00:0045, le moment de retrouver l'invité d'ici matin, Noémie Philippot, alors qu'il est maire de Grenoble pour encore quelques semaines seulement.
00:06Éric Piolle est notre invité.
00:07On dresse avec lui le bilan de ces 12 années passées à la tête de la capitale des Alpes depuis son arrivée en 2014.
00:14Premier maire écologiste à diriger une ville de plus de 100 000 habitants jusqu'à ces dernières semaines de mandat.
00:19Bonjour Éric Piolle.
00:20Bonjour.
00:21Vous avez fait donc deux mandats, vous vous arrêtez comme vous vous étiez engagé à le faire.
00:26Dans quel état d'esprit est-ce que vous terminez toutes ces années à la tête de la mairie de Grenoble ?
00:32C'est un état d'esprit joyeux, joyeux parce que c'est vrai que je m'étais lancé, moi je me dis de l'industrie,
00:38je m'étais lancé dans cette vie politique en essayant d'être au service de la communauté
00:42et en disant dès le début que mon objectif était de faire gagner les écologistes pour la première fois,
00:47regagner pour montrer qu'il y a un élan, une validation.
00:50Donc ça c'est les citoyennes et citoyens grenoblois qui en ont décidé en 2020.
00:54Et puis passer le flambeau parce que je pense que le cumul des mandats dans le temps n'est pas bon.
01:00N'est pas bon parce que petit à petit il faut penser de nouvelles ruptures
01:06et il faut aussi une nouvelle façon d'exercer le pouvoir pour pouvoir continuer à avancer.
01:11Donc voilà c'est un passage de flambeau qui est joyeux et qui sera plus joyeux si évidemment
01:16Laurence Ruffin que je soutiens de toutes mes forces l'emporte au mois de mars.
01:20On dit souvent que c'est un mandat difficile celui de maire.
01:24Est-ce que vous ressortez usé malgré tout, fatigué peut-être de ces 12 ans à la tête de Grenoble ?
01:29Je ne me sens pas fatigué, je ne me sens pas usé.
01:31J'ai toujours autant de plaisir à parler avec les gens dans la rue,
01:34autant pour des problèmes tout concrets parce que nous sommes là pour ça,
01:39un problème de trottoir, un problème social,
01:42que pour porter des grands projets de transformation.
01:44Donc non, aussi parce que je m'étais conditionné mentalement pour ces 12 ans,
01:49donc j'ai cette énergie-là.
01:51Et puis il faut bien mesurer que peut-être que toute la violence que l'on voit sur les réseaux sociaux
01:56ou parfois qui peut s'exprimer dans des réunions publiques aussi,
02:00ça n'est pas la réalité d'un élu comme un maire.
02:03Parce que nous, nous avons aussi la reconnaissance des gens,
02:07qu'ils partagent ou non nos idées, ils sont très nombreux dans la rue
02:10à venir nous remercier de l'engagement et de ce que nous faisons.
02:14Donc nous sommes aussi portés par cela.
02:16Donc voilà, il y a des difficultés, mais il y en a plein d'autres dans la vie.
02:19Et franchement, c'est un mandat extraordinaire
02:22parce qu'on peut rencontrer l'ensemble de la société
02:25et de chaque individu, des plus fragiles,
02:28aux plus acteurs, là, parfois les plus en visibilité,
02:34les plus jeunes aux aînés.
02:36Donc c'est une chance, quand on découvre des aînés,
02:38ils nous racontent leur vie, c'est des pages d'histoire, c'est incroyable.
02:427h47, l'occasion de faire le bilan avec notre invité ce matin.
02:45Éric Piolle répond à vos questions, Noémie Philippot.
02:48Qu'est-ce qui vous a rendu le plus fier, Éric Piolle, pendant ces deux mandats ?
02:52Je crois que c'est notre capacité à construire collectivement,
02:56à se dire que face à ces enjeux absolument énormes,
02:59le climat, la biodiversité, les inégalités sociales,
03:03nous avons su faire des choses,
03:04et c'est en faisant qu'on prend confiance collectivement.
03:08Donc cette fierté, elle se traduit à un moment,
03:11quand l'Union Européenne nous choisit pour être capitale verte de l'Europe,
03:15sur la base de 12 critères.
03:16C'est vraiment sur la cohérence de l'ensemble de l'action,
03:18depuis l'économie, jusqu'à la lutte contre la pollution de l'air,
03:21jusqu'à, évidemment, l'adaptation et l'atténuation
03:24des problèmes du changement climatique.
03:26Tout cela vient marquer la confiance qu'acquiert ce territoire
03:32dans sa capacité à continuer à aller de l'avant.
03:34C'est une grande fierté.
03:35Après, il y a des symboles plus petits.
03:37Ça a été un temps fort et ça résume pas mal d'actions.
03:39Est-ce qu'il y a eu aussi des regrets ?
03:42Bien sûr.
03:43Peut-être que pour continuer dans ces fiertés,
03:44il y a aussi des choses plus...
03:45Là, on va réouvrir la Tour Perret.
03:47Elle a été fermée depuis 1960.
03:48C'est une histoire de Grenoble aussi.
03:51Ça aussi, c'est des choses où,
03:52quand on passe sur les chrono-vélos
03:54et que les gens, ils me disent merci,
03:55je me dis, ok, on a transformé sur l'alimentation aussi.
03:59Tout cela, c'est des zones de fierté.
04:01Des regrets, il y en a toujours.
04:02D'abord, il y a une immense frustration.
04:03Parce que tant qu'il restera un enfant
04:06qui n'aura pas les conditions
04:07pour donner son plein potentiel,
04:10tant qu'il y restera ces inégalités sociales-là,
04:13la frustration, elle est immense,
04:15évidemment, toujours,
04:16parce qu'on voudrait faire beaucoup plus.
04:18Mais nous n'avons pas gaspillé notre temps,
04:20ni notre argent,
04:21ni nos moyens humains.
04:25Il y a aussi une condamnation
04:27pendant ces 12 années de mandat,
04:28celle pour la fête des Tuiles,
04:30une peine d'amende avec sursis
04:31dans le dossier de la fête des Tuiles.
04:33Ça reste une ombre au tableau ?
04:36Pour moi, ça a été...
04:37Je savais qu'en faisant l'éthique,
04:39c'est extrêmement important.
04:40Pour moi, c'est aussi une nouvelle façon
04:41de faire de la liberté de la politique.
04:43Nous avons abandonné les voitures et les chauffeurs.
04:44J'ai rendu transparent
04:46non seulement tous mes revenus,
04:48mais aussi tout mon patrimoine
04:49pendant les campagnes.
04:50Ça, ça n'était pas obligatoire.
04:52Donc, je savais que
04:53quand on s'engage dans la vie publique,
04:54il faut être capable de mettre son intégrité
04:56sur la place publique
04:57et qu'elle soit attaquée.
04:58Donc, ça, c'est comme ça.
05:00Vous parliez de regrets.
05:01Nous avons des regrets sur l'action directe,
05:03municipale.
05:05Moi, je m'attache beaucoup aux enfants.
05:06On a fait énormément pour les écoles,
05:09mais nous voulions créer 200 places de crèche.
05:10Nous n'avons pas eu les moyens financiers
05:12de le faire.
05:12Nous avons dû renoncer.
05:14C'était un regret, c'est sûr.
05:16Mais aussi, dans nos relations avec l'État,
05:18que l'État laisse la situation
05:20d'hébergement d'urgence comme cela.
05:22Nous avons, nous, 340 places de la ville,
05:24mais qu'il reste des gens à la rue,
05:26c'est une frustration.
05:27Et puis, il y a la frustration aussi,
05:28le regret de la métropole,
05:29qui, je crois qu'il faut tourner la page
05:31de Christophe Ferrari
05:32pour redonner de la cohésion
05:34que cette métropole ne soit pas
05:36comme ça portée.
05:38Parce que ça a des conséquences directes,
05:39la gratuité des transports le week-end.
05:41Vous parliez de l'avenir,
05:43Éric Piolle,
05:43peut-être une dernière question.
05:45Vous parliez de votre soutien
05:46à Laurence Ruffin.
05:47Est-ce qu'on vous verra sur sa liste ?
05:49Ça, c'est elle qui le décidera.
05:51Vous savez, d'abord,
05:52je ne serai pas élu.
05:53Il y a plein de gens qui disaient
05:54qu'il va se repositionner
05:55pour essayer de prendre la métropole.
05:57Non.
05:58Mon engagement était clair.
06:00Donc, je ne serai plus
06:01un acteur politique
06:02de la politique locale.
06:04Ça ne veut pas dire
06:04que je ne continuerai pas
06:05à être militant
06:06et que je n'essaye pas
06:06de transformer les choses
06:07aussi à d'autres échelles.
06:10Mais, clairement,
06:11savoir s'il faut
06:13que je sois 60e ou pas,
06:14ça, c'est la responsabilité
06:15de Laurence.
06:16Moi, je n'ai pas d'avis
06:17sur la question.
06:18Parfois, on peut marquer
06:19le fait qu'il y a une continuité.
06:21Je crois qu'elle est fière
06:22d'être dans une ville écolo.
06:23Et à la fois,
06:24il faut qu'elle marque, elle,
06:25que c'est une nouvelle histoire.
06:26Ce n'est pas un troisième mandat,
06:27c'est bien un nouveau premier mandat.
06:29C'est ça qu'elle incarne
06:29avec toute son énergie,
06:31toutes ses compétences
06:32et son équipe.
06:33Donc, voilà,
06:33ça, c'est un détail mineur.
06:36Merci, Éric Piolle,
06:37donc maire de Grenoble
06:38pour encore quelques semaines
06:39après 12 ans
06:40à la tête de la capitale des Ols.
06:42On a dressé ensemble
06:43le bilan de ces deux mandats.
Commentaires