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  • il y a 2 jours
Selon le dernier baromètre de la FAGE, 66 % des étudiants disent sauter plusieurs repas par semaine. Une situation difficile qui a été mise en lumière durant la crise Covid et qui ne s’améliore pas. Pour aider les jeunes à y faire face, l’association Studhelp propose de l’aide alimentaire et de créer du lien avec des volontaires qui leur font des courses et les accueillent chez eux le temps d’un repas.

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00:00C'est le zoom de ce Smart Impact, on parle de précarité étudiante avec Florian Riper,
00:11bonjour. Bonjour. Bienvenue, vous êtes le cofondateur, le directeur général de Studelp,
00:15c'est une association que vous avez créée en 2021. Quelle idée, quelle mission principale
00:21pour Studelp ? Le concept de Studelp finalement sur le papier paraît très simple. En fait,
00:26on est trois amis d'enfance à avoir créé le concept de Studelp en pleine sortie de
00:29confinement. On a tous les trois été marqués par les nombreuses files d'attente dans les
00:33distributions alimentaires qui étaient de plus en plus composées d'étudiants dans le besoin.
00:36Moi, à cette époque-là, je travaillais au sein d'écoles de commerce, donc j'étais au contact
00:39régulièrement d'étudiants et je me suis rendu compte que plein d'étudiants étaient dans le besoin mais
00:43n'osait pas forcément en parler, soit par honte, soit par timidité. Donc, on a été un peu dans
00:47l'action-réaction, on a décidé d'agir et de créer une plateforme de mise en relation entre ces étudiants
00:52d'un côté qui sont dans le besoin, qui nécessitaient de l'aide alimentaire et en face, en fait, des gens
00:56comme vous, moi, des familles, des retraités qui avaient envie d'aider mais qui ne savaient pas trop
00:59comment le faire, qui voyaient justement toutes ces files d'attente et qui avaient envie d'aider.
01:02Et justement, on s'est dit pourquoi est-ce qu'on ne les mettrait pas en relation pour qu'ils puissent
01:05leur faire des paniers repas justement à hauteur de ce que chacun peut donner. Ça peut être 10 euros,
01:0915 euros, 30 euros par mois. Et en fait, c'est un peu une nouvelle forme de don puisque aujourd'hui,
01:14vous voulez aider une association d'aide alimentaire étudiante, vous allez faire un don financier à une
01:17association, vous allez faire du bénévolat au sein de l'association, ce qui est déjà très bien. Mais là,
01:22c'est un peu une nouvelle forme de don puisque on vous met en relation avec un étudiant qui est au plus
01:25proche de chez vous et vous allez pouvoir justement vous rendre compte de la réalité du terrain, mettre
01:2930 euros ou 40 euros par mois et en fait savoir où va cet argent concrètement. Et surtout, l'objectif
01:35de l'association, ça n'était pas forcément rendu compte au démarrage, c'est l'aide alimentaire qui est le
01:38point d'entrée mais aussi de pouvoir créer du lien social entre l'étudiant et la personne qui va
01:42accompagner. On y reviendra là-dessus et on reprendra un peu en détail comment fonctionne et puis les
01:47liens que ça a pu créer. Quelques données un peu générales sur la précarité alimentaire des
01:53étudiants, il y a un certain nombre d'enquêtes qui ont été faites auprès d'eux, 66% des étudiants
01:59français disent sauter plusieurs repas par semaine, 30% d'entre eux se privent d'au moins quatre repas
02:05par semaine. Est-ce que cette précarité étudiante alimentaire, elle s'accroît, elle est stable ou au
02:11contraire, est-ce qu'on réussit quand même à la faire diminuer, il y a un certain nombre d'actions,
02:15d'associations ou d'actions publiques ? C'est vrai que quand on a créé l'association justement c'était
02:20en sortie de confinement donc on s'était dit l'association sera certainement éphémère puisque
02:24les étudiants n'auront plus forcément besoin de nous au bout de deux trois ans mais je pense
02:27qu'au contraire le confinement et la médiatisation qui a eu justement a montré qu'il y avait une réelle
02:32problématique pour les étudiants. Je pense que les étudiants aussi ont moins de mal aujourd'hui à
02:36s'exprimer, à justement parler de leurs problématiques rencontrées au quotidien. C'est un peu moins un tabou ?
02:41Je pense, et il y a l'aide alimentaire, mais il y a le logement, on est aussi sur ce qui est santé
02:46mentale qui est la grande cause nationale de l'État encore une fois cette année. Donc je pense que ça a
02:51vraiment révélé au grand jour justement toutes ces problématiques-là qui sont rencontrées par
02:54les étudiants. Nous à l'époque c'est vrai qu'on recevait déjà beaucoup de demandes d'étudiants,
02:58aujourd'hui on n'a même plus besoin d'aller faire de la sensibilisation, on le fait toujours mais dans
03:02les écoles-universités parce que les demandes viennent naturellement d'étudiants. On a reçu plus de 4000
03:06demandes d'étudiants depuis le mois de septembre et ça dans toute la France.
03:09C'est beaucoup plus que l'an dernier ? C'est beaucoup plus que l'an dernier et c'est des demandes je pense
03:13aussi surtout qui sont de plus en plus urgentes. A l'époque c'était uniquement sur de l'aide
03:17alimentaire. Aujourd'hui on a des étudiants qui nous demandent des vêtements chauds parce qu'ils
03:20sont dans des situations très compliquées. On a un étudiant qui était bénévole chez nous,
03:24qui dormait dehors. Enfin on a des situations je pense qui sont de plus en plus critiques aujourd'hui
03:27pour les étudiants et heureusement il y a des assos comme nous, il y a beaucoup d'associations
03:32qui font des distributions alimentaires et heureusement qu'elles sont là puisque les étudiants
03:36sont vraiment dépendants de ces assos. Est-ce que là on est en pleine incertitude budgétaire,
03:41est-ce que vous en voyez les effets directement ? Pour les associations ? Nous on en parlait
03:46juste avant justement, on n'est pas trop touchés par les baisses de subventions publiques puisqu'on
03:51n'a jamais été dépendants des subventions publiques. Notre stratégie ça a toujours été
03:55d'aller voir des fondations d'entreprises ou des entreprises privées. On a la chance d'avoir
03:59une grosse communauté de gens qui sont engagés, qui font des courses régulièrement pour les
04:02étudiants. C'est plus de 10 000 personnes depuis 2021 et c'est beaucoup de personnes qui sont engagées
04:05dans des entreprises donc de fil en aiguille, qui n'hésitent pas à en parler à leur fondation,
04:09à leur directeur, d'organiser des journées de solidarité. Donc c'est vrai qu'on n'a jamais été
04:13dépendants des subventions publiques aujourd'hui donc on n'est pas trop touchés par tout ça.
04:17Mais il y a des associations comme Linky, comme On remplit le Frigo, qui sont complètement touchés par
04:21la baisse des subventions publiques et qui vont devoir justement réduire la cadence et réduire le
04:26nombre de distributions alimentaires qui sont faites pour les étudiants et pas qu'à Paris,
04:29ça c'est vraiment dans toute la France. Alors si on reste dans le constat, c'est justement
04:33c'est Linky qui donne cette information sur le budget des étudiants français, 78 % des étudiants
04:40vivent avec moins de 100 euros par mois après le paiement du loyer et des charges. Et là aussi,
04:46si je reste sur l'alimentation, ça a des conséquences directes sur ce qu'ils peuvent manger finalement ? Ou les
04:54carences alimentaires qui sont liées à ces difficultés budgétaires ? Complètement et on le voit puisque
04:58nous les personnes qu'on met en relation avec les étudiants, on demande aux étudiants lorsqu'ils
05:03s'inscrivent d'envoyer une liste de produits dont ils ont besoin de première nécessité et très
05:09souvent ils n'osent pas nous demander du thon, du poisson, de la viande, des produits d'hygiène
05:14qui coûtent peut-être un petit peu plus cher. Et les produits de base qu'ils nous demandent,
05:17c'est du riz, des pâtes. Et on a des étudiants qui ne mangent que ça toute la journée,
05:20ils nous demandent des pâtes et de la sauce pour pouvoir manger. Donc c'est vrai que nous on essaie aussi
05:24de les éduquer justement sur le bien manger. Linky le fait aussi beaucoup, copains, etc.
05:28De pouvoir donner des fruits et légumes, de pouvoir aussi leur proposer des recettes. Parfois les
05:32étudiants ont aussi besoin, je pense, d'être sensibilisés, d'être éduqués là-dessus. Nous,
05:35c'est dans ce sens-là aussi que les gens qui aident régulièrement les étudiants partent des courses et
05:39c'est aussi de cuisiner avec eux parfois, de les accueillir chez eux, de pouvoir leur proposer des
05:43recettes un petit peu différenciantes que de manger des pâtes tous les jours ou du riz. Mais c'est clair que c'est très
05:48compliqué. Et aujourd'hui, les étudiants sont obligés de travailler, d'avoir plusieurs jobs étudiants,
05:53enfin ils rencontrent des problématiques qui sont vraiment assez catastrophiques et notamment les
05:57étudiants internationaux aussi, qui sont je pense aujourd'hui le plus touchés par la précarité
06:01étudiante. On a quand même plus de 70% de nos bénéficiaires qui sont des étudiants internationaux,
06:05qui sont hors scope des aides qui sont proposées par l'État et qui eux, pour le coup, se retrouvent
06:09dans des situations catastrophiques. Alors vous essayez, on l'a un peu évoqué rapidement tout à
06:14l'heure, mais d'aller au-delà du simple, et c'est déjà très bien, mais du simple don alimentaire,
06:18ça veut dire quoi ? Concrètement, c'est un concept qui est basé sur l'engagement citoyen. Donc vous,
06:23demain, à votre échelle, vous vous inscrivez, vous voulez aider un étudiant dans le besoin. On vous
06:27met en relation avec un étudiant qui est au plus proche de chez vous. Vous allez pouvoir l'accompagner
06:30par des courses trois mois, six mois ou durant toute une scolarité. Et l'objectif surtout, c'est pouvoir
06:35créer du lien social avec cet étudiant. Et on a des milliers et des milliers de belles histoires qui se
06:39sont créées entre des étudiants et des particuliers qui ont accompagné ces mêmes étudiants. On en a même
06:43aujourd'hui qui pilotent nos antennes. À Lyon, par exemple, c'est un binôme étudiant parrain qui
06:47pilote l'antenne ensemble. Sur Aix-en-Provence, c'est François qui est un ancien donateur qui a
06:52voulu aller plus loin dans l'initiative pour pouvoir justement créer une antenne et développer
06:57tout ça avec des distributions alimentaires et autres. Donc on a des milliers et des milliers de
07:00belles histoires qui se sont créées. On ne s'en était pas forcément rendu compte au démarrage. Et je me
07:03souviens, le premier mail qu'on a reçu, c'est une petite mamie qui était à Amiens, qui nous a écrit
07:0715-20 lignes en nous disant, mais vous ne vous rendez pas compte, au-delà de l'aspect alimentaire,
07:10ils me considèrent aujourd'hui comme leur mamie. On se voit régulièrement. Les étudiants sont plus
07:15forcément dans le besoin, mais on se voit quand même parce qu'on a créé du lien.
07:17C'est un lien souvent intergénérationnel aussi, évidemment, et avec des personnes âgées qui peuvent
07:22être, elles aussi, confrontées à un isolement.
07:24Et on avait un peu peur parce qu'on se disait, et c'est souvent la remarque qu'on nous faisait
07:27quand on s'est créé, c'est qu'on est en sortie de confinement, les gens ont envie d'aider, mais peut-être
07:31que dans 2-3 ans, vous aurez beaucoup moins de gens qui sont prêts à aider. Et en fait, chaque année, on est
07:34complètement surpris parce qu'on se rend compte que beaucoup de gens veulent aider, mais ne nous
07:37connaissent pas, justement, ou ont envie de trouver une nouvelle forme de don, comme je
07:41vous disais tout à l'heure. Et c'est ce qu'on propose avec Studel, c'est de vivre une
07:44expérience humaine.
07:45Justement, vous parlez de mentoring social. C'est ce qu'on vient de décrire ou c'est
07:49encore autre chose ?
07:51Je pense que ça va même au-delà, puisque très souvent, l'aide alimentaire, encore une
07:55fois, c'est le point d'entrée. Derrière, il y a la création de liens sociaux. Et en fin
07:59de parcours, il y a aussi le mentorat, justement, de pouvoir aider ses étudiants. La plupart qui se retrouvent
08:04dans des situations critiques ont besoin de trouver un stage, une alternance, un job
08:07étudiant. Ils ont besoin aussi de correction sur le CV, la lettre de motivation, ou ne
08:11serait-ce, justement, d'être motivé ou surmotivé par une personne qui va pouvoir l'aider
08:15dans ses recherches. Et très souvent, justement, ça se transforme en mentorat, puisque indirectement,
08:20c'est beaucoup de gens qui sont cadres ou salariés dans des entreprises et qui décident
08:24de même, justement, même parfois, de recruter des étudiants en stage ou autres qu'ils
08:28ont en parrain régulièrement toute l'année. Donc, très souvent, ça peut se transformer
08:31en mentorat.
08:32Oui. Alors, pendant ces fêtes de fin d'année, vous avez organisé une période spéciale.
08:41Donc, qu'est-ce que vous avez organisé et comment ça s'est passé ?
08:43Eh bien, en fait, on a toujours été dans l'action-réaction. Donc, chaque année,
08:46on fait un observatoire auprès de nos bénéficiaires. On essaie de comprendre toutes les problématiques
08:50qu'ils rencontrent au quotidien. Et en fait, l'année passée, on s'est rendu compte
08:54que je crois que c'était plus de 70% de bénéficiaires avaient passé les fêtes de fin d'année
08:58seuls, soit parce qu'ils ne pouvaient pas rentrer dans leur famille, le billet était trop cher,
09:01ou parce que c'était des étudiants étrangers et qu'ils se trouvaient tout seuls.
09:03Donc, on savait qu'on avait une grosse communauté de gens qui étaient engagés et prêts à aider
09:07ces étudiants, ne serait-ce que par des courses toute l'année. Et on s'est dit, mais pourquoi
09:10est-ce qu'on ne créerait pas le même concept, mais de manière un peu plus éphémère, justement
09:13sur les fêtes de fin d'année, en mettant en relation un étudiant et une famille qui voudrait
09:17accueillir un étudiant. Ça pouvait être entre le 22 décembre et le 3 janvier, donc sur
09:22Noël, sur le Nouvel An et autres. On l'a fait pour la première année, donc l'année
09:25passée. On avait fait plus de 500 à 600 repas dans toute la France. On a une dame qui avait
09:30accueilli 7 étudiants, le 31 au soir, de nationalités différentes qui ne se connaissaient
09:33pas. Et cette année, on a musclé un peu le dispositif. On a fait plus de 1000 repas
09:37dans toute la France. Et encore une fois, on a plein de belles histoires qui se sont
09:40créées. On a eu une raclette partie avec des étudiants. On a une dame qui a fait visiter
09:44Montmartre à deux étudiants en leur proposant un repas le midi. Cette même dame qui avait
09:48accueilli 7 étudiants, l'année passée, de nationalités différentes, elle a remis le couvert
09:51cette année en accueillant 4 étudiants pour Noël cette fois-ci. Donc, on a plein de gens,
09:55justement, qui connaissaient l'association, mais qui n'osaient pas trop s'engager. Et le fait
09:59de lancer ça durant les fêtes de fin d'année, c'était une manière aussi de leur dire
10:02« Découvrez un peu la réalité terrain avec les étudiants ». Et ce qui est beau, c'est
10:06qu'on a plein de gens qui continuent à aider les étudiants après les fêtes de fin
10:09d'année, par des courses, justement, tout au long de l'année.
10:12Merci beaucoup, Florian Ripper et à bientôt sur « Be Smart for Change ». C'est l'heure
10:17du grand entretien de ce Smart Impact avec la directrice générale adjointe de la foncière
10:21INEA, le bâtiment fait sa mue.
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