00:0046, l'invité d'ici matin, Émeric Céasso, adjoint à la culture à la mairie de Nantes et administrateur de la folle journée.
00:06Merci d'être là, bonjour Émeric Céasso.
00:07Bonjour, merci de votre invitation.
00:09Vous êtes élu aussi à la métropole et vous connaissez forcément le sénateur Joël Guerriot, ancien maire de Saint-Sébastien-sur-Loire.
00:15Alors avant d'évoquer cette folle journée et la raison de votre invitation,
00:19Joël Guerriot condamné hier en première instance à 18 mois de prison ferme,
00:22reconnu coupable de soumission chimique à l'encontre de la députée Sandrine Jossot.
00:26Il fait appel, mais ça vous inspire quoi cette première condamnation ?
00:29Je pense que justice est passée et que ça confirme tous les faits qui ont été révélés.
00:33Moi, je salue le courage de Sandrine Jossot, qui est une adversaire politique,
00:37mais qui a eu le courage de prendre la parole et d'agir.
00:40Et évidemment, à Nantes, j'aime à dire que nous appliquons la tolérance zéro
00:45sur les affaires de violences sexuelles et sexistes.
00:47Donc c'est heureux quand la justice passe et se prononce vite.
00:50Alors je reviens justement à la folle journée,
00:52où il a aussi plané une ombre de harcèlement sexuel, pour le coup.
00:57C'est en tout cas une enquête en cours après des accusations portées par des personnes
01:02qui travaillaient avec René Martin, le fondateur et directeur de la folle journée de Nantes,
01:07qui en était encore le directeur il y a peu, et qui a été écartée.
01:10L'enquête commence à peine.
01:12L'ombre de René Martin, elle plane malgré tout sur cette folle journée.
01:15Ce n'est pas facile de faire une folle journée sans René Martin ?
01:18Pas nécessairement, dès lors que la folle journée est lancée.
01:22Je ne vous dis pas que le problème que nous avons eu à affronter,
01:26alors la justice doit se prononcer et qualifier les faits.
01:28Moi je parle de management toxique très probablement,
01:31et de comportement inapproprié,
01:32ce qui m'a fait saisir le procureur de la République,
01:35qui doit désormais travailler.
01:37Évidemment, ces deux ou trois semaines de crise,
01:39on peut peser sur la programmation.
01:41Mais ce qu'on peut vous dire aujourd'hui,
01:42c'est qu'on a une très belle folle journée,
01:43qui s'est ouverte avec le concert inaugural lundi.
01:48300 concerts, 2000 artistes,
01:50140 000 places mises en vente.
01:51On a une belle folle journée de plein exercice.
01:54Vous savez, il y a parfois des arbres qui cachent les forêts.
01:56Il est temps de visiter la forêt.
01:58Et on va visiter la forêt,
01:59mais effectivement, vous avez raison de préciser
02:01qu'à ce stade, il est question de management toxique
02:03et de harcèlement, et pas forcément plus pour l'instant.
02:07Il y a des artistes, malgré tout, qui ont refusé de venir
02:09du fait de l'absence de...
02:11Pas à ma connaissance.
02:12On a encore une fois une belle folle journée.
02:15Je vous parlais de 2000 artistes.
02:17Je n'ai pas reçu de refus.
02:19En tout cas, ils n'ont pas été portés à ma connaissance.
02:23Moi, je pense que cet événement est trop précieux
02:25et que finalement, il nous dépasse tous.
02:27Il dépasse les hommes, les femmes,
02:28et même la ville de Nantes,
02:29qui est si fière de l'accueillir.
02:31C'est un très beau modèle de décentralisation culturelle.
02:33C'est un événement de portée internationale.
02:36Les artistes en ont besoin.
02:38Je précise d'ailleurs que René Martin
02:39était le directeur artistique
02:41et que l'association qui le dirigeait existe toujours
02:44et qu'il y a dans cette association
02:45des femmes parfaitement compétentes
02:47aux côtés de la cité des congrès
02:49qui produit l'événement depuis sa création.
02:52On met en avant le collectif
02:54et on se réperçoit que c'est beau
02:56et que les artistes sont plus libres aussi
02:58de s'exprimer sur scène.
02:59C'est l'expérience que j'ai depuis lundi.
03:01Alors oui, parce que nous, on dit que ça ouvre aujourd'hui.
03:03Il y a eu quand même une première pré-soirée lundi soir.
03:06Oui, les soirs inauguraux.
03:07Voilà, 300 concerts, plus de 2 000 musiciens,
03:09déjà 110 000 billets vendus,
03:11vraisemblablement 135 000
03:12quand on fera les comptes à la fin.
03:14C'est un rendez-vous incontournable
03:16qui réconcilie, si tant est qu'il y en ait besoin,
03:18la musique classique avec le grand public.
03:20C'est ça l'idée ?
03:21En tout cas, c'est quelque chose
03:23qui se veut très populaire
03:24et qui ne renonce pas à l'exigence artistique.
03:27C'est la magie de la folle journée.
03:28On a des places de 0 à 39 euros.
03:31Et j'aime beaucoup l'idée
03:32que nous avait proposée
03:33le directeur de la folle journée
03:35à la Cité des Congrès, François Gaboury,
03:36du tarif tribu.
03:38Ça veut dire que 2 adultes, 2 enfants,
03:41à partir de 2 adultes, 2 enfants,
03:43on a tous moitié prix
03:44et on peut venir à autant d'enfants qu'on veut.
03:46Je l'ai vu de mes propres yeux.
03:47Quel plaisir d'être à côté de 6 gosses
03:50avec 2 parents.
03:52On invitait tous les copains
03:53et on fait découvrir la musique classique.
03:55Et puis après, on est veillé à cette sensibilité
03:57ou pas à la sensibilité libre-chère.
03:58C'est sûr.
03:59Donc cette année, le thème, c'est les fleuves.
04:01On peut aller justement naviguer musicalement
04:03sur les bords du Danube, par exemple.
04:06La culture, vous le savez bien,
04:08puisque vous êtes adjoint à la mairie de Nantes,
04:10est attaquée actuellement
04:11pour des questions financières,
04:13puisque chaque euro d'argent public compte.
04:16Il y a des collectivités,
04:16notamment la région,
04:17qui serrent la vie sur ces sujets-là.
04:20Vous craignez-vous
04:20que la folle journée, un jour, soit menacée ?
04:22Moi, je pense que cet événement est trop fort
04:25et qu'on en a trop besoin.
04:26Et on peut parler du financement.
04:27Il y a moins d'un quart d'argent public,
04:291,1 million pour Nantes et Nantes-Métropole,
04:32les principaux financeurs.
04:33C'est beaucoup d'argent.
04:34Mais c'est moins d'un quart.
04:36Et donc, il y a une moitié,
04:37une bonne moitié,
04:38qui est payée par le public avec la biéterie.
04:40On a des partenaires privés,
04:41des partenaires médias,
04:43France Musique, Arte.
04:44Et tant que tout ce monde-là est réuni,
04:46eh bien, ça continuera encore longtemps.
04:49Nous aurions un festival qui trouve plus sens,
04:51avec moins de public,
04:52on pourrait s'interroger.
04:53Ce n'est pas le cas.
04:54Et nous en avons besoin.
04:55Mais vous ressentez l'inquiétude des milieux culturels.
04:58On était ici même,
05:00à votre siège, en face de moi,
05:02il y avait il y a quelques jours
05:02le responsable des biennales internationales du spectacle
05:05qui s'est tenu la semaine dernière à Nantes,
05:07qui nous disait
05:07que c'est la sinistrose,
05:10puisqu'il y a beaucoup de subventions coupées
05:12et beaucoup d'événements menacés.
05:13Bien sûr.
05:14Mais Nantes est ici pour dire
05:15que nous pouvons,
05:15dans une collectivité,
05:16consacrer le premier budget à l'éducation,
05:19le second à la culture.
05:20Jacques Rallit avait pour coutume de dire
05:22« Si on laisse notre imaginaire à l'affairisme,
05:26un peuple se condamne à des libertés précaires. »
05:28C'est ce qui est le cas.
05:31Non, mais j'essaie de comprendre.
05:32Ah oui, bon.
05:33Excusez-moi,
05:34si je vous ai perdu un peuple
05:36qui laisse son imaginaire à l'affairisme,
05:39se condamne à des libertés précaires.
05:41Quand Christelle Morancé
05:43abandonne tout le financement,
05:45l'essentiel,
05:45on passe de 400 bénéficiaires,
05:47une toute petite poignée,
05:48à quand on enlève tous les financements publics,
05:51eh bien,
05:52à la fin,
05:52elle prépare le terrain
05:53pour des milliardaires d'extrême droite
05:55comme Bolloré
05:55et estérins
05:57qui veulent coloniser nos imaginaires.
05:59Donc, il faut résister,
06:00il faut du financement public,
06:01ça permet la démocratisation,
06:03ça permet au plus grand nombre
06:04d'accéder à nos salles
06:05et on attaque toujours
06:07la culture,
06:08l'information,
06:09les universités.
06:10Ça se passe aux Etats-Unis,
06:12ça se passe dans la région Pays de la Loire
06:13et il faut vous défendre
06:14et je dis à vos auditeurs,
06:16défendez votre antenne si vous l'aimez,
06:18défendez l'audiovisuel public,
06:19il est aujourd'hui attaqué.
06:21C'est un ensemble
06:22et c'est un ensemble
06:23qui fait république
06:23et qui fait démocratie.
06:25Nous serons toujours
06:26nombreux à le défendre.
06:27Émeric Céasso,
06:28adjoint de la culture
06:29à la mairie de Nantes,
06:30administrateur de la Folle Journée.
06:31Merci beaucoup d'être venu
06:32ce matin en direct.
Commentaires