00:00And then in France, always concerning the justice, another case,
00:06the call of the assassination of Samuel Paty.
00:10He opened this Monday to the special court of Paris.
00:15The fact is coming to October 2020.
00:17Four people are supposed to be involved in the assassination of this professor
00:20by a tchétchène.
00:23His assassin, remember, was attacked by the police, radicalized.
00:27He reprochait à l'enseignant d'avoir montré en classe des caricatures de Mahomet.
00:32Alors, cinq ans après l'assassinat de Samuel Paty, où en est la laïcité ?
00:37Comment est-elle perçue, notamment par les jeunes ?
00:40On va en parler avec notre invitée Delphine Girard,
00:42professeure de collège dans le Val-de-Marne, auteur de
00:45Madame, vous n'avez pas le droit de défendre la laïcité
00:48après le choc Samuel Paty.
00:50Delphine Girard, bonsoir.
00:52Merci beaucoup d'être avec nous sur France 24.
00:54Merci, merci.
00:55Juste après la mort de Samuel Paty, vous avez créé aussi le collectif
00:58Vigilance Collège-Lycée.
01:00Cet assassinat, il y a cinq ans, ça a été un électrochoc pour vous,
01:03mais aussi pour toute la profession ?
01:06Ça a été, il faut le dire, un électrochoc pour la France entière
01:09et particulièrement pour les enseignants.
01:11Mais la vérité m'oblige à vous dire que l'émoi qui nous a bouleversés
01:16n'a pas franchement été à la hauteur de l'émoi national qu'on aurait voulu,
01:21ou en tout cas du soutien national qu'on aurait voulu voir derrière les enseignants laïcs.
01:25Et je trouve que la façon dont notre profession a profondément été bouleversée
01:32depuis cet assassinat, en particulier quand on est attaché à notre rôle de transmetteur
01:37des valeurs de la République, n'est pas franchement à la hauteur du soutien
01:43et de l'ambition politique qu'on aurait pu attendre après cet événement.
01:49Aujourd'hui, vous vous sentez démunie, seule, vous les professeurs.
01:55Il y a des choses que vous n'osez pas dire en classe.
01:58Le titre de votre livre, c'est « Madame, vous n'avez pas le droit ».
02:01Est-ce que vous avez déjà entendu ça, par exemple, dans votre classe ?
02:04Alors, c'est une phrase qu'on est tous amenés à entendre lorsqu'on fait son travail,
02:10c'est-à-dire lorsqu'on a à cœur de transmettre les valeurs de la République,
02:15de la laïcité en classe, parce que c'est une phrase qui est devenue, si vous voulez,
02:20elle n'est pas forcément récurrente, mais elle est assez fréquente
02:23pour être symptomatique d'une certaine façon dont la jeunesse perçoit l'enseignant.
02:29« Madame, vous n'avez pas le droit », ça va être « Madame, vous n'avez pas le droit »
02:31de nous montrer ce tableau qui comporte des nus.
02:33« Madame, vous n'avez pas le droit de nous choquer en nous faisant lire un texte de Voltaire
02:36qui se rit des religions.
02:38Madame, vous n'avez pas le droit de nous obliger à rentrer dans une église
02:40lors d'une sortie scolaire.
02:42Madame, vous n'avez pas le droit de nous obliger à la pratique sportive mixte
02:45lorsque les corps sont dénudés, comme à la piscine ou lors de la lutte. »
02:49Donc, ce n'est pas forcément des injonctions qui sont politiques ou forcément vindicatives,
02:56mais au contraire, qui sont une forme de symptôme
02:59que maintenant, l'opinion selon laquelle on peut dicter aux professeurs
03:04ce qu'il est en droit de dire ou non est devenue tout à fait commune
03:08chez une partie de nos adolescents.
03:10Et c'est pourquoi je disais que face à cette espèce de renoncement global,
03:16nous attendons une réaction politique qui est très supérieure
03:20à ce qu'on a pu voir jusqu'à présent.
03:21– Et qu'est-ce que vous attendez concrètement de la part des politiques, justement ?
03:26Essayer de faire davantage, de sensibiliser davantage les jeunes à la laïcité,
03:30leur faire comprendre qu'il s'agit avant tout d'une liberté,
03:33mais que ça n'est pas l'inverse.
03:35Qu'est-ce que vous attendez concrètement ?
03:37– La vérité, c'est qu'on ne peut pas dire qu'il n'y ait pas eu un avant et un après Samuel Paty
03:45au sein de l'Éducation nationale.
03:46Lorsque maintenant vous avez un enseignant qui est sous pression, menacé ou intimidé,
03:49il est accompagné, il est entendu.
03:51Le pas de vague a quand même, je ne dis pas qu'il a vécu,
03:54mais en tout cas, il n'est pas ce qu'il était auparavant.
03:57En revanche, on accompagne un enseignant,
04:00on va éventuellement l'exfiltrer si nécessaire,
04:03mais ce faisant, si vous me permettez l'expression,
04:06on joue toujours en défense, c'est-à-dire qu'on a toujours un coup de retard
04:08sur les ennemis de l'école.
04:10Et nous, on aimerait des politiques publiques qui soient vraiment ambitieuses
04:13et qui nous permettent de travailler en amont de ces problématiques
04:16pour essayer d'avoir moins d'enseignants à accompagner, à exfiltrer
04:21lorsqu'ils continuent d'essayer d'enseigner la laïcité
04:24et la liberté d'expression dans leur classe.
04:27Et pour ça, il faut des moyens.
04:28Il faut des moyens que l'éducation nationale seule
04:32ne peut pas mettre sur la table.
04:33Il faudrait qu'on ait, voilà, on appelle plusieurs choses de nos voeux.
04:37On appelle un véritable ministère ad hoc,
04:39c'est-à-dire, par exemple, un secrétariat d'État dévolu
04:42à la seule question de la laïcité en milieu scolaire,
04:44avec un budget propre, avec une feuille de route propre,
04:47avec une ambition politique propre,
04:48qui se prenne vraiment à bras-le-corps le problème de l'école républicaine.
04:53Parce que le problème de l'école républicaine,
04:54ce n'est pas le problème de l'école,
04:56c'est le problème de la République tout entière.
04:57– Et quelles sont les pressions aujourd'hui à l'école,
05:01les pressions qui s'opposent à la laïcité ?
05:05Vous parlez d'islamisme,
05:06mais aussi d'un certain discours de la gauche radicale.
05:08– Oui, la vérité, c'est qu'en fait, si vous voulez,
05:12les enseignants laïcs, ceux qui continuent à enseigner dans leurs cours,
05:15ils sont de moins en moins nombreux.
05:16Vous savez maintenant que plusieurs sondages indiquent
05:19qu'un enseignant sur deux avoue s'autocensurer
05:23sur les questions ayant trait à la religion dans son cours.
05:26Mais pour ceux qui continuent à enseigner la liberté d'expression,
05:30la laïcité, vous êtes pris en étau entre d'un côté
05:35la menace des islamistes, qui est une menace de mort,
05:38et de l'autre côté la menace que fait peser une certaine gauche,
05:41la gauche communautaire, la gauche qui est devenue maintenant anti-laïque
05:44et qui vous traite censément d'islamophobe,
05:47c'est-à-dire de raciste,
05:49lorsque vous continuez à défendre par exemple la loi de 2004.
05:51Et cette accusation d'islamophobie,
05:54elle est extrêmement délétère pour les enseignants laïcs,
05:57elle est peut-être, en tout cas en nombre,
06:00plus dangereuse pour la laïcité encore que l'islamisme,
06:03parce que tout simplement personne n'a envie d'être traité de raciste,
06:06c'est évidemment insupportable.
06:08Et cet amalgame, si vous voulez,
06:10entre une religion, l'islam,
06:13et ses croyants, les musulmans,
06:16dans le syntagme d'islamophobe,
06:18qui les unit, en tout cas dans un même syntagme piège,
06:23ça vous empêche complètement d'expliquer que la liberté d'expression,
06:27par exemple, autorise le blasphème,
06:30mais n'autorise pas l'appel à la haine des adeptes d'une religion.
06:34Et cette confusion entre une religion et ses adeptes,
06:38elle brouille complètement les limites de la liberté d'expression,
06:41et elle rend impossible la transmission de notre laïcité
06:46qui est fondée sur la distinction entre les hommes et leur foi.
06:48Donc cette accusation d'islamophobie, elle est aussi délétère,
06:51en tout cas elle est aussi menaçante pour la laïcité à l'école
06:55que le couteau des islamistes.
06:57Merci beaucoup Delphine Girard,
06:59merci d'avoir été avec nous sur France 24.
07:02On va passer tout de suite à...
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