00:00Je me sens fière d'avoir accompli ce tour du monde en multicoque, sur le Trophée Jules Verne avec un équipage 100% féminin, à jamais les premières.
00:12C'est un bel accomplissement déjà d'avoir pu prendre le départ et le terminer dans un temps assez chouette parce qu'on est le sixième temps de l'histoire du Trophée Jules Verne.
00:22On peut être fiers pour nous, mais aussi pour tous les gens qui ont cru en nous, pour nos partenaires, nos familles et tous ceux qui nous soutiennent depuis le début du projet.
00:42Je ne me souviens plus du tout du départ du quai. Je me souviens d'arriver à Ouessan avec une mère formée.
00:49Il y avait 30 nœuds de vent, donc c'était des conditions assez musclées.
00:53On a pris cette fenêtre météo qui n'était peut-être pas la plus optimale, mais qui était suffisamment intéressante pour nous élancer du large de Brest.
01:03Je me souviens de ce départ en fanfare et de se dire, voilà, ça y est, c'est parti.
01:11Ce hook de grand voile, c'est une pièce qui sert à tenir la grand voile sur le mât, qui était défectueuse.
01:16Ça veut dire qu'on n'était pas sûr de pouvoir réduire la toile quand le vent monte.
01:20Ça impacte la performance, mais ça peut aussi impacter la sécurité.
01:23Donc il y a eu plein de questionnements.
01:25Jamais dans ma tête, je me suis dit qu'on allait abandonner.
01:28Ça a fait un petit bout de chemin, peut-être dans la tête de certaines à bord.
01:32Donc il a fallu se remobiliser en se disant qu'on allait continuer, poursuivre en mode dégradé.
01:37Mais nous, on avait une histoire à écrire et un tour du monde à boucler.
01:41Et ce n'était pas qu'une histoire de temps.
01:43Ça allait bien au-delà de ça, donc on s'est remobilisés.
01:48C'est un peu comme quand on rentre dans un tunnel et la sortie du tunnel, on sait qu'elle est au Cap Horn.
01:52On va aller chercher des dépressions.
01:55Les vagues vont grandir.
01:57Le vent va forcir au fil de l'avancée vers le Cap Horn.
02:00Beaucoup d'applications pour essayer d'aller vite.
02:02Et on s'est quand même fait bloquer pendant trois jours dans des conditions météo où on ne pouvait pas faire grand-chose.
02:09On avait la grand voile au minimum avec deux riz et un J3 à l'avant.
02:15Notre voile d'avant qu'on devait rouler par moments tellement le vent était fort et les vagues étaient monumentales.
02:21C'est justement à ce point des mots où on a eu les conditions météo les plus dures.
02:25Et là où je comprends complètement ce qui s'est passé sur le bateau de Tracy au moment où elle démate.
02:30où c'est le pire endroit de la planète pour avoir une avarie parce qu'on est vraiment très très loin de tout.
02:36Il n'y a personne qui peut venir à notre secours.
02:37Donc quand Christian Dumas nous dit « Les filles, là vous êtes l'équipage féminin qui est allé le plus loin de l'histoire »,
02:44on est heureuse mais on sait que ce n'est pas fini et que le Cap Horn est encore loin.
02:49Et qu'il peut se passer plein de choses.
02:50Encore une fois, on reste vraiment lucides et concentrés pour arriver jusqu'au Cap Horn.
02:55Ce Cap Horn, je l'ai vécu vraiment différemment de la première fois où je l'ai passé.
03:02Bien sûr, de refaire un Cap Horn, c'est énorme.
03:06Mais aussi de regarder dans les yeux de mes équipières qui ne l'avaient jamais passé.
03:10De voir cette émotion, ces étoiles, les sourires et de célébrer ce moment ensemble.
03:16Et puis tout de suite, tu te rends compte que tu changes d'univers.
03:19Tu passes d'un endroit où les humains n'existent plus, c'est-à-dire le sud du Pacifique, à la civilisation.
03:26Parce que tout de suite, on recroise deux bateaux de croisiéristes.
03:30Et tu te dis « Ça y est, il y a des êtres humains pas trop loin de nous.
03:33On revient dans quelque chose qu'on connaît mieux. »
03:35Deuxième meilleur temps de l'histoire du Trophée Jules Verne entre le Cap Horn et l'Équateur.
03:40Et on se dit qu'on a bien progressé.
03:42On se dit, un peu bêtement, je pense « Ça y est, on est presque arrivés. »
03:46On regarde la météo, on voit les dépressions qui déboulent dans l'Atlantique Nord, très classique.
03:51Ça part du Labrador et ça couvre tout l'Atlantique jusqu'à Brest.
03:55Donc on ne va pas y couper.
03:57On est très loin du record absolu du Trophée Jules Verne.
03:59Le sens marin nous dit qu'on va arriver à l'archipel des Açores.
04:03C'est abrité pour laisser passer le plus gros.
04:05Et donc on commence à arriver vers l'archipel des Açores.
04:09On l'empanne de nuit pour vraiment se mettre sous le vent de l'île de Fayal.
04:14Et là, notre grand voile s'ouvre en quatre.
04:16Donc derrière la tempête Ingrid, il y avait d'autres dépressions qui arrivaient.
04:23Donc j'appelle Christian Dumas, notre routeur, et je lui dis « On va devoir y aller. »
04:27En fait, là où on ne voulait pas aller.
04:29C'était démentiel.
04:31On a eu plus de 10 mètres de vagues.
04:33Sans voile, avec juste notre mât L qui fait 30 mètres carrés, on avance à 15 nœuds.
04:38Et derrière, le vent qui ne faiblit pas, et heureusement, parce que ça a pu finalement nous faire avancer à bonne vitesse avec très très peu de voile.
04:46Premièrement, je souffle, parce que ça faisait 57 jours que je retenais ma respiration.
04:52Il n'y a pas de regrets, parce qu'on aurait pu aussi ne pas terminer, ça aurait pu être pire.
04:56On aurait pu avoir plus de casse.
04:58Un tour du monde, ce n'est jamais quelque chose de facile.
05:01En multicoque, c'est encore plus dur qu'en monocope.
05:03Ça faisait 27 ans qu'il n'y avait pas eu de femmes.
05:06Depuis Tracy Edwards, il n'y a eu que deux femmes, Hélène MacArthur et Donna Bertarelli,
05:11sur tous les équipages qui ont tenté le Trophée Jules Verne.
05:14Donc, il était temps de faire bouger les lignes.
05:17Et je pense que la prochaine fois, quand on y retournera, j'en suis sûre, on sera en équipage mixte.
05:22Parce que la force, ce n'est pas d'être que des femmes ou que des hommes,
05:27c'est de trouver les marins qui arrivent à fonctionner ensemble
05:30et à créer un groupe solide pour aller le plus vite possible autour du monde.
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