00:00Je configure le système, allez-y.
00:04Ah oui, c'est incroyable.
00:09Je suis à Saint-Etienne, au sud-est de la France.
00:12Une ville longtemps marquée par le déclin industriel,
00:15mais qui se veut aujourd'hui un carrefour de l'innovation.
00:18C'est ici qu'est née l'entreprise de Saint-Etienne
00:20qui fabrique des dispositifs médicaux basés sur les neurosciences
00:24et la technologie de pointe.
00:26Une success story locale et européenne devenue une référence mondiale.
00:38C'est dans ce parc technologique de la périphérie de Saint-Etienne
00:42que se niche l'entreprise créée en 2017.
00:46Née d'un projet expérimental,
00:48la start-up produit aujourd'hui quelques 200 appareils de rééducation par an
00:52destinés aux patients souffrant de troubles de motricité.
00:55Spécialiste en neurosciences et responsable de la recherche clinique
00:59et de l'application des dispositifs,
01:02David Luneau en est l'un des trois cofondateurs.
01:05On a développé en 2017 le premier dispositif ici
01:09qui travaille autour des thématiques de la thérapie miroir.
01:13Le principe est assez simple.
01:14On filme le bras sain du patient.
01:17Avec le software, on va retourner l'image
01:19pour permettre au patient de voir sa main qui est paralysée bouger à nouveau.
01:23et ce principe d'observation va aider à la plasticité cérébrale et à la récupération motrice.
01:28Allez-y tout doucement.
01:30OK. Un peu plus bas.
01:32Très bien.
01:33Maintenez.
01:35Reposez bien à plat sur la table.
01:37Donc j'enregistre ce mouvement.
01:38Il est automatiquement inversé en miroir.
01:41Vous allez faire la même chose en même temps, sauf qu'il n'y a pas la tasse.
01:44Donc allez-y tout doucement.
01:46Faites l'approche.
01:47Essayez de saisir la hanse.
01:48Soulevez un tout petit peu.
01:51Ne la faites pas tomber.
01:52Tout doucement.
01:53Vous reposez.
01:54Vous la repositionnez bien droite.
01:57Et je vais vous dire, allez-y maintenant.
01:58Attrapez la tasse.
01:59Pour de vrai, allez-y.
02:00Et en fait, ce qu'on voit ici, c'est que vous faites le mouvement tout doucement.
02:04Oui, tout à fait.
02:04Pourquoi ?
02:05Parce que vous avez vu ça juste auparavant.
02:07Donc vous allez faire attention à la coordination, à la vitesse.
02:10Et on voit...
02:11C'est aussi une façon de montrer la plasticité du cerveau.
02:13Il est déjà en train de s'adapter à ce qu'on a fait avant.
02:16On travaille avec des patients neurologiques, post-AVC, trauma crânien, neurodégénératif,
02:21comme des sclérose en plaques aussi.
02:23Et puis en orthopédie, sur des immobilisations ou des mains traumatiques complexes.
02:29Ou des patients avec des syndromes douloureux, type patients amputés.
02:34La dernière population, c'est les paraplégiques, les tétraplégiques.
02:37Avec le soutien de l'État français, l'entreprise va aussi équiper 45 hôpitaux ukrainiens de ces dispositifs.
02:46L'aventure de De Sainte-et est née au centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne,
02:51sous l'égide du responsable du service de rééducation pour adultes,
02:55le professeur Pascal Giraud, initiateur et cofondateur de l'entreprise.
02:59C'est en testant ce dispositif à viser au départ scientifique, neuroscientifique,
03:06qu'on a pris conscience finalement que c'était un dispositif qui était aussi très intéressant pour la rééducation.
03:11Ce qui nous a motivés à cofonder De Sainte-et, c'est que ça nous paraissait évident
03:16qu'il fallait offrir à un maximum de patients ces possibilités thérapeutiques.
03:21Parce qu'il n'y avait pas d'entreprise capable d'industrialiser ce type de dispositif en France,
03:26mais aussi ailleurs, c'est encore aujourd'hui un des seuls dispositifs
03:31qui permet justement de rééduquer la motricité à travers la vision du mouvement.
03:36Une technologie unique adoptée par des centaines de centres de rééducation en France.
03:42A une soixantaine de kilomètres de Saint-Etienne,
03:45cette clinique de la périphérie de Lyon, chef lieu de la région Auvergne-Rhône-Alpes,
03:50nous a ouvert ses portes.
03:51Suite à une infection, David a été atteint du syndrome de Guillain-Barré,
03:56une maladie neurologique auto-immune paralysante.
04:00Arrivé il y a trois mois, il ne désespère pas de retrouver sa mobilité,
04:04moyennant plusieurs heures de rééducation classique et de thérapie miroir par semaine.
04:09Donc là, j'ai un cube carré, il faut que je mette la main dessus,
04:15que je prenne et je serre le carré.
04:19Je prends ma main, je vais prendre le petit carré,
04:22je lève et je le déplace.
04:26Chez les patients qui sont hémiplégiques, on va utiliser le membre sain.
04:29Chez monsieur, les deux mains sont atteintes,
04:31du coup là, ce n'est pas la main de monsieur,
04:33mais ça permet quand même de donner l'illusion que c'est la sienne.
04:36Comme j'ai perdu la motricité de tous mes membres, c'est très dur.
04:40Une main grosse aux soignants,
04:42beaucoup de persévérance, beaucoup de kiné,
04:45l'aide aussi des machines,
04:46j'arrive à récupérer petit à petit.
04:49Quand c'est nous qui leur montrons,
04:51ils auront plus de mal à le faire
04:52que quand c'est à la machine,
04:53où ils pensent que c'est vraiment leur main qui vient bouger.
04:56On a de beaux progrès grâce à la thérapie miroir.
04:59Le quadriceps a bien progressé quand même.
05:01Maintenant, il se lève bien quand même les jambes.
05:04Atteinte d'une maladie vertébrale,
05:06Dominique a été paralysée des membres inférieurs.
05:09Moi, j'adhère complètement à ce type de thérapie
05:11parce que mon cerveau, il a besoin de réenregistrer le schéma corporel.
05:16Et donc là, l'objectif pour moi,
05:19c'est de reconstruire un peu les cellules nerveuses.
05:21L'avantage de cette installation, c'est que c'est sécurisé,
05:25qu'elle peut rester là en autonomie
05:26et que moi, je peux aller voir d'autres patients pendant ce temps aussi.
05:29C'est un soutien à la fois à travers du matériel
05:32mais aussi à travers le personnel qui est présent.
05:34En fait, c'est un tout qui fait qu'on garde l'espoir d'aller vers l'avenir.
05:41Un avenir prometteur pour l'entreprise
05:43qui, outre les appareils basés sur la thérapie miroir,
05:47commercialise plusieurs autres plateformes intelligentes
05:49comme ces stations d'objets connectés remplies de capteurs
05:52ou ces tables à sphères offrant des exercices ludiques.
05:57On a voulu développer ici des espaces d'auto-rééducation
05:59qui sont tellement simples d'usage
06:01qu'ils vont permettre aux patients et à leur famille
06:04de venir utiliser les dispositifs.
06:06Ça va permettre d'optimiser l'activité de rééducation
06:09qui est normalement prodiguée par les thérapeutes.
06:13Autant d'innovations brevetées
06:14qui ont permis à l'entreprise d'enregistrer une croissance de 60% en 2024.
06:19Elle réalise aujourd'hui un chiffre d'affaires de près de 10 millions d'euros
06:22et est présente dans une trentaine de pays
06:24en Europe, en Asie, au Moyen-Orient, mais aussi aux Etats-Unis.
06:28Une dynamique soutenue par Nicolas Fournier.
06:30Fort d'une expérience entrepreneuriale,
06:33il est le troisième cofondateur et président de DeSynthé.
06:36La réussite de la start-up, dit-il,
06:38repose largement sur l'engagement de ses 26 salariés envers les patients
06:42et le suivi constant réalisé auprès des clients.
06:45L'entreprise mise aussi sur son ancrage territorial
06:48et son réseau de partenaires locaux.
06:50Le nom DeSynthé, c'est la ville de Saint-Etienne.
06:55Avec des dispositifs qui sont fabriqués ici,
06:57avec la plupart des composants qui viennent d'un rayon de 50 km autour,
07:01ça nous permet de travailler avec des acteurs locaux.
07:02Un, pour réduire notre empreinte environnementale,
07:05mais avant tout, pour être beaucoup plus efficace en termes de développement.
07:08La vitesse aujourd'hui, dans le monde dans lequel on évolue,
07:11c'est la clé.
07:11On voit bien qu'en Europe, on est challengé par des technologies qui viennent des Etats-Unis,
07:17on commence à entrevoir des acteurs qui viennent d'Asie.
07:21Le seul moyen de s'en sortir, clairement, c'est l'innovation,
07:24et c'est le seul moyen d'être devant les autres.
07:26Une volonté qui n'a pas fini de motiver les fondateurs de l'entreprise.
07:30On travaille actuellement sur des systèmes où c'est finalement la pensée du patient
07:34qui va commander le dispositif, on en développe d'autres.
07:37Donc on fait de la science pour faire des niveaux de dispositifs,
07:40et on fait des niveaux de dispositifs pour faire la science.
07:43C'est ça, ce qui me plaît beaucoup aujourd'hui, c'est d'être dans cette spirale-là,
07:46et qu'elle se poursuive aussi longtemps que possible.
Comments