.
01:37Et si je vous faisais la liste, je pense que vos auditeurs hallucineraient tout simplement.
01:43Aujourd'hui, il faut absolument qu'on se modernise,
01:45qu'on prenne le pas de cette criminalité
01:47et qu'on colle au plus près des réalités du terrain.
01:50Il y a une phrase qu'on entend souvent,
01:52c'est la justice ne fait plus peur aujourd'hui.
01:55Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?
01:58Je corrobore.
01:59C'est le cas ?
01:59Quand on arrête les mêmes personnes 10 fois, 20 fois, 30 fois qu'elles sont dehors,
02:03il y a naturellement un sentiment d'impunité qui se développe.
02:06Et ce sont des personnes qui n'hésitent pas à réitérer les faits,
02:09qui mettent à main les services de police et de justice
02:12et surtout qui font peur à nos concitoyens.
02:15Sur ce volet de la justice, quelles mesures concrètes vous attendez ?
02:20Il y a un code pénal, il y a un code de procédure pénale
02:22avec des peines qui doivent être prononcées et effectuées.
02:25Et aujourd'hui, on est loin du compte.
02:27Aujourd'hui, les gens ne vont pas en prison quand ils commettent des délits.
02:30Ils peuvent en commettre 5, 6, 10 d'affilés.
02:32Et la réponse est toujours la même.
02:33On retrouve toujours les mêmes individus dehors aujourd'hui.
02:36En Moselle, les violences contre les forces de l'ordre sont-elles en hausse ?
02:39Est-ce qu'il y a des chiffres qui le constatent ?
02:42Sur le territoire, il y a 15 fonctionnaires de blessés par jour.
02:45Aujourd'hui, en Moselle, le phénomène n'échappe pas à la règle.
02:50La réponse prévue, c'était en emprisonnement.
02:53Et la moyenne, selon l'observateur de la réponse pénale, c'est 8 mois.
02:55Et comme vous le savez, en dessous d'un an, on n'effectue pas de peine de prison.
02:59Donc ce sont des gens qui s'en prennent directement aux forces de l'ordre
03:02et qui ne vont pas en prison aujourd'hui.
03:04Les policiers, aujourd'hui, sont sur un point de rupture.
03:08Sur le terrain, qu'est-ce que vous dites vos collègues ?
03:11Le moral est vraiment à zéro au niveau psychologique.
03:15C'est compliqué de tenir sur la durée.
03:17Quelles conséquences on peut craindre par les effectifs ?
03:20C'est extrêmement compliqué pour nous.
03:21On a vraiment le sentiment, et je vous le livre comme je le pense,
03:24on a vraiment le sentiment de vider un océan à la petite cuillère.
03:26C'est-à-dire que les faits se multiplient.
03:29Et derrière ça, c'est toujours les mêmes personnes à qui on a affaire.
03:35On n'arrive pas à apporter une vraie réponse pénale et judiciaire auprès des victimes.
03:39Parce que, comme je vous l'ai dit tout à l'heure,
03:40derrière ces 3 millions de procédures en stock, il y a des victimes.
03:43Et ces victimes-là, j'ai l'impression qu'elles ne sont pas entendues.
03:45On n'a pas les moyens matériels de traiter leurs procédures à fond.
03:50Et c'est toute la chaîne pénale qui, à mon sens, devrait être revue.
03:53Après cette manifestation à Metz et partout en France,
03:56d'ailleurs, est-ce que des discussions, de manière générale,
03:58vont être entamées entre les syndicats et les représentants ?
04:02Je suis dans la police depuis maintenant quelques années.
04:05J'ai toujours pour habitude de voir les ministres de l'Intérieur bomber le torse.
04:08Mais force est de constater que la situation se dégrade de plus en plus.
04:11Rien ne change.
04:12Donc rien ne change.
04:13Donc les discours, c'est bien beau, mais les actes, c'est mieux.
04:16Merci beaucoup, en tout cas, David Gislery,
04:18d'avoir été notre invité ce soir pour porter la voix des policiers mobilisés en Moselle.
04:24Merci.
04:24Merci à vous.
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