00:00Alors, les raisons principales, c'est d'abord de rappeler qu'un enfant de 10 ans qui vient à l'école avec un couteau, c'est un enfant victime.
00:07C'est un enfant victime parce que les adultes sont là pour protéger les enfants et un enfant de 10 ans ou de 11 ans ou de 12 ans ou de 9 ans n'a pas à avoir d'arme blanche sur lui.
00:18Donc, effectivement, sur le rôle des parents, ça, c'est un fait qu'il y a manifestement une carence éducative et d'ailleurs, j'imagine qu'une enquête sociale va être ordonnée dans les deux affaires.
00:31Et il y a aussi un problème au niveau de l'école puisque c'est aussi le rôle de l'école, de l'institution de faire en sorte que ce genre d'incitants ne se produise pas.
00:41Et sur le sujet, vous savez bien qu'il y a en France une faille colossale entre l'école publique et l'école privée.
00:49Et dès que les personnes peuvent mettre leurs enfants dans le privé, elles le font.
00:54Et donc, on a une concentration aujourd'hui d'enfants plus ou moins à problème.
00:59Oui, mais ça, ça existait avant, Jean Dorido. Ce n'est pas nouveau, ça existait avant.
01:04Il y a 20 ans, c'était pareil. On disait toujours que le privé, c'était mieux, etc.
01:08Mais simplement, il n'y avait personne qui allait à l'école avec un couteau.
01:11Donc, il y a autre chose qui a changé.
01:13Ça, d'abord, je n'en sais rien s'il n'y avait personne avec un couteau.
01:16En tout cas, moi, je n'ai pas souvenir d'affaires où on a des gamins de 10 ans qui sont avec des couteaux dans les écoles il y a 20, 20 ou 30 ans.
01:23Mais il y avait de la violence aussi.
01:24Quand j'étais en culot de course, et vous pouvez me voir que ça ne date pas d'hier,
01:29j'étais dans le public et il y avait à l'école des petits voyous dont certains avaient des couteaux.
01:35Je me rappelle même des couteaux avec grand arrêt.
01:37Ce n'est pas banalisé, ça a toujours eu lieu.
01:39Ce qu'il faut bien comprendre, d'abord, si on essaye d'être positif, dans les deux cas, il n'y a pas eu de passage à l'acte.
01:44En revanche, il y a des enfants qui sont manifestement en danger de par les carences éducatives qu'ils subissent.
01:50Et c'est un vrai problème, en l'occurrence, de ce que j'ai compris, de ces deux écoles qui ne parviennent pas à maintenir un climat de sécurité.
02:00Ce pauvre enfant-là qui a pris la défense du groupe de filles, effectivement, aujourd'hui, il est traumatisé.
02:06Ces menaces de mort, c'est extrêmement grave.
02:08Et il est nécessaire que les institutions publiques fassent quelque chose.
02:11Or, on le sait bien, nous avons en France des centres éducatifs fermés, des centres éducatifs renforcés, pour justement ces mineurs à problème.
02:20Sauf que l'institution qui s'occupe de ça, c'est la PJJ, la protection judiciaire de la jeunesse.
02:27Et la PJJ en France, c'est un naufrage.
02:29– Jean-Dorinot, Camille Bray n'a pas l'air du tout convaincue par les institutions dont vous parlez.
02:34– Monsieur, je suis désolée.
02:35– Écoutez-la, écoutez-la, elle va vous expliquer pourquoi.
02:37– Monsieur, je vais vous dire, vous n'avez pas voix au chapitre concernant la PJJ et concernant les mineurs,
02:43et dont les centres éducatifs fermés qui n'ont de nom que fermé, monsieur.
02:47Parce que je vais vous dire, moi, dans ma carrière, j'ai exercé.
02:49J'ai exercé dans ces centres éducatifs fermés avec ces mineurs à problème.
02:51Donc il suffit aujourd'hui de mettre toujours ces enfants en problématique en termes de position de victime.
02:59Ce ne sont pas tout le temps des victimes, et ce sont souvent des auteurs, monsieur.
03:03Et pour revenir aussi sur ce que vous dites, voilà, le fait que les écoles doivent aussi sanctuariser,
03:10être à l'affût des problèmes sécuritaires.
03:13Mais monsieur, les professeurs d'école ne sont pas des agents de sécurité.
03:16Ce ne sont pas leur travail.
03:18Qu'avez-vous à répondre dessus ?
03:19– Eh bien, il vous répond, Jean-Dorinot.
03:20– Oui, oui, ce que je vous réponds avec plaisir.
03:23Une école, c'est n'importe qui qui a fait de l'éducation,
03:26qui a été éducateur ou enseignant, une école instaure un climat.
03:31Je ne serais pas étonné du tout, je peux même en être sûr,
03:34qu'il y a des insultes à chaque récréation dans ces écoles.
03:39Et le rôle d'une école, le rôle de direct.
03:43Comprenez, ma chère madame, qu'un climat…
03:45– Non, mais je ne comprends si vous ne comprenez pas, monsieur.
03:47Moi, c'est un métier que j'ai exercé. Vous, non.
03:49– Mais vous ne connaissez pas mon curriculum vitae, chère madame.
03:52– Oui, vous êtes psychologue. Moi, j'ai travaillé auprès de ces jeunes-là, monsieur.
03:55– Bon, je fais avec…
03:59– Oui, oui, reprenez votre gouffle, retrouvez vos mots, ça va aller.
04:02– Que je m'explique mal, parce que moi, je n'ai rien contre vous.
04:06Je ne vous vois même pas. D'ailleurs, je n'ai pas de retour image.
04:08Maintenant, j'entends une vraie hostilité.
04:09– Ce n'est pas grave, c'est la voix qui compte.
04:10– Vous expliquez que les enfants sont soit victimes, soit auteurs de faits délictueux.
04:18L'un n'empêche pas l'autre. Un enfant violent est très souvent un enfant qui subit des violences.
04:23Et la PJJ, justement, c'est un problème. Elle victimise ses enfants.
04:27Alors, ça n'est pas son rôle. La protection judiciaire de la jeunesse, son rôle,
04:30c'est d'aider des enfants qui, par les circonstances de la vie, ont pris un mauvais chemin,
04:35à reprendre le droit chemin. Or, ce n'est pas ce qu'elle fait précisément,
04:38parce que les éducateurs de la PJJ sont très, très mal formés
04:41et ne savent pas faire ce travail.
04:43Quant au climat de sérénité qu'un store ou une école,
04:47précisément, quand vous avez une salle de classe,
04:49quand vous avez une cour de récréation, le rôle de l'école,
04:52oui, c'est le rôle du directeur, oui, c'est le rôle des enseignants,
04:56c'est de ne pas laisser…
04:57Souvenez-vous de Giuliani à New York, qui avait dit
04:59« S'il y a un graffiti, un tout petit graffiti sur un mur,
05:02on doit l'effacer tout de suite, parce que sinon, 15 jours après,
05:05tout est dégradé. » C'est la même chose.
05:07– Alors, réponse rapide de Camille.
05:09– Si vous laissez une insulte, un nom d'oiseau volé…
05:12– Alors, on reste calme et on ne s'insulte pas.
05:15– C'est-à-dire que ces arguments ne tiennent pas la route pour vous ?
05:19– Absolument pas.
05:21Mais, monsieur, écoutez, je suis désolée,
05:22mais est-ce que cette personne, ce monsieur, ce psychologue,
05:25a rencontré déjà des personnes qui travaillent
05:27au sein de la protection judiciaire de la jeunesse ?
05:29A-t-il déjà rencontré des juges pour enfants ?
05:31A-t-il déjà rentré dans les centres éducatifs fermés ?
05:33A-t-il déjà échangé avec les victimes ?
05:35A-t-il déjà échangé, ne serait-ce aussi qu'avec les auteurs ?
05:38Vous pouvez répondre à ma question ?
05:39– Oui, bien sûr, la réponse est oui à tout, bien sûr.
05:42– D'accord, et qu'en pensez-vous ?
05:43Alors, c'est quoi le bilan ?
05:44– Le bilan, c'est que la protection judiciaire de la jeunesse en France
05:48est un naufrage, ça ne marche pas, c'est une fabrique…
05:53– Oui, mais monsieur, vous savez pourquoi ça ne marche pas ?
05:54Je vais vous dire pourquoi ça ne marche pas,
05:56parce qu'on a un code pénal, on a un code pénal aujourd'hui, monsieur,
06:00qui n'est plus adapté à cette jeunesse-là.
06:03Je répète, monsieur, les mineurs de 1945,
06:06la loi sur laquelle elle se base, ne sont pas les mineurs de 1945.
06:09Alors, on ne comprend pas…
06:16Sous-titrage Société Radio-Canada
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