00:00L'ancien président de la République et député de Corrèze, François Hollande, est l'invité d'ici Limousin ce matin.
00:05Bonjour François Hollande.
00:06Merci d'être avec nous.
00:07L'entreprise corrésienne LMB Aerospace de Malmort, près de Brive, qui fabrique notamment des ventilateurs pour le secteur de l'armement,
00:14est passée sous pavillon américain la semaine dernière.
00:17Comme ancien chef de l'État et ancien chef des armées, qu'est-ce que vous en pensez ?
00:23LMB est une entreprise qui est stratégique, même si elle n'a pas un nombre d'employés considérable.
00:30Elle est à Malmort, mais elle fournit, vous l'avez rappelé, des ventilateurs, non seulement pour l'industrie aéronautique, mais aussi spatiale.
00:38Et c'est la raison pour laquelle son contrôle par une entreprise américaine pose une question.
00:45Ce n'est pas la première fois qu'une entreprise américaine contrôle LMB.
00:49C'était le cas dans le passé.
00:50Exactement.
00:51Sauf que les conditions politiques ont changé.
00:54Et que nous avons aujourd'hui une Amérique qui est beaucoup plus agressive, beaucoup plus distante par rapport à l'Union européenne,
01:03et aussi dont on ne sait pas exactement ce que sera son avenir, y compris dans l'Alliance atlantique.
01:08À partir de cette constatation, on ne peut pas traiter le cas de LMB comme on l'aurait traité il y a quelques années.
01:15Et je crois qu'il y a eu là peut-être une façon de faire qui était trop opaque et pas assez transparente.
01:24Ce qui fait qu'il y a des interrogations et que le contrôle de cette entreprise américaine,
01:29certes compensé par ce qu'on appelle une action de préférence, une golden share, c'est ce qu'a dit le ministre de l'économie.
01:34Moi, je considère que ça ne suffit pas et qu'il eut mieux valu, et pas encore trop tard, que la banque publique d'investissement,
01:42c'était, je crois, une des demandes du ministère de la Défense, que la banque publique d'investissement puisse être aux côtés de cette entreprise américaine
01:51pour s'assurer qu'il n'y aura pas de transfert de technologie.
01:55Et surtout, et je termine là-dessus, qu'il n'y ait pas un risque que chaque fois qu'on va exporter du matériel qui contiendra les ventilateurs,
02:05les Etats-Unis, car ils pourraient le faire, interdisent cette exportation.
02:09Vous n'y croyez pas aux fameuses conditions strictes mises par le gouvernement dans ce rachat ?
02:14En fait, c'est dur pour l'État français de surveiller ce que va faire une entreprise privée désormais américaine.
02:18Vous n'y croyez pas ?
02:20Je pense qu'il y a eu des conditions, parce que le ministère de la Défense y était très attentif,
02:26et parce que c'est une entreprise qui, comme je l'ai dit, fournit à Dassault, Airbus, et à d'autres entreprises stratégiques.
02:34Mais je pense que ce qui était encore concevable, une action de préférence qu'on appelle une golden share,
02:40il y a quelques mois ou quelques années, la géopolitique vient changer, finalement, la donne.
02:46Et ce qu'on sait maintenant de l'attitude de Donald Trump, appelle sûrement à renforcer encore ces conditions.
02:53Par ailleurs, je me pose une question, ce n'est pas une entreprise qui est très importante en termes de capital.
02:59Comment se fait-il que des financements ici en France n'aient pas pu être trouvés pour racheter cette entreprise ?
03:06Oui, parce que c'est ce que dit Roland Lescure, il dit que personne n'a voulu la reprendre.
03:09Mais oui, mais c'est ça qui est quand même invraisemblable.
03:12Si on songe à l'enjeu, on dit l'industrie de la défense européenne va devenir l'axe principal de notre défense.
03:20À partir de là, les capitaux doivent être trouvés.
03:23Je pense que c'est une affaire de 360 millions d'euros.
03:25Pour ceux qui nous écoutent, c'est beaucoup 360 millions d'euros.
03:28Mais pour des financiers, c'est assez peu.
03:30Et donc je comprends que de grandes entreprises stratégiques françaises n'aient pas voulu reprendre ce fournisseur.
03:36En tout cas, en résumé, vous dites qu'il ne fallait pas le faire comme ça à ce moment-là.
03:39C'est quoi ? C'est une erreur ? C'est une faute ? C'est une trahison ?
03:41Non, je crois qu'il faut se garder des mots qui peuvent inquiéter.
03:46Ce qui est clair, c'est qu'il faut sûrement renforcer encore les conditions.
03:49Je l'ai dit peut-être à travers une participation de la Banque publique d'investissement.
03:53Il ne faut pas oublier non plus que l'entreprise LMB fournit aussi des matériels aux Etats-Unis
03:59et un chiffre d'affaires aux Etats-Unis.
04:01Donc le fait qu'il y ait une relation avec les Etats-Unis n'est pas coupable.
04:05Ce qui devient quand même inquiétant, c'est si demain, cette entreprise entièrement contrôlée par les Etats-Unis
04:12arriverait à bloquer un certain nombre d'exportations.
04:15En ce lundi aussi, on arrive au bout du marathon budgétaire à l'Assemblée nationale
04:20et vous le suivez évidemment aux premières loges.
04:22Vous plaidiez vous-même pour l'usage du 49.3 pour débloquer la situation.
04:27On va arriver à l'issue, ce budget va être adopté.
04:30Mais est-ce que c'est pour autant satisfaisant ?
04:31Rien n'est satisfaisant au sens où il n'y a pas de majorité,
04:36donc c'est un budget qui manque de cohérence.
04:38Ça c'est évident.
04:40Mais que fallait-il faire ?
04:41Laisser le pays sans avoir ce cadre financier ?
04:45Les fonctionnaires, les agents publics, les investissements publics être dans une forme d'inquiétude ?
04:54Avoir des collectivités locales qui ne savent pas comment elles vont être financées ?
04:57Les entreprises qui s'interrogent sur les dispositifs ?
05:00Non, il fallait qu'il y ait un budget.
05:01A partir de là, je pense que le Parti Socialiste a eu raison d'engager une négociation,
05:05de faire que certaines mesures puissent être abandonnées,
05:08d'autres primes d'activité puissent être au contraire augmentées,
05:13et qu'il fallait en terminer.
05:15Et en terminer, ça aurait pu se faire à la fin de l'année,
05:17ça se fait là maintenant, 49.3, parce qu'il n'y avait pas d'autres procédures.
05:21Mais est-ce que ça n'a pas laissé des traces politiques ?
05:23Est-ce qu'on n'accuse pas l'EPS d'avoir été trop conciliant avec Sébastien Lecornu ?
05:27Non, je pense qu'on accuse plutôt Sébastien Lecornu d'avoir été trop conciliant avec l'EPS,
05:33de son point de vue et du côté de sa majorité relative.
05:37C'est-à-dire que l'EPS, il a obtenu quand même, dans cette négociation,
05:41la suspension de la réforme des retraites, c'est pas rien,
05:43l'augmentation du budget des hôpitaux, c'est utile,
05:45et aussi sur le plan budgétaire, je l'ai évoqué,
05:48la prime d'activité, des moindres baisses de dotation pour les collectivités locales,
05:53et puis pour le logement, un certain nombre de dispositifs
05:56qui vont permettre de relancer le marché immobilier.
05:59Heureusement que le Parti Socialiste a pris ses responsabilités.
06:01S'il ne l'avait pas fait, il y aurait des élections municipales,
06:04sûrement en mois de mars, et des élections législatives avec,
06:06parce qu'il y aurait eu une dissolution.
06:08Donc je pense qu'il faut donner ce point au Parti Socialiste.
06:12À propos des municipales, justement, en tout dernier mot,
06:15vous étiez à Limoges ce week-end pour soutenir le candidat socialiste au municipal.
06:20À Limoges, comme à Brive, comme à Tulle,
06:22la gauche est très divisée au premier tour.
06:24Vous le regrettez ?
06:25Oui, je le regrette, parce que,
06:28et de tout côté notamment des écologistes,
06:30et parce qu'ils demandent qu'on fasse une primaire,
06:34c'est bien ça, pour l'élection présidentielle, pour choisir un candidat.
06:37Et ils ne sont pas avec les candidats socialistes, communistes et citoyens.
06:42Dans des villes comme Limoges, Brive et Tulle,
06:46bon, écoutez, les électeurs vont choisir,
06:48et au deuxième tour, j'imagine qu'il y aura des rassemblements,
06:52mais peut-être que ce sera dès le premier tour que les choix devront être faits.
06:56Et je l'appelle d'ailleurs pour Tulle, Brive et Limoges.
07:00François Hollande, ancien président de la République et député de Corrèze,
07:03merci d'avoir été avec nous ce matin.
07:04Merci à vous.
07:04Bonne journée.
07:05À bientôt.
07:05Sous-titrage Société Radio-Canada
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