00:00Aujourd'hui, vous savez, Thierry Breton, qu'il y a d'autres personnalités françaises qui sont visées par des sanctions
00:03américaines.
00:04C'est le cas notamment d'un ancien juge français de la Cour pénale internationale,
00:08qui lui aussi a été placé avant vous sous sanctions américaines et qui raconte aujourd'hui son quotidien.
00:12Alors, comme vous, il n'a pas le droit de mettre un pied aux États-Unis, mais ça va un
00:15peu plus loin dans son cas précis.
00:17Il ne peut plus non plus aller à la banque sortir de l'argent parce que le système est américain.
00:21Il ne peut même plus se connecter à son compte Netflix.
00:25On peut peut-être survivre sans ça.
00:27Mais est-ce que ça pourrait vous arriver un jour et est-ce que ça pourrait nous arriver à nous,
00:32Européens, un jour ?
00:33Mais vous avez bien compris qu'au-delà de ma personne, c'est l'Europe dont il s'agit.
00:35Oui. Est-ce que ça pourrait nous arriver ? Est-ce qu'un jour, les Américains pourraient débrancher tout ça
00:39?
00:39Vous savez, un, je le redis, au-delà de ma personne, c'est l'Europe.
00:44C'est le Parlement européen qui a voté à 90% ces lois qui est concernée.
00:48C'est l'ensemble des 27 États membres de l'Union européenne qui ont voté tous à l'unanimité ces
00:53lois.
00:53C'est nous tous, Européens, les 450 millions de concitoyens que nous constituons.
00:58Mais est-ce que ça veut dire que si un jour on va trop loin dans le bras de fer
01:00avec les États-Unis de Donald Trump,
01:02il pourrait décider de nous sanctionner collectivement ?
01:05Et est-ce qu'on serait prêts à survivre à ça ?
01:08Mais bien entendu. Et vous savez pourquoi ?
01:09Non.
01:11Parce que pour ces réseaux, l'Europe, c'est le plus grand marché du monde.
01:17Ils font, sur notre territoire européen, et on les accueille, pour peu qu'ils respectent nos lois, c'est tout,
01:22on ne demande rien d'autre.
01:24Ils réalisent 30, 40, 50% de leurs bénéfices.
01:27Et leur quoi ? Vous imaginez qu'ils vont se tirer une balle dans le pied ?
01:30Enfin, vous avez bien vu comme moi, que ce qui fait plier, finalement, dans les rapports de force,
01:37qu'il faut mener, encore une fois, non pas parce que nous sommes des ennemis,
01:40mais parce qu'il faut balancer, contrebalancer, ce qui se passe, notamment entre nous et les États-Unis aujourd'hui,
01:47mais aussi avec la Chine.
01:48On a effectivement cette puissance énorme que nous constituons, il faut l'utiliser,
01:53parce que moi, je vais vous dire une chose, je vais vous dire une chose.
01:55On est puissant, mais on se croit très faible.
01:57Absolument, vous avez parfaitement raison, c'est un très bon résumé, je vous l'accorde à l'instant.
02:01Mais évidemment, jamais, jamais, aucune entreprise ne pourra se passer,
02:07y compris dans le secteur de la tech, du marché européen.
02:10Eh bien voilà, il faut qu'on soit conscient, comme vous venez de le dire,
02:13de notre capacité à exercer des rapports de force, pas encore de façon belliqueuse,
02:17parce que nous ne sommes pas, nous, un projet belliqueux,
02:19mais tout simplement pour nous protéger.
02:21Vous voyez, j'ai employé le mot, nous protéger.
02:24Parce que désormais, c'est bien de ça dont il s'agit.
02:26Soit on se protège, soit, vous avez bien lu, comme beaucoup, je pense,
02:30ce document de la sécurité nationale américaine qui a été publié,
02:35qui vient du département d'État, début décembre de l'année dernière,
02:41qui indiquait très précisément sur 33 pages les nouvelles voies et moyens
02:45de la politique étrangère américaine.
02:48Deux pages consacrées à l'Europe, dans lesquelles on dit de façon très explicite
02:51que l'Europe, l'Union européenne et ses institutions, c'est l'ennemi des États-Unis,
02:55on ne comprend pas trop bien pourquoi,
02:56et que pour faire tomber précisément cette architecture
02:59qui nous permet d'être plus forts ensemble,
03:00on va s'appuyer sur les partis d'extrême droite
03:03pour pouvoir précisément cisailler l'Europe de l'intérieur.
03:06Les choses sont claires.
03:07Il faut les dire.
03:08Il faut en tirer les conséquences.
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