- il y a 7 mois
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00:00Intervention au Venezuela, menace d'annexion du Groenland, gros coup de pression sur la Colombie et sur Cuba,
00:06rien ne semble arrêter Donald Trump sur le continent américain.
00:09Le président s'est donné deux mois pour régler l'annexion du Groenland, sur lequel il longue déjà depuis bien un an.
00:20En ce début d'année 2026, tous les équilibres semblent remis en question.
00:24Trump agit comme un empereur, dans son hémisphère comme dans son jardin.
00:27Mais surtout, le monde semble entrer dans une nouvelle ère, celle des empires,
00:31une vision du monde dans laquelle les ressources naturelles dictent toute la géopolitique mondiale.
00:35D'où vient cette façon de voir le monde ? Est-ce que c'est nouveau ? Qu'est-ce que ça change ?
00:39Mais surtout, qui va bien pouvoir arrêter Donald Trump ?
00:43Pour en parler, on sort les cartes et on fait appel à des spécialistes de la géopolitique et de la cartographie,
00:48Florian Louis, enseignant à l'ENS et membre de la rédaction du Grand Continent,
00:52Vincent Cap-Depuis, professeur d'histoire-géographie et spécialiste de la cartographie,
00:56et Benahouda Abdedahim, éditorialiste géopolitique aux échos.
01:01Tous ensemble, on va voir comment Trump redécoupe le monde.
01:04Plan 4, saison 2, épisode 9, c'est parti !
01:07Ce qui se passe en ce moment avec les Etats-Unis, c'est une logique double.
01:11D'abord celle de l'expansionnisme américain,
01:13et puis la mise en place d'une nouvelle géopolitique à l'échelle mondiale.
01:17Pour avoir toutes les cartes en main, on va d'abord faire un petit retour en arrière.
01:19Mais avant toute chose, excusez-moi, mais j'ai envie de dire...
01:22Nouveau studio ou pas nouveau studio ?
01:24Nouveau studio, c'est bien ce que je pensais.
01:27Allez, let's go !
01:28Lorsque le Royaume-Uni reconnaît l'indépendance des Etats-Unis en 1783,
01:34le tout jeune pays n'est constitué que de 13 des 50 Etats actuels.
01:38A peine 70 ans plus tard, il s'est étendu vers l'Ouest jusqu'au Pacifique,
01:42et ce, par tous les moyens possibles.
01:44Fondamentalement, c'est un pays colonisateur
01:46qui s'est construit en partant de 13 anciennes colonies de la côte Est de l'Amérique du Nord
01:50pour s'étendre à la conquête de l'Ouest.
01:53Cette expansion territoriale, elle s'est faite selon deux moyens principaux.
01:56La violence et l'argent.
01:58La violence envers les populations autochtones
02:01et les anciennes puissances colonisatrices qui étaient la France et le Royaume-Uni,
02:05et l'argent pour tous les autres.
02:06Avec l'achat de la Louisiane en 1803,
02:08de la Floride en 1819,
02:11des Etats du Sud-Ouest au Mexique en 1848 puis 1853,
02:16un peu plus au Nord, si on dézoome un peu la carte,
02:18on retrouve le dernier achat d'importance,
02:20celui de l'Alaska en 1867.
02:23Donc, quand les Etats-Unis parlent d'acheter le Groenland,
02:26c'est vraiment un projet qui est dans la lignée directe de l'histoire du pays.
02:29Sauf que quand on regarde les cartes,
02:31on voit que cette expansion, elle s'est faite vers l'Ouest et vers le Nord,
02:33mais quasiment jamais vers le Sud.
02:36Vers le Sud, ils se sont montrés beaucoup plus hésitants.
02:38Ils ont cherché à étendre leur influence, leur domination,
02:41mais pas vraiment leur territoire.
02:43Mais alors, pourquoi ?
02:44Eh bien, parce qu'au Sud, il n'y a pas ce qu'on appelle des WASPs,
02:47des Blancs, Anglo-Saxons, Protestants.
02:49Il y a plutôt des Latinos, Catholiques, Métissés.
02:51Et ça, ça a longtemps fait très peur aux Américains
02:54et ça continue à faire peur à une partie d'entre eux,
02:57notamment Donald Trump.
02:58C'est vrai que quand Trump parle d'annexion,
02:59c'est jamais vers le Sud.
03:01Il parle d'annexer ou d'envahir le Canada ou le Groenland,
03:04mais à côté de ça, il fait construire un mur sur la frontière entre les États-Unis et le Mexique.
03:09Il y a des endroits annexés et des endroits à dominer.
03:12Deux points cardinaux, deux ambiances.
03:14Mais surtout, il y a une notion importante, c'est celle de la peur.
03:18Pour bien comprendre ce qui se passe dans la tête de Donald,
03:20il faut savoir que les Américains sont partagés entre deux notions contradictoires,
03:24la peur et l'optimisme.
03:26Les États-Unis sont un peuple fondamentalement conquérant,
03:30donc optimiste.
03:31Il y a cette idée que nous sommes un peuple élu de Dieu,
03:34qu'il est normal que nous dominions l'Amérique, voire le monde.
03:38Et en même temps, il y a effectivement une crainte,
03:39une crainte de ne pas être à la hauteur de cette élection divine.
03:43L'idée que tout est cyclique, y compris la puissance,
03:46et que les États-Unis, ayant dominé le monde au XXe siècle,
03:49il y aurait de fortes chances que ce ne soit pas le cas dans l'avenir.
03:52Et une des solutions pour maintenir sa puissance,
03:54c'est une forme de repli, non pas sur eux-mêmes en tant que pays,
03:57mais sur l'ensemble du continent américain.
03:59Et là, il y a une notion très importante, c'est celle d'hémisphère.
04:05Le 5 janvier dernier, le département d'État des États-Unis,
04:09l'équivalent de notre ministère des Affaires étrangères,
04:11a tweeté cette image sans équivoque.
04:17Dessus, ils font référence à leur hémisphère.
04:19Cette notion d'hémisphère occidentale, elle peut surprendre,
04:22mais c'est en réalité une tradition cartographique très ancienne.
04:25Peut-être que nous, ça nous surprend,
04:26et pourtant, c'est une vision qui est ancienne,
04:28qui n'a rien de trumpienne.
04:30Vincent Capdepuy est professeur d'histoire-géographie
04:32et spécialiste de la cartographie.
04:34Il a retrouvé pour nous la plus ancienne de ces représentations cartographiques,
04:38publiée en 1524 par le moine et cartographe,
04:41Franciscus Monacus.
04:42Si on prend le livre, qu'on l'ouvre,
04:44on tombe sur deux petites cartes en vis-à-vis de globes,
04:49deux hémisphères, et avec deux titres différents.
04:51À gauche, on a un globe qui représente ce qu'on pourrait appeler l'Euphrasie,
04:55c'est-à-dire l'Europe, l'Afrique et l'Asie.
04:58Et sur la page de droite, on a un autre globe hémisphérique
05:00qui représente l'Amérique, ou du moins ce qu'on en connaît au début du Céline-Chèque.
05:03Et d'un côté, il dit
05:05« Cet hémisphère du monde obéit au roi du Portugal. »
05:10Et sur l'autre, « Cet hémisphère du monde obéit au roi d'Espagne. »
05:14Donc c'est une vision qui est complètement géopolitique,
05:16et ce, dès le départ, au XVIe siècle.
05:18Cette vision, nous, en tant qu'Européens, nous surprend un peu.
05:21Quitte à couper la Terre en deux, on préfère le faire dans ce sens-là.
05:26Si on parle de l'hémisphère oriental,
05:28pour l'Europe en particulier,
05:29qui se conçoit comme un des pôles de l'Occident,
05:31dire que l'Occident est dans l'hémisphère oriental,
05:35il y a un truc qui bug en fait.
05:36C'est pourtant exactement ce qui se passe chez les Américains
05:39qui pensent le monde dans une séparation entre Est et Ouest,
05:42et non pas entre Nord et Sud.
05:44Le mot « d'hémisphère » est d'ailleurs présent trois fois
05:46dans l'adresse de Monroe au Congrès américain
05:48lors de la création de la fameuse Doctrine Monroe,
05:51qui stipule en gros que chaque continent doit rester bien tranquille dans son coin.
05:54En 1904, le président Theodore Roosevelt
05:57ajoute un corollaire à cette doctrine
05:59dans lequel il emploie plusieurs fois le terme d'hémisphère occidental.
06:02Cette appellation, elle est d'abord à la fois ancienne
06:05et elle fait son chemin depuis un quart de siècle.
06:09Il y a un bureau des affaires de l'hémisphère occidental
06:11qui a été créé en 1999.
06:13En 2001, il y a une direction des affaires de l'hémisphère occidental,
06:18encore une fois,
06:18qui est créée au sein du Conseil de sécurité nationale.
06:21Et en décembre dernier,
06:22il y a eu une réorganisation de l'armée américaine
06:24avec la création d'un commandement pour l'hémisphère occidental.
06:27Donc cette vision cartographique du monde,
06:29si elle n'est plus vraiment d'actualité pour nous
06:31qui pensent en le monde dans sa globalité,
06:34elle s'offre une nouvelle jeunesse aux Etats-Unis.
06:36C'est dans cette logique d'hémisphère occidental
06:38qu'on trouve les racines de ce qu'on appelle l'isolationnisme américain.
06:41Alors le vocabulaire hémisphérique
06:43dans le discours stratégique états-unien,
06:45il est assez ancien.
06:46On en trouve en fait l'origine
06:47dès le fameux discours d'adieu
06:49prononcé par George Washington
06:50à la fin de son mandat présidentiel
06:52où il disait aux Américains,
06:54pour le dire vite,
06:55les problèmes de l'Europe
06:56sont leurs problèmes à eux les Européens.
06:58Ne nous mêlons pas de ça.
06:59Nous, nous sommes loin de l'Europe
07:00et c'est tant mieux.
07:01C'est là que s'origine
07:02ce qu'on a pu appeler
07:03l'isolationnisme des Etats-Unis.
07:04L'isolationnisme, c'est le fait
07:09que les Etats-Unis se détachent
07:11des affaires du monde
07:12et se concentrent sur leur continent.
07:14Chacun son continent
07:15et les vaches seront bien gardées.
07:17The cause will be well guarded.
07:19Finalement, le monde,
07:21c'est un immense océan
07:22et deux îles,
07:24une très grande,
07:25ce qu'on pourrait appeler le ras afrique,
07:26et une un peu moins grande,
07:28les Amériques.
07:29Et l'océan Atlantique
07:30et l'océan Pacifique
07:31seraient un peu des douves
07:32qui protégeraient ce château fort américain
07:34avec en son cœur
07:35un espèce de donjon
07:36qui serait les Etats-Unis
07:37du reste du monde,
07:39c'est-à-dire de l'Eurasie.
07:40S'isoler du reste du monde
07:41et se focaliser sur le continent américain,
07:43c'est donc à la fois
07:44une manière d'asseoir sa domination
07:46et de se protéger.
07:47Mais en termes de géopolitique mondiale,
07:49ce serait surtout un virage
07:50à 180 degrés
07:51par rapport à ce à quoi
07:52les Etats-Unis nous avaient habitués
07:54depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
07:56C'est un espèce de repli
07:57de la puissance états-unielle
07:58sur la sécurisation,
08:00non plus du monde entier,
08:01comme c'était le cas
08:01depuis au moins la fin
08:02de la Seconde Guerre mondiale,
08:03mais la sécurisation
08:04du continent américain
08:06dans son ensemble.
08:06Un des premiers symptômes de ça,
08:08c'est Trump qui reprend
08:09le contrôle des cartes
08:10et de leur toponymie.
08:12Renommer le golfe du Mexique
08:13en golfe d'Amérique,
08:14par exemple,
08:15redonner au mont Denali,
08:17le point culminant des Etats-Unis,
08:18son nom colonial
08:19de mont McKinley
08:20alors qu'il avait été débaptisé
08:22par l'administration Obama
08:23pour lui redonner
08:24sa toponymie autochtone.
08:26Montrer par les cartes
08:27l'influence des Etats-Unis
08:28sur l'ensemble du continent.
08:30Ça, c'est plus symbolique
08:31qu'autre chose.
08:31La deuxième étape,
08:33ça va être l'accélération
08:34de l'ingérence des Etats-Unis
08:35sur l'ensemble du continent.
08:37Et là,
08:37on rentre dans le dur.
08:38Enlèvement de Maduro,
08:40volonté d'annexer Groenland,
08:42mot très dur
08:43et menace à peine voilée
08:44sur Cuba
08:44et sur la Colombie.
08:46L'idée,
08:46c'est de montrer
08:46que les Etats-Unis
08:47sont chez eux en Amérique
08:49et qu'ils font absolument
08:50ce qu'ils veulent
08:50sur leur continent.
08:52Tout ça,
08:52c'est pas forcément nouveau.
08:54Selon un décompte réalisé
08:55par l'historien
08:55John Cotsworth,
08:56entre 1898 et 1994,
09:00les Etats-Unis
09:01sont intervenus
09:01à 41 reprises
09:03en Amérique du Sud
09:03pour provoquer
09:04des changements
09:05de gouvernement.
09:0617 fois de manière directe
09:07et 24 fois
09:08de manière indirecte.
09:10Ce qui est nouveau,
09:10en revanche,
09:11c'est que les Etats-Unis
09:12ne tolèrent plus
09:12l'ingérence réelle
09:14ou fantasmée
09:14des autres puissances
09:16sur leur continent.
09:17On l'a vu l'année dernière
09:18quand Trump expliquait
09:19que la Chine
09:20contrôlait le canal de Panama.
09:22On le voit aussi
09:22dans la façon
09:23dont il justifie
09:24une possible annexion
09:25du Groenland.
09:26L'idée est clairement énoncée,
09:28il s'agit d'empêcher
09:29la Chine
09:29de mettre la main
09:30sur les ressources naturelles.
09:31C'est notre précaré,
09:32il faut qu'on en assure
09:33la sécurité,
09:35notamment dans le domaine
09:35du narcotrafic,
09:36de l'immigration
09:37et surtout par rapport
09:39à la Chine
09:39qui ne doit pas
09:40y mettre les pires.
09:41Trump est en fait
09:42dans une logique double,
09:43empereur sur son propre continent
09:45mais aussi acteur majeur
09:46à l'échelle mondiale
09:47pour contrecarrer
09:48les empires des autres.
09:49Une chose
09:50semble guider
09:50cette nouvelle géopolitique,
09:52l'accès aux ressources naturelles.
09:55L'idée que les Etats-Unis
09:58interviennent
09:58pour accaparer
09:59des ressources naturelles
10:00c'est un secret
10:01pour personne.
10:02Mais jusqu'ici
10:03c'était pas vraiment assumé.
10:04Or,
10:05dans le cas du Venezuela,
10:06Trump l'a clairement énoncé
10:07devant la presse
10:08le 9 janvier dernier.
10:09Mais l'idée,
10:23c'est pas juste
10:24de mettre la main
10:24sur les ressources.
10:25C'est aussi
10:26d'empêcher
10:26les autres de le faire.
10:28Et là,
10:28celui qui l'a dit
10:29avec le plus de clarté,
10:30c'est Marco Rubio,
10:32le secrétaire d'Etat
10:32des Etats-Unis,
10:33le 5 janvier dernier
10:34sur la chaîne NBC,
10:36convoquant au passage
10:37une nouvelle fois
10:38la notion d'hémisphère.
10:39Ces déclarations,
10:58c'est un shift
10:59géopolitique très important.
11:01Depuis la fin
11:01de la Seconde Guerre mondiale,
11:03on vivait dans un monde
11:03régulé par l'État de droit
11:05qui se voulait
11:05un monde de la coopération.
11:07Or,
11:08Donald Trump
11:08l'a récemment affirmé
11:09dans une interview
11:10donnée au New York Times
11:11« Je n'ai pas besoin
11:13du droit international
11:14puisque je ne cherche
11:15à faire de mal
11:15à personne. »
11:16Jusqu'ici,
11:17il y avait l'idée
11:17qu'en fait,
11:18il n'y a pas besoin
11:19de posséder
11:19territorialement
11:20des territoires.
11:21Il suffit de contrôler
11:22les infrastructures,
11:23d'assurer le libre-échange.
11:24Aujourd'hui,
11:25on voit que Donald Trump
11:26et d'autres doutent
11:27de cela
11:28et considèrent
11:28qu'il faut préempter,
11:29qu'il faut poser
11:31la main sur des territoires,
11:32être souverain sur eux
11:33pour s'assurer
11:34qu'on peut s'approvisionner.
11:35Ça, c'est quand même
11:36surtout pour l'hémisphère
11:37occidental.
11:38Mais les ressources naturelles,
11:39elles ne sont pas
11:39qu'en Amérique,
11:40bien au contraire.
11:41Et ailleurs,
11:42Trump n'a pas l'intention
11:43de laisser les autres puissances
11:44avancer leur pion
11:45comme elles le souhaitent.
11:46Pour avoir un bon exemple de ça,
11:48on peut regarder vers l'Afrique
11:49et la République démocratique
11:50du Congo.
11:51Là-bas,
11:52il a ordonné
11:52à l'administration américaine
11:54de financer
11:55des corridors ferroviaires
11:57qui amèneraient
11:58les matières premières,
11:59les minerais critiques
12:01comme le cobalt
12:02et le cuivre
12:02de la Zambie
12:03et de la RDC
12:04vers le port angolais.
12:07D'où cette notion
12:07de corridor de l'hôpiteau
12:09qui est en réalité
12:10une manière de pousser
12:12ces producteurs
12:13de matières premières critiques
12:15à privilégier
12:16la voie de l'Atlantique
12:17sur la voie de l'océan Indien
12:19et donc du Pacifique.
12:20Donc l'idée,
12:21c'est pas non plus
12:21de se replier complètement
12:23sur son hémisphère
12:23parce que ce serait
12:24laisser le champ libre
12:25à d'autres acteurs,
12:26en l'occurrence la Chine
12:27et la Russie,
12:28pour développer
12:28leur propre zone d'influence.
12:30Et ça, pour Trump,
12:31c'est pas vraiment
12:31une possibilité.
12:35Il n'y a pas longtemps,
12:36j'ai vu passer
12:36cette carte sur LinkedIn.
12:38C'est une blague cartographique
12:39de très haut vol
12:40et perso,
12:41j'adore les blagues cartographiques.
12:43Mais comme toutes les blagues,
12:43elles présentent une vision
12:45simpliste de la situation.
12:46On peut être tenté
12:47de présenter le monde
12:48selon Trump
12:49comme divisé en trois empires.
12:51Le sien,
12:52celui de la Russie
12:52et celui de la Chine.
12:54Mais ce ne serait pas
12:55tout à fait juste.
12:56Il ne conçoit qu'un empire
12:57et des empires annexes.
12:58Il ne conçoit que l'empire américain
13:00dans l'hémisphère occidental.
13:02Il conteste en réalité
13:03tout autre empire
13:05susceptible d'empiéter
13:06sur le sien,
13:08notamment l'empire chinois.
13:10L'idée qui est la sienne,
13:11c'est qu'en renforçant
13:12sa propre arrière-cour,
13:14il empêchera
13:14les autres
13:15très grandes puissances
13:17de contester
13:18ailleurs
13:19cette prédominance
13:21sur l'hémisphère occidental.
13:23Dans la tête de Trump,
13:24il y a peut-être
13:25trois empires,
13:26mais il y a surtout
13:26une hiérarchie
13:27entre ces empires.
13:28Et s'il y a bien
13:29un document
13:30qui synthétise
13:31cette vision du monde,
13:32c'est la note stratégique
13:33de sécurité nationale
13:34publiée par les États-Unis
13:36en novembre dernier.
13:37La Russie et la Chine,
13:38ils sont certes
13:39largement mentionnés
13:40comme des concurrents,
13:41mais contrairement
13:41aux notes précédentes,
13:43on est beaucoup moins
13:43sur une guerre d'influence.
13:45Il est plutôt dans l'idée
13:46d'imposer sa vision du monde,
13:49sa vision de l'Amérique d'abord,
13:51au reste,
13:52et que les autres
13:53s'en accommodent.
13:54Dans la même note
13:55publiée en 2017
13:56par l'administration Trump 1,
13:59il était dit
13:59que la Russie
14:00et la Chine
14:00veulent façonner
14:01un monde
14:02aux antipodes
14:03des valeurs
14:03et des intérêts
14:04des États-Unis,
14:05et que la Russie
14:06voulait restaurer
14:07son statut
14:07de grande puissance.
14:08Le contraste
14:09est saisissant
14:10avec la note de 2025
14:11qui se demande plutôt
14:12comment recomposer
14:13les alliances.
14:14Le but est de rétablir
14:16une stabilité stratégique
14:17des relations
14:18avec la Russie.
14:19Très clairement,
14:20aussi bien Donald Trump
14:21que certains chefs de file
14:22de son camp
14:23de Make America Great Again
14:25ont dans l'idée
14:26qu'il faut laisser les Russes
14:28se débrouiller
14:29avec les Européens
14:30et qu'en quelque sorte
14:32le meilleur gagne
14:33avec en arrière-plan
14:34l'idée que la faiblesse
14:36consubstantielle
14:37au modèle européen
14:39de discussion,
14:40de partage,
14:41de réflexion commune
14:44sera d'une manière
14:45ou d'une autre
14:46anéantie
14:47par la détermination russe.
14:49Ça, c'est pour la Russie.
14:51Pour la Chine,
14:51c'est pas exactement
14:52la même chose.
14:54Dans la note stratégique
14:55de 2025,
14:56elle n'est évoquée
14:57qu'en termes économiques.
14:58Il s'agit de rétablir
14:59un équilibre
15:00des relations commerciales
15:01et de l'empêcher
15:02d'agir
15:03dans l'hémisphère occidentale.
15:05En réalité,
15:06il ne conçoit la Chine
15:07que comme un adversaire
15:09systémique
15:10qu'il faut empêcher
15:11d'étendre
15:12sa prédominance
15:13sur le continent asiatique.
15:15C'est pour cela
15:16que,
15:16aussi bien vis-à-vis
15:18de l'Asie,
15:18que de la Corée du Sud,
15:21que de l'Inde,
15:21que de l'Australie,
15:23il va tenter
15:24à chaque fois
15:25de contester
15:26l'extension
15:27de l'Empire chinois
15:28pour ne pas
15:30amener la Chine
15:31à contester ensuite
15:33sur sa propre
15:34arrière-cour
15:34la prédominance américaine.
15:37Donc,
15:37dans la tête de Trump,
15:38il y a l'Empire américain,
15:39il y a l'Empire chinois
15:40qu'il faut contrecarrer
15:41à tout prix
15:42et ensuite,
15:43on laisse les Russes
15:44se débrouiller
15:44avec les Européens.
15:45Sauf qu'entre sa vision du monde
15:47et ce qui se passe vraiment,
15:48il y a quand même
15:49un bon fossé.
15:50Le monde,
15:50selon Trump,
15:51n'existe-t-il
15:52que dans sa tête ?
15:53Il est permis
15:53de se poser la question.
15:54On a compris l'idée de Trump,
15:59bloquer la Chine
16:00par tous les moyens.
16:01Mais est-ce seulement possible,
16:03même dans son propre hémisphère ?
16:04Donald Trump est confronté
16:05en Amérique latine,
16:06donc censé être
16:07l'arrière-cour
16:08des États-Unis
16:09plus que jamais,
16:10à une implantation
16:11très profonde
16:12des entreprises chinoises,
16:15des intérêts chinois
16:16dans les infrastructures,
16:18dans le pétrole,
16:19dans le gaz,
16:21dans les minerais.
16:21Ça se vérifie par exemple
16:23au Guyana
16:24où la compagnie américaine
16:25ExxonMobil
16:26a signé un partenariat
16:27avec la compagnie pétrolière
16:29chinoise Sinuc
16:30pour exploiter le pétrole
16:31présent au large du pays.
16:33Alors, ok,
16:33Trump veut bouter les Chinois
16:34hors de son hémisphère,
16:35mais en a-t-il vraiment
16:36les moyens ?
16:37Est-ce que les entreprises
16:38vont le suivre ?
16:39Et il n'y a pas que les entreprises,
16:40il y a aussi ses alliés.
16:41Par exemple,
16:42en Argentine,
16:43Javier Milei
16:44est l'ami d'entre les amis
16:46en Amérique latine
16:47de Donald Trump.
16:48Cela n'empêche pas,
16:49Javier Milei,
16:50au mois d'octobre dernier,
16:52de signer un accord majeur
16:54d'exportation de soja
16:56vers la Chine
16:57aux dépens
16:58des producteurs de soja
17:00aux Etats-Unis.
17:00À ce sujet,
17:01je vous invite à regarder
17:02l'épisode 4
17:02de cette saison de plancarte
17:03sur la géopolitique du soja.
17:06Allez,
17:06je laisse Benahoud à terminer.
17:07Ça ne l'empêche pas dernièrement
17:09d'exporter pour la première fois
17:11du blé vers la Chine
17:13aux dépens des producteurs américains.
17:16Encore une fois,
17:17avec cette idée
17:17qu'a exprimé le président argentin
17:19que la géopolitique,
17:20c'est une chose,
17:21le commerce,
17:22c'en est une autre.
17:22Par ailleurs,
17:23de l'autre côté de l'Atlantique,
17:24en Europe,
17:25on peut avoir l'impression
17:26que Trump nous méprise carrément
17:27et qu'il ne nous considère
17:29même pas comme un acteur majeur.
17:30Pourtant,
17:31dans sa note stratégique de 2025,
17:32Trump explique que l'Europe
17:34reste culturellement
17:35et stratégiquement vitale
17:37pour les Etats-Unis.
17:38Et oui,
17:38Trump c'est le boss
17:39des déclarations fracassantes
17:40et c'est aussi au final
17:42quelqu'un qui pratique
17:43la géopolitique du coup de pression.
17:45Heureusement,
17:46le monde selon Trump
17:46se heurte souvent assez violemment
17:48à la réalité des faits.
17:50Alors,
17:50il n'est pas sympa ce nouveau studio ?
17:51Vous avez vu les skateboards ?
17:53Vous avez vu le néon ?
17:54Vous avez vu les petits poissons ?
17:55Regardez-moi ça.
17:56Il n'est pas trop mignon ?
17:56Je vais peut-être le prendre.
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