00:00Une question à présent, que se passerait-il si les Américains coupaient l'accès à Meta, Google, Microsoft,
00:06mais aussi à tous leurs logiciels, leurs satellites, leurs applications, leurs réseaux de paiement et leurs centres de données ?
00:11Un scénario digne de science-fiction, mais qui fait tout de même réfléchir les Européens,
00:15compte tenu de l'imprévisibilité du président américain.
00:18L'idée est donc de sortir de la dépendance aux outils numériques américains.
00:22C'est dans cette perspective que les premières rencontres de la souveraineté numérique
00:26doivent se tenir ce lundi à Paris en présence de la ministre en charge de l'intelligence artificielle et du numérique, Anne Le Hénanf.
00:33On va en parler avec vous, Christophe Grosbeau. Bonsoir.
00:35Bonsoir.
00:36Vous êtes vice-président et directeur de la stratégie de l'IMA, l'Innovation Makers Alliance.
00:41C'est une association qui regroupe la plupart des dirigeants français du numérique.
00:46Concrètement, aujourd'hui, quel est notre niveau à nous, Français, Européens,
00:50notre niveau de dépendance face aux Américains ? On ne peut rien faire sans eux ?
00:54Alors, si vous prenez l'ensemble de la chaîne de valeur du numérique,
00:59vous avez des secteurs sur lesquels on est complètement dépendant et on n'a aucun équivalent en Europe.
01:03Vous pouvez penser au GPU, par exemple, donc Nvidia, qui sont les puces qui permettent de faire tourner
01:07dans les data centers, si vous voulez, l'entraînement pour permettre l'intelligence artificielle générative,
01:12chat GPT et tout ce que vous pouvez connaître comme outil grand public.
01:15Là-dessus, on a une dépendance complète.
01:16Sur le cloud, entre 70 et 80% du marché européen est détenu par les trois grands hyperscalers américains
01:23que vous avez cités durant votre introduction.
01:25Donc, on a une dépendance très forte, mais on a des équivalents en Europe.
01:27On a des acteurs du cloud souverain européen.
01:30Donc, le cloud, ce sont les centres de données ?
01:32Voilà, exactement, qui sont en fait les centres de données.
01:35Et on a des équivalents européens, mais qui aujourd'hui sont évidemment de beaucoup plus petite taille,
01:39mais qui pourraient demain, si on le souhaitait, et c'est d'ailleurs ce qu'on appelle de nos voeux,
01:42pouvoir devenir beaucoup plus importants en bénéficiant par exemple d'une commande publique
01:47qui pourrait être plus importante au niveau européen
01:48ou en bénéficiant peut-être de changements de stratégie de la part des acteurs privés
01:52qui pourraient identifier justement que, alors justement, je fais lien avec ce que vous avez dit,
01:57de par les actions récentes du président américain et de par, je pense que pendant très longtemps,
02:02on pensait qu'il faisait souvent des menaces qu'on ne pouvait pas prendre sérieuses.
02:07On les voyait quasiment de manière un petit peu comique.
02:09Donc, en réalité, on a réalisé avec le Venezuela et on réalise de plus en plus
02:13qu'il est capable de les mettre en application.
02:15Ça fait évidemment réfléchir, puisque ça permet de complètement reprendre
02:19l'ensemble des menaces qu'il a faites sur le giron numérique.
02:23Il nous a menacé potentiellement demain de pouvoir nous bloquer ou limiter l'accès au GPU.
02:27Donc, on pourrait limiter complètement l'innovation européenne.
02:29Il nous a menacé, ou en tout cas tacitement menacé, il ne l'a pas dit de manière explicite,
02:33de potentiellement demain nous couper les accès, justement, au cloud.
02:39Et de manière générale, sinon, de créer une politique tarifaire extrêmement contraignante
02:43si nous ne faisions pas ce qu'il souhaitait que l'on fasse.
02:47Ça fait évidemment grandement réfléchir.
02:49Et comme je le disais, pour répondre à votre question,
02:52on a sur l'ensemble de la chaîne de valeur du numérique des niveaux de dépendance
02:55qui sont plus ou moins égaux.
02:57Sur certains secteurs, une dépendance qui est totale.
03:00Sur deux secteurs, une dépendance qui est moindre.
03:01Et ça signifie aussi qu'on a des domaines qui sont particulièrement exposés.
03:06Je pense à celui de la défense, le domaine de l'énergie, de la santé.
03:11Alors, heureusement, pour ce qui est du domaine de la défense,
03:14vous avez quand même une stratégie française,
03:17qui est d'ailleurs une stratégie gaulliste initialement,
03:19qui a toujours perduré depuis,
03:20qui est d'avoir une indépendance totale
03:22dans notre manière de pouvoir faire fonctionner nos armées.
03:25Et donc, normalement, la plupart des solutions
03:28qui sont utilisées par les services de défense de la nation
03:30sont évidemment sur des solutions qui sont françaises.
03:35Néanmoins...
03:35Et pour le renseignement ?
03:37En fait, la difficulté, elle est...
03:39Vous avez ce que le ministère des Armées va commander.
03:41Puis après, vous allez avoir ce que l'ensemble des entreprises
03:43qui utilisent, en fait, ou qui proposent, je dirais,
03:46les services de défense de la nation.
03:48Et là, vous allez avoir une utilisation beaucoup plus massive
03:50des outils américains.
03:51En réalité, si demain, je reprends votre scénario initial,
03:55Donald Trump rentrait dans les headquarters de Google,
03:59de Microsoft et d'Amazon,
04:01et leur disait, écoutez, coupez complètement les accès européens,
04:04aujourd'hui, l'Europe serait dans une situation dramatique.
04:08Je pense qu'on perdrait complètement, excusez-moi,
04:12toutes nos capacités sociétales, politiques, économiques.
04:15Ce serait dramatique.
04:17Donc, en fait, c'était pas une question qui était importante,
04:22puisque pendant très longtemps, on considérait que les États-Unis
04:25étaient un pays allié, et que ça resterait un pays allié pour toujours.
04:28Ces actions récentes nous permettent peut-être,
04:30et je vois ça comme une opportunité,
04:32de pouvoir réaliser que nous devons recréer
04:34une indépendance européenne du numérique.
04:37Donc, il y a une prise de conscience,
04:38et c'est pour ça qu'il y a ces rencontres du numérique
04:40qui ont lieu demain sur la souveraineté numérique.
04:43Ça peut prendre combien de temps avant qu'on soit indépendant ?
04:47On ne pourra jamais devenir complètement indépendant,
04:50et ça n'aurait pas vraiment le sens.
04:51Il y a des industries, on parlait d'NVIDIA,
04:54il nous faudrait 20 ans pour être capable de pouvoir,
04:56pour demander par exemple à STMicroelectronics
04:57de faire ce que fait NVIDIA.
05:00Il y a plusieurs solutions.
05:01La première chose, c'est qu'il faut créer de l'interdépendance.
05:03Donc, il faut être capable d'avoir des girons,
05:05des bribes technologiques sur lesquelles les Européens
05:07sont plus forts que les Américains,
05:08et d'ailleurs c'est la même chose pour les Chinois et les Russes,
05:10et où donc, eux, aient aussi besoin de nous.
05:11Vous en avez une qui est connue, qui est ASML,
05:13qui a investi d'ailleurs dans Mistral,
05:16qui là, on est sur une brique technologique
05:18que les Européens possèdent, je dirais,
05:20et les Américains ont besoin de nous pour ça.
05:22Mais si vous prenez l'ensemble de la chaîne,
05:23depuis les terres rares jusqu'au data center,
05:26jusqu'à l'ensemble du hardware et du software ensuite,
05:29il y a beaucoup plus évidemment de marchés
05:31sur lesquels les Américains sont devant nous.
05:32Donc pour répondre facilement à votre question,
05:33ça prendrait beaucoup trop longtemps.
05:35L'idée est plus de comprendre que...
05:38Il faut comprendre en fait la criticité de certaines données,
05:40et comprendre que sur certains marchés stratégiques,
05:43on doit absolument forcer déjà les institutions publiques,
05:46mais même les grandes entreprises européennes,
05:49à revoir complètement leur politique numérique.
05:51Elles y sont disposées ?
05:53Je pense qu'elles sont disposées à le faire.
05:55Pour ce qui est du giron public,
05:57en fait, souvent la réponse qu'on nous apporte,
05:59et ce que les lobbies d'ailleurs américains apportent,
06:01c'est le fait qu'il faut respecter le droit à la concurrence.
06:03Néanmoins, il y a un article du Traité sur le fonctionnement de l'Union Européenne
06:05qui s'appelle l'article 346,
06:07qui a été d'ailleurs amené au début par Charles de Gaulle
06:09pour nous permettre de garder la main sur notre industrie nucléaire
06:13sans devoir répondre à Bruxelles.
06:15Cet article stipule le fait qu'un pays a le droit de se soustraire
06:18au droit à la concurrence
06:19quand ils considèrent qu'un marché ou un secteur
06:21est absolument central pour la survie d'une nation.
06:25Je pense que le numérique, pendant trop longtemps,
06:26a été vu comme un outil.
06:28Il faut complètement repenser ça
06:29et imaginer qu'aujourd'hui, c'est quasiment aussi important,
06:31je pense, que l'arme nucléaire.
06:33L'IA, demain, sera probablement vital absolument pour une nation.
06:37C'est aussi important que l'alimentaire.
06:38C'est aussi important que l'énergie.
06:41On n'imaginerait pas demain
06:42acheter l'ensemble de notre nourriture à un pays étranger
06:45parce qu'on saurait qu'évidemment, en temps de guerre,
06:46ce serait très problématique.
06:47C'est la même chose pour le numérique.
06:49Et donc, on pourrait fermer des marchés,
06:50on pourrait avoir un protectionnisme
06:51beaucoup plus assumé sur certains marchés critiques.
06:54Donc, pour répondre à votre question,
06:55pas sur tout, mais sur les marchés qui sont les plus importants,
06:57et se dire là-dessus, on va aller légiférer,
06:59on va forcer à utiliser la technologie
07:02et du numérique uniquement européen.
07:03Merci beaucoup, Christophe Grosbeau,
07:06d'être venu nous éclairer sur le plateau de France 24.
07:09Et vous serez donc présent avec votre association,
07:13Lima, à cette rencontre du numérique.
07:16Il y aura lieu donc demain avec la ministre en charge du numérique.
07:20Merci à vous.
07:21Merci.
07:22Merci.
07:23Merci.
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