- il y a 2 jours
En mai 2019, Négatif publie un entretien avec Pierre-William Glenn autour de Les Silences de Johnny. Le réalisateur et chef opérateur y évoque son regard cinématographique sur Johnny Hallyday, la construction du film et la volonté de montrer un artiste plus intérieur, loin de la seule icône publique.
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00:00Bienvenue dans Négatif, le podcast d'entretien à l'écoute des créateurs et créatrices d'images et de sons.
00:06Dans le cadre du Festival de Cannes 2019, nous vous proposons des épisodes spéciaux avec de courts entretiens à propos des films sélectionnés cette année.
00:15En partenariat avec la sélection officielle Cannes Classics, nous avons pu nous entretenir notamment avec certains réalisateurs et réalisatrices de films de patrimoine restauré ou de documentaires sur l'histoire du cinéma.
00:27Bonne écoute !
00:30Bonjour et bienvenue pour un nouvel entretien depuis le Festival de Cannes 2019.
00:50Aujourd'hui, c'est un entretien avec le réalisateur d'un documentaire exceptionnel et intime, Les Silences de Johnny.
00:56Bonjour Pierre-William Glenn.
00:57Bonjour Thibaut.
01:00C'est un film hommage à Johnny Hallyday, dont vous avez été proche depuis plus de 30 ans.
01:06Vous y racontez sa cinéphilie et sa vocation manquée cinématographique, puisqu'il a joué dans 34 films, mais sans être jamais totalement une idole populaire du cinéma.
01:16Vous le connaissez très bien, notamment en tant qu'acteur, parce que vous l'avez vous-même dirigé sur votre film Terminus en 1987.
01:2286, oui, 86. Oui, oui, oui, il sorti en 87, oui.
01:26Alors tout d'abord, une première question. Pouvez-vous nous raconter comment vous avez rencontré à la fois cinématographiquement et humainement Johnny Hallyday ?
01:33Johnny Hallyday m'a sollicité par l'intermédiaire de ma sœur. Je l'ai vu en finissant un film qui s'appelait Les Enragés, c'était en 84, et j'ai été le rencontrer et le voir pour faire une pub avec lui à l'institution de ma sœur, qui est la femme de Claude Miller.
01:52Et on s'est vu longtemps, on a parlé de tout, sauf de pub, sauf de la pub qu'on devait faire, qu'on n'a pas fait, et on a parlé de cinéma, et on a parlé de cinéma, en général, voilà.
02:03Quand j'ai été en mesure d'entamer la production de Terminus, il l'a su, il est venu me voir, il a demandé à me voir, et il m'a dit qu'il avait raté sa vie, et qu'il voulait absolument faire le rôle de manchot dans Terminus.
02:23Et donc, j'ai pensé que c'était une blague, et en fait, je me suis rendu compte, sur tout le temps pendant lequel je l'ai fréquenté, de 86 jusqu'à 2017, que c'était vrai.
02:39Donc, que Johnny était un acteur, je ne dirais pas un acteur manqué, parce qu'il a fait une bonne dizaine de films sur les 34 films, qui sont des films qui devraient rester dans l'histoire du cinéma.
02:47Mais je pense que c'était quelque chose que je lui devais de faire un film sur lui, sur un rapport pas du tout médiatisé, qui ne rentre pas dans tous les potins de la commerce, de toute la presse médiatique, sur les histoires de sa mort, et tout ça.
03:04Je pense que je lui devais le film, et je pense que, si je ne suis pas croyant, mais je pense que s'il y a un ciel, il voit un film comme ça, comme une récompense,
03:14et j'espère que ça devrait ouvrir l'œil à tous ces fans, à ces millions de fans, qui ont refusé de le voir en tant qu'acteur de cinéma, et qui, à mon avis, ont eu tort.
03:28Justement, comment expliquez-vous que même ces fans de Johnny, Johnny le chanteur, n'ont pas la même adoration, le même attachement à sa carrière d'acteur ?
03:36Si vous avez vu le film, c'est ce que j'essaye d'expliquer dans le film, d'essayer de comprendre.
03:40J'essaye de comprendre, moi, pourquoi des gens qui ont une adoration pour cet homme sur une scène, ils ne veulent pas le voir sur une image.
03:49C'est-à-dire que, pour un homme comme Johnny, qui a toujours cherché une image d'acteur, de star, pourquoi refuse-t-il ces acteurs au bénéfice d'un performeur sur scène ?
04:05C'était la question que je pose dans le film.
04:06Vous avez des gens intelligents qui ont réfléchi à la question, sur le rapport entre le son et l'image, sur la question de base de la psychanalyse, à savoir aller du regard à l'écoute, qui est une démarche psychanalytique de base.
04:22Pourquoi on ne va pas de l'écoute au regard ? Pourquoi écoutant ?
04:26Alors, vous avez une bonne explication dans le film de Philippe Grinbert, qui est un psychanalyste lacanien, qui s'occupe d'enfants autistes, qui me semble tout à fait convaincante,
04:35et qui explique, vous avez vu le film, qui explique pourquoi les gens veulent le cantonner dans une idée de chanteur et pas d'acteur.
04:46Ils ne veulent pas le voir. Le refus de le voir de l'image de Johnny au cinéma est quelque chose que vous avez dans le film.
04:51Vous avez des témoignages, des gens qui disent qu'il nous appartient en tant que chanteur.
04:54Alors, cette idée du son qui préexiste à l'image dans le cerveau des enfants est quelque chose de base.
05:02Mais c'est vrai que peu d'acteurs ont franchi la ligne.
05:06C'est-à-dire qu'on passait acteur, chanteur.
05:08Elvis Presley n'est pas arrivé non plus à être convaincant pour le public au cinéma.
05:14Il y a peu, évidemment, il y en a quelques-uns qui sont passés.
05:18Mais Jacques Brel est passé. Vous avez quelques-uns qui sont passés.
05:21Aznavour, ça a été plus difficile. Mais aussi, il est passé.
05:25Il y a peu d'acteurs, il y a peu de chanteurs qui sont passés sur scène de manière convaincante.
05:30En Amérique, il y en a plusieurs.
05:31Gene Martin, c'est évident en Amérique.
05:33Mais ce n'est pas la norme. Ce n'est pas évident.
05:36Et en France, c'est plus dur.
05:38C'est qu'une image, en France, elle n'est plus...
05:40L'image de quelqu'un, une image de l'inconscient collectif, elle est plus forte en France en disant
05:46« Il ne changera pas. Il est là et il ne bouge pas. »
05:48Alors que toute l'idée du cinéma et de Johnny, c'était d'essayer de faire bouger justement ce type de ligne mentale un peu bête.
05:56Essayer d'avoir, dire ce type, c'est un acteur formidable, c'est un chanteur.
06:00Et je dis dans le film que moi, je préfère l'acteur que le chanteur parce que les modèles de référence américain de Johnny sont pour moi supérieurs.
06:08Je préfère Screaming J. Hawkins, je préfère Bruce Springsteen, je préfère les modèles et les trucs.
06:14Dans la chanson, on va dire pop, je préfère Sting que Johnny.
06:20Je ne dis pas que ce n'est pas bien puisque je l'ai suivi dans ses concerts.
06:23Je ne dis pas que ce n'est pas bien.
06:24Je dis que c'est moins mon goût que de voir un acteur qui a un physique aussi évident, qui a autant de charisme.
06:30Et qui n'est pas apprécié en tant que tel.
06:33Vous montrez donc Johnny en tant qu'acteur de cinéma et vous le montrez également en tant que cinéphile.
06:38Est-ce que vous pouvez nous parler de cette passion en commun que vous avez, la cinéphilie et des films que vous avez vus ensemble et dont vous avez discuté ?
06:45Je vous disais tout à l'heure, je vous disais que notre discussion sur le cinéma, elle a été continue.
06:53J'ai vu une flopée de films noirs, de films d'Anthony Mann, je vais dire de Fritz Lang.
07:03J'ai vu une flopée de films avec lui, de films du genre noir, qu'on a dit noir, Donald Siegel, qui étaient des choses que nous apprécions ensemble.
07:15Il parlait très bien des films.
07:16Donc on a essayé, et vous le voyez dans le film, c'est quelqu'un qui est très articulé, il a une pensée du cinéma qui est très articulée.
07:22Alors on pourrait, je dis Mitchell lui repose de tout aimer, il dit il aimait tout, il aimait trop de trucs, il aimait le cinéma japonais, le cinéma fantastique japonais, tout ça.
07:32Et que c'était, il aimait, il aimait, je vais dire, les Godzilla et des trucs comme ça.
07:36Mais Johnny était effectivement une éponge du point de vue du ciné, il voyait des films à longueur d'année.
07:42Mais on était synchrone sur le cinéma, justement le cinéma fantastique, justement sur le cinéma expressionniste, justement sur le film noir américain, et justement sur le western bien sûr.
07:54On était synchro.
07:56Et alors sur chaque, alors il y a une idée de voir trois films dans la nuit, qui est arrivé plusieurs fois, et qui était, j'ai dit, on s'en va, je me barre, il est tard, non non, reste, on va regarder un film d'Audi Murphy,
08:11et on va voir, on va regarder un film de Gordon Douglas, et ça, c'est quelque chose de, comment dirais-je, de très, qui me lie à lui, c'est-à-dire mon amour, mon rapport avec le cinéma,
08:26et moi je l'ai fabriqué le cinéma, je suis un type qui a fait des films derrière la caméra, avec ce que je raconte avec lui devant la caméra,
08:36j'ai pensé, il m'a convaincu de le filmer, j'ai dit, comme je pense qu'il méritait d'être filmé, avec un physique incroyable, et j'y suis arrivé, mais les gens n'ont pas voulu le voir.
08:49Tous les films de Johnny, dans lesquels il n'est pas, il ne chante pas, on en parle dans le film, de Jean-Philippe, ou même des premières, il y a les jades d'Ou viens-tu Johnny,
08:58ou les parisiennes, les films dans lesquels il chante, tous les films qui ne sont pas les films où il chante, ce sont des films qui n'ont pas marché publiquement,
09:04et ça c'est une injustice absolue, et je pense que ce film va aider à réhabiliter et redonner aux gens envie de voir Johnny au cinéma,
09:14parce que c'est un acteur tout à fait étonnant.
09:16Oui, vous montrez notamment des images des films où il a tourné, vous montrez des images aussi des coulisses du tournage de films où il était acteur,
09:25il y a également des interviews de plusieurs personnes qui vont diriger ou qui ont été avec lui sur des tournages,
09:30comment avez-vous choisi les personnes qui allaient intervenir pour parler de Johnny en tant qu'acteur et cinéphile ?
09:36Par rapport aux films, moi je me suis tapé tous les 34 films qu'il a fait, normal, j'ai regardé 34 films,
09:43sur lesquels il y en a 10 qui est énorme, il y en a 10 qui sont des films qui devraient rester,
09:47que j'espère qu'ils resteront, non seulement grâce à ce film-là, mais rendre justice à Laetitia Masson,
09:52qui va faire un film qui, je dirais, qui est pas loin du chef-d'oeuvre, qui s'appelle Love Me,
09:56film dans lequel Johnny est un personnage fantasmé par quelqu'un qui s'identifie à une image et qu'il fait exister dans sa tête,
10:07c'est totalement, c'est des films bluffants, la présence en même temps de ça,
10:11donc on dit, j'ai un petit extrait dans lequel Sandrine Kiberlin dit, Johnny lui demande,
10:17vous avez rêvé, mais qui est toute l'histoire du film, d'un voyage en Amérique, qui est un voyage fantasmatique,
10:21et donc ça c'est, alors effectivement ce film n'a pas marché, Johnny est absolument formidable,
10:27il y a, j'ai revu donc Point de chute, dans lequel il est évidemment formidable,
10:32et comme vous voyez dans le film, la plupart des gens avec lesquels l'émetteur en scène et qu'il a travaillé,
10:36il a été les convaincre, qu'il voulait, comme on dit dans le film, être acteur,
10:41et ce que je pense qu'il était de manière fondamentale,
10:46presque génétique, puisqu'il a commencé, comme vous voyez dans le film,
10:50il a commencé à jouer au cinéma avant de chanter,
10:54il s'est payé ses cours de la rue Blanche, cours d'acteur,
10:57en allant chanter ses premiers trucs, ses premiers, quand il avait 16 ans,
11:02et donc il a une volonté systématique toute sa vie d'être un homme de cinéma,
11:06il se cherche une image, il se cherche son image à lui,
11:10mais ça c'est plus, il s'est fait filmer par un garçon formidable,
11:14qui m'a d'ailleurs beaucoup aidé sur les films, qui s'appelle Patrice Goliopo,
11:17qui l'a filmé pendant 15 ans, tout le temps,
11:19donc à la recherche d'une image de lui, qui est une image de cinéma,
11:22il ne l'a pas eu de son vivant.
11:24Vous avez accumulé beaucoup de matière filmique dans ce film,
11:27pour l'instant, la version qu'on a vue ne dure qu'une heure,
11:30comment avez-vous construit le montage de ce film,
11:33notamment avec votre monteur Baptiste Aubert ?
11:36Baptiste Aubert est sûrement le monteur le plus doux avec qui j'ai travaillé,
11:42j'ai fait pas mal de, j'ai fait si longs métrages,
11:44mais sa compréhension, j'avais une idée très précise du montage du film,
11:49mais sa manière d'exécution, sa disponibilité, son ouverture d'esprit,
11:52m'ont assez impressionné.
11:55Donc l'idée du film, c'est-à-dire qu'on a besoin au départ,
11:58quand on ne manipule pas soi-même, quand on ne fait pas son propre montage,
12:00de quelqu'un qui manipule l'image aussi vite qu'on voudrait,
12:04il le faisait 10 fois plus vite que moi,
12:06et j'ai rarement eu une compréhension aussi immédiate,
12:11je n'ai pas eu à discuter sur les propositions qu'il m'a faites,
12:16il y en a deux dans le film, mais qui sont vraiment intelligentes,
12:19intéressantes, sur Johnny Tau,
12:21et ce garçon est amené à un très grand avenir,
12:24il fait partie de la génération, à mon avis, des monteurs réalisateurs,
12:29c'est un type qui sera assez vite réalisateur,
12:31il y a une génération d'opérateurs qui veulent être réalisateurs,
12:36mais il y a surtout une grande tradition dans le cinéma français,
12:39dans le cinéma américain,
12:40de gens qui, comme Robert Parrish ou Donald Seagull,
12:43sont des monteurs, qui deviennent des monteurs de Ford,
12:45qui deviennent des réalisateurs,
12:47lui, à mon avis, c'est un type qui a un oeil,
12:49et qui sera assez vite un réalisateur,
12:54à mon avis, assez vite, il est tout jeune,
12:56c'est un type tout jeune,
12:57et je vous dis, ce qui est assez impressionnant,
12:58c'est que dans cette génération de jeunes qui sortent de BTS,
13:04il y a un niveau de technicité qui est tout à fait agréable
13:09pour le réalisateur et le chef opérateur,
13:12c'est très très agréable,
13:14il y a toute une génération qui est née dans les ordinateurs,
13:17et je pense que là, il y a un empathiste,
13:21il y a quelqu'un à qui je mets beaucoup d'espoir.
13:25Quel regard il a apporté sur la narration ?
13:27Je ne lui demande pas d'apporter un regard,
13:29je lui demande de me dire s'il comprend ce que je dis,
13:32je suis le monteur du film,
13:33c'est le metteur en scène du point de vue de la construction,
13:36j'avais une construction pré-établie,
13:39ce qui est intéressant,
13:40quand on fait un film comme je l'ai fait,
13:41c'est d'avoir une idée de la place de ce que je tourne dans le montage,
13:45et donc je lui demandais de mettre ça ensemble,
13:48et on va dire d'articuler ma pensée du film,
13:51il l'a fait parfaitement,
13:52mais évidemment le montage,
13:54je vais dire le montage c'est moi qui le fais,
13:55lui c'est un tel exécutant de montage,
13:58c'est qu'un bon metteur en scène,
13:59c'est lui qui fait l'image,
14:00et à lui il demande une idée d'image,
14:02il la voit, il dit c'est ce que je voulais,
14:03il n'est pas chef opérateur pour ça,
14:05mais il demande,
14:06quand on a un monteur,
14:08quand on a un monteur qui travaille sur l'information,
14:13qu'elle soit filmée,
14:14qu'elle soit film,
14:16qu'elle soit numérique,
14:20et on lui demande de faire ça,
14:22alors après c'est pas un film suffisant,
14:24j'avais trop,
14:25c'était trop précis ce que je voulais faire,
14:28que j'ai fait,
14:28là maintenant on me dit que c'est trop court,
14:29c'était trop précis ce que je voulais faire,
14:31pour que je lui laisse une part,
14:33lui dire comment tu vois ça,
14:34on va voir si on fait plus long,
14:35je vais peut-être lui laisser une part de,
14:38pour moi il a fait ses preuves,
14:39ça fait 6 mois que je suis avec lui,
14:41il était un peu sur tout,
14:42pour moi il a fait ses preuves,
14:43donc je vais voir sur ses suggestions,
14:46sur un film de 15 minutes de plus,
14:47voilà.
14:48On a mentionné que vous étiez directeur de la photographie,
14:50chef opérateur sur un grand nombre de films,
14:52est-ce que vous avez un regard particulier,
14:55sur le visage,
14:56sur la Johnny Hallyday,
14:57parce que c'est vous qui cadrez,
14:59qui éclairez les films,
15:00comment est-ce que vous observez l'acteur qui est Johnny Hallyday,
15:02notamment en termes de photogénie,
15:03dont il est question dans le film ?
15:05C'est pas,
15:06la cinégénie c'est pas la photogénie,
15:09la photogénie c'est le papier glacé,
15:12c'est les couvertures des journaux,
15:13c'est les couvertures des canards,
15:14de gala, de hale et tout ça,
15:15donc ça c'est une chose,
15:16la cinégénie il y a une troisième dimension,
15:19il y a l'idée de quelque chose qui bouge,
15:20qui vit,
15:21qui est en mouvement,
15:22il y a des gens qui sont très très beaux sur le papier,
15:26et qui sont transparents au cinéma,
15:30l'inverse est pareil,
15:31vous avez des gens qui ont des gueules au cinéma,
15:33et qui sont pas des gens qui marchent en photo,
15:35qui impriment pas comme on dit,
15:36et l'idée de ça,
15:38ça c'est une question de pratique,
15:39c'est une question de métier,
15:41voir quelqu'un qui est cinégénique,
15:44ça va reconnaître quelqu'un,
15:45quand on a passé la moitié de sa vie,
15:47et regarder dans une caméra,
15:49c'est aussi un métier,
15:50c'est l'expérience,
15:51il n'y a pas de photogénie,
15:53cinégénie c'est autre chose,
15:54c'est tous les mannequins,
15:55il y a beaucoup beaucoup de mannequins,
15:56dans le monde entier,
15:57qui ont essayé de faire des films,
15:59ça n'a pas marché pour tout le monde,
16:00et loin de là.
16:01Et donc Johnny a l'idée ?
16:02Et Johnny c'était quelqu'un
16:03qui était extrêmement cinégénique,
16:06il a une photogénie,
16:07on le voit sur les photos,
16:08mais il faisait attention,
16:09mais c'est quelqu'un
16:10qui était très cinégénique,
16:11et quand je parle de cinégénie,
16:13je parle à la fois
16:14de rapport à la lumière,
16:16de rapport au cadre,
16:17et de rapport au mouvement,
16:18donc c'est quelqu'un
16:18qui bougeait pour la caméra,
16:21et qui avait un rapport,
16:22comme c'est idiot de parler de ça,
16:24mais c'est Alain Delon,
16:24c'est des gens qui sont
16:26avec la personne qui le filme,
16:29qui sont connectés,
16:30c'est un mot qui revient souvent
16:33dans mon vocabulaire,
16:34c'est la connexion,
16:35se connecter ensemble,
16:36être connectés ensemble,
16:37sur un film.
16:38Toujours sur la lumière,
16:39le réalisateur Patrice Lecomte
16:40explique dans le documentaire
16:42que Johnny avait un sens de la lumière,
16:45est-ce que vous êtes d'accord ?
16:46Oui, oui, oui.
16:48La plupart des grands acteurs
16:49connaissent la lumière,
16:52et savent ou sont en relation
16:57avec la personne qui les filme.
16:59La plupart des grands acteurs
17:00savent si la personne
17:01qui les filme
17:01est quelqu'un
17:02qui est en empathie avec lui,
17:04qu'il l'aime,
17:05ou quelqu'un qui ne l'aime pas.
17:06C'est-à-dire qu'il y a des gens,
17:07il y a des opérateurs,
17:09il y a des cadreurs
17:10qui cadrent mal des acteurs
17:12de manière délibérée,
17:13et je pense que tous les acteurs
17:15le savent.
17:15C'est pour ça qu'il y a
17:16toute cette histoire d'enjeu
17:17que depuis le cinéma
17:18des années 30 ou 40,
17:20où des acteurs,
17:21des actrices se sont attachés
17:22à des chefs opérateurs
17:24sur une relation
17:25qu'ils avaient avec elles
17:26et qui les mettaient en valeur.
17:26Et ça donc,
17:28Johnny pour moi
17:29était quelqu'un
17:30qui est très en valeur
17:31dans le film
17:32que j'ai fait avec lui.
17:33Il est très en valeur
17:34dans Love Me,
17:36absolument étonnant.
17:37Il est très, très...
17:40Alors vous avez vu la séquence
17:41presque en entier
17:42dans Mishka,
17:43mais c'est quelqu'un
17:44qui était...
17:46On parle de différents
17:47cinégénies,
17:48photogénies,
17:50qui étaient en même temps
17:51les deux, lui.
17:52Lui, il avait l'avantage
17:53d'être les deux,
17:54d'avoir trois dimensions
17:55et deux.
17:55Il y a un autre réalisateur
17:56qui intervient
17:57dans le documentaire,
17:58c'est Jean-Luc Godard
17:58qui signe plusieurs cartons.
18:00Pouvez-vous nous parler
18:01de cet hommage ?
18:02Parce que, notamment,
18:03Jean-Luc Godard
18:03a travaillé avec
18:04Johnny Hallyday
18:05sur Détective.
18:07Jean-Luc Godard
18:09a dit quelque chose
18:11d'essentiel.
18:12Il a dit que dans sa vie
18:13de cinéaste
18:13qui est quand même
18:14un peu longue,
18:15à bout de souffle,
18:16c'est 59, 60.
18:17Donc, jusqu'à maintenant,
18:19il continue à tourner
18:19des films tout à fait passionnants.
18:21Jean-Luc Godard
18:22a dit qu'il avait eu
18:22deux acteurs
18:23qui étaient au-dessus du lot.
18:25C'était Jean-Paul Belmondo
18:28et Johnny Hallyday.
18:30Donc, il y a encore
18:31cette histoire
18:32d'empathie,
18:33de regard amoureux
18:35sur Johnny
18:36qu'il a évidemment
18:37dans Détective
18:37et qui est
18:39dans lequel
18:40tout le monde,
18:41même vous avez vu
18:42Costa Gabras
18:43qui parle de Johnny
18:43et qui dit
18:44il était formidable.
18:49D'ailleurs,
18:49que ce n'était pas
18:49la vedette.
18:51Il y a Claude Brasseur,
18:51il y a Nathalie Baye,
18:53Ferrara,
18:53qu'on voit dans le film
18:54et ce n'était pas
18:55la vedette.
18:56Mais je pense que
18:57le regard,
18:57pas compatissant,
18:58mais le regard,
18:59je vais dire,
19:01affectueux
19:02que Godard a dans le film
19:04sur toutes les séquences
19:05et les petits bouts
19:05qui sont pris sur lui
19:06sont, je vais dire,
19:08témoignages
19:08de ce que je viens
19:09de vous dire là.
19:10Alors,
19:10j'ai fait,
19:11j'ai monté
19:11la séquence sur Godard
19:12comme un film de Godard
19:13puisqu'il m'a envoyé
19:14un texto,
19:15il m'a envoyé un email
19:16dans lequel j'ai repris
19:17des textes qu'il disait
19:18puisque je lui demandais
19:19des précisions
19:19et il n'y a pas plus
19:20de précisions que ça.
19:21On s'est compris
19:22des prévisions,
19:23on n'a pas échangé
19:23trois mots
19:24et il était génial.
19:25C'est Godard par Godard.
19:27J'ai fait une séquence Godard
19:28comme Godard l'aurait fait.
19:29Et une dernière question,
19:30pour ceux qui n'auraient
19:31jamais vu de film
19:32où Johnny Hallyday
19:33est acteur,
19:35lequel pourriez-vous
19:36recommander
19:36dont on n'aurait pas
19:37encore parlé
19:38depuis le début
19:39de cet entretien ?
19:40Si j'avais un film
19:41à recommander,
19:42c'est de voir mon film.
19:43On en parle dans le film,
19:44c'est Terminus
19:44dans lequel je faisais
19:45faire autre chose.
19:46C'était un personnage
19:47de science-fiction
19:47et qu'il était très très
19:49compli sur le scénario.
19:50Les gens ne le disent pas
19:51s'il avait lu le scénario
19:52et qu'il m'avait très très
19:53bien parlé du scénario.
19:55Maintenant,
19:55je le trouve absolument
19:56formidable dans Le Vigneau.
19:59Je le trouve très très bien
20:00dans Conseil de famille.
20:01C'est des films à revoir,
20:02ça absolument.
20:03Et dans L'Homme du train,
20:04il est confondant.
20:04Je le trouve vraiment étonnant.
20:06Il n'y a pas de...
20:07Alors maintenant,
20:08dans le film dont on voit
20:10les bouts de Corbucci,
20:12qui est un western,
20:13il est assez étonnant
20:14dans sa manière de bouger.
20:15Ça s'avère de placer son regard
20:17et tout,
20:17il est vraiment tout à fait
20:18convaincant.
20:20La séquence de Mishka,
20:21vous l'avez vu en entier,
20:22c'est vraiment pas mal.
20:24Et maintenant,
20:25il est extrêmement touchant,
20:27je pense,
20:27dans les films de Lelouch.
20:29Les trois films
20:29qu'il a fait avec Lelouch.
20:30Je ne parle pas du film
20:30dans lequel il joue son rôle,
20:32mais dans les trois films,
20:33chacun sa vie,
20:34dans le dernier,
20:34là,
20:35Salo, on t'aime.
20:36Je le trouve extrêmement confondant.
20:37Vous avez une belle séquence
20:38dans laquelle il chante
20:39sur Dean Martin
20:40et très joli,
20:41de Rio Bravo.
20:44C'est quelqu'un,
20:45je lui dis,
20:45qui,
20:48quand il a été filmé
20:51en tant qu'acteur,
20:52c'est des choses
20:52qui, j'espère,
20:53grâce à ce travail
20:55que je fais depuis un an,
20:56resteront.
20:57Et qu'on aura envie de revoir,
20:59si j'arrivais à donner envie
21:00aux gens qui ont voulu
21:01passer à côté
21:02par regarder l'image,
21:03de le regarder,
21:04de le regarder,
21:05regarder,
21:05pas d'écouter,
21:06pas de se boucher les yeux,
21:07de regarder.
21:08Apprendre à regarder,
21:09c'est apprendre à réfléchir aussi.
21:11Entendre,
21:11on subit.
21:12Voilà.
21:12Ce que je dis toujours
21:13à mes élèves à la FEMIS.
21:15En tout cas,
21:15oui,
21:16ça donne envie de,
21:17comme d'autres documentaires
21:18qui étaient présents
21:18à Cannes Classics,
21:20comme Caméra d'Afrique
21:21de Ferry de Bougedir
21:22dont on a parlé,
21:23ça donne envie de voir
21:23beaucoup de films
21:24et de découvrir aussi
21:25grâce aux extraits.
21:26cinéma de Gilles de Festival de Cannes,
21:29si ça ne donne pas envie
21:30de voir des films,
21:31quand on voit pas beaucoup de films
21:32pendant 10 jours,
21:32on en voit 30, 25,
21:34c'est vrai qu'il y a une envie
21:35de cinéma ici
21:36qui est une envie
21:37d'ouvrir,
21:38moi je trouve absolument
21:39essentiel,
21:41c'est-à-dire d'ouvrir
21:41des fenêtres sur le monde,
21:43il n'y a pas de fenêtres
21:43plus ouvertes sur le monde
21:44que le Festival de Cannes,
21:46la sélection officielle
21:47est transcendante,
21:48la sélection à un certain regard
21:49c'est étonnant,
21:50la sélection de la site
21:51c'est étonnant,
21:52il y a une fenêtre
21:53ouverte sur le monde,
21:54sur le monde tel qu'il est
21:55et parfois tel qu'il pourrait être
21:58qui est absolument étonnante,
22:00c'est la grandeur,
22:01tous les gens
22:02qui caricaturent le Festival,
22:04c'est vrai qu'on voit
22:04des belles femmes,
22:05on voit des types bien habillés
22:07mais le problème de fond
22:08c'est la cinéphilie,
22:09c'est l'amour du cinéma
22:10dans des salles magnifiques,
22:12entretenues
22:12et les meilleures projections
22:15du monde,
22:15on répète pour ça,
22:16c'est l'image de Marc,
22:19c'est formidable
22:20et il faut que ça reste ça,
22:21c'est-à-dire que la salle de cinéma
22:22ce soit autre chose
22:23que la télévision,
22:24pas seulement,
22:25sur la qualité de la projection,
22:26c'est vrai que c'est plus pareil,
22:27c'est mieux que quelques
22:28homes cinéma que vous ayez
22:30mais sur l'idée
22:30des salles pleines
22:31et puis vous avez vu
22:32la communion,
22:33la projection,
22:34c'est genre l'idée
22:35d'être au milieu d'une salle
22:36la première fois
22:37que je voyais avec un public,
22:38formidable,
22:39c'est un sentiment de communion,
22:42c'est-à-dire on est tout seul
22:42puis en même temps
22:42on est avec tout le monde,
22:43c'est comme en moto.
22:45On va rester sur ce mot
22:46de communion autour du cinéma,
22:47merci beaucoup Pierre-William-Glen
22:49d'avoir discuté avec nous
22:50autour de votre documentaire
22:51Hommage à Johnny Hallyday
22:53qui était en clôture
22:54de Cannes Classics 2019.
22:55Les silences de Johnny,
22:56ça s'appelle.
22:57Les silences de Johnny,
22:57il sera vraisemblablement...
23:00J'espère le mettre en salle
23:01d'ici la fin de l'année, oui.
23:02Et bah voilà.
23:03Et bah merci Thibaut Eli.
23:04Merci à vous.
23:05Bonne journée.
23:06Merci d'avoir écouté
23:07cet épisode spécial de Négatif
23:08depuis le Festival de Cannes 2019.
23:11Vous pouvez nous écouter
23:12et nous réécouter
23:13sur notre site
23:14négatif.co
23:15et sur Facebook,
23:17Youtube,
23:17iTunes ou Spotify.
23:19A bientôt.
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