00:00Ce que j'ai essayé aussi de raconter dans ce livre, c'est que pour moi le mot civilisation, ce n'est pas simplement une notion.
00:05abstraite, pas plus d'ailleurs que tous les termes qui s'y attachent, c'est-à-dire celle de lignée.
00:10Héritage, patrimoine, transmission, conservation.
00:14Pour moi, la civilisation...
00:15C'est d'abord une réalité charnelle, en fait, sensible, c'est-à-dire que...
00:20Ce sont des visages, et en l'occurrence, les visages, ce sont ceux de mes ancêtres, dont je raconte une partie de l'histoire, qui finalement...
00:25sont assez représentatifs de la vie à la fois banale et, j'ai envie de dire, admirable et héroïque.
00:30de celles de millions de Français qui ont contribué à construire ce pays.
00:32Moi, j'ai une famille qui sont des paysans, des pécheurs...
00:35des familles pauvres, 10-14 enfants, j'ai un arrière-grand-père et un arrière-grand-père qui ont connu l'enfer.
00:40de Verdun, j'ai un arrière-grand-père qui est mort, voilà, sur une mine allemande...
00:45un autre arrière-grand-père qui a été, pendant la Seconde Guerre mondiale, prisonnier de guerre...
00:50par les Allemands, voilà, c'est des vies de misère, de labeur, et en fait...
00:55ce que j'ai essayé d'exprimer à travers cela, c'est de dire que ce peuple-là, qui nous a fait hériter de ce pays...
01:00il a le droit de ne pas accepter d'être mis en minorité, il a le droit d'être respecté, il a le droit...
01:05de contrarier, finalement, l'image qui aujourd'hui s'est installée, qui consiste à dire que, finalement...
01:10voilà, ce peuple n'aurait pas une grande valeur, ce serait un ramassis de colons, d'esclavagistes...
01:15et de collabos, et que, finalement, l'histoire serait grandie...
01:20par leur disparition. Donc j'essaye de contrarier cela en racontant ces histoires, c'est évidemment aussi le visage de mes...
01:25filles, et puis je cite une phrase que j'aime beaucoup d'Yves Renoir, l'historien, dans le livre, qui dit que finalement...
01:30la civilisation, c'est aussi une manière de sentir, de ressentir, de s'émouvoir.
01:35Et je reprends une phrase de l'académicien François Tcheng...
01:40qui cite un quatrain de Jeanne d'Arc, que je trouve extraordinaire...
01:45la réponse, finalement, qu'elle donne à ses juges, qui est puis vain, cette fois...
01:50cette voix, environ l'heure de midi, au temps de l'été, dans le jardin de mon père.
01:55Et François Tcheng, il dit, c'est un quatrain parfait. Elle répond en poésie à ses juges...
02:00comme si, finalement, l'innocence et la vérité ne pouvaient pas aller sans la beauté.
02:03Et en fait, pourquoi je vous dis ça, c'est...
02:05qui pour s'émouvoir encore de ce quatrain si le peuple français disparaît ?
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