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00:00Un jeune sur deux en France a expérimenté une drogue avant la fin du lycée.
00:04Recrudescence du narcotrafic, offre ciblée, diversifiée et nouveaux usages.
00:08Nous avons voulu nous arrêter sur le rapport que la jeunesse française entretient avec les drogues.
00:13Qui est concerné ? Que consomme-t-on et pour quels risques ?
00:16Mais surtout, les jeunes sont-ils tous égaux face à l'addiction ?
00:19On s'interrogera sur la pertinence des discours officiels sur les consommateurs.
00:22Finalement, nos modèles de prévention sont-ils à la page et efficaces ?
00:26Sans banaliser ni à l'armée, au micro nous faisons dialoguer aujourd'hui,
00:29éducateur, ancien consommateur et sociologue.
00:32Une jeunesse française face à la drogue, c'est maintenant.
00:36Bonjour à tous.
00:38Bonjour.
00:38Bienvenue, on est au FGO Barbara, qui a la gentillesse de nous accueillir ici à Barbès.
00:43Nous recevons aujourd'hui Marie-Geoffray Roustide, sociologue et politiste à l'Inserm,
00:48qui dirige notamment le programme Sciences Sociales, drogue et société de l'EHESS.
00:52Vous défendez une approche nuancée et sociale des questions liées à la consommation de drogue,
00:56plutôt qu'une approche répressive.
00:57Avec vous, nous allons analyser les dynamiques actuelles.
01:00Abou Bakar Sakhanoko est référent insertion dans le 91, quotidiennement au contact de la jeunesse.
01:06Mais c'est à Grigny, quartier de la Grande Borde, que vous avez grandi.
01:09Vous y lancez votre média indépendant, disons-nous les choses, un lieu de parole libre pour les invisibles.
01:13En général, c'est vous qui posez les questions, mais aujourd'hui, on va prendre le temps de vous écouter.
01:17ALB Mentality, c'est pas un groupe de rap, c'est le nom d'un collectif.
01:22Avec donc Anas, Ryan, Aziz et Abdel Samad, il en manque un aujourd'hui.
01:26ALB pour Arrêtons la Bédave.
01:28Arrêter de fumer du cannabis, du shit.
01:30Une démarche que vous entreprenez ensemble, à quatre, pour vous d'abord,
01:34puis qui devient un mouvement sur les réseaux de sensibilisation adressés aux autres, à ceux qui galèrent.
01:39J'ai commencé à 14 ans, j'ai arrêté à mes 23 ans.
01:41Quand il y avait du vide, je roule un jour.
01:44Et jusqu'à ce qu'après, c'est devenu une addiction.
01:48Arrête de fumer du cannabis.
01:49Vous faites des millions de vues, vous abordez aussi la question du ballon.
01:52Une addiction qui n'a rien à voir avec le foot, qui est en plein essor et qui fait des ravages.
01:56Et Arnaud Dalbis est le président de l'association Stop Ballon,
02:00engagé contre les dangers du protoxyde d'azote, justement.
02:03Ce gaz hilarant que l'on peut trouver dans le commerce, qui se consomme dans des ballons,
02:07mais qui n'a rien de festif.
02:08Pour preuve, vous avez ouvert un centre de rééducation à Mantes-la-Jolie.
02:12Accidents graves, atteintes neurologiques pouvant mener au handicap,
02:16troubles cardiaques et psychiatriques.
02:18Vous connaissez mieux que personne les conséquences de l'usage détourné de ce gaz.
02:22Place au débat.
02:23Et une question d'abord, d'après vos observations de terrain aujourd'hui,
02:26est-ce que consommer de la drogue quand on est jeune, c'est devenu normal ?
02:30A vous, Bakar.
02:32Ouh là là, sacrée question.
02:34Sacrée question.
02:35Moi, je dirais juste qu'à chaque époque, malheureusement, c'est une nouvelle drogue
02:39ou c'est une drogue expérimentale.
02:41Et malheureusement, bien sûr que l'usage de la drogue a été,
02:44aujourd'hui, a été banalisé.
02:46Tu vois, dans différents domaines, dans différents lieux,
02:51dans le monde artistique,
02:53consommer, comment dire, des substances douces.
02:58C'est un monde que vous connaissez bien.
02:59Vous parlez, j'imagine, plutôt peut-être du monde du rap.
03:01C'est ça, du monde du rap ou même du monde de la musique en général.
03:03Et malheureusement, aujourd'hui, on se rend compte qu'il y a une jeunesse
03:09qui a traversé ce qu'on n'a pas traversé, c'est-à-dire le Covid.
03:12Et qui, aujourd'hui, expérimente des nouvelles drogues,
03:16dont certaines, enfin, dont une drogue qu'on pourrait appeler
03:18le protoxyde d'azote et les ballons, comme on pourrait le dire.
03:23Vous observez un avant-après-Covid, vous dites.
03:25Franchement, j'observe un avant-après-Covid et je...
03:29Et c'est dommage qu'il n'y ait pas assez d'études qui étaient faites
03:33sur l'impact du Covid, sur la psychologie de la jeunesse.
03:37OK, on va peut-être en parler après,
03:39mais j'aimerais avoir votre réaction, justement, sur ce passage obligé.
03:41Est-ce que vous voyez ça comme un passage obligé ?
03:44Vous êtes encore tout jeune, de contact avec la drogue.
03:48La drogue, oui, je pense qu'aujourd'hui, ça a été banalisé, en vrai.
03:51Moi, je te dirais que dans un groupe de jeunes, maintenant,
03:55ce qui n'est pas normal, c'est de ne pas consommer de la drogue.
04:00C'est mauvais, mais maintenant, c'est comme ça que les jeunes réfléchissent.
04:06Je ne sais pas, peut-être qu'ils veulent juste impressionner au début,
04:09ou c'est de la curiosité, ou...
04:12Vous ne savez pas, mais vous avez vécu ça.
04:14Donc, vous devez savoir, vous devez avoir au moins votre réponse pour vous-même.
04:17Oui, oui, pour moi-même, je dirais que j'étais très mal accompagné à ce moment-là.
04:22On m'a fait croire que la drogue, ça allait me faire oublier mes problèmes,
04:26et j'ai testé.
04:28Mais je pense que pour chaque personne, c'est une raison différente.
04:32Mais on se laisse tous influencer par notre entourage ou par quelque chose.
04:38Ryan aussi, c'était beaucoup l'entourage pour vous ?
04:41Franchement, moi, j'ai envie de te dire que l'entourage, les fréquentations,
04:45c'est la première raison du fait qu'on tombe dans une addiction.
04:51Dans le sens où, si quand j'avais été jeune, j'avais été entouré de personnes qui,
04:56quand on a eu l'âge légal pour aller à la salle, 16 ans je crois,
04:59à partir de l'âge de 16 ans, on serait souvent allé à la salle,
05:01on se serait motivés tous ensemble à aller faire du sport, à se surpasser.
05:07Je pense que là, je n'en serais pas là aujourd'hui.
05:09Dans tout ce qu'on fait, c'est les fréquentations.
05:11Soit on te pousse, soit on te tire vers le bas.
05:13C'est tout.
05:15Monsieur Dalbis, justement, sur cette question,
05:17vous observez des personnes, les jeunes qui arrivent,
05:19peut-être pas que des jeunes d'ailleurs, dans vos cliniques.
05:23Quel est le profil, en fait, aujourd'hui,
05:24des personnes qui sont arrivées à ce degré-là de consommation,
05:27c'est-à-dire avec une incidence grave sur la santé ?
05:30Alors, au fil du temps, le profil a vraiment changé.
05:32C'est-à-dire qu'au début, on avait des patients qui étaient plutôt dans la trentaine
05:36et puis qui consommaient de manière assez régulière.
05:39Et de plus en plus, on s'est aperçu que la tranche d'âge diminuait de jour en jour.
05:43C'est-à-dire que maintenant, on avait des 25 ans, des 20 ans,
05:46et maintenant, on a des patients de l'ordre de 18 ans, 16 ans,
05:50qui consomment de manière vraiment fréquente et importante le protoxyde d'azote.
05:55De plus en plus de filles.
05:56Avant, c'était une consommation assez masculine.
06:00Et depuis quelques années, mais assez récemment,
06:02vraiment, on voit énormément de jeunes filles qui arrivent
06:04avec des problèmes neurologiques et des problèmes de mobilité.
06:08Donc, c'est vraiment le spectre des consommateurs évolue vraiment très rapidement.
06:13Et comment vous expliquez que ce soit essentiellement des jeunes filles ?
06:15Vous avez un...
06:17Ce n'est pas essentiellement des jeunes filles,
06:18mais les jeunes filles étaient plutôt en dehors de ça.
06:20Parce que le fait de consommer de la drogue,
06:22c'est se montrer faire le malin avec les copains.
06:24c'est subir une pression sociale,
06:27se dire bon, allez, je vais faire comme les autres,
06:29je vais fumer avec les copains, etc.
06:31Et souvent, les filles étaient un petit peu en dehors du jeu.
06:33Et de plus en plus, les filles sont intégrées dans ce type de phénomène social
06:37et elles consomment de plus en plus.
06:39Ce que nous voyons beaucoup moins avant.
06:42Et est-ce que c'est peut-être aussi le côté presque enfantin,
06:45le produit d'appel, ce ballon qui se trouve dans le commerce ?
06:48Est-ce que c'est ça qui en fait aussi le succès ?
06:51On a l'impression que c'est anodin.
06:51Le problème de la consommation et du pro-toxique,
06:54c'est d'abord, c'est en vente légale, première chose.
06:57Donc vous pouvez acheter, vous balader dans la rue avec une bonbonne,
06:59il ne va rien vous arriver.
07:01Donc c'est facile.
07:02Ça n'a pas d'odeur, c'est un color, un inodore.
07:04Donc personne ne s'aperçoit que vous consommez dans votre réseau familial.
07:08Et c'est vrai que c'est une drogue facile, facile à consommer,
07:11facile à se procurer.
07:12Vous n'avez pas besoin d'aller dans les réseaux mafieux pour vous en procurer.
07:15Et c'est ce qui a fait que c'était un produit accessible relativement facilement.
07:20Et c'est ce qui a fait un petit peu que ça a dégénéré un peu dans tous les sens.
07:23Je voudrais simplement revenir avec vous sur justement cette banalisation.
07:26Là, on entend le discours, ça s'est banalisé ces dernières années.
07:30Vous, en tant que sociologue,
07:31quelle approche vous avez de cette question de la banalisation de la drogue,
07:35notamment pour la jeunesse ?
07:36Alors, dans les études en population générale,
07:40qui sont menées soit par l'INSERM, on organise,
07:43soit par l'Observateur français des drogues et des tendances addictives,
07:46on voit des choses un petit peu différentes.
07:48Mais là, c'est au niveau de la population française,
07:51on voit plutôt une diminution de la consommation de substances chez les jeunes
07:55quand on regarde le cannabis, l'alcool et le tabac.
07:58Par exemple, pour le cannabis,
08:00les dernières enquêtes montrent que chez les jeunes à l'âge de 16 ans,
08:04ces dix dernières années, la consommation de cannabis,
08:07elle a été divisée par trois.
08:09En revanche, ce qu'on voit, c'est ce que vous avez tous un peu évoqué,
08:13c'est l'apparition de nouvelles substances.
08:15Donc, il y a une augmentation extrêmement importante du protoxyde d'azote.
08:19Il y a une augmentation très importante des drogues de synthèse également.
08:23Et par exemple, on dit que globalement,
08:25il y a une baisse de la consommation de cannabis.
08:28Mais par contre, il y a une augmentation des cannabinoïdes de synthèse.
08:32Donc, en fait, des formes de cannabis qui sont beaucoup plus dangereuses qu'avant.
08:36Et puis, surtout, il y a des différences aussi en fonction du genre
08:39ou en fonction des milieux sociaux.
08:42Donc, comme le disait monsieur tout à l'heure,
08:45les jeunes femmes, avant, consommaient beaucoup moins
08:47parce que les comportements d'usage de drogue, c'est très genré.
08:51Et donc, en fait, c'est plutôt associé à des valeurs viriles.
08:54Et puis, une femme qui consomme des substances,
08:57c'est souvent plus mal vu socialement qu'un homme.
08:59C'est la même chose pour l'alcool que pour le cannabis ou pour le tabac.
09:03Mais aujourd'hui, comme les normes de genre,
09:05elles ont tendance à être un peu les mêmes pour les hommes et les femmes,
09:10ça amène à une augmentation de la consommation de substances
09:13chez les jeunes filles.
09:14Donc, en fait, on a de moins en moins de différences.
09:16Avant, on avait essentiellement des garçons qui consommaient,
09:19des jeunes garçons.
09:20Et maintenant, on voit aussi beaucoup de jeunes filles.
09:23Mais plutôt sur les nouvelles substances.
09:25Donc, le protoxyde d'azote,
09:27les cannabinoïdes de synthèse.
09:29Par contre, moins d'alcool, moins de tabac
09:32et moins de cannabis de manière générale.
09:34Et puis après, ce qui peut jouer aussi, c'est le milieu social.
09:37C'est-à-dire que ce qu'on voit dans les études disponibles,
09:40c'est que les jeunes qui viennent de milieux sociaux favorisés,
09:43par exemple, vont beaucoup plus expérimenter,
09:46c'est-à-dire consommer une ou deux fois
09:49ou occasionnellement des drogues
09:51parce que leurs parents ont plus d'argent
09:53et donc ils ont plus d'argent de poche
09:54pour acheter des drogues pour expérimenter.
09:56Mais par contre, les jeunes qui sont en difficulté,
09:59on les voit plus fréquemment
10:01parmi les jeunes qui viennent
10:03des quartiers, de milieux sociaux
10:06plus défavorisés.
10:07Donc, il y a des inégalités sociales
10:10également dans le rapport à la consommation.
10:12Tout à fait.
10:12Et donc, avec peut-être plus de probabilité
10:14pour un usage problématique
10:16de ces substances
10:17quand on vient d'un milieu défavorisé ?
10:18Oui, pour des raisons qui ont été expliquées
10:22par des études sociologiques.
10:24D'abord, comme c'était évoqué par monsieur tout à l'heure,
10:27en fait, il y a la question des fréquentations
10:31mais il y a la question du niveau d'information aussi.
10:34Et donc, les deux joues.
10:35Alors, ça ne veut pas dire
10:37que quand on vient d'un quartier populaire,
10:39on a des mauvaises fréquentations.
10:40Ça ne veut pas du tout dire ça.
10:41mais ça veut dire que
10:41quand on vient d'un quartier aisé,
10:43on a une pression des pères,
10:45donc des amis,
10:47pour réussir socialement.
10:49C'est-à-dire qu'on vient dans un milieu
10:50où on a son père qui est avocat,
10:54des gens polytechniciens dans la famille.
10:55Donc, il y a des attentes très fortes
10:57sur les études qui doivent être faites.
10:59Donc, en fait, un jeune
11:00issu d'un milieu social favorisé
11:02qui va commencer à consommer,
11:04quand il commence à perdre le contrôle,
11:06il y a ses amis, sa famille
11:08qui vont être très inquiets
11:09par rapport à la question des études
11:11et au fait de ne pas réussir
11:13à avoir ce même niveau social.
11:16Donc, il y a une pression
11:16qu'ils exercent par les pères
11:18à ce niveau-là.
11:19Le deuxième élément,
11:20c'est qu'aussi,
11:21quand vous venez d'un milieu social favorisé,
11:24vos parents,
11:24ils ont de l'argent
11:25pour vous orienter
11:26vers la bonne clinique
11:27où vous allez pouvoir vous soigner
11:29ou vers le médecin de famille
11:33qui va pouvoir vous prendre en charge.
11:35Et donc, la prévention,
11:36les messages de prévention
11:37sont plus diffusés
11:39à ce niveau-là.
11:41Donc, en fait,
11:41ce n'est pas que les fréquentations
11:43seraient mauvaises
11:45dans les quartiers populaires,
11:47c'est plutôt une question
11:48de pression des pères
11:50et effectivement
11:51d'accès à des réseaux de médecins
11:53qui font toute la différence.
11:55Et alors, justement,
11:55sur cette question,
11:56ça vous fait réagir,
11:57parlons peut-être d'un privilège,
12:00donc,
12:01par rapport à l'addiction ?
12:03– Oui, justement,
12:05sur l'inégalité sociale,
12:07je suis d'accord sur un point,
12:09c'est qu'on a une approche différente
12:11par rapport,
12:12on va dire,
12:13par rapport à quelqu'un
12:13qui fume,
12:14il habite dans le 16e,
12:15son père,
12:17c'est un procureur de la République
12:18et par rapport à quelqu'un
12:19qui habite dans un quartier,
12:21on va dire,
12:21son père,
12:22il est ouvrier ou,
12:23tu vois,
12:24il y a une approche différente
12:25dans le sens où
12:26ils ne vont pas fumer
12:27pour les mêmes raisons.
12:29Je ne dis pas que,
12:30forcément,
12:30on habite dans le 16e,
12:31on n'a pas de problème,
12:32on a tous des problèmes,
12:33on vit tous des épreuves
12:35à des degrés différents
12:36par rapport à sa classe sociale,
12:37par rapport à son environnement,
12:39mais il y a la différence
12:41d'inégalité aussi
12:42à prendre en compte
12:42dans la consommation,
12:44dans le sens où,
12:44demain,
12:46tu habites dans le 16e,
12:47tu n'auras pas de problème d'argent,
12:48tu ne vas pas réfléchir
12:48à comment faire plus d'argent
12:49demain,
12:50à comment sortir ta famille,
12:52aider tes parents
12:53à partir,
12:53par exemple,
12:54au bled
12:55voir leur famille,
12:56il y a plein de choses
12:57à prendre en compte
12:57qu'on ne prendra pas en compte
12:59chez la personne
13:00qui habite dans le 16e,
13:01dans le sens où
13:02il sera bien financièrement.
13:05Donc là,
13:05à partir de ce moment-là,
13:06une fois qu'on fume,
13:07et moi,
13:08personnellement,
13:08j'ai fait aussi,
13:10on va dire,
13:10j'ai eu cette expérience
13:11dans le sens où
13:12j'ai fumé un moment de ma vie
13:13où j'étais bien,
13:15mentalement,
13:15et j'ai fumé un moment de ma vie
13:16où, mentalement,
13:17je n'étais pas bien.
13:18Et j'ai vu que,
13:19quand j'ai fumé
13:20en n'étant pas bien mentalement,
13:22ça m'a beaucoup plus impacté
13:23que lorsque j'étais bien.
13:24dans le sens où...
13:25Mais ce que vous dites,
13:26c'est que vous avez eu,
13:27comment dire,
13:28vous avez eu l'impression
13:29que ça vous aiderait
13:31à régler des problèmes
13:32ou c'était pour faire
13:33oublier des problèmes ?
13:34Non,
13:34justement,
13:34malheureusement,
13:35malheureusement,
13:36ce qu'on fait croire,
13:37c'est que fumer,
13:39ça va t'aider à oublier
13:40tes problèmes,
13:41mais jamais de la vie.
13:42Oui,
13:42ça je sais bien.
13:43Ça va juste te mettre
13:43dans une sphère
13:44où tes problèmes,
13:44ils seront encore là,
13:45mais tu seras déconnecté
13:46de la vie réelle.
13:48Mais tes problèmes,
13:48ils seront encore là.
13:49Ça,
13:49ce n'est pas là le sujet.
13:50Mais le vrai sujet,
13:51c'est justement
13:52par rapport à l'approche
13:53qu'on a en venant
13:55d'un quartier
13:55et en venant
13:57d'un endroit
13:58un peu plus aisé.
13:59L'approche,
13:59elle est totalement différente.
14:01Par exemple,
14:02moi,
14:02je sais que j'ai beaucoup parlé...
14:04Je vous ai dit
14:05que j'étais en école de commerce,
14:06ça veut dire que j'ai eu
14:06l'occasion de fréquenter
14:07pas mal de différentes
14:09classes sociales.
14:10Et moi,
14:10j'habite dans un quartier.
14:11Quand je parle
14:12avec mes potes,
14:14quand je parle
14:15avec mes potes,
14:16on est posé et tout,
14:17je vois la différence
14:19que quand je parlais
14:20avec un camarade à moi
14:21de ma classe
14:22qui habitait dans le 16e
14:23à Neuilly,
14:23lui,
14:23quand il fumait,
14:24c'était enjoy,
14:25c'était...
14:26Ouais,
14:27demain,
14:27je vais en soirée,
14:28nanani,
14:29je vais prendre un petit bout,
14:30nanani.
14:30Alors que quand je parlais
14:31avec un potes à moi
14:31de mon quartier,
14:32il fumait,
14:33putain,
14:33c'est de la merde,
14:34j'ai envie d'arrêter.
14:36Ça me bloque,
14:37nanani,
14:37mais je n'arrive pas
14:38à trouver
14:39la bonne porte de sortie.
14:41Alors que,
14:42tu vois,
14:42tu ressens vraiment
14:43cette différence de...
14:46C'est la partie récréative,
14:47en fait.
14:47On dit qu'il y a une consommation
14:48qui peut être récréative.
14:50Pour vous,
14:51très vite,
14:51vous sortez de ce récréatif,
14:52en fait.
14:53Exactement,
14:53c'est plus de la récré...
14:56Récréation.
14:57C'est la fin de la récréation.
14:59Désolé,
15:00je ne vais pas beaucoup
15:01utiliser de mots scientifiques,
15:02les gars,
15:02parce que je n'ai pas assez de...
15:04On se comprend très bien.
15:05Je vais vous expliquer
15:06avec nos mots
15:06qu'on utilise.
15:09Je voudrais faire réagir
15:11à Boubacar là-dessus.
15:11Vous êtes d'accord,
15:12justement,
15:12sur cette perception,
15:14cette façon-là ?
15:15C'est ce que vous observez aussi
15:16avec les jeunes
15:16que vous accompagnez ?
15:17Oui, c'est ce qu'on observe.
15:18C'est ce que j'observe.
15:18C'est-à-dire que,
15:19comme je l'évoquais tout à l'heure,
15:20à chaque époque,
15:21c'est une nouvelle drogue.
15:22Il y a,
15:22dans les années 70-80,
15:24les jeunes issus
15:25des quartiers populaires
15:26consommaient de l'alcool.
15:28Après, malheureusement,
15:29il y a le krach qui est arrivé,
15:30qui est un dérivé
15:31d'une autre drogue.
15:33Les jeunes dans le 16e,
15:34dans les années 70-80,
15:35consommaient de la drogue
15:36plus chère que dans les quartiers.
15:37Donc, de la cocaïne.
15:40Et on se rend compte
15:40qu'aujourd'hui,
15:40ce qui se passe
15:41avec ce qu'on appelle
15:47c'est une drogue
15:48qui est un peu plus facile
15:51à consommer.
15:52Et pour rebondir
15:53sur ce que tu dis depuis tout à l'heure,
15:54et sur ce que dit madame aussi,
15:57un jeune issu des quartiers,
15:59il va noyer,
16:01malheureusement,
16:02du fait de sa condition sociale,
16:03il va plus noyer
16:04son chagrin,
16:05ses problèmes,
16:07et plus être à fond dedans
16:08qu'un jeune issu
16:10d'un quartier favorisé
16:11qui, lui,
16:12ça va être un peu plus festif,
16:13ça va être un peu plus...
16:14Parce que, voilà,
16:15il y a tout un recadrage
16:16qui va avec,
16:17il y a les moyens financiers.
16:19Les conditions de vie.
16:21Voilà, les conditions de vie,
16:21c'est ça.
16:22Les conditions de vie,
16:23comme vous l'évoquiez tout à l'heure,
16:25c'est-à-dire que
16:26quand on a
16:27des conditions de vie
16:29très favorables,
16:31qu'on est aidé à la maison,
16:32qu'on n'a pas à se soucier
16:33des questions économiques,
16:37les produits ne vont pas
16:38remplir les mêmes fonctions.
16:40Donc, ça,
16:41ça joue un rôle important.
16:43Après, c'est vrai que généralement,
16:44après, c'est des études
16:45que j'ai lues,
16:46que les jeunes,
16:46en règle générale,
16:47en France ou peut-être dans le monde,
16:49consomment moins de drogue
16:51et fument moins
16:52et boivent moins que...
16:54Depuis 10 ans.
16:55Depuis 10 ans.
16:55Mais avec plus d'usages problématiques
16:58quand il y a de l'usage.
16:59C'est ça aussi qu'il faut soulever.
17:01Parce qu'en fait,
17:02il y a aussi un point
17:03sur lequel je ne suis pas revenue
17:04qui est important
17:04que vous aviez évoqué tout à l'heure,
17:06c'est la question du Covid.
17:06Donc, avec le Covid,
17:09en fait,
17:10pendant la période Covid,
17:11les jeunes ont moins
17:12consommé de substances
17:14de manière générale
17:14parce qu'ils avaient moins
17:15d'occasion de se voir,
17:17ce qu'on appelle,
17:18dans notre langage,
17:19les occasions de sociabilité.
17:22Mais par contre,
17:23ce qu'on a vu,
17:24c'est que ceux qui avaient
17:25des usages problématiques
17:26avaient des usages
17:27encore plus problématiques.
17:29Et avec le Covid,
17:30ce qu'on voit,
17:31c'est aussi une détérioration
17:32de la santé mentale.
17:33On a peut-être moins de jeunes
17:35qui consomment des substances
17:36en général,
17:38mais par contre,
17:38on a beaucoup de jeunes
17:40aujourd'hui
17:40qui vont très mal.
17:42Et en particulier,
17:43les jeunes filles.
17:44Donc, ça fait écho
17:45à ce que disait monsieur.
17:47Donc,
17:48la baisse de la consommation,
17:50en parallèle,
17:51on a vu également
17:52une détérioration
17:53de la santé mentale.
17:55Justement,
17:56moi, je vais juste rajouter
17:56un petit truc
17:57sur ce qu'elle a dit.
17:58Et franchement,
18:00ce mot-là,
18:01c'est ce que je voulais
18:02c'est la santé mentale.
18:04Pour moi,
18:04quand on parle d'addiction,
18:06on a la mauvaise problématique.
18:08Ouais, lui, il fume.
18:09Ça veut dire que c'est pas bien.
18:11C'est pas quelqu'un fréquenté.
18:13Alors qu'en soi,
18:14pourquoi il a fumé ?
18:15C'est ça,
18:15la question qu'on doit se poser.
18:17C'est pourquoi cette personne
18:18a été amenée à fumer ?
18:19Et généralement,
18:20quand on va revenir en arrière,
18:23certaines personnes,
18:24c'est parce qu'ils ont développé
18:25un certain traumatisme.
18:26Et du coup,
18:27au lieu de chercher le problème
18:28à régler cette plaie,
18:30on va plus justement
18:31se mettre
18:31dans quelque chose
18:34qui est plus facile,
18:34l'addiction,
18:36ce qui va nous mettre
18:37dans un monde parallèle
18:37et oublier cette plaie.
18:39Mais forcément,
18:40la plaie,
18:40elle est toujours là
18:41quand tu reviens sur Terre.
18:42Et c'est ça qui fait après
18:43que tu vas refumer
18:44pour oublier,
18:45tu vas revenir,
18:45tu vas refumer.
18:46Mais malheureusement,
18:47c'est sur ça
18:48qu'on doit se concentrer,
18:48c'est sur la santé mentale.
18:50Et je pense que maintenant,
18:51en France,
18:51les jeunes,
18:53c'est vraiment,
18:54je veux dire avec mes mots,
18:55c'est une dinguerie.
18:56La santé mentale
18:57chez la jeunesse en France,
18:58c'est vraiment une dinguerie.
18:59Parce qu'on ne se rend pas compte
19:00de comment les jeunes,
19:01ils sont impactés
19:03avec tout ce qui se passe.
19:04Justement,
19:05on va vous poser la question,
19:05est-ce que vous allez bien
19:06aujourd'hui,
19:06tous les trois ?
19:08C'est à la mode.
19:09Vous voulez que je vous réponde
19:10sincèrement ?
19:11Je ne sais pas.
19:13Je ne sais pas.
19:14Moi,
19:14j'ai une blessure en moi.
19:17Mais il y a un truc
19:17que j'ai appris,
19:18c'est qu'au début,
19:18je voulais oublier cette blessure,
19:19je voulais la refermer.
19:21Mais malheureusement,
19:22ce n'est pas possible.
19:23Donc cette blessure,
19:24j'ai appris à vivre avec.
19:25Et justement,
19:26c'est ça la différence.
19:26Au lieu d'oublier,
19:27il faut apprendre à vivre avec.
19:29Et quand tu apprends à vivre avec,
19:30c'est une toute autre vision
19:32que tu auras de la vie en soi.
19:36Et voilà.
19:36Pour continuer sur la santé mentale,
19:38je vais rebondir avec M. Dalbis.
19:40Vous,
19:40est-ce que c'est une approche
19:44que vous prenez en compte
19:45aussi à la clinique de l'oiseau bleu,
19:47là où des jeunes sont rééduqués
19:49après des problèmes
19:50du protoxyde d'azote ?
19:51L'oiseau blanc.
19:52L'oiseau blanc.
19:53L'oiseau blanc, pardon.
19:54C'est pas grave.
19:55Non, non, effectivement.
19:57Donc le premier critère d'admission
19:58dans notre établissement,
19:59effectivement,
20:00souvent,
20:00c'est des problèmes de locomoteurs,
20:02des problèmes d'équilibre,
20:03des problèmes de...
20:04Les gamins ne peuvent plus marcher.
20:05On leur met des déambulateurs
20:06et des cannes.
20:07Ça, c'est le premier aspect.
20:09Mais on s'aperçoit très rapidement
20:10que le côté psychologique
20:11était extrêmement important.
20:12Donc on est en train
20:13de mettre en place
20:13avec un neuropsychologue
20:14un suivi psychologique.
20:17parce que c'est pas simplement
20:18un problème de corps,
20:21un problème de mobilité.
20:23Il y a aussi un problème mental
20:24qui est extrêmement important
20:25à régler.
20:26Donc de plus en plus,
20:27on va être obligé
20:28de s'occuper effectivement
20:29des problèmes de mobilité
20:30et des problèmes
20:30de santé physique,
20:31neurologique et autres,
20:32mais également
20:33des problèmes mentaux.
20:34Ça, c'est très...
20:35Ça va être un paramètre
20:36extrêmement important
20:36dans l'avenir.
20:38Donc est-ce que vous notez
20:39justement des points communs
20:40entre les personnes
20:41qui arrivent ?
20:42Peut-être des parcours,
20:43des incidents de parcours,
20:44ce genre de choses,
20:45ou c'est le tout venant ?
20:46Il n'y a pas de règle.
20:47Il n'y a pas de règle.
20:48Tout à l'heure,
20:48on parlait d'environnement social
20:50pour la consommation
20:51des drogues.
20:52Je pense que ce n'est pas
20:53un problème social.
20:54Dans tous les milieux,
20:55dans tous les milieux,
20:56il y a des problèmes.
20:57Vous allez dans des clubs sportifs,
21:00dans des clubs festifs,
21:00n'importe où.
21:02C'est vraiment la consommation
21:03du protoxyde.
21:04Là, je parle un peu plus
21:05du protoxyde.
21:06C'est vraiment...
21:07Il n'y a vraiment...
21:08Ce n'est pas sectorisé.
21:09Ce n'est pas sectorisé.
21:10C'est ouvert, entre guillemets,
21:10malheureusement,
21:11à tout le monde.
21:12Et on s'aperçoit
21:13que de plus en plus,
21:14on a une banalisation
21:15de la prise
21:17par un manque d'information.
21:19Et vraiment,
21:19le travail de notre association,
21:20c'est ce sur quoi
21:21nous travaillons beaucoup.
21:22Ce n'est pas la prévention,
21:23ce n'est pas la répression,
21:24ce n'est pas tout ça,
21:25ce n'est pas notre boulot.
21:26Notre travail,
21:26c'est vraiment l'information.
21:28L'information du public
21:28consommateur, des jeunes,
21:30et l'information des adultes.
21:33Parce que j'étais extrêmement surpris
21:34au cours de mes nombreuses interventions,
21:36la méconnaissance du public
21:37pour ce produit.
21:39Tout le monde pense
21:39que c'est un gaz hilarant,
21:40comme l'hélium,
21:40ça rend la voie bizarre.
21:42Mais en fait,
21:42c'est beaucoup plus profond que ça
21:43et beaucoup plus dangereux que ça.
21:45Donc vraiment,
21:45la première chose,
21:46c'est informer.
21:47Et tous les consommateurs,
21:48jeunes ou moins jeunes,
21:49qui en consomment,
21:49il y en a 1 sur 10,
21:51il y en a 1 sur 10
21:52qui sont conscients
21:52des risques encourus.
21:54Et vraiment,
21:54quand on en prend
21:55entre quatre yeux
21:56et qu'on leur explique
21:57vraiment ce qui va se passer
21:58et qu'on leur montre
21:58leurs camarades
21:59qui sont en fauteuil roulant,
22:00ça les fait quand même réfléchir.
22:02Donc c'est vraiment
22:02sur l'information
22:04qu'on est en train
22:04vraiment de baser notre action.
22:07Moi, je voulais juste confirmer
22:08ce qu'il disait
22:09par rapport à l'information.
22:11C'est très, très important
22:12parce que moi,
22:14je vais le dire,
22:14par exemple,
22:15j'ai déjà consommé
22:15du protoxyde d'azote.
22:19Une fois,
22:20ça date de 3, 4 ans.
22:22Et en fait,
22:22j'en ai consommé
22:24et je ne savais pas
22:24ce que c'était.
22:25On me l'a mis sous la main
22:26et voilà,
22:28je n'étais pas informé du coup.
22:29Et c'était juste
22:30pour confirmer
22:31que le manque d'information,
22:33ça pousse les jeunes
22:36à consommer des drogues.
22:36Qu'est-ce qu'il se dit
22:37sur ce produit autour de vous,
22:38justement ?
22:39Que c'est justement,
22:41parce que ça crée
22:42de l'hilarité, etc.
22:43Qu'est-ce qu'il se dit ?
22:44Comment on vous le propose ?
22:44On dit,
22:45c'est génial,
22:46l'effet rapide,
22:47ce sera vite oublié.
22:49Oui, allez-y alors,
22:50peut-être, allez-y.
22:50Moi, je n'en ai jamais fait,
22:51mais j'en ai vu des gens
22:52autour de moi en faire.
22:54Et quand je vois leur état,
22:56je me dis,
22:57mais qu'est-ce que c'est que ça ?
22:59Pourquoi ils font ça ?
23:01Ils marchent,
23:01ils marchent de travers
23:02comme s'ils étaient bourrés
23:03ou il y en a
23:04qui n'ont même pas l'équilibre
23:05ou il y en a
23:06où ils vont regarder le ciel,
23:09ils n'ont plus parlé
23:10pendant 30 secondes,
23:10ils vont revenir,
23:11ils vont faire un ballon.
23:12Et je me dis,
23:13mais c'est...
23:14Pourquoi ?
23:15Avec des consommations
23:16qui peuvent aller très loin.
23:17Donc, des bonbonnes,
23:18c'est 3 kilos.
23:19Ça paraît dingue.
23:20Et il y en a qui sont...
23:21Est-ce qu'il y a une addiction
23:22là-dessus ?
23:22Alors, ce qui est impressionnant
23:24sur les producteurs,
23:25c'est qu'au début,
23:26c'était un gaz
23:26qui est utilisé
23:27dans l'agroalimentaire
23:29pour des fonctions bien précises.
23:31Et là, on a vu
23:31des fabricantes de ce produit
23:32qui se sont mis à fournir
23:34des bouteilles de 2 litres,
23:37mais absolument incroyables,
23:38avec des dessins
23:38pour attirer les jeunes,
23:40avec des tas de produits,
23:40avec des tas de produits additifs
23:42pour donner un meilleur goût.
23:44Donc, ce qui est absolument
23:45ahurissant,
23:46c'est que les producteurs,
23:48les sociétés qui produisent ça,
23:49je ne sais pas
23:50si elles ont conscience
23:50des dégâts qu'elles font,
23:52mais je trouve ça absolument insensé
23:54que l'on autorise toujours
23:55la production de ce type de produit
23:56et la commercialisation.
23:58Donc, l'État est en train
23:58d'essayer de régler le problème
24:00avec des lois, etc.
24:00et j'en suis vraiment très content.
24:04Mais c'est vraiment
24:04les producteurs,
24:05c'est la prochaine étape.
24:07L'information,
24:07c'est vraiment la chose
24:08qu'il va falloir,
24:09sur laquelle il va vraiment travailler.
24:11Et ensuite,
24:11c'est d'aller voir
24:12au niveau des producteurs
24:13qu'est-ce qui se passe.
24:14Justement,
24:14et je pense que ça intergiverse un peu.
24:16Vous dites que des lois
24:18sont en train d'être votées,
24:19etc.
24:19Mais j'ai cru comprendre
24:20qu'entre le Sénat
24:21et l'Assemblée nationale,
24:22ils n'étaient pas d'accord
24:23déjà sur la démarche à adopter,
24:25entre dépénalisation
24:26du détournement du gaz
24:27ou interdiction complète
24:29à la vente.
24:30Qu'est-ce que vous demandez,
24:31vous, sur un produit de ça ?
24:31Alors, effectivement,
24:32il y a des mesures
24:33qui vont pour augmenter
24:34les sanctions
24:35pour les consommateurs
24:36et autres, etc.
24:37Mais bon,
24:38de tout dire,
24:39ce n'est pas mon combat.
24:39On n'est pas là
24:40pour faire de la répression.
24:41Mon combat,
24:42c'est de faire de l'information.
24:43C'est vraiment
24:44ce qu'il faut faire.
24:45Il faut vraiment avertir
24:45les gens des dangers
24:47auxquels ils s'exposent.
24:49Mais en ce qui concerne
24:50les consommateurs,
24:52les lois qui doivent passer,
24:53alors le gouvernement,
24:54je pense,
24:54a des problèmes
24:55parce qu'il y a une utilisation
24:56dans le milieu agroalimentaire
24:57pour faire la chantilly,
24:59etc.
24:59Mais il faut simplement
25:00encadrer.
25:01Moi, j'ai géré
25:01des établissements de soins.
25:03On a acheté des bonbonnes
25:03de protoxyde
25:04pour les blocs opératoires,
25:06pour les phases
25:07de préanesthésie.
25:08On avait un protocole d'achat.
25:09On a acheté une bonbonne.
25:10Elle était référencée.
25:11Une fois qu'on a fini
25:12avec la bonbonne,
25:13on la rendait,
25:13elle était consignée.
25:14On avait une nouvelle bonbonne.
25:15Donc, tout était encadré
25:16et bien organisé.
25:17Et je pense que
25:18pour le milieu agroalimentaire,
25:20on pourrait faire la même chose.
25:21Les gens,
25:22ils ont besoin d'acheter
25:22100 bonbonnes.
25:23Ils achètent les bonbonnes.
25:24On leur donne un quota.
25:25Ils rendent des bouteilles vides.
25:27On leur donne des neuves, etc.
25:28Donc, je pense
25:28qu'il y a un encadrement à faire
25:30qui peut être fait,
25:31pas facilement,
25:32mais qui peut être tout à fait envisagé.
25:33Et vous craignez pas
25:34qu'une interdiction même partielle
25:36puisse créer du trafic
25:37à ce moment-là de bonbonnes ?
25:38C'est-à-dire
25:38on rentre encore
25:43ça, c'est certain.
25:44Mais aujourd'hui,
25:45il y a un trafic qui se crée.
25:46Alors, le problème de Protoxyde,
25:47c'est un produit
25:48qui est en vente,
25:49j'allais dire,
25:49quasi libre.
25:51Mais il y a un trafic
25:52qui se crée.
25:53Donc, maintenant,
25:53il y a des dealers,
25:54il y a des rabatteurs.
25:55C'est comme toutes les autres
25:56formes de drogue.
25:57Donc, il y a tout un milieu financier
25:58qui se crée autour de ça.
25:59Et je pense que c'est là
26:00où il faut mettre le hola rapidement.
26:03Après, moi,
26:03j'ai envie justement
26:04par rapport au ballon,
26:05vous savez,
26:06c'est quoi la transition
26:07qui a fait que ça a explosé ?
26:09C'est quand on a rajouté
26:10les ballons en boîte de nuit
26:11dans les endroits festifs.
26:13Et c'est ça,
26:13justement, pour moi,
26:14c'est ça qui a fait
26:15que les femmes,
26:16elles ont eu plus
26:17cette approche au ballon.
26:19C'est quand ça s'est transformé
26:20en moment festif.
26:22Parce que maintenant,
26:24une bonbonne en boîte de nuit,
26:26ça se vend 100 euros,
26:27la bonbonne, je crois.
26:27Exactement.
26:28C'est exactement ça.
26:29Il y a effectivement
26:29une banalisation complète.
26:30C'est-à-dire qu'il y a
26:31des boîtes de nuit,
26:32vous allez,
26:32vous prenez un whisky,
26:33on vous donne un ballon gratuit.
26:35Ou à l'entrée de la boîte,
26:36pour mettre tout le monde
26:36de bonne humeur,
26:37on distribue des ballons
26:38pour que les gens soient
26:39dans un esprit festif
26:40et consomment plus d'alcool derrière.
26:42Donc, il y a tout un réseau
26:43qui s'est mis.
26:43Mais une fois de plus,
26:44c'est le manque d'informations
26:45parce que les trois quarts
26:46des gens qui prennent des ballons,
26:48mais ils n'ont même pas conscience
26:49de ce qui va leur arriver.
26:51On est vraiment impressionné
26:52dans les réunions
26:53qu'on peut avoir.
26:55On fait beaucoup d'interventions
26:56dans les collèges.
26:57Donc, on a démarré
26:58une phase d'intervention
26:58dans les collèges
26:59et une phase d'intervention
27:00avec les parents d'élèves.
27:01Et quand on s'adresse
27:02aux parents d'élèves
27:03parce qu'il faut qu'ils aient
27:03conscience de ce qui se passe
27:05au niveau de leurs enfants,
27:06mais les gens,
27:07ils nous regardent
27:08avec des hurons
27:08en se disant
27:08de quoi ils parlent.
27:10Ils ne sont absolument pas
27:11au courant
27:11de la toxicité de ce produit.
27:14Est-ce que vous pouvez
27:14nous décrire rapidement,
27:17résumer les quelques effets
27:18qui peuvent arriver
27:19au bout de combien de temps ?
27:20Alors, il n'y a pas de règle.
27:21Les effets nocifs
27:23et les effets sur le corps,
27:24ça peut arriver très rapidement.
27:26La première prise de ballon,
27:27deux ou trois prises de ballon,
27:28et vous pouvez déjà avoir
27:28des effets extrêmement compliqués.
27:31Ou alors,
27:32vous pouvez en prendre
27:33pendant un an,
27:33deux ans,
27:34trois ans,
27:34quatre ans,
27:35mais un jour ou l'autre,
27:36un jour ou l'autre,
27:37ça vous rattrape.
27:37Un jour ou l'autre,
27:38il vous arrive à quelque chose.
27:39Donc, ça démarre
27:40par des petits fourmillements
27:41dans les bras,
27:42un petit peu de perte d'équilibre,
27:43et puis le lendemain,
27:44ça va mieux.
27:45Donc, hop,
27:46on se dit,
27:46c'est pas grave.
27:47Et puis, on en reprend
27:48pendant une semaine ou deux,
27:49et puis, 15 jours après,
27:50on a du mal à bouger
27:51la jambe un matin.
27:52Alors, on se dit,
27:52tiens, c'est parce que
27:53je suis mal réveillé.
27:54Vous voyez,
27:54on banalise,
27:55on banalise les symptômes,
27:57mais on s'en aperçoit pas.
27:58Et les symptômes,
27:59ils sont croissants,
28:00c'est-à-dire qu'ils sont
28:00de plus en plus.
28:01Un jour,
28:01c'est les deux jambes
28:02que vous ne pourrez plus bouger,
28:03et puis ça sera mieux
28:03le lendemain.
28:04Et le surlendemain,
28:05vous ne bougerez plus les jambes,
28:06mais elles ne bougeront plus du tout.
28:07Donc, à ce moment-là,
28:08vous allez commencer
28:08à penser à consulter.
28:09Vous voyez,
28:10mais c'est déjà trop tard,
28:10c'est déjà trop tard.
28:11Donc, je pense qu'il faut vraiment...
28:13Il n'y a pas de règle.
28:14Il n'y a pas de règle.
28:14Il n'y a pas de règle.
28:15Ça peut être instantané
28:16ou ça peut prendre
28:16un an, deux ans,
28:17trois ans, quatre ans.
28:18Marie-Geoffrey Roustide,
28:19la sociologue que vous êtes,
28:20comment prend-elle en compte
28:23justement ces nouvelles pratiques ?
28:24Est-ce que vous les intégrez
28:25tout de suite justement
28:26dans vos chiffres,
28:27dans vos études ?
28:28Oui, dans les études.
28:29Alors, le protoxyde d'azote,
28:30avant, on avait très peu de données
28:32parce que c'était très peu consommé.
28:34Mais maintenant, par exemple,
28:35Santé publique France
28:36qui met en place
28:37le baromètre santé
28:38des enquêtes en population générale,
28:40pose des questions
28:41sur le protoxyde d'azote.
28:43Dans les centres antipoisons aussi,
28:46on voit qu'il y a
28:47de plus en plus d'accidents
28:48liés au protoxyde d'azote.
28:50Et donc, c'est grâce aux données
28:52qui sont présentes aussi
28:52dans les centres antipoisons
28:54et tous les accidents
28:55qu'il y a eu ces dernières années
28:56qu'on voit qu'il y a
28:57de plus en plus de consommation
28:58par le biais de ces accidents.
29:01Mais moi, je voudrais revenir
29:02sur l'information
29:03et les représentations aussi.
29:04Je pense que,
29:05vous l'avez déjà évoqué,
29:07mais le problème,
29:09c'est la terminologie.
29:10C'est-à-dire que,
29:10pour le protoxyde d'azote,
29:11on parle de ballon.
29:13On a parlé pendant des années
29:14aussi de gaz hilarant.
29:16Et donc, le fait
29:17d'utiliser ces termes,
29:19ça faisait que c'était
29:20un produit qui,
29:21pendant longtemps,
29:22a été considéré
29:23comme complètement inoffensif.
29:25Souvent, par exemple,
29:26je vois, en tout cas,
29:27quand on discute
29:28avec des parents,
29:29ils ont très peur du cannabis
29:31parce que c'est une drogue
29:34qui est interdite,
29:34qui est considérée
29:35comme un produit stupéfiant.
29:37Alors que, pour eux,
29:38l'alcool,
29:40le protoxyde d'azote,
29:42ça ne pose aucun problème.
29:44Et donc,
29:45voilà,
29:46il y a vraiment
29:46un travail à faire
29:47sur les représentations sociales.
29:49Comme quoi,
29:49l'interdiction officielle
29:50joue quand même
29:51sur la façon
29:52dont c'est perçu.
29:52Alors,
29:53joue sur la dangerosité
29:54qu'on a du produit,
29:56le fait d'interdire
29:57et de réguler.
29:58Et d'ailleurs,
29:58c'est pour ça que,
30:00moi, je trouve que
30:00le meilleur exemple
30:01de politique publique,
30:02c'est le tabac.
30:04Parce qu'en fait,
30:05le tabac,
30:06ce n'est pas un produit
30:07qui donne lieu
30:08à des sanctions.
30:08On ne va pas aller en prison
30:09parce qu'on consomme du tabac.
30:11Mais par contre,
30:12il y a eu beaucoup
30:13de campagnes d'information
30:14qui ont été faites
30:15pour montrer
30:15que c'est un produit dangereux
30:17parce qu'en fait,
30:17le tabac est directement
30:19impliqué
30:19dans le cancer du poumon.
30:21Et on a une augmentation
30:22des cancers du poumon
30:23en France
30:24liée au tabac.
30:25Il y a 80 000 morts par an
30:27liées au tabac.
30:29C'est vraiment
30:30un produit
30:31qui est extrêmement nocif.
30:32et on a vu,
30:34grâce à la loi Ivin,
30:36grâce au fait
30:36de réguler
30:37la consommation
30:39de tabac
30:39et de mettre en place
30:41des campagnes
30:41d'information,
30:42on a eu une chute
30:43spectaculaire en France
30:44de la consommation
30:45de tabac.
30:46Les jeunes consomment
30:47beaucoup moins
30:48de tabac qu'auparavant.
30:49Sans l'interdire, donc.
30:50Sans pour autant
30:52mettre en place
30:53de sanctions
30:54ou de répression.
30:56Mais par contre,
30:57aujourd'hui,
30:58quand vous achetez
30:58un paquet de tabac,
31:00il y a des messages
31:01d'information
31:02moi, dans ma génération,
31:04on fumait dans les hôpitaux,
31:05on fumait dans les...
31:07Dans les avions.
31:08On fumait partout.
31:11Et donc, en fait,
31:11il n'y avait aucune information.
31:13Le tabac,
31:13c'était considéré
31:14comme un produit glamour.
31:16Il y avait
31:16de la publicité.
31:18Donc, en fait,
31:18la régulation,
31:19en tout cas,
31:19ce que les études
31:20scientifiques montrent,
31:21c'est que réguler
31:23les substances
31:24sans pour autant
31:25punir les consommateurs,
31:26ça fonctionne mieux
31:27que la répression,
31:30c'est-à-dire mettre
31:30les usagers de drogue,
31:32les usagers de substances
31:33en prison,
31:33ça, ça ne résout rien
31:35et ça ne fait pas baisser
31:36le niveau de consommation,
31:37par ailleurs.
31:38Pour rebondir
31:38sur ce que vous venez de dire,
31:40le 18 novembre dernier,
31:41cinq jours après l'assassinat
31:42de Médic et Sassi à Marseille,
31:43sur fond de guerre
31:44entre trafiquants,
31:45Emmanuel Macron déclare
31:46acheter de la cocaïne
31:47ou du cannabis,
31:48de fait,
31:49signifie être complice
31:50et donner du financement
31:52à des réseaux
31:52de criminalité organisée.
31:54Donc, si j'aborde ça,
31:55c'est pour essayer de voir aussi
31:56dans quelle mesure
31:57la culpabilisation
31:58peut fonctionner aussi
32:00auprès des consommateurs
32:01et je voudrais peut-être
32:02vous faire réagir là-dessus.
32:04Vous aviez entendu
32:04cette déclaration ?
32:05Non, du tout.
32:06Je ne l'ai pas entendu.
32:07D'accord.
32:07Est-ce que vous,
32:08quand vous vous mettez à fumer,
32:10vous avez conscience
32:11que vous participez
32:12à une économie
32:15du narcotrafic
32:15et dans quelle mesure
32:16vous le vivez bien ou mal ?
32:18J'ai envie de vous dire
32:19que si Macron,
32:20il a dit ça,
32:20si on fume,
32:22on est coupable,
32:23c'est que lui aussi,
32:23il est coupable en soi.
32:25Dans le sens où,
32:27après, on va rentrer
32:27dans un débat.
32:28La responsabilité de l'État,
32:29vous voulez dire ?
32:30La responsabilité d'État.
32:31Vous allez vous rejoindre,
32:32je pense, là-dessus.
32:33Oui, moi,
32:34c'est vrai que je pense
32:34que responsabiliser
32:36le consommateur
32:37au sens
32:39peut être intéressant
32:41si on entend responsabilité
32:43au sens de
32:43faire prendre conscience d'eux.
32:45Par contre,
32:45responsabiliser au sens
32:47de criminaliser,
32:48mettre en prison,
32:51rendre coupable,
32:51ça, ça n'a pas de sens.
32:52Moi, je pense
32:53qu'il y a une forte responsabilité
32:54de l'État
32:55puisque tout l'argent
32:56qui est mis
32:58dans la prévention,
32:59par exemple,
32:59est insuffisant.
33:02Donc, je pense
33:02que tout l'argent
33:03qu'on met aujourd'hui
33:03dans la répression
33:04des consommateurs
33:06pourrait être mis
33:07dans la prévention.
33:09Par ailleurs,
33:10sur la répression,
33:11il y a des inégalités
33:12très fortes
33:12puisque, par exemple,
33:14les amendes forfaitaires
33:15qui sont les mesures
33:17qui sont mises en place
33:18en France,
33:19on sait que la majorité
33:20d'entre elles
33:20ne sont pas payées
33:21et pour avoir
33:22une amende forfaitaire,
33:23il faut être contrôlé
33:24par la police.
33:25Et ce qu'on sait,
33:26ça, les études sociologiques
33:27le montrent,
33:28c'est que les personnes
33:29qui vont être contrôlées
33:30par la police,
33:30ce sont les jeunes
33:31qui sont racisés,
33:33issus des quartiers défavorisés
33:34et ce ne sont pas
33:35les jeunes issus
33:36des quartiers populaires
33:37et ce ne sont pas
33:38les jeunes issus
33:39du 16ème
33:40qui, eux,
33:42comme on le disait
33:42tout à l'heure,
33:43consomment plus
33:44de manière occasionnelle,
33:45eux ne sont pas contrôlés,
33:46ils sont jamais,
33:46quand vous êtes blanc,
33:47quand vous êtes un homme blanc,
33:48vous n'êtes jamais contrôlés,
33:49quand vous êtes une femme blanche,
33:50vous n'êtes jamais contrôlés
33:51par la police,
33:52donc vous avez très peu
33:53de risque
33:54d'avoir une amende forfaitaire,
33:56donc ça recrée
33:57la répression
33:58des inégalités sociales.
34:00Par ailleurs,
34:00moi je pense,
34:01parce que je viens
34:01d'une génération,
34:03je suis née
34:04au tout début
34:04des années 70
34:05et donc il y avait
34:06dans les années 70
34:08de l'argent
34:10qui était mis
34:11dans les banlieues
34:12avec des maisons
34:13pour les jeunes,
34:14il y avait beaucoup
34:15de mixité sociale,
34:16moi,
34:17dans les écoles
34:18que j'ai fréquentées,
34:19il y avait
34:19de la mixité sociale
34:21et donc il y avait
34:22des jeunes
34:22de quartiers favorisés
34:24ou de quartiers défavorisés
34:25qui étaient
34:25dans les mêmes écoles.
34:27Aujourd'hui,
34:28on manque vraiment
34:28d'un investissement
34:29de l'État
34:30pour remettre de l'argent
34:31dans les quartiers populaires
34:32pour que les jeunes
34:33des quartiers populaires
34:34puissent faire du sport
34:35où vous parliez
34:35d'aller à la salle
34:37qui est des maisons
34:38des jeunes
34:38et de la culture
34:39qui est aussi
34:40du soutien scolaire
34:41parce qu'en fait,
34:42alors moi,
34:43j'ai des collègues
34:44qui travaillent,
34:45sociologues
34:46qui travaillent à Marseille
34:47et qui travaillent
34:50auprès de jeunes
34:50des quartiers populaires
34:51et en fait,
34:53la plupart des jeunes
34:54qui sont par exemple
34:54guetteurs
34:55qui font des petits boulots
34:57dans le cadre du trafic,
34:59ce n'est pas leur choix.
35:00Premier,
35:00s'ils avaient la possibilité
35:01de devenir avocats,
35:03médecins,
35:04journalistes,
35:05ils préféraient avoir
35:06ces métiers-là
35:07plutôt que d'être guetteurs
35:09et de risquer
35:09de se prendre une balle.
35:12Donc,
35:12en fait,
35:13il y a beaucoup d'argent
35:14qui est mis
35:15dans la répression
35:16et qui pourrait être
35:17réinvesti
35:18très utilement
35:19à la fois
35:20dans l'insertion sociale,
35:23dans la réhabilitation
35:24des quartiers populaires
35:25et dans la prévention.
35:26Donc,
35:26c'est pour ça
35:26qu'il y a une responsabilité
35:27de l'État
35:28à ce niveau-là
35:29et puis,
35:30il y a aussi
35:30une responsabilité
35:32de l'État.
35:33C'est ce qu'ont fait
35:33les Italiens,
35:34c'est-à-dire
35:35sur le fait
35:35de s'attaquer
35:36à l'argent
35:38qui circule
35:39en lien
35:40au blanchiment
35:41de l'argent,
35:42en fait.
35:42Et la répression
35:44sur le consommateur,
35:46le culpabiliser,
35:48les études montrent
35:49que ça ne sert à rien
35:50et par ailleurs,
35:51quand les gens
35:52consomment
35:53et qu'ils ont honte
35:53de leur consommation
35:54ou qu'ils culpabilisent,
35:56ils vont hésiter
35:57à aller vers les soins.
35:58Donc,
35:58ils vont rester
35:59dans leurs addictions
36:00et ils ne seront pas
36:00soignés correctement.
36:02Aoubakar Sakhanoko,
36:03vous connaissez très bien
36:04le terrain.
36:05Est-ce que ça vous parle
36:07le constat qui est fait ?
36:09Oui,
36:09ça me parle
36:10parce que ça m'évoque
36:11le fait que
36:12les métiers les plus...
36:14Parmi les métiers
36:14les plus utiles en France,
36:16les métiers du social,
36:17ce sont les métiers
36:19les moins bien payés
36:20c'est les métiers
36:21à travers lesquels
36:23il y a des restrictions
36:25budgétaires
36:26par rapport aux projets,
36:27par rapport aux accompagnements
36:29de la jeunesse.
36:30Et moi,
36:31depuis tout à l'heure,
36:32je loue
36:33toutes vos actions,
36:35même cette émission,
36:35même le travail
36:37que vous faites
36:37parce qu'il n'y a vraiment
36:39pas assez de sensibilisation
36:40concernant ce protoxyde d'azote.
36:42C'est un vrai problème
36:43de santé,
36:44de société.
36:46Et pour faire un parallèle
36:47avec le tabac,
36:48en fait,
36:48il faudrait des campagnes.
36:49C'est pour ça
36:50que ce que vous faites,
36:51vous,
36:51par le biais des réseaux sociaux,
36:52c'est très important.
36:53C'est-à-dire,
36:54moi,
36:55j'ai vu déjà
36:55des gens
36:56sur les réseaux sociaux.
36:58J'avais un jeune
36:58que je suivais
37:00sur TikTok
37:01et carrément,
37:02il avait subi
37:03les conséquences
37:04du protoxyde d'azote
37:05et il l'exprimait.
37:06Il avait dit
37:06qu'au niveau facial,
37:09il avait eu
37:09des paralysies.
37:12Moi,
37:12j'ai des jeunes
37:12que je suis
37:13dans le cadre de mon travail
37:14avec mon équipe
37:15qui ont eu
37:16des crises cardiaques,
37:17fauteuils roulants,
37:20ils marchent
37:21avec des béquilles.
37:22Et en fait,
37:22il faudrait
37:23beaucoup plus
37:23de sensibilisation
37:24sur le plan national
37:25sur les conséquences
37:26du protoxyde.
37:27Vous êtes père de famille,
37:28vous en parlez aussi
37:29avec d'autres parents
37:31de votre génération
37:32ou c'est un peu méconnu ?
37:33Après,
37:34vous vous êtes un peu au fait,
37:34mais les mamans,
37:36les papas,
37:37ils arrivent
37:38à comprendre
37:39ce qui se passe ?
37:40En fait,
37:41on est dans
37:41la génération,
37:43comment dire,
37:43on est dans cette époque-là
37:44où il y a trop
37:45d'informations,
37:45en fait.
37:46Donc,
37:46le protoxyde d'azote
37:47passe à côté,
37:48en fait.
37:49Il y a tellement
37:49d'informations,
37:50il y a tellement de...
37:51Les réseaux sociaux,
37:53c'est marrant
37:54parce qu'on n'a jamais été
37:56aussi connectés
37:56virtuellement,
37:57mais on n'a jamais été
37:59aussi éloignés
38:00humainement,
38:01enfin,
38:01en tout cas,
38:02au niveau des liens.
38:03On est moins liés
38:05avec les gens
38:05de nos familles,
38:06on est moins liés
38:06aujourd'hui,
38:08alors qu'on est
38:08super connectés.
38:10Et il y a un surplus
38:11d'informations,
38:11et notamment
38:12l'information
38:13du protoxyde d'azote
38:14sur les conséquences.
38:18Vous dites
38:18qu'on a du mal
38:19à comprendre
38:19ce qui se passe
38:20aussi dans la vie
38:20des jeunes,
38:20c'est ça ?
38:22Exactement,
38:22c'est ça.
38:23Sachant que aussi,
38:23ce qui est intéressant,
38:24peut-être que vous l'avez
38:25observé,
38:25mais vous êtes,
38:25je vous considère
38:26encore comme des jeunes,
38:27vous êtes très ciblés
38:28sur les réseaux sociaux,
38:31vous êtes la cible
38:32de campagne marketing
38:33de ces produits-là.
38:35Vous les voyez passer,
38:35vous ?
38:36Des pubs
38:36pour le protoxyde d'azote,
38:37pour une puff,
38:39c'est-à-dire
38:39une cigarette électronique
38:40avec des cadaminoïdes ?
38:40Moi, généralement,
38:41les pubs que je vois,
38:42les pubs que je vois,
38:43par exemple,
38:44les gens qui essayent
38:45de sensibiliser
38:46par rapport à la drogue,
38:48c'est des vieux.
38:49Des vieux qui parlent
38:50à des jeunes.
38:51Moi, franchement,
38:52j'ai 17 ans,
38:53il y a un vieux,
38:53il me parle,
38:53il me dit,
38:55je vais fumer.
38:57C'est dommage,
38:58mais soit.
38:58Ouais, même si
38:59son message,
39:00il est bon.
39:01Mais c'est bien
39:01quand c'est un jeune
39:02qui parle à un autre jeune.
39:03Faut savoir,
39:04faut parler la langue
39:05du jeune, en fait.
39:06Faut parler comme lui,
39:07faut trouver les bons mots
39:08qui vont le choquer.
39:10Ça veut dire que
39:11les pubs,
39:12par exemple,
39:13on a tous vu des pubs
39:14accident de la route,
39:15c'est un papa,
39:16il est avec sa fille,
39:17il a regardé son téléphone,
39:18hop, accident.
39:20Ça, OK,
39:22c'est choquant
39:22quand on le regarde,
39:23mais après,
39:23je zappe,
39:24ça y est,
39:24je m'en fous.
39:24Non, mais...
39:26Alors, qu'est-ce qu'il fait ?
39:27Parce que,
39:27donc, à ce moment-là,
39:27vous estimez que
39:28votre parole à vous
39:29pèse plus.
39:29Qu'est-ce qu'il fait,
39:30selon vous,
39:30qu'elle pèse plus ?
39:31C'est même pas ça.
39:32Moi, je vais vous dire
39:33pourquoi.
39:34Vas-y, vas-y.
39:36Nous, de base,
39:37nos vidéos,
39:38c'est pas de la prévention.
39:39Au début,
39:39on voulait juste
39:40combler le vide
39:40qu'on avait.
39:41On faisait ça
39:42avec le cœur, quoi.
39:43Et au final,
39:44on voit que ça marche
39:45et les gens,
39:46ils viennent,
39:46ils nous disent
39:46maintenant,
39:47avec les mentalités,
39:47on a besoin de...
39:48Justement, nous aussi,
39:48on nous appelle
39:49pour intervenir,
39:51faire de la prévention.
39:52Donc, il y a une forte demande.
39:53On s'était dit,
39:54les gars,
39:54il y a un truc à faire.
39:55La jeunesse,
39:55ça va venir.
39:56Et en vrai,
39:56pas que les jeunes.
39:57Parce que nous,
39:58on pense que les jeunes,
39:59mais franchement,
40:00on reçoit beaucoup
40:00de messages
40:01de pères de famille,
40:02d'anciens
40:03qui nous disent
40:04merci,
40:04grâce à vous,
40:05nanani.
40:06De maman aussi.
40:07De maman.
40:08Et franchement,
40:09ça nous touche.
40:10Et nous,
40:11on ne pensait pas
40:11avoir un aussi grand impact
40:12que ça.
40:13Si on rembobine un peu,
40:14le déclencheur
40:15de l'arrêt pour vous
40:16de la Bédave,
40:18comme vous dites,
40:19c'est quoi ?
40:20Moi, je vais vous répondre.
40:22Franchement,
40:23comme tout le monde.
40:23Ici, on a été engrené.
40:25Et pour arrêter,
40:26on s'est engrené aussi.
40:28On s'est engrené à quatre.
40:28Pourquoi ?
40:29Pourquoi vous dites
40:29un beau matin,
40:30tous ensemble ?
40:31Parce qu'en fait,
40:32on se fréquentait tout le temps,
40:33tous les jours,
40:33on faisait les mêmes choses,
40:34comme des robots.
40:35Oui.
40:36Comme des robots.
40:36Vous êtes lassé.
40:38C'était une routine.
40:39On avait besoin
40:39de sortir sur routine
40:40parce qu'on grandissait,
40:41on voit les gens
40:41autour de nous,
40:42ils avancent.
40:43nous, on est là,
40:44on stagne.
40:45On s'est dit,
40:45les gars,
40:45il faut arrêter.
40:46C'est maintenant,
40:47il faut arrêter,
40:47les gars.
40:49Vous aviez des modèles
40:51autour de vous
40:51qui avaient arrêté,
40:52qui avaient réussi ?
40:53Déjà, chacun a ses propres modèles.
40:56Mes modèles,
40:57c'est mes parents,
40:57mes grands frères.
40:59Ils ont avancé dans leur vie,
41:01ils ont de leur famille.
41:02J'ai envie de finir comme eux.
41:04Moi, c'est ça, mes modèles.
41:06Après, c'est ses parents,
41:07c'est ses parents.
41:08Chacun a ses modèles,
41:09mais les modèles qu'on a...
41:12Est-ce qu'il y a des anti-modèles,
41:14des gens à qui vous ne voulez pas ressembler,
41:15justement, aussi,
41:16que vous avez peut-être vu évoluer
41:17dans ce...
41:18Il y en a beaucoup,
41:19mais par respect,
41:21on ne va pas dire qui c'est,
41:23mais il y en a pas mal.
41:24Et je pense qu'il y en a
41:25dans tous les quartiers
41:25des modèles comme ça
41:26à qui on ne veut pas ressembler,
41:29mais malheureusement,
41:30on fait tout pour le ressembler.
41:33Et on pense qu'on gère ?
41:34On pense qu'on gère, ouais.
41:36Et justement,
41:36quand on dit
41:37« je gère »,
41:38c'est là où tu ne gères plus rien,
41:39mon frère.
41:40Justement,
41:41je voudrais rebondir
41:41sur ce que vous dites.
41:42Vous êtes en lien direct
41:43avec votre génération,
41:44c'est-à-dire...
41:46En fait,
41:46vous avez de grandes responsabilités.
41:47Vous êtes des Spiderman.
41:48C'est une de mes questions,
41:49effectivement.
41:50Il y a une petite pression aussi,
41:51déjà,
41:52pour ne pas retomber
41:53et puis pour assurer
41:54par rapport à tous ces gens
41:55qui vous suivent aujourd'hui.
41:57Non ?
41:57Justement,
41:59nous,
41:59par rapport à ça,
42:01vu que je vous dis,
42:01nous, au début,
42:02quand on a fait des choses,
42:03on ne les a pas faits pour les gens.
42:05On les a faits pour nous
42:05et moi,
42:06surtout pour ma famille.
42:08Parce qu'on va dire
42:09que nous,
42:09on a un petit problème chez nous,
42:10c'est qu'on n'a pas
42:11ce dialogue direct
42:14avec nos parents,
42:14dans le sens où
42:15on n'arrive pas
42:16à ouvrir nos cœurs
42:17à nos parents.
42:18Ça veut dire,
42:18il y a des choses
42:18que je n'arrivais pas
42:19à leur dire en face
42:20et j'essaie de les transmettre
42:22en vidéo,
42:23tu vois ou pas ?
42:24Donc,
42:25il y a eu ce petit truc aussi
42:26qui a fait que,
42:26mais c'est vraiment
42:28avec le temps
42:28qu'on a compris l'impact
42:29qu'on avait.
42:29C'est très intéressant
42:30parce que je pense
42:31que c'était peut-être
42:31pas évident aussi
42:32de vous assumer
42:33comme fumeur
42:34aux yeux de tout le monde.
42:35Là, il y a eu quand même
42:36une preuve de courage aussi.
42:40ça m'a envoyé des messages
42:42« Ah ouais, tu fumes, bata ! »
42:44Ça m'a envoyé des messages
42:46« Ah ouais, tu fumes ! »
42:47Donc, c'était caché.
42:49Abdel Samad, pour vous aussi ?
42:50Après, moi,
42:51je ne vous mens pas personnellement.
42:52Moi, mes parents,
42:53ils savaient que je fumais.
42:54Ça veut dire,
42:55pour moi,
42:55il n'y avait que mes parents.
42:57Dès qu'ils ont su,
42:58je ne le cachais pas.
42:59Donc,
43:00je m'en foutais un peu.
43:01Mais,
43:02par exemple,
43:03on a beaucoup été aussi aidés
43:05par ceux qui regardent.
43:07Nos vidéos,
43:08on les a aidés
43:08comme ils ont pu
43:09nous aider.
43:10On les a aidés en retour.
43:11Parce que,
43:12c'est vrai que,
43:12comme tu as dit,
43:13quand tu vois
43:14qu'il y a des millions de vues,
43:16ils voient tout ce que
43:17tu as arrêté,
43:17tout ça,
43:18déjà,
43:18c'est dur de retomber dedans.
43:20Parce que,
43:21en quelque sorte,
43:22c'est un engagement
43:23entre nous et eux.
43:25J'aimerais qu'on prenne
43:26un petit peu de hauteur
43:27pour terminer
43:28et parler peut-être
43:29d'exemples aussi
43:30qu'il y a à l'étranger.
43:31Déjà,
43:31première question,
43:32M. Dalbis,
43:32est-ce que le protoxyde d'azote,
43:33c'est un problème
43:34qui est spécifiquement français
43:35ou est-ce que vous avez
43:36une idée de ce qui se passe
43:37peut-être dans les pays européens
43:38à l'extérieur ?
43:39Non,
43:39non,
43:39pas du tout.
43:39Non,
43:39c'est un problème mondial,
43:41entre guillemets.
43:42Non,
43:42non,
43:42c'est pas du tout spécifique
43:43à la France.
43:43Il n'y a pas plus de consommateurs
43:45ici qu'ailleurs.
43:46Donc,
43:46c'est vraiment quelque chose
43:47qui gangrène toutes les sociétés,
43:49tous les pays,
43:50toutes les classes sociales.
43:51C'est extrêmement large.
43:52Le spectre est extrêmement large.
43:53Et avec des modèles peut-être
43:55de prévention à suivre
43:58ou vous observez un peu
43:59ce qui se passe ?
44:00Alors,
44:00il y a effectivement
44:01quelques pays
44:01qui sont un peu en avance
44:02sur nous en termes de prévention,
44:04en termes surtout d'information.
44:06En France,
44:06les premiers cas ont été détectés
44:07autour des années 2017.
44:09C'est là où il y a
44:09les premiers signalements.
44:10Bon,
44:10il ne s'est rien passé.
44:12Depuis 2017,
44:13on sent vraiment
44:14une consommation croissante,
44:15croissante,
44:16croissante.
44:16Et de 2017 à maintenant,
44:18c'est une explosion.
44:19Donc vraiment,
44:20c'est une drogue,
44:21c'est une consommation
44:22qui a vraiment évolué
44:22de manière extrêmement
44:24un petit peu insidieuse
44:25au départ,
44:26oui,
44:26très lentement.
44:27Et ensuite,
44:27ça s'est accéléré.
44:28Mais alors,
44:28ça s'est accéléré
44:29dans les trois ou quatre
44:30dernières années.
44:31Je pense que la consommation
44:32a dû être multipliée par dix.
44:34Et je pense que le tort,
44:36effectivement,
44:36de nos dirigeants,
44:37c'est de ne pas avoir
44:38pris en considération
44:38ce problème.
44:39Et c'est que depuis 2017
44:41à 2026,
44:42il ne s'est pas passé grand-chose.
44:44Il ne s'est pas passé grand-chose.
44:45Alors,
44:45il y a eu des petites actions,
44:46on a parlé de répression,
44:47des amendes,
44:48etc.
44:48Mais il n'y a pas eu
44:49de véritables campagnes
44:50d'information.
44:51Donc,
44:51je pense qu'aujourd'hui,
44:52le gouvernement
44:52qui va peut-être
44:54essayer de se rattraper
44:55par le biais d'une loi,
44:56par le biais
44:56des différentes actions,
44:58maintenant,
44:58je pense que c'est rentré
44:59dans la conscience collective
45:00et tout le monde sait
45:01qu'il faut vraiment
45:02faire quelque chose.
45:03Donc,
45:03je pense que maintenant,
45:04les choses vont s'accélérer.
45:05Mais il a fallu taper
45:06dans la fourmilière,
45:06il a fallu secouer un peu
45:07le cocotier,
45:08il a fallu qu'il y ait
45:08des associations
45:09comme nos amis
45:10qui s'occupent de tout ça
45:11pour que vraiment,
45:12les gens prennent conscience
45:13du phénomène.
45:13Et c'est un phénomène social,
45:15c'est un phénomène
45:16de santé publique,
45:17mais c'est également
45:18un problème financier
45:19parce que le coût sociétal,
45:21le coût sociétal
45:22de la consommation
45:22du protoxyde,
45:24c'est monstrueux.
45:24On ne se rend pas compte
45:25de ce qui va se passer,
45:26mais ça va être
45:27une explosion financière
45:28parce que les patients
45:30que l'on reçoit
45:31dans l'établissement,
45:32on arrive à les sauver un peu,
45:33on recommence
45:34à les faire marcher,
45:35mais la société
45:36va les porter
45:36pendant 10 ans,
45:3720 ans
45:37avec un fauteuil roulant,
45:39un déambulateur.
45:40Donc,
45:40le coût pour la société
45:41est énorme,
45:42est énorme.
45:42Et je pense qu'il y a
45:43vraiment de gros moyens
45:44à mettre dans la formation,
45:46dans la prévention
45:46pour vraiment stopper
45:48ce phénomène
45:48le plus rapidement possible.
45:50Merci.
45:51Marie-Geoffrey Roustide,
45:52vous êtes membre
45:52du Conseil scientifique
45:53de l'Agence de l'Union Européenne
45:54sur les drogues.
45:55Est-ce que vous voyez
45:56peut-être des modes d'action
45:57à l'étranger
45:58dont nous pourrions
45:58nous inspirer ?
46:00Alors oui,
46:00il y a plein de modèles
46:01de politique publique
46:02qui fonctionnent mieux
46:03que ce qu'on a mis en place
46:04en France
46:05parce que,
46:05voilà,
46:06j'ai dit tout à l'heure,
46:06on a une baisse
46:07des consommations
46:08en France
46:08mais on reste quand même
46:09parmi les pays
46:11qui consomment le plus,
46:13en particulier
46:14du cannabis.
46:16Il y a plusieurs modèles
46:17qui sont intéressants.
46:19Par exemple,
46:19il y a un modèle
46:21qui est très intéressant,
46:22c'est le modèle islandais.
46:23Et donc,
46:24en fait,
46:24il y a quelques années,
46:25en Islande,
46:26c'était le pays d'Europe
46:27où il y avait
46:27les niveaux de consommation
46:29de cannabis,
46:30d'alcool et de tabac
46:30les plus élevés.
46:32Et puis,
46:33le gouvernement islandais
46:35avait une politique répressive
46:37comme la France
46:37et ils ont dit
46:38mais en fait,
46:39il faut qu'on travaille
46:40sur pourquoi les gens
46:41consomment,
46:41un peu tout ce dont
46:42on a parlé aujourd'hui.
46:43Donc,
46:44au lieu de dire
46:44on va mettre plus d'argent
46:45sur la répression,
46:46ce que fait la France,
46:48l'Islande a dit
46:48mais en fait,
46:49on va donner
46:50des incitations
46:51aux familles
46:52et donc,
46:52ils ont donné
46:53de l'argent aux familles
46:54pour qu'elles puissent faire
46:55des activités sportives,
46:56des activités culturelles
46:58avec leurs enfants.
46:59Et donc,
47:00le fait de mettre en place
47:02vraiment cette culture
47:04de la prévention
47:05et le fait de créer
47:06des environnements
47:07de vie
47:08où les gens auront
47:09moins besoin
47:09de consommer
47:10pour oublier
47:11une vie difficile
47:12et ça a apporté
47:15ses fruits
47:16et aujourd'hui,
47:17l'Islande
47:17a considérablement
47:19fait baisser
47:20la consommation
47:21de drogue
47:22chez les jeunes
47:23parce qu'ils ont eu
47:25des activités
47:27pour s'occuper
47:28et donc,
47:30le sentiment
47:31d'être plus heureux
47:32et d'avoir
47:32moins besoin
47:34de consommer
47:36pour oublier
47:37une vie difficile
47:39ce que vous avez évoqué
47:40tout à l'heure
47:41les uns et les autres.
47:42Donc,
47:42je trouve que
47:42ce modèle islandais,
47:44c'est-à-dire
47:44investir beaucoup d'argent
47:46sur créer
47:47des environnements favorables,
47:48ça,
47:48ça peut être
47:49un modèle intéressant
47:50et puis,
47:51il y a aussi
47:51au Québec
47:52où là,
47:53ils ont décidé
47:53de légaliser
47:54le cannabis
47:55mais pour les plus
47:56de 21 ans
47:56donc,
47:58l'accès
47:59n'est pas possible
48:00pour les moins
48:01de 21 ans
48:01parce que
48:02c'est chez les plus jeunes
48:03que les produits
48:04sont les plus dangereux
48:05parce que le cerveau
48:06n'est pas encore
48:07arrivé à maturité
48:08et
48:09l'argent
48:11de la vente
48:12du cannabis
48:12donc,
48:13qui est fait par l'État
48:13maintenant
48:14est réinvesti
48:15dans la prévention
48:16et il développe
48:17beaucoup
48:17tout ce qu'on appelle
48:18compétences psychosociales
48:20c'est des programmes
48:22de prévention
48:23pour les jeunes
48:23pour leur apprendre
48:24à dire non
48:25et à résister
48:26à la pression
48:27par les pères
48:28parce que
48:28quand on est jeune
48:29quand on est moins jeune
48:31aussi pour l'alcool
48:32mais
48:32quand on est jeune
48:34on consomme aussi
48:35parfois
48:35du cannabis
48:36de l'alcool
48:37ou du protoxyde d'azote
48:38parce que les autres
48:39consomment
48:40et qu'on veut être
48:40comme tout le monde
48:41et qu'on n'a pas envie
48:42de se faire remarquer
48:43voilà,
48:44alors ça existe aussi
48:45chez les plus vieux
48:45quand vous ne consommez
48:46pas d'alcool
48:47en France
48:48tout le monde
48:48vous pose la question
48:49pourquoi tu ne consommes
48:50pas d'alcool
48:51etc
48:51ça bouge un peu
48:52ça commence à bouger
48:54chez les plus jeunes
48:55ça c'est au Québec
48:56au Québec
48:56voilà
48:57alors ça existe aussi
48:58un peu en France
48:59mais au Québec
49:00ils l'ont vraiment
49:00développé très fortement
49:02donc voilà un peu
49:03les modèles
49:04je pense qui pourraient
49:05inspirer la France
49:07un dernier mot
49:08sans faire le débat
49:09sur la dépénalisation
49:10mais votre
49:10si vous avez un point de vue
49:12arrêté sur la question
49:12ça peut nous intéresser
49:13dépénalisation
49:14sur le cannabis
49:15par exemple
49:15j'ai plus été déjà
49:17attiré par
49:18l'Islande
49:21comment l'Islande
49:21on gérait le truc
49:22dans le sens où
49:23ils ont donné de l'argent
49:25aux familles
49:25pour justement
49:27combler un vide
49:29pour combler un vide
49:30et justement
49:31pourquoi on fume ?
49:33la fumette
49:33au bout d'un moment
49:33ça devient quoi ?
49:34ça devient une habitude
49:35et cette habitude
49:36une habitude
49:37c'est quoi ?
49:37ça se remplace
49:38ça veut dire
49:39en vrai de vrai
49:41personnellement
49:42moi comment
49:42j'ai surpassé
49:44cette envie de fumer
49:45c'est vraiment
49:46avec ALB
49:46nous le vide
49:48justement
49:48on l'a comblé
49:48avec l'entrepreneuriat
49:49on a vu
49:50qu'en soir
49:51on n'avait plus le temps
49:51de fumer
49:52tu ne pensais même plus
49:52à fumer
49:53alors le mot de la fin
49:54qu'est-ce que
49:55Abdel Samad
49:55qu'est-ce que vous diriez
49:56à un jeune
49:57qui pense justement
49:57maîtriser sa consommation
49:59peu importe ce que c'est
49:59alors je pense
50:01qu'en vrai
50:02tu auras beau
50:03contrôler ta consommation
50:06pendant un moment
50:07un jour ou l'autre
50:10tu perdras le contrôle
50:12si tes potes
50:13tu sens que
50:14tu dois fumer
50:14pour t'intégrer
50:15dans ton groupe de potes
50:17c'est que
50:17c'est pas les bons potes
50:20c'est tout
50:21moi c'est
50:22un dernier mot
50:23tout dernier mot
50:23deux choses à dire
50:24deux phrases simples
50:26première phrase
50:27si tu dis
50:28t'inquiète je gère
50:29c'est que t'es dedans
50:30sache-le
50:31si tu dis ça
50:32c'est que t'es dedans
50:33et deuxième phrase
50:33plus tu fumes
50:35c'est quelqu'un
50:35qui l'avait dit
50:36mais je sais plus
50:36c'est qui
50:36plus tu fumes
50:37à côté de chez toi
50:38plus t'es accro
50:39parce qu'au début
50:40quand tu commences à fumer
50:40on fume
50:41des mois on change de ville
50:42pour fumer
50:43et après avec le temps
50:45plus tu prends de la conférence
50:45plus tu te rapproches
50:46une fois que tu fumes
50:47en bas de chez toi
50:48c'est fini mon frère
50:48merci
50:49c'est un signe à surveiller
50:51merci beaucoup à tous
50:53pour ce débat
50:53c'était très intéressant
50:54merci pour vos éclairages
50:55et à très bientôt
50:56sur France 24
50:57Sous-titres par Jérémy Diaz
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