00:00— Vous avez attaqué une semaine décisive au Parlement européen. Expliquez-nous pourquoi.
00:07— Alors effectivement, là, sur le sujet du Mercosur qui, bien sûr, inquiète les agricultrices et les agriculteurs européens
00:16et peut-être plus particulièrement français, nous allons au Parlement européen cette semaine voter pour ou contre, du coup,
00:26la saisine de la Cour de justice européenne qui permettrait justement de suspendre l'accord le temps que la Cour de justice donne son avis
00:36sur ce qu'on appelle le mécanisme de rééquilibrage de cet accord. Et donc, du coup, il y aura plein de sujets cette semaine au Parlement,
00:45mais le sujet qui importe les agriculteurs et qui nous importe, nous aussi, beaucoup, c'est celui du Mercosur.
00:52— Vous êtes optimiste sur le vote ?
00:55— Ben écoutez, en tout cas, je me bats pour qu'on, avec mes collègues, pour qu'on puisse aller chercher le maximum de voix
01:04dans les différents pays, chez les différents députés européens, encore une fois, des différents États membres
01:11qui ont aussi peut-être voté oui à l'accord la semaine dernière, pardon. Et donc là, bien évidemment, on va faire le nécessaire
01:21pour aller chercher le maximum de voix. Mais tout n'est pas gagné. Mais en tout cas, il faut batailler.
01:26— Il s'est dit beaucoup de choses sur le sujet, notamment sur les plateaux de télévision, à la radio.
01:33Vous êtes assez révoltés par les commentaires qui sont faits. Expliquez-nous pourquoi.
01:39— Écoutez, c'est vrai que moi, je suis assez agacé d'avoir entendu la semaine dernière, le week-end dernier,
01:47sur les plateaux de télé, que finalement, la situation qui existe avec le Mercosur, c'était à cause de la France.
01:54Je veux juste rappeler à tout le monde que la France s'est opposée à la signature de cet accord
02:01et qu'elle n'était pas tant isolée qu'on veut le faire entendre. Il y avait l'Irlande, il y a la Pologne, il y a la Hongrie,
02:08il y a l'Autriche qui ont aussi voté contre l'accord Mercosur. Donc on ne peut pas raisonnablement expliquer
02:17matin, midi et soir que c'est de la faute de la France ou d'Emmanuel Macron,
02:21alors que ce sont d'autres pays qui ont choisi de valider cet accord.
02:26Donc ce que j'aimerais, et encore plus la semaine qui arrive, c'est que la classe politique française,
02:34dans la mesure où on est tous opposés à cet accord, fasse front commun et arrête de chercher les coupables
02:42et arrête d'accuser en permanence l'autre d'avoir la responsabilité de je ne sais quoi.
02:50Il faut sur cet accord Mercosur qu'on soit en équipe et puis qu'on aille tout mettre en œuvre
02:57pour que cet accord puisse tomber et finalement ne pas voir le jour.
03:01Est-ce que vous avez le sentiment que ce sont d'autres enjeux politiques qui finalement nourrissent la parole
03:08des politiques aujourd'hui ?
03:11En tout cas sur l'agriculture, je pense que oui, il y a un florilège de prise de position des uns et des autres
03:18qui, encore une fois, passent l'essentiel de leur temps et de leur discours à expliquer
03:26qu'eux ne sont responsables de rien et puis que finalement les coupables sont bien facilement les gouvernants.
03:34Alors je ne dis pas que les gouvernants du moment n'ont aucune responsabilité dans la situation,
03:39mais sauf que ce n'est pas, encore une fois, en cherchant matin, midi et soir des coupables,
03:45en accusant les autres qu'on va trouver des solutions.
03:49Donc voilà, moi je nous appelle à un peu de responsabilité pour aussi montrer au monde paysan
03:55que notre volonté, c'est de les défendre et c'est de leur trouver des solutions
04:00et pas de continuer de s'accabler sur leur sort alors qu'à mon avis, ce n'est pas la marche à suivre.
04:10Quels seraient les avantages et les inconvénients du Mercosur en Saône-et-Loire ?
04:18Est-ce que vous voyez des avantages déjà ?
04:20Si on en trouvait naturellement, ceux qui justement pourraient être avantagés,
04:30ils l'auraient fait savoir.
04:32Voilà, s'il y a des entreprises qui sont vraiment intéressées
04:36ou qui ont de réels intérêts positifs à aller s'implanter au Mercosur, on le saurait.
04:41Et à contrario, donc la Saône-et-Loire, voilà, je ne dis pas qu'il n'y a aucune entreprise de Saône-et-Loire
04:46qui pourrait bénéficier des accords avec le Mercosur,
04:49sauf que la Saône-et-Loire, terre agricole par excellence, a beaucoup plus à perdre avec ces accords
04:56parce que ça pourrait venir perturber, bien sûr, notre élevage
04:59et puis perturber aussi d'autres secteurs de l'agriculture.
05:03Aujourd'hui, ce qui est surtout dénoncé au niveau européen par les agriculteurs
05:07et par ceux qui s'opposent à cet accord, c'est le fait qu'il n'y ait pas de réciprocité dans les normes.
05:13Aujourd'hui, à juste titre, on a choisi et on a poussé et accompagné les agriculteurs
05:20vers une agriculture justement belle, de qualité, un peu plus vertueuse, bien évidemment.
05:28Et dans le même temps, avec le Mercosur, on pourrait voir arriver des produits
05:32qui ne respectent aucunement les standards sur lesquels nous, nous avons choisi de nous positionner.
05:39Donc je sais que pour la Saône-et-Loire, le Mercosur ne serait pas un avantage.
05:48C'est le berceau de la race charolaise. Les éleveurs charolais ont beaucoup à perdre avec le Mercosur ?
05:55Pas directement. C'est l'agriculture finalement. Bien sûr que l'élevage charolais et son excellence
06:01pourraient, oui, être perturbés par l'arrivée de viande sud-américaine.
06:07Mais c'est surtout symboliquement aussi la qualité de tous ces produits qui pourraient être mis en cause
06:15parce que finalement, on laisserait des produits arriver encore une fois
06:18qui, dans les conditions de production, ne sont pas du tout à la hauteur de ce qu'on peut connaître
06:24dans notre département et puis sur notre territoire en général.
06:28Quand vous avez effectué votre retour au Parlement européen, vous avez été attaqué.
06:36Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui vous ont attaqué, notamment un élu du Rassemblement national ?
06:42Bon, voilà. J'ai déjà par nature pas de leçons à recevoir par les élus du Rassemblement national.
06:50Puis d'ailleurs, sans prétention aucune, mais par quel qu'élu que ce soit.
06:55Je veux dire, j'ai fait ce que j'avais à faire, en tout cas ce que j'ai pensé pouvoir faire de mieux
07:00pour les agriculteurs quand j'étais député européen, moi, quand on me traite effectivement
07:07de faux soyeur de l'agriculture, eh bien, à ma foi, ceux qui me traitent ainsi,
07:12qu'ils me montrent en quoi eux sont les sauveurs de l'agriculture.
07:16Et après, on pourra effectivement causer et se comparer si c'est nécessaire.
07:21Moi, encore une fois, je le redis, j'ai aucune espèce de raison à aller contre les agriculteurs.
07:27Alors on peut me reprocher des choses. On peut me reprocher d'appartenir à un parti
07:31qui convient pas aux paysans aujourd'hui. Mais on peut pas me reprocher d'aller contre les agriculteurs.
07:38Je n'y ai aucune espèce d'intérêt, ni politique, ni pour mon exploitation, ni pour mon entourage.
07:47Donc voilà, je prends mon engagement tel qu'il est. J'essaye. Tant bien que mal.
07:54Je dis pas que c'est pas facile pour moi, mais c'est pas facile de défendre les agricultrices et les agriculteurs
08:01dans un pays où, finalement, l'agriculture est souvent montrée du doigt, malheureusement,
08:08et puis aussi dans un environnement comme le Parlement européen,
08:13où l'agriculture n'est pas non plus l'alpha et l'oméga des politiques de ce Parlement.
08:19Donc plutôt que de s'envoyer des noms d'oiseaux et puis de s'accuser à tort et à travers,
08:26encore une fois, soyons un peu raisonnables, par respect aussi pour les paysans,
08:31et puis essayons ensemble de trouver un moyen qu'ils soient un peu mieux accompagnés.
08:37Encore une fois, ça sert à rien de s'apitoyer sur le sort des paysans.
08:43Il faut juste essayer de leur donner des lignes claires, d'arrêter de se contredire,
08:48d'arrêter de leur donner des positions qui, finalement, divergent tous les 4 matins.
08:54Il faut faire des choses claires. Il faut leur laisser la liberté.
08:59Il faut les laisser tranquilles, en gros, les laisser travailler et leur faire un peu plus confiance.
09:04Donc voilà. En tout cas, c'est ce à quoi je m'attache.
09:07Alors ma foi, s'il y en a qui sont pas contents, encore une fois, de ma méthode,
09:10c'est bien, ils peuvent le faire savoir, mais moi, je continuerai de me battre pour les paysans,
09:15comme j'ai toujours fait.
09:17Cette année, il n'y aura pas de bovins au Salon de l'agriculture.
09:21Est-ce que vous pensez que la décision a été prise un peu trop rapidement ?
09:28Vous savez, le Salon de l'agriculture, c'est quand même un événement international, déjà,
09:34et qui demande en matière de préparation, pardon, un minimum d'anticipation.
09:43Et donc, non, moi, je ne peux pas vous dire que la décision ait été prise trop tôt.
09:48C'est par prudence que, à la fois, les races elles-mêmes, enfin les comités de races,
09:54ont décidé de ne pas y aller.
09:56Puis après, le Salon a aussi considéré que c'était plus prudent pour tout le monde,
10:01que les bovins ne sont pas présents au Salon.
10:03Donc, moi, je n'ai pas à juger de la dangerosité ou du risque qu'il y avait à emmener le bétail.
10:12Je pense que les gens qui ont pris cette décision l'ont prise en connaissance de cause
10:16et pour avant tout protéger les élevages et l'élevage français en général.
10:21Vous irez quand même ?
10:22Bien évidemment, je passerai, bien sûr, du temps au Salon de l'agriculture avec les agriculteurs qui seront présents.
10:32Et puis, bien évidemment, pour aller aussi à la rencontre des différentes organisations
10:38qui sont sur place sur le Salon pour continuer à aussi œuvrer.
10:44Et ça reste la vitrine de l'agriculture.
10:46Il faudrait bien sûr qu'on parle d'agriculture toutes les semaines et pas que la semaine du Salon.
10:53Mais si on n'en parle pas et si on n'est pas présent pendant le Salon, c'est quand même dommageable.